‹ L'art decoratif dans le vieux ParisChapitre 26 sur 49 · LE QUARTIER SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

LE QUARTIER SAINT-MARTIN

Trois importants monuments religieux dont le passé est lié aux vieilles traditions de la capitale, ont leurs façades dans la rue Saint- Martin. L'église Saint-Merry remonte aux premiers temps de la monarchie française, mais l'édifice actuel a été complètement reconstruit au xvie siècle. La façade principale est surchargée de pinacles, de dais et de corniches à chicorée. Les vantaux de la grande porte ont conservé les ogives trilobées et les ornements de la Renaissance; les deux portes latérales et les murs extérieurs des bas-côtés sont également ornés de voussures et de gargouilles d'un style flamboyant; mais faute d'entretien tous ces détails s'émiettent chaque jour. Déjà, il a fallu abattre une tour ancienne qui menaçait ruine, et les figures modernes, qui remplacent dans les niches du portail les anciennes sculptures, sont ellesmêmes dans un état affligeant de délabrement.

L'architecture intérieure a été respectée dans les lignes principales de la nef dont la voûte est formée de nervures réunies par de superbes clefs à rosaces pendantes. Au-dessous est une curieuse crypte du xvic siècle construite sur l'emplacement du tombeau de Saint-Merry. La main des hommes a porté de funestes atteintes à la décoration de l'église dont la fabrique, vers 1753, entreprit la modernisation. Elle fit supprimer, pour la remplacer par du verre blanc, la partie centrale des verrières peintes qui étaient attribuées à des artistes renommés du xvie siècle. I! n'en reste plus aujourd'hui de spécimens à peu près entiers que dans le chœur et dans le transept; celles de la nef sont réduites à des panneaux incomplets qui, malgré cet acte de vandalisme, méritent encore la visite de l'archéologue. Un dernier outrage était réservé à ces belles œuvres; sous le dernier Empire, elles furent confiées à un peintre verrier fantaisiste qui les a restaurées — comme il l'a fait du reste dans la plupart des églises de Paris — en intervertissant les sujets et en les complétant au moyen d'autres morceaux

qui leur étaient étrangers. Ces vitraux ne sont pas les seules œuvres du xvi° siècle qui soient clans l'église ; on y trouve aussi un bénitier de pierre aux armes de France et de Bretagne; des panneaux à jour séparés par des pilastres supportant une frise dont les figures ont été raclées et qui est un bon travail de menuiserie de la Renaissance W. Alexandre Lenoir avait acquis du curé de Saint-Merry, pour le Musée des Monuments français, un curieux rétable de pierre qui portait l'inscription : Pierre Berton a fait ste besoigne l'an 154L2, natif de Saint- Quentin. Après avoir été transportés, postérieurement, au calvaire du Mont-Valérien, les restes de ce monument ont trouvé un asile dans le Musée de l'hôtel Carnavalet i-).

En même temps qu'elle traitait si barbarement ses vitraux, la fabrique faisait défoncer le mur du bas-côté méridional, pour y établir la chapelle de la Communion. Les frères Slodtz furent chargés de l'exécution de deux grands bas -reliefs en pierre composés comme des tableaux, et de toute la sculpture décorative qui présente de gracieux détails, malgré le goût exécrable de l'ensemble. Au-dessus de l'autel est un grand tableau, les Pèlerins d'Emmaùs, par Charles Coypel. On doit encore aux frères Slodtz la belle chaire à prêcher soutenue par les deux tiges de palmiers qu'ils répétaient sans cesse. Une gravure du xvmc siècle représentant cette chaire indique qu'elle était placée alors dans la chapelle des Invalides ; on y voit aussi la tribune, avec son buffet d'orgues en bois sculpté et la grande Gloire en stuc doré du sanctuaire, qui fait une disparate choquante avec le style du monument.

