‹ L'art decoratif dans le vieux ParisChapitre 27 sur 49 · LE QUARTIER · texte numérisé non relu

LE QUARTIER

SAINT-MARTIN

boiserie, excellent spécimen de la sculpture ornementale du style de Louis XIV, avait été transportée provisoirement à l'hôtel Carnavalet; elle a été restituée depuis à la fabrique qui l'a déposée dans les combles de l'église, en attendant qu'elle obtienne du Conseil municipal l'autorisation de reconstruire son presbytère. Il manque à cet ensemble deux panneaux sculptés qui ont été acquis par M. le comte de Béhague.

Le prieuré de Saint-Marlin-des-Champs est l'un des anciens établissements religieux de Paris qui a le mieux gardé sa disposition primitive. Bien qu'il ait été approprié aux besoins du Conservatoire des Arts et Métiers, il possède encore des portions importantes de son enceinte ([), son église, le réfectoire des moines et les bâtiments claustraux reconstruits au xvmu siècle.

La vaste église du prieuré appartient à deux époques différentes. La nef à voûte lambrissée date du xme siècle, tandis que le chœur et l'abside entourée de chapelles, lui sont antérieurs de près d'un siècle. Cette dernière partie est un très intéressant spécimen des débuts de l'architecture française qui devait bientôt créer les admirables édifices de l'époque ogivale. Il est regrettable de voir l'état d'abandon où on laisse un des monuments les plus importants par son antiquité et par ses dispositions originales que possède notre capitale, alors que des églises situées dans des provinces éloignées et moins remarquables, sont l'objet de restaurations complètes. Il faut espérer que la Commission des Monuments historiques s'intéressera enfin à notre vieil édifice parisien et qu'elle prendra les mesures nécessaires pour empêcher la ruine du chœur de l'église de Saint-Martin-des-Champs. Elle a déjà toléré que la nef de l'ancien prieuré restât longtemps affectée à l'installation des machines hydrauliques, bien que les murailles en dussent être ébranlées par la trépidation incessante des turbines, et qu'elles aient été à tout jamais imprégnées de salpêtre par le séjour continu de l'eau qui les faisait mouvoir. Depuis le prolongement récent de la rue de Réaumur, le dégagement et la restauration de cette église sont un des travaux qui s'imposent de la façon la plus urgente aux soins de l'édilité parisienne.

L'église, aujourd'hui nue et déserte, n'a rien conservé de ses ornements intérieurs. Qualre grandes toiles de la Vie du Christ, par Jouvenet, qui entouraient le chœur et qui ont servi de cartons à des

(1) La tour d'angle de la rue du Vert-Bois avec sa gracieuse fontaine, après avoir été menacées de démolition, ont été sauvées par les réclamations de la Société des Amis des Monuments parisiens, à laquelle Victor Hugo avait prêté son appui.

DANS

tapisseries faites aux Gobelins, ont été transportées au Musée du Louvre. Ce Musée s'est aussi enrichi récemment d'une belle statue du président Philippe de Morvilliers qui était placée dans une chapelle érigée en 1426, derrière le chœur, pour servir à sa sépulture et à celle de sa femme Jeanne de Drac. Une belle et curieuse Vierge en bois du xne siècle, provenant de l'église Saint-Marlin-des-Champs, est conservée à Saint-Denis, depuis la destruction du Musée des Monuments français.

Le réfectoire, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture française du xine siècle, dont la construction a été- attribuée à Pierre de Montereau, forme un vaisseau oblong divisé en deux nefs à travées reposant sur sept piliers centraux, d'une élégance et d'une légèreté prodigieuses. Les moindres détails de ce monument sont étudiés et exécutés avec un art merveilleux, et l'on ne saurait trop admirer l'escalier à jour et la console à feuillage de la chaire du lecteur, dont l'aspect est aussi gracieux qu'original. Ce réfectoire sert aujourd'hui de bibliothèque au Conservatoire des Arts et Métiers. Une belle porte du xme siècle, reste oublié du cloître ancien, fait communiquer l'église avec les galeries d'exposition.

L'entrée des collections est disposée dans un grand pavillon central qui renferme un large escalier à deux rampes dont la construction est due à Soufflot. Bien que les lignes principales de cette œuvre magistrale aient été conservées, les travaux de restauration qu'a subis le Conservatoire lui ont enlevé une partie de son aspect original.

La Porte Saint-Martin qui termine la rue, a été élevée, par Pierre Bullet, après la campagne de Hollande en 1674. Sur les deux faces et de chaque côté de la grande ouverture de cet arc triomphal, sont sculptés des bas-reliefs représentant la Prise de Besançon et la Rupture de la Triple alliance; la Prise de Limbourg et la Défaite des armées allemandes par Louis XIV. Ces sujets allégoriques, sculptés comme des tableaux, sont dus à Desjardins, à Marsy, à Le Hongre et à Le Gros.

Plusieurs vieilles demeures de la rue Saint-Martin doivent nous arrêter quelques instants. Au n° 89 c'est une maison de commerce dont l'enseigne, formée par un bas-relief de Y Annonciation, date de la fin du xvii0 siècle; au 122, c'est la fontaine Maubuée dont la décoration du xviii0 siècle, fatiguée par le temps, représente un vase entouré de roseaux et surmonté d'un cartouche et d'un fronton. La maison n° lOi possède une porte à panneaux surmontés d'impostes en fer ajouré du xvne siècle, correspondant à l'hôtel Jabach ; une autre (n° 203) conserve une porte à deux vantaux sur lesquels sont sculptés des trophées composés des attributs du Commerce et de l'Amour; au-dessus règne un

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