‹ L'art decoratif dans le vieux ParisChapitre 29 sur 49 · LE QUARTIER SA INT- MARTI X · texte numérisé non relu

LE QUARTIER SA INT- MARTI X

demeures des derniers siècles. C'est au n° 55 une maison en pierre et en briques de style Henri IV; une grande maison Louis XV, auprès du magasin du Vieux-Chêne; des balcons, des escaliers et des frontons aux nos 224, 226 et 271.

Nombre de maisons anciennes ont été respectées dans la rue Quincampoix, qui offre le même aspect architectonique qu'à l'époque où le financier Law y avait installé ses bureaux. Nous les passons rapidement en revue, aucune ne méritant de nous arrêter longtemps : n° 10, façade avec cartouche (xvm0 siècle), et porte à vantaux sculptés avec grillage en fer forgé; n° 12, 13, 15, façades à bossages avec vantaux de porte à gros clous; n° 14, façade avec portail cintré et vantaux sculptés (Louis XV); n° 34, porte à vantail et imposte (Louis XV); n° 36, porte à vantaux sculptés et imposle de ferronnerie; n° 56, enseigne du xvme siècle, A la porte de Venise; n° 60, hôtel de Sémonville avec une grande façade du xvmc siècle. On nous dit que l'intérieur de ces maisons réserve des trouvailles heureuses aux amateurs qui pourront y avoir accès.

Une riche habitation de la rue Sainte-Apolline, qui fut occupée plus tard par un bureau de nourrices, était ornée d'un grand salon à boiseries de la fin du xvii° siècle, qui ont été transportées par M. Groult clans son hôtel de l'avenue Malakoff, où elles complètent admirablement les nombreux chefs-d'œuvre de l'art français dont elles sont entourées. M. Groult a trouvé dans ce môme hôtel les boiseries d'un autre salon qu'il a fait remonter dans l'un des cabinets ouvrant sur sa galerie, en y encadrant des tapisseries exécutées d'après Boucher. La belle porte en bois sculpté de cette maison avait été acquise auparavant par M. le comte de Béhague. M. C. Normand a signalé dans son Itinéraire archéologique la façade du n° 45 de la rue Meslay, dont les fenêtres sont ornées de clefs saillantes à emblèmes, et une charmante petite porte au n° 42, transformée en fenêtre. Les maisons nos 3, 4 et 10 de la rue Greneta ont aussi conservé de beaux balcons en fer forgé du xviii0 siècle.

Le grand hôtel de la rue Saint-Denis (n° 226) a été l'objet d'une monographie spéciale (*); il le méritait en raison de ses deux façades, l'une donnant sur la rue, l'autre sur le jardin, des clefs sculptées qui décorent ses fenêtres, et de son escalier à rampe de fer maintenant supprimé. Depuis le travail de M. Daly, la maison a été transformée en simple maison de rapport, et sa façade principale s'ouvre sur le boulevard Sébastopol. Le n° 271 offre un autre balcon en fer du xvme siècle. L'église Saint- Leu et Saint-Gilles a été trop modernisée pour qu'on puisse y trouver rien d'intéressant au point de vue de l'histoire de l'art.

Un bel arc de triomphe élevé par Blondel en 1672, en l'honneur de Louis XIV, forme l'extrémité de la rue Saint-Denis. De chaque côté de

(1) C. Daly, Mot. int., t, II, Louis XV, p. 1, kl. Mot. ext., L. XV, pl. 5, 6, 7 et 8.

la baie sont disposées deux pyramides chargées de trophées d'armes, au bas desquelles se tiennent les figures de la Hollande vaincue et du Rhin; deux longs bas-reliefs au-dessus de l'arc représentent le Passage du Rhin et la Prise de Maestricht. Ces sculptures, commencées par Girardon et achevées par les Anguier, sont un modèle exquis de l'art décoratif du règne du grand roi.

Les archéologues s'arrêtent à la rencontre des rues Saint-Denis et des Prêcheurs pour voir les restes bien maltraités et surchargés de grossières peintures, d'un curieux arbre de Jessé datant du xve siècle. Deux anciennes devantures de boutiques existent aux n08 5 et 7 de la rue de la Reynie. MM. Calliat et Lance (*) ont relevé au n° 21 de la rue de la Cossonnerie une maison qui avait conservé sa porte à vantaux moulurés avec montants à colonnettes et corniches à guirlandes du xvic siècle. Ils ont également reproduit la tourelle en pierre, une lucarne à pinacles de la cour et une poutre sculptée dans l'intérieur de ce logis. Une maison (n° 14) de la rue Thévenot avait conservé un salon à boiseries sculptées et peintes en blanc, dont les trumeaux représentent des Amours se lutinant. Cette maison occupée par le notaire d'Hardiviler vient d'être vendue et démolie pour le prolongement de la rue Réaumur, et la ville n'a pas cru que ces sculptures méritassent d'être réservées.

Les travaux d'agrandissement des Halles ont entraîné la démolition de la maison syndicale des merciers-drapiers, située sur la place Sainte- Opportune, que Marot a reproduite dans son livre d'architecture. Déposée pierre par pierre, la façade de cette maison a été restituée dans le jardin de l'hôtel Carnavalet et la décoration en a été complétée d'après le dessin de Marot. La pièce principale de l'ancienne maison syndicale était ornée d'un plafond : Mercure répandant l'abondance sur la France, par Lagrenée, et des portraits des anciens syndics encastrés dans une boiserie sculptée et dorée aux attributs et au soleil de Louis XIV. Toute cette décoration intérieure a été réservée par le propriétaire avant la démolition et remontée dans un autre quartier de Paris (2).

La fontaine des Innocents, malgré toutes les vicissitudes qu'elle a

(1) Encyclopédie d'architecture, t. I.

(2) Par suite de la mort de la veuve de ce propriétaire, Mme Dufresne, on a mis en vente, à l'hôtel Drouot, ces temps derniers, les huit portraits des gardes de la draperie avec celui de Louis XIV, qui décoraient la grande salle de la maison syndicale ; ils ont été rachetés par un membre de la famille. Le plafond et les boiseries de la grande salle auxquels on a donné une autre destination avaient été exceptés de cette vente.

subies, a pu résister à l'effort de quatre siècles, sans cesser d'exciter l'admiration des artistes. Elle avait été construite en 1550, à l'angle de la rue aux Fers et de la rue Saint-Denis par Pierre Lescot qui en avait confié la sculpture à Jean Goujon, dont elle est le chef-d'œuvre. Elle présentait primitivement le gracieux aspect d'une loggia italienne à deux ouvertures; elle fut transportée en 1788 au milieu du marché établi sur l'emplacement de l'ancien cimetière des Innocents, et transformée en édicule carré que l'on fit compléter par d'autres figures commandées à Pajou. Les naïades couchées qui avoisinaient les vasques furent enlevées par mesure de précaution et sont actuellement au Louvre. La fontaine nouvelle fut encore une fois remaniée en 1858, il est à désirer que ces figures délicates soient soustraites au travail incessant de l'eau qui va les détériorant chaque jour.