On conserve dans la sacristie un curieux tableau sur bois du xvi° siècle, dans lequel sainte Geneviève est représentée gardant son troupeau au milieu d'une enceinte de pierres fichées en terre. On ne sait rien sur l'origine de ce panneau.

Plus simple d'architecture, l'église Saint-Nicolas-des-Champs porte à la fois le caractère du xvc et celui du xvie siècle. Sa façade est décorée d'un portail à voussure compliquée de niches et d'enroulements, au-dessus duquel s'ouvre une "grande fenêtre à meneaux flamboyants. Les vantaux en bois de la porte sont revêtus d'arcatures en ogives trilobées, de rinceaux de feuillages et d'animaux fantastiques qui datent du xve siècle comme toute cette partie du monument. Sur la façade méridionale est disposé un portique, qui est l'une des meilleures

(1) C. il liât et Lance, Encyclopédie d'architecture, t. 1.

(2) V. Gazette des Beaux-Arts, 2" série, t. XXII, octobre 1881). — Pierre Berton de Saint-Quentin avait été le collaborateur de Jean Goujon au Louvre et à Sàint- Germain-PAuxerrois.

PORTAIL LATÉRAL DE L-ÉGLIrîl3 S A I N T-NI C O L AS - D ES- C H A M l'S

(xvr siècle).

œuvres que la Renaissance ait laissées à Paris. Quatre pilastres cannelés d'ordre composite en soutiennent le fronton. Au-dessus de la porte cintrée dont les vantaux ciselés sont couverts d'anges, d'arabesques et de femmes portant des corbeilles de fleurs, est disposé un arc orné de figures couchées et tenant des palmes, dont la grâce maniérée rappelle les sculptures de Germain Pilon. Une inscription gravée sur une plaque de marbre noir au-dessus de la baie, apprend que ce portique a été construit en 1576, sous le règne de Henri III.

A l'intérieur, il faut remarquer un grand rétable qui coupe maladroitement l'église en deux parties, mais dont l'ordonnance est bien pondérée et dont les colonnes sont surmontées de figures d'anges en pied par Jacques Sarrazin. Le revers de ce rétable a été décoré postérieurement par Antoine, dans le style de l'époque de Louis XVI. La tribune du buffet d'orgues est supportée par des colonnes qui présentent un bel aspect ornemental. Dans la chapelle des catéchismes on a placé un grand rétable à colonnes torses et à têtes de chérubins en bois doré, qui provient de l'ancien collège des Grassins.

Les chapelles possèdent plusieurs tableaux de l'École italienne et de l'ancienne École française qui méritent l'attention. Le plus intéressant est une Vierge glorieuse adorée par saint Charles, saint Georges, saint Louis de Marseilles, par un autre évêque et par deux commettants. Cette toile a été donnée par le Musée central sous le nom de Lenain, et comme provenant de Notre-Dame. Elle doit être d'un maître français de la première moitié du xvnc siècle, qui avait étudié les œuvres de Porbus et de l'École flamande. Cet ouvrage, dont l'origine primitive est à retrouver, n'est pas moins intéressant comme souvenir historique, saint Charles y étant représenté revêtu des insignes impériaux conservés dans le trésor de Saint-Denis. C'est la représentation la plus ancienne que l'on connaisse de ces pièces d'orfèvrerie aujourd'hui perdues ou modernisées pour la plupart.

La chapelle de Sainte-Anne et les chapelles voisines nous montrent çà et là des fragments de plafonds et de peintures murales qui avaient été revêtues d'un enduit à la chaux. 11 est à désirer que leur dégagement soit achevé, les morceaux déjà découverts appartenant à la bonne École décorative française du xvii° siècle.

On a exposé dans la sacristie quelques portraits d'anciens pasteurs de l'église, parmi lesquels se trouve celui de Claude Jolly peint par Philippe de Champaigne. Ces toiles étaient encastrées dans les trumeaux de la boiserie sculptée d'un salon du presbytère de Saint-Nicolasdes- Champs, détruit lors du percement de la rue de Turbigo. Cette

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