‹ L'art decoratif dans le vieux ParisChapitre 28 sur 49 · LE QUARTIER SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

LE QUARTIER SAINT-MARTIN

fronton cintré à tète de Minerve avec deux consoles et un bas-relief avec les attributs du commerce. Tout auprès se trouvait l'hôtel Budé et de Vie, dont nous avons déjà parlé. Les maisons n09 141, 147, 160, 194 et 240 sont également des spécimens des habitations commerciales du xvinc siècle; une enseigne de marchand portant l'avant d'un navire de commerce avec un lion, est placée sur la façade du n° 207.

Les rues transversales qui n'ont pas été atteintes par le marteau des démolisseurs pour le passage des voies nouvelles, ont gardé leur aspect d'autrefois; mais parmi ces vieilles maisons, il en est peu qui n'aient pas été transformées en ateliers ou en logements d'ouvriers venus pour remplacer les anciens propriétaires et auxquels il faut maintenant plus d'espace et de lumière que dans les temps passés. M. Ch. Normand signale dans la rue du Cloître-Saint-Merry (n° 16), un noyau d'escalier en bois du xv° siècle (*). Près de là, se trouve l'ancienne maison des Juges-Consuls, berceau de notre Tribunal de Commerce dont l'institution remonte à Charles IX. La décoration de cette maison, décrite par G. Brice et par Piganiol de la Force, n'existe plus. On distingue cependant au-dessus du portail à deux vantaux sculptés, de style Louis XIV, les traces de la niche où était placée une statue de Louis XIII par S. Guillain. Nous avons retrouvé chez M. Haro (2) un tableau peint par C. Vignon (attribué parThiery à Porbus), dans lequel on voit Charles IX assis et remettant les lettres patentes de fondation aux Juges-Consuls; de chaque côté, sont les figures en pied de Henri IV et de Louis XIII. Cette composition décorait autrefois la salle d'audience du tribunal consulaire. L'ancien hôtel du président Baillet, rue des Juges-Consuls, n° 3i, construit en 1570 et ayant conservé son portail ancien, vient d'être restauré tout récemment. M. Ch. Normand signale la cour et la façade de la maison de la rue des Juifs, n° 22 (3).

L'hôtel du banquier Jabach, plus connu de nous par ses goûts artistiques que par ses entreprises commerciales, était situé dans la rue Saint-Merry. C'est de là que sortirent, en 1671, les 101 tableaux et les 5.5i2 dessins qu'il avait vendus à Colbert pour 220.000 livres et qui forment aujourd'hui le fonds principal de notre galerie nationale du Louvre. L'Académie de Saint- Luc y fit plus tard ses expositions. L'hôtel, construit primitivement par Bullet, était petit et mal éclairé; il fut modernisé par Dulin; aujourd'hui, il est subdivisé entre des établis-

(1) Ch. Normand, Itinéraire archéologique de Paris.

(2) Bulletin de la Société de Paris, mars-avril 1880.

(3) Cli. Normand, Itinéraire archéologique de Paris,

sements industriels. La cour principale a conservé sa façade à grands pilastres et les fenêtres de l'arrière-cour sont ornées d'allèges à poste et de balcons en fer, mais à l'intérieur tout a été complètement dévasté. La maison n° 12 de la même rue se recommande par sa belle façade dont le portail est surmonté d'un mascaron Louis XV, et par les grandes proportions de sa cour. L'intérieur offre un plafond à poutrelles peintes sur fond d'or dans le style Louis XIV. Un magasin de papier à emballage y est installé. Le presbytère attenant à l'église Saint-Merry (rue de la Verrerie, n° 76), est décoré d'un fronton cintré de maigre apparence, dont les extrémités soutiennent deux statues de génies (xvmc siècle). Nous signalons aussi aux curieux plusieurs vieilles demeures (nos 7, 24, 36, 52, 60, 64, 78, 79, 83, 87) de cette dernière rue.

A la rencontre des rues Saint-Merry et du Temple, s'élève l'hôtel du président Brière d'Azy, où se voyaient des boiseries de style Louis XVI, dont le propriétaire actuel, M. Adrian, a fait transporter trois dessus de porte à couronnes de roses, dans son appartement de la place des Vosges. Dans la rue Brantôme, — autrefois des Pelits-Champs- Saint-Martin, — sont situés deux logis auxquels on prête un intérêt historique : l'un (n° 8) aurait été habité par la reine Anne (?); le second à vantail de porte bardé de clous, aurait appartenu à la belle Gabrielle (?). Il semble bien difficile que celte dernière ait pu habiter toutes les maisons dont la tradition lui fait hommage; ce serait sa cinquième demeure que nous rencontrerions. Une maison de la rue Beaubourg (n° 55), offre des murailles en brique avec des chaînes de pierre dans le style du temps de Henri IV.

Le célèbre peintre de portraits Largillière s'était fait construire dans la rue Geoffroy-l'Angevin une maison commodément disposée, où les amateurs de peinture pouvaient voir ses œuvres (Germain Brice, t. II, p. 70). Cette maison (n° 3) avait conservé, jusqu'à ces dernières années, deux grands panneaux décoratifs représentant des paysages et des animaux encadrés par des rideaux de velours rouge et des balustres de marbre, qui ont été acquis par Mm0 la baronne Nathaniel de Rothschild. L'une des deux toiles de Largillière est placée dans le grand escalier, où elle produit un merveilleux effet, et la seconde dans la salle à manger de son hôtel du faubourg Saint-Honoré. Au n° 7 de la même rue existe la porte gigantesque d'une, maison donnant autrefois dans la rue Simon-le-Franc et conduisant au Temple. Le n° 17 a été dit-on l'hôtel de Mme de Maintenon ; il a encore ses mansardes et les balustres de son escalier du xvne siècle. La rue Beaubourg est riche en vieilles

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