Le square des Innocents a pris la place de l'ancien charnier où a été ensevelie une longue série de personnalités parisiennes. Ce cimetière supprimé sous Louis XVI, en raison de son insalubrité, renfermait sous les arceaux de son cloître, nombre de monuments du Moyen âge et de la Renaissance dus parfois à nos meilleurs artistes. On avait cru les protéger en les transportant à la Tombe Issoire, mais cette mesure leur a été fatale et il n'en reste plus qu'un squelette déposé au Musée du Louvre et des inscriptions envoyées à l'abbaye de Saint-Denis. L'église des Innocents ne fut démolie qu'au moment de la Révolution ; elle ne paraît pas avoir été décorée d'oeuvres réellement décoratives.

L'église de Saint-Eustache est, après Notre-Dame, le plus vaste édifice religieux de Paris. Sa reconstruction commencée en 1532 sous le règne de François Ier, dura longtemps, et le plan primitif, imité de celui de la Chartreuse de Pavie et des églises de la Lombardie, en fut souvent modifié. La façade principale que le xvie siècle avait élevée jusqu'au premier étage, fut remplacée par un portique à colonnes et à fronton dessiné par Mansard, et qui lui-même est resté inachevé. Les deux portails latéraux du Nord et du Sud ont heureusement conservé le caractère de la Renaissance. Ils sont ornés de grands pilastres à larges rinceaux, de niches surmontées de dais à colonnettes qui rappellent celles de l'ancien Hôtel de Ville, de galeries et de clochetons d'une rare élégance. Ces sculptures, rongées par le temps, menaçaient ruine et elles réclamaient, tant au nom de l'art que dans l'intérêt de la sécurité publique, une restauration immédiate pour laquelle des crédits ont été accordés. Les travaux de réfection sont en cours d'exécution depuis plusieurs années et l'on peut espérer que ce monument retrouvera bientôt son aspect primitif.

L'intérieur de l'église présente cinq nefs d'une hauteur prodigieuse, soutenues par des piliers carrés dontles ordres superposés et composites,

ne nuisent cependant pas à l'effet grandiose que produit l'édifice. Toute la partie sculpturale est trop variée et trop importante pour que nous

puissions en aborder la description; la tâche a du reste été remplie par M. Albert Lenoir dans la Statistique monumentale de Paris, et par M. Calliat dans la Monographie de Saint-Eustache. Nous nous bornerons à mentionner quelques œuvres qui touchent moins aux lignes générales de l'architecture qu'à la décoration proprement dite. Nous signalerons une clôture à colonnettes en bois sculpté du xvi° siècle, qui sert d'entrée à la première chapelle du côté septentrional. Sur la paroi du transept méridional est appuyé un rétable d'autel supporté par des pilastres d'un goût exquis, dont les trois niches surmontées de dais élégants, ont reçu des bas-reliefs modernes. Dans une chapelle qui est située derrière le chœur on a remonté le sarcophage de Jean-Baptiste Colbert, l'un des chefs-d'œuvre de Coyzevox qui a sculpté la figure agenouillée du ministre et la figure assise de Y Abondance ; celles de la Fidélité, également assise, et d'un Ange tenant un livre (aujourd'hui disparu), étaient dus à son élève J.-B. Tuby. Saint-Eustache a recouvré après la Révolution le monument de François Chevert, ainsi que celui de Robert Secousse, par Gois, en même temps qu'il obtenait une belle Vierge en marbre par Pigalle, qui provient des Invalides. Le bancd'œuvre disposé en forme de portique dont le couronnement représente le Triomphe de sainte Agnès a été exécuté par Lepautre sur les dessins de Cartaud. La dépense en a été prélevée sur une somme de 20.000 francs versée à la fabrique par le Régent, pour la cession d'un tableau d'Annibal Carrache. Un tambour de menuiserie sculptée forme une espèce de loggia d'où le duc d'Orléans, fils du régent, pouvait assister aux offices sans être aperçu par le public.

Le chœur est éclairé par une série de douze verrières d'une grande allure, peintes par Savignac sur les dessins de Philippe de Champaigne, qui représentent des apôtres. Ces vitraux, qui avaient cruellement souffert en 1871, ont été soigneusement restaurés. Comme à Saint-Nicolasdes-Champs, plusieurs chapelles avaient conservé leur décoration picturale, sous le badigeon qui les recouvrait. Malheureusement on remettait à la même époque l'église à neuf, et on ne voulut pas laisser des fragments incomplets et détériorés clans un monument tout éclatant d'or. Le souci de la propreté d'aspect l'emporta sur l'intérêt historique. Ces fresques, restaurées, ou complétées par des peintres contemporains, n'offrent plus que des compositions sans caractère. Par acquit de conscience, nous croyons cependant devoir les indiquer aux amateurs : Chapelle des Saint-Anges, Jésus-Christ dans une gloire et le Père Eternel avec saint Michel; dans la chapelle de Saint-Joseph : la Résurrection et l'Assomption (École française du commencement du xvnc siècle); chapelle de

^Alcôve de la Chambre à coucher du %pi au Palais du Louvre.

(XVI'-XVII* Siècles)

Saint-Vincent-de-Paul, la Présentation de la Vierge et saint Jean (École de Vouet); chapelle de Sainte-Madeleine, Vie de la Sainte (École française du xyne siècle).

Auprès de l'église est le presbytère dont plusieurs pièces sont revêtues de boiseries sculptées du commencement du xviii6 siècle. Og y a rassemblé une suite de portraits d'anciens pasteurs de la paroisse et plusieurs tableaux religieux.

Le percement de la rue Étienne-Marcel a entraîné le dégagement des restes de l'hôtel des anciens ducs de Bourgogne. Le donjon où se retirait Jean sans Peur comme dans une forteresse, est formé par une grosse tour quadrangulaire divisée en plusieurs étages desservis par un escalier à vis. Les degrés s'élèvent en spirale autour d'une colonne dont le chapiteau sert de support à une caisse à fleurs d'où sortent des tiges de chênes s'étendant en branches feuillagées divisées en quatre travées ogivales formant le plafond de la voûte. Celle décoration rappelle les sculptures dont Jean de Sainl-Romain avait revêtu la partie supérieure de la grande vis du Louvre construite à la même époque. Depuis près de trente ans, le Gouvernement et la Ville de Paris n'ont pas pu encore se mettre d'accord pour la mise à exécution des plans de réfection et de restauration de ce curieux édifice de la fin du xiv° siècle. La partie occupée anciennement par le théâtre de l'hôtel de Bourgogne a été consacrée par la ville à l'établissement d'un groupe scolaire et d'une classe de dessin, mais le donjon est toujours abandonné à la ruine.

Le prolongement de la rue Réaumur vient de supprimer la maison n° 126 de la rue Montmartre où existait un salon à boiseries sculptées de style Louis XV, au-dessus desquelles régnait une belle corniche de plafond à écoineons occupés par des groupes d'enfants symbolisant les Eléments. Une seconde pièce possédait une corniche de la même époque, avec des trumeaux de porte du règne de Louis XVI. Nous nous souvenons avoir vu longtemps la belle et monumentale porte de style Louis XVI, qui annonçait l'entrée du vaste hôtel construit par Ledoux pour le duc d'Uzès. Après la mort de M. Delessert et la vente de sa galerie de tableaux, l'hôtel fut morcelé et sur son emplacement on ouvrit la rue d'Uzès. Toutefois, avant la vente, M. Hottinger avait fait enlever les importantes boiseries sculptées et dorées qui décoraient les salons, pour les faire remonter dans son hôtel. Les mouleurs possèdent des reproductions de plusieurs dessus de portes provenant de cet ensemble, qui sont d'une merveilleuse exécution. D'autres fragments de boiseries et des colonnes de bois tirés de l'hôtel d'Uzès avaient été recueillis par l'ébéniste Mazaroz.

Ch. 29

Une enseigne de marchand de vins du xvne siècle, surmonte la porte de la maison n° 84 de la rue Saint-Sauveur. Au centre se trouve une tète du soleil radiée, et au-dessus des groupes d'enfants buvant assis sur des tonneaux avec un monogramme inexpliqué formant probablement un rébus et l'enseigne Au soleil d'or; tout autour se déroulent des ceps de vigne et des bouteilles. Un ancien contrôleur des bâtiments du roi habitait le n° 12 de la même rue. La maison a été récemment convertie en établissement de commerce. Le propriétaire a vendu au baron Alphonse de Rothschild plusieurs belles portes de style Louis XIV qui décoraient les appartements; il avait conservé des portes, des panneaux sculptés et des cadres de glace de l'époque de Louis XV, dont il cherchait acquéreur en 1890. Il est resté en place un escalier à rampe de fer et un grand balcon de la fin du xvnc siècle. MM. Calliat et Lance O ont publié une porte de style Louis XIV, à vantaux cintrés surmontés de coquilles avec voussures à enroulements fleuronnés d'une maison de la rue de Cléry.

Le marquis de Luillier possédait, dans la rue des Jeûneurs, un hôtel pour lequel Louis de Boullongne avait peint un plafond représentant Bacchus invitant les Muses et les Grâces à se joindre à lui. L'esquisse de cette composition a été offerte par M. J. Maciet au Musée des Arts décoratifs. La maison n° 21 de la rue du Sentier était autrefois habitée par M. Le Normand d'Étiolles qui s'y consolait, avec Mllc Raime, de la perte de sa femme. Avant que l'hôtel ne fût remanié, M. Double y avait acquis une décoration de salon peinte par Fragonard, comprenant un plafond ovale où se jouaient des amours, entouré de quatre médaillons ronds et peints en grisaille, avec quatre dessus de porte en grisaille représentant des oiseaux et un cinquième offrant deux amours. Le même amateur possédait deux fontaines en plomb doré dont les nymphes étaient placées dans des niches ornées de roseaux, de poissons et d'animaux, qui provenaient de la salle à manger de M. Le Normand. Elles sont maintenant dans le château de M. Gustave de Rothschild près de Chantilly.

Avant d'être une rue de commerce, la rue des Jeûneurs a été habitée par la riche bourgeoisie et par la finance. L'un des hôtels les plus riches que l'on y vit était celui de l'Hôpital. M. Hochon y a acheté un salon complet, composé de quatre entourages de glaces avec culots et houquets de fleurs encadrés de baguettes nouées par des guirlandes de roses, de panneaux rectangulaires et de pilastres décorés avec la même

(1) Encyclopédie d'architecture, t. IX.

profusion d'ornements dans le style de Louis XV. Ces boiseries, dont on demandait un grand prix, ont été déposées l'année dernière dans la maison Goupil. Elles avaient été, dit-on, données à M"e de l'Hôpital par le prince de Soubise. Parmi les anciens babilants de la rue on cite les noms de M. Mulot de Pressigny, fermier général, dont M. le baron d'Aubigny possède une partie du mobilier, et l'amateur Harenc de Presles, bien connu des curieux de son temps. La petite rue de Montmorency, aujourd'hui rue Saint-Marc, possède encore la grande porte à colonnes corinthiennes de l'ancien hôtel du contrôleur Desmarest; elle sert d'entrée au passage- des Panoramas.

L'église de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ne mériterait pas qu'on s'y arrêtât, si elle ne possédait pas deux grands tableaux attribués à Philippe de Champaigne, dont l'un offre les portraits réunis d'Anne d'Autriche et d'Henriette, reine d'Angleterre, et le second la reine d'Angleterre présentant ses enfants à saint François de Sales. Il est présumable que ces toiles proviennent de l'appartement d'Anne d'Autriche au Val-de-Gràce. Un troisième tableau, représentant saint Louis soignant les blessés, est à la fois une des œuvres assez rares de Testelin et un document historique. Le peintre a donné à saint Louis les traits de Louis XI II et la scène se passe dans l'une des salles de l'ancien hôpital de la Charité d'où il provient.

La cour de l'une des maisons (n° 25) de la rue du Jour conserve des lucarnes, un beau mascaron à guirlandes formant clef de voûte, une porte à frise d'arabesques et à encadrement à tore de feuillage, et deux grandes consoles supportant un balcon disparu, qui rappellent les ornements de Ducerceau. Dans la même rue on remarque une porte à encadrement rectangulaire, au-dessus de laquelle est une imposte avec deux œils-de-bœuf en fer forgé de l'époque de Louis XIV Au n° 4, deux pilastres d'ordre ionique finement sculptés supportent un fronton de porte du xvii" siècle.

Les travaux d'agrandissement de l'Hôtel des Postes avaient épargné la maison de la rue.de la Jussienne (n° 16), avec ses charmantes sculptures extérieures, qui abrita la Dubarry et après elle le financier PerruchoK2). Elle a été démolie depuis. Un dessin de la collection Ottin, vendue le 16 décembre 1891, représente l'escalier de cette maison. Les consoles sculptées de l'hôtel de Phelypeaux-Pontchartrain, situé rue Coq-Héron, ont été moins heureuses. Nous les avons vues pendant longtemps expo-

(1) Calliat et Lance, Encyclojiédie d'architecture, 1880.

(2) Romain Boulanger, Bulletin de l'histoire ds Paris, t. II.

sées devant le bureau de l'entrepreneur des démolitions, ainsi qu'un beau cartouche au soleil de Louis XIV, plusieurs plaques de cheminées et une porte à deux vantaux sculptés qui a été acquise par un amateur.

Nous venons de voir disparaître ce qui subsistait de l'hôtel construit par Claude de Bullion, surintendant des finances, dans la rue Jean- Jacques-Rousseau. Dans l'une des deux galeries, Blanchard avait peint les Douze mois de Vannée; dans la seconde, Vouet avait représenté les Aventures d'Ulysse. Au xviue siècle, la loge maçonnique, du rite écossais, et en même temps l'expert Paillet transformèrent la distribution de cette ancienne demeure qui devint un hôtel de ventes publiques. Ces travaux amenèrent le transport dans l'hôtel d'Hallwill de la décoration d'un salon peint par Vouet, dont nous avons parlé au cours de notre excursion à travers le Marais. Plus tard, M. Guyot de Villeneuve, en abandonnant l'hôtel de la rue Michel-le-Comte, a fait aménager à nouveau ces boiseries dans sa demeure du square de Messine, où elles décorent sa salle à manger. Les peintures de ce salon portent le caractère bien tranché de l'art français sous le règne de Louis XIII ({). Ce sont des panneaux occupés par des fleurs, des paysages et des scènes de la Jérusalem délivrée, avec une voussure à fleurs sur fond doré, et un plafond, qui ont été exécutés par Vouet, aidé de ses élèves, et qui sont datés de 1630. Ces peintures étaient déjà dispersées à la fin du xviii0 siècle, car cinq d'entre elles sont décrites dans le catalogue du prince de Conty (1777).

Le vaste hôtel occupé successivement parle financier d'Hervart, qui y avait recueilli La Fontaine, par Fleuriot d'Armenonville et par l'Hôtel des Postes, est aujourd'hui remplacé par l'édifice dont l'achèvement a donné lieu à tant de réclamations. Il ne contenait plus aucune trace des peintures de Mignard et de Dufresnoy, non plus que des sculptures de François Anguier, qui en avaient décoré les appartements. Il y restait cependant plusieurs œuvres artistiques qui ont été traitées avec le vandalisme insouciant dont le Domaine et les architectes de l'Administration ont donné trop souvent l'exemple. La rampe du grand escalier en fer forgé a été réservée et déposée au Musée des Arts décoratifs, tandis qu'on transportait au nouveau Ministère des Postes, des panneaux incomplets destinés à former une salle à manger. Mais on avait négligé ou dédaigné de sauvegarder un salon décoré de sculptures d'une finesse exquise, datant de l'époque de Louis XVI, dont MM. Rouyer et DarceU2) ont

(1) Rouyer, L'Architecture de la Renaissance.

(2) Rouyer et Darcel, L'Art architectural en France, t. II, pp. 83-86.

reproduit la porte et la cheminée, les principaux détails des panneaux, les couronnements de glaces et la rosace du plafond. Au moment de la démolition on avait affirmé que cette charmante décoration était réservée pour le Ministère des Postes; malheureusement il s'est produit là au dernier moment une substitution clandestine, dont a été victime notre patrimoine artistique. Toutes nos recherches pour retrouver les traces de ce salon ont été sans résultat. Peut-être un des lecteurs de ce travail sur la reconstitution de nos richesses saura-t-il dans quelle collection il figure actuellement? Le Domaine avait mis en vente — ostensiblement cette fois — les boiseries de trois autres salons qui étaient de valeur plus ordinaire. Il n'en était pas de même de celles qui revêtaient la loge du concierge. Malheureusement les experts ignorants en avaient fait deux tas, qui furent adjugés à deux Auvergnats différents. L'un d'eux trouva dans sa part les pilastres et les panneaux, tandis que le second avait les corniches et les trumeaux qui venaient s'y appuyer; il en est résulté que cet ensemble fut perdu.

Vis-à-vis l'administration des Postes, l'hôtel d'Hervalt (Caisse d'épargne) qui a appartenu ensuite à la famille de Thoynard, a vu rogner ses deux ailes situées sur la rue Coq-Héron, mais il a conservé la porte à vantaux gracieusement sculptés qui donne entrée dans la cour où se remarquent des clefs de fenêtres dans le style de la Régence. Les appartements particuliers du directeur, où nous n'avons pu pénétrer, sont revêtus des boiseries contemporaines de la construction. Dans l'un des bureaux on remarque les armoires vitrées et sculptées d'une bibliothèque qui y avait été installée au xvme siècle. La demeure du maréchal de Clérambault (rue Jean-Jacques-Rousseau), est occupée par l'Hôtel des Empires. Un escalier dont la rampe offre un remarquable travail de ferronnerie conduit aux chambres numérotées qui ont remplacé les salons du maréchal. Sur la façade de la maison n° 37 sont sculptés de beaux mascarons du xvme siècle, qu'accompagnent des balcons d'un gracieux dessin.

Il ne reste plus de la vaste résidence que Catherine de Médicis avait fait construire par Jean Rullant et qui fut connue plus tard sous le nom d'hôtel de Soissons tf), qu'une haute colonne d'ordre composite où la tradition veut que la reine ait eu l'habitude de monter avec le Florentin Ruggieri, pour interroger les astres. Cette colonne fut réservée lorsque la ville acquit, à la fin du xvmc siècle, les terrains de l'hôtel de Soissons pour y établir la Halle au blé qui est devenue la nouvelle

(1) V. C. Piton, Le Quartier des Halle».

Bourse du Commerce. Les cannelures de son fût sont décorées de lacs d'amour, de miroirs brisés et des chiffres C et H enlacés, emblèmes du deuil de la reine que le temps a cruellement rongés.

L'église de Notre-Dame des Victoires a été construite, en 1628, par les Auguslins déchaussés appelés ordinairement les Petits-Pères. Pierre Le Muet, Libéral Bruant et Jean Cartaud en dirigèrent successivement les travaux. La façade est ornée de pilastres ioniques dont la division principale forme un arc surmontant la porte. Au-dessus sont des pilastres corinthiens qui soutiennent un fronton triangulaire, et entre lesquels s'ouvre une grande fenêtre éclairant la nef. La décoration générale de l'intérieur se compose de piliers à pilastres ioniques sur lesquels retombent des voûtes en berceau, mais ces piliers et les murs des chapelles sont revêtus d'ex-voto uniformes en marbre qui enlèvent à l'architecture tout son caractère. L'église possède quelques monuments funéraires, intéressant l'art et l'histoire. Le plus important est celui de J.-B. Lulli dont le buste en bronze a été modelé par Coyzevox. Quatre statues, la Musique légère, la Musique dramatique et deux génies pleurant, ainsi qu'un médaillon de Lulli par Cotton, complètent ce mausolée. Une femme assise et tenant un miroir est tout ce qui reste du monument du maréchal de l'Hôpital exécuté par J.-B. Poultier. On doit à P. -A. Gois une pyramide funéraire érigée en l'honneur de Vassal, secrétaire du roi.

De belles boiseries décorent cette église. Tout autour du sanctuaire, se déroule une suite de panneaux encadrés de pilastres ioniques, présentant des médaillons à emblèmes religieux. Ce délicat travail de sculpture a été fait en 1739, par le maître menuisier Bardou. On doit à un autre menuisier, Régnier, la chaire à prêcher ornée des médaillons du Christ et de la Vierge, et le buffet d'orgues, sur lequel voltigent des têtes de chérubins et des anges à mi-corps.

L'œuvre la plus importante de Carie Vanloo a été peinte de 1730 à 1753, pour le chœur des Petits-Pères. 11 a représenté dans six grandes toiles : Le Baptême de saint Augustin, sa Prédication, son Sacre, sa Discussion avec les Donatistes, sa Mort et la Translation de ses reliques, en y joignant un septième sujet : Le Roi Louis XIII dédiant l'église de Notre-Dame des Victoires à la Vierge. Malgré l'absence complète de sentiment religieux, ces peintures se recommandent par leur exécution facile et par le charme de leur coloris.

Les bureaux de la Ferme générale des Messageries étaient établis dans un hôtel construit par Samuel Bernard, marquis de Boulainvilliers et comte de Coubert, et dont, il y a peu d'années, on avait converti une partie en table d'hôte. L'intérieur avait conservé des traces impor-

tantes de sa magnificence primitive, dont le commerce s'est empressé de tirer parti. Une belle rampe d'escalier en fer forgé a été acquise par M. L. Double, pour sa maison de la rue Louis-le-Grand, tandis que M. Récappé achetait du propriétaire, M. de Sèvre, une remarquable boiserie de salon de la fin du xvnc siècle, qu'il revendait à un amateur inconnu. Enfin M. le baron Edmond de Rothschild en a tiré un plafond décoré d'arabesques dans le genre de Gillot et de Christophe Huet, qu'il se propose de rétablir dans son hôtel du faubourg Saint-Honoré. A l'extrémité de la rue et en façade sur la place des Victoires, s'ouvre le grand hôtel à lucarnes et à chaînes de pierre, du marquis de Pomponne, plus tard de Massias, où siégea d'abord la Ranque de France. Il avait été construit pour le maréchal de l'Hôpital sous Louis XIII et agrandi en 1714 par Ronier de la Mosson qui y avait dépensé plus de 60.000 écus. On y voyait, jusqu'à ces dernières années, un grand salon revêtu de boiseries dorées que M. le duc de la Trémoille a fait transporter dans son hôtel de l'avenue Gabriel. Les deux panneaux principaux représentent des sujets de chasse, sculptés très vigoureusement dans le style des tableaux d'Oudry. On y distingue les deux lettres F. C. accompagnées de. la date 1711, qui nous semble le monogramme de François- Charles Caffieri, sculpteur des vaisseaux du roi (1î. Dans sa jeunesse, ce fils de Philippe Caffieri avait exécuté pour la grotte des bains d'Apollon, à Versailles, des sujets de coquilles et de glaçons, rappelant les ornements des pilastres à jets d'eau et à stalagmites qui accompagnent les grands panneaux de M. le duc de la Trémoille. La porte d'entrée, renouvelée sous Louis XVI, est ornée de deux bas-reliefs à médaillons de femme dans le style de J.-R. Huet.

Auprès de l'hôtel de Pomponne se trouve une maison de proportions colossales (rue du Mail, n° 1), avec une façade soutenue par d'énormes pilastres ioniques et des consoles de style Louis XVI; le n° 5 a conservé un couronnement de portail sur lequel on voit un grand mascaron s'appuyant sur deux grandes cornes d'abondance (xvmc siècle) ; le reste de la décoration est voilé par une grande enseigne commerciale. M. Lefeuve, dont les assertions ont toujours besoin d'être vérifiées, signale des boiseries et des entourages de glaces dans le local d'une table d'hôte occupant la maison n° 6. Quelques numéros plus loin (n° 12), se trouve une maison sans caractère artistique, construite par Berthaud, pour Talma et où Bonaparte a séjourné.

(1) J.-J. Guiffrey Les Caffieri.

LA PLACE DES VICTOIRES

La place des Victoires a été établie aux frais du courtisan-duc de la Feuillade, sur l'emplacement des hôtels de la Ferlé-Senecterre et d'Emery. De forme ronde, elle est entourée par des bâtiments uniformes élevés sur les dessins de J.-B. Mansard, qui s'y est montré mieux inspiré qu'à la place Vendôme. Malheureusement, à l'exception des beaux chapiteaux ioniques et de ses balcons en fer forgé, les détails de l'architecture de celte place sont rendus invisibles, par la multiplicité et la dimension des enseignes qui les recouvrent. Toutes les couleurs les plus criardes, toutes les formes les plus baroques y sont employées pour attirer malgré lui, l'œil que ces bariolages exaspèrent. Il serait à désirer que l'autorité municipale imposât à la publicité qui jouit d'une tolérance illimitée, un règlement protégeant l'aspect décoratif de nos monuments que les afficheurs et certains industriels ne considèrent que comme des espaces à réclame, mis à leur disposition sans restriction. Tout en émettant ce vœu, nous devons dire cependant que nous avons peu de confiance clans la protection édilitaire de l'Administration, en voyant qu'elle permet d'en surélever d'une manière exagérée les constructions nouvelles qu'on y bâtit, sans prendre le moindre souci de l'aspect primitif de la place, bien qu'elle soit classée parmi les monuments historiques.

Le milieu de la place était occupé par une slatue pédestre de Louis XIV, due à Desjardins, dont la matière en plomb a été envoyée aux arsenaux sous la Révolution. Aux angles du piédestal étaient quatre slalues d'esclaves en bronze, qui sont maintenant exposées devant la façade de l'Hôtel des Invalides. Six bas-reliefs allégoriques étaient appliqués sur ce socle; ils font partie du Musée du Louvre. La place était éclairée par quatre fanaux de bronze doré, supportés chacun par trois colonnes de marbre, reliées par des médaillons de bronze doré. Ces lanternes élégantes furent supprimées en 1718 et les marbres en

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furent donnés aux Théatins et à l'église de Sens. Plus tard, on y érigea une statue de Desaix.

Nous signalerons quelques décorations intérieures des maisons de la place des Victoires, sans certifier qu'il n'y en ait pas qui nous soient inconnues. Au n° 10, un salon, dont les portes à consoles et les encadrements de glaces ont été sculptés sous Louis XVI, a été complété pendant le premier Empire par des trumeaux de portes à médaillons mythologiques se détachant sur des arabesques en grisaille. Le motif central du plafond n'existe plus, mais les écoinçons et l'encadrement sont décorés de médaillons sur fond noir, accostés de génies ailés et supportés par des figures d'aigles. A côté s'ouvre un petit boudoir à plafond divisé en lamelles d'écran, fleuries de fines arabesques dans le goût pompéïen; dans un médaillon central est représentée une Venus accompagnée de l'Amour W. La maison n° 12 renfermait des trumeaux peints du xvne siècle, qui en ont été enlevés par le propriétaire. Celle qui porte le n° 1 conserve un petit salon de l'époque de Louis XVI, décoré d'encadrements de glace sculptés d'une bonne exécution, de trumeaux peints en grisaille et de bas-reliefs en plâtre.

Cette dernière maison est actuellement en communication avec la maison n° 2 de la rue Neuve-des-Petits-Champs qui, pendant près de deux siècles, a abrité la Gazette de France. Un pavillon rond, s'élevant en double trompe à la rencontre de la rue Croix-des-Petits-Champs et de la rue Neuve-des-Petits-Champs, renferme une charmante décoration du xvme siècle qui nous est parvenue dans son intégralité. La demeure a été construite primitivement par Desmaisons; elle appartint ensuite à l'architecte Ledais. Elle constitue maintenant un majorât pour la famille Portalis. La pièce, de forme ovale, est revêtue de huit panneaux oblongs peints sur bois qui représentent des paysages à figures de Chinois- Tartares. Trois portes à deux battants ornés de branches de fleurs, les accompagnent; elles sont surmontées de trois trumeaux à encadrements sculptés où sont peintes d'autres scènes de chasse ou de mœurs orientales. Une cheminée, aujourd'hui disparue, tenait la place de la quatrième porte. Tout le lambris est peint en vert et est complété par des panneaux de fleurs de dimension plus restreinte. Le plafond, tout entouré d'arabesques d'un goût coquet, est divisé en quatre motifs principaux où l'on voit des oiseaux et des singes voltigeant parmi des fleurs qui viennent s'appuyer sur des cartouches supportant des coupes à large

(1) Une décoration identique sans le médaillon central, se trouve dans Les maisons les plus remarquables de Paris, publiées par Krnft't et Ransonnette.

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ouverture. On ne saurait attribuer une décoration aussi importante qu'à Christophe Huet ou à son imitateur Peyrotte. Il nous semble toutefois que l'exécution du plafond est trop légère pour être d'un autre artiste que Christophe Huet. 11 est difficile de se prononcer sûrement à cet égard ; C. Huet et Peyrotte ayant très souvent travaillé ensemble.

T.A GALERIE p n f! É R DE L'HÔTEL DR TOULOUSE (BANQUE DE FRANCE)

(Sculptée par Vassc1, xvur si<Vlr),

L'administration de la Banque de France occupe l'ancien hôtel construit par F. Mansard à l'entrée de la rue Neuve-des-Petits-Champs pour le duc de la Vrillière, et remanié au xvni0 siècle par le comte de Toulouse, fils légitimé du roi Louis XIV, sur les dessins de Robert de Cotte. Les derniers travaux d'agrandissement de la Banque ont entraîné la transformation complète de cet édifice et l'on n'y retrouve de traces apparentes de son ancienne architecture que dans les consoles à guirlandes et dans les mascarons de la porte de style Louis XVI, donnant

LA PLAGE DEri VICTOIRES.

entrée dans la cour du gouverneur, qui rappellent le séjour qu'y a fait alors le duc de Penthièvre, et dans la trompe sur laquelle s'appuie l'extrémité de la grande galerie sur la rue Radziwill. Tout a été modernisé à l'intérieur, mais on a heureusement sauvegardé la galerie dont nous venons de parler el qui peut rivaliser avec celles de l'hôtel Lambert et du palais Mazarin. Cette longue salle, voûtée en berceau, a été décorée en 1643 par François Perrier de cinq grandes compositions et de deux autres plus petites, peintes sur plâtre, représentant le Lever du soleil, Y Enlèvement de Proserpine, Jupiter et Sémelé, Junon etÈole, Neptune et Thétys, Castor et Pollux et la Lune. Ces peintures ont été récemment transportées sur toile et restaurées par les frères Balze. Lorsque de Cotte fut chargé de remanier cette galerie, il en respecta la voùle, mais il fit exécuter la décoration complète des lambris par Antoine Vassé, qui y déploya un talent de sculpteur-ornemaniste, dont il avait puisé les principes dans l'arsenal de Toulon. Les pilastres, les encadrements des tableaux qui remplissent les trumeaux situés devant les fenêtres, les corniches et tous les détails de ces boiseries sont des modèles achevés de l'art décoratif français auquel de Cotte a donné un éclat incomparable. Mais on ne peut s'empêcher de remarquer que la tonalité assourdie des peintures de Perrier, ainsi que la banalité classique des peintures des trumeaux dus, pour la plupart, à des maîtres italiens du xvne siècle(4), forment un véritable contraste avec le chef-d'œuvre de grâce que nous devons à Vassé et avec la suite des groupes et des figures en stuc qui s'appuyent sur la corniche de la voûte et remplissent les voussures. La Galerie Dorée a, du reste, été restaurée avec un soin scrupuleux; on ne saurait lui reprocher que de trop mériter son nom, mais le temps se chargera de corriger celte exagération de richesse. Les appartements du Gouverneur conservent deux belles compositions de Boucher, naguère dans la chambre à coucher de la princesse de Lamballe, et la Fête de Saint- Cloud, grande peinture décorative de Fragonard. L'histoire de la Banque de France et de l'hôtel de Toulouse a été racontée dans une brochure publiée par cette administration. Elle contient des renseignements très curieux sur le travail de restauration qui y a été exécuté il y a quelques années.

Autour de. l'Hôtel de Ville, sur la place de Grève et dans les rues voisines, s'élevaient encore, il y a trente ans, des tourelles qui donnaient au quartier la physionomie d'une ville du Moyen âge. La plus impor-

(1) Ces peintures, qui ont été enlevées à la Révolution et dispersées dans les Musées, ont été remplacées par des copies, lors de la restauration de la Galerie.

tante se voyait dans l'ancienne rue Mouton, avant sa suppression ; c'était une tourelle effilée de l'époque de la Renaissance, dans laquelle la marquise de Sévigné et les grandes dames du règne de Louis XIV ne craignaient pas de s'installer pour assister aux fêtes publiques et aux supplices des criminels en renom. Celte charmante construction, publiée clans la Statistique monumentale de Paris, a été réservée lors des travaux d'agrandissement de la place de Grève et remontée dans une propriété particulière à l'est de Paris. Une autre tourelle moins importante existait à l'angle des rues du Coq- Saint- Jean et de la Tixeranderie, dans une maison dont la porte extérieure montrait des caissons moulurés avec un cartouche central.

Tout le cœur de la vieille ville a été modernisé pour faire place à des voies de communication plus larges et plus directes que les ruelles du Moyen âge; plusieurs plaques commémoralives rappellent l'emplacement des anciens établissements englobés dans ces travaux. La tour isolée de Saint-Jacques-la-Boucherie a survécu à la ruine de l'église pour devenir le motif principal d'un square public. Les figures d'animaux qui surmontaient sa plate-forme et qui étaient dues à l'imagier Rault (1521), ont été transportées dans le jardin de l'Hôtel de Cluny, après avoir été remplacées par des copies modernes. Dans l'intérieur de la tour, on distingue encore des traces de fresques religieuses du xvie siècle. Le Musée du Louvre possède actuellement un grand bas-relief de marbre représentant la Mort de la Vierge, que l'on croit provenir de l'église Saint-Jacques-la- Boucherie, sur l'affirmation d'Alexandre Lenoir, et qui est un bon ouvrage de l'un des artistes franco-italiens des premiers temps de la Renaissance.

La place du Chàtelet, devait son nom à l'ancien Grand-Chàtelet, d'où ressortissait tout ce qui touchait à la police et à l'administration intérieure de la ville; elle est occupée par la fontaine du Palmier érigée en 1806 pour rappeler les campagnes d'Egypte et d'Italie, qui est surmontée d'une Victoire en métal doré modelée par Boizot.

Vis-à-vis le Grand-Chàtelet, débouchait le Pont-au-Change chargé d'une double rangée de boutiques comme tous les anciens ponts de Paris. Le corps municipal y avait fait élever un monument en l'honneur des rois Louis XIII et Louis XIV. Les statues en bronze de ces deux monarques et celle d'Anne d'Autriche, par Simon Guillain, avec les trophées et les captifs entaillés dans la pierre qui les accompagnaient, font aujourd'hui partie des collections du Louvre. La décoration sculpturale des ponts avait plus d'importance aux yeux des architectes d'autrefois, qu'à ceux de nos ingénieurs. Les piles du vieux pont Notre-Dame

LA PLACE DES VICTOIRES

avaient été ornées, par Fra Giocondo, de niches contenant des figures recueillies par Lenoir aux Petits-Augustins, et maintenant perdues, tandis que le Pont-Neuf montrait une double rangée de mascarons dans le style de Germain Pilon, dont une partie a été transportée au Musée de l'Hôtel de Cluny, lors de l'abaissement des voûtes. Le cardinal de Richelieu avait fait ériger sur le terre-plein du même pont un monument équestre en l'honneur de Henri IV. Jean Rologne, auquel il avait été commandé, n'en avait pu terminer que le cheval; son élève Pietro Tacca l'avait complété par la figure du roi. Aux angles du piédestal, se tenaient quatre esclaves modelés par Pierre Francheville et jetés en bronze par Rordoni, et sur les côtés se déroulaient cinq bas-reliefs représentant les victoires de Henri IV. Renversée pendant la Révolution, cette statue fut remplacée sous la Restauration par un nouveau groupe dû à Lemot. Plusieurs fragments de la figure de Henri IV et du cheval subsistent dans le Musée du Louvre, qui possède également les esclaves de Francheville. D'après une information qui nous est donnée, la tète du roi retrouvée dans la Seine appartiendrait aux héritiers du comte de Chambord.

L'une des maisons de la rue Rertin-Poirée (peut-être l'ancien hôtel d'Esprémenil, n° 92) possédait un salon orné de boiseries, qui ont été acquises par M. le baron Ferdinand de Rothschild. Nous avons vu chez M. Montvallat les photographies de ces panneaux, dont les médaillons sont ornés de Sujets d'enfants; au-dessus des portes se trouvent des trumeaux où sont des Jeux d'enfants sculptés dans le plus beau style de l'époque de Louis XV.

Dans la maison (n° 54) de la rue des Rourdonnais qui porte pour enseigne : A la Barbe d'Or, et où demeurait en 1793 le marchand de galons Rarbier, on a conservé un petit boudoir revêtu de délicates boiseries du même temps, dont les panneaux représentent les Quatre Saisons. MM. Calliat et Lance [Encyclopédie d'architecture, t. VI) ont publié un heurtoir à la tête de lion du temps de Louis XIV, tiré d'une maison de la même rue, et on voyait dans l'impasse des Rourdonnais une belle porte surmontée d'une imposte de style Louis XIV (0, qui en a été enlevée.

Les ducs de la Trémoille avaient fait édifier dans la rue des Rourdonnais une demeure contemporaine des hôtels de Cluny et de Sens, et qui était la plus élégante construction civile de la fin du xve siècle qui se fût conservée à Paris. Mais la façade ne se trouvait pas à l'aligne-

(1) V. Daly, Motifs extérieurs, t. II, Louis XIV, pl. 6.

ment et malgré toutes les réclamations des artistes et des archéologues, la démolition en fut opérée de 1841 à 1842. Tout ce que put obtenir la Commission des Monuments historiques, fut la dépose provisoire des motifs les plus importants de la décoration dans la cour de l'école des Beaux-Arts, où ils attendent depuis plus d'un demi-siècle une destination définitive. La Société des Amis des Monuments parisiens a émis dernièrement le vœu qu'ils fussent remontés, soit dans les galeries du Musée du Trocadéro, soit dans un autre établissement artistique. Nous espérons que ce mouvement ne restera pas sans résultat et que l'Administration prendra la proposition en considération. Rien de plus affligeant que de voir les colonnettes et les sculptures de l'escalier de cette charmante maison, et les fragments de ses gables et de ses pinacles exposés aux injures du temps, alors qu'il serait si facile de les réappliquer contre une muraille pour leur donner un abri (*•). Deux allèges de fenêtre sont restées dans la cour de la maison qui a remplacé ce manoir (2).

M. Daly a relevé dans l'impasse des Bourdonnais une porte cintrée qui doit avoir été démolie par la ville. Jadis on citait dans la rue des Poulies les boiseries de l'hôtel de M. de Rouillé, qui passaient pour la plus belle œuvre du décorateur Leroux.

(1) V. Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, t. VI.

(2) C. Daly, Motifs extérieurs, t. II.

LE LOUVRE ET LES TUILERIES

Une curieuse boutique du xvme siècle, aujourd'hui divisée en deux parties, forme l'angle de la rue des Prouvaires et Saint-Honoré. Le marchand qui y habitait jadis avait pour enseigne : A la Règle d'Or. Un grand balcon de fer forgé s'étend au-dessus des voussures de ce magasin qui porte la date : 1755. Plusieurs autres maisons de la rue Saint-Honoré ont gardé des balcons et des consoles du siècle dernier. La librairie Techener a occupé longtemps une maison de la rue de l' Arbre-Sec (n° 52), dont la façade présente un balcon et des fenêtres décorées de mascarons et d'encadrements de l'époque de la Régence. Presque en regard, on voit l'ancienne fontaine du Trahoir, reconstruite en 1776 sur les dessins de Soufflot, pour laquelle Boizot a sculpté une nymphe entourée de roseaux, ainsi que des stalactites et des attributs marins.

Bien qu'elle n'ait pas gagné à la régularisation de la place qui la met en parallèle avec la mairie du 1" arrondissement, l'église Saint- Germain-l'Auxerrois est un des monuments de l'ancien Paris que les archéologues visitent avec le plus d'intérêt. L'édifice actuel date du xve siècle. C'est en 1435 que le maître maçon Jean Gaussel a construit le porche placé devant l'église, l'une des plus originales créations de notre architecture vers la fin du Moyen âge. Au-dessus de celte galerie sont disposées deux salles intactes et entourées d'armoires à banquettes qui servaient à renfermer les archives et le trésor de la paroisse; on se trouve transporté dans ces retraites à quatre siècles en arrière. La porte principale de l'église date du même temps, mais la majeure partie des sculptures de la voussure ont été refaites. L'intérieur a subi une rénovation presque complète en 1775 par Baccarit ; les piliers ogivaux du sanctuaire furent alors cannelés pour les convertir en colonnes antiques ; en même temps, on supprima un admirable jubé dessiné par Pierre Lescot et sculpté par Jean Goujon, dont les bas-reliefs principaux, l' Ensevelissement du Christ et les Quatre Évangélisles sont au

Musée du Louvre. En 1831, l'église fut saccagée, à la suite d'une émeute populaire occasionnée par la célébration d'un service en l'honneur du duc de Berry; elle fut réparée, quelques années après, avec plus de richesse que de goût. Il serait difficile de trouver des verrières d'un ton plus dur et plus criard que celles que la manufacture de Sèvres a exécutées pour remplacer les anciennes. C'était quelques années plus tard que devait renaître l'art du vitrail.

Malgré ces dévastations, il lui reste encore des pièces importantes de son ancien mobilier, notamment son buffet d'orgues, sa chaire et ses stalles qui datent du xvne siècle. Charles Lebrun a donné le dessin du banc d'œuvre en forme de dais reposant sur des colonnes, à rideaux soulevés par des anges, qui décore la nef. Le choeur est entouré par une grille de fer poli à chiffres et ornements de bronze doré, dû à Pierre Dumiez, qui est l'un des plus beaux travaux de serrurerie de la fin du règne de Louis XV. Nous citerons encore un confessional du xvne siècle; des têtes accolées de chérubins formant bénitier par Louis Lérambert; un grand rétable en bois sculpté, du commencement du xvie siècle, provenant de Belgique, et un rétable en pierre peinte (xiv6 siècle), acquis d'une église de la Champagne.

Plusieurs monuments funéraires y sont conservés. Deux statues et des bustes de Charles et de Tristan de Rostaing faisaient autrefois partie de la sépulture de celle famille dans l'église des Feuillants; celles des deux chanceliers d'Aligre par Laurent Magnier avaient été érigées primitivement à Saint-Germain-l'Auxerrois. De cette église proviennent également les admirables statues couchées de Nicolas Poncher et de sa femme Boberte Legendre, chefs-d'œuvre de la sculpture française au commencement du xvie siècle, attribués à Michel Colombe, qui font partie des collections du Louvre.

La vitrerie ancienne de Saint-Germain-l'Auxerrois, bien que barbarement traitée, repose les yeux fatigués des tons violents des verrières modernes peintes par Maréchal et par Thévenot. Tous les vitraux du chœur et de la nef ont disparu, il ne reste plus que les deux roses du transept représentant la Cour céleste et la Pentecôte, les quatre fenêtres du croisillon septentrional et deux fenêtres du croisillon méridional, qui datent toutes du xvie siècle.

L'élargissement de la rue des Prêtres -Saint-Germain-l'Auxerrois a entraîné la démolition de l'ancien presbytère à l'angle duquel était disposée une tourelle de la Benaissance, qui avait mérité d'être publiée par MM. Daly et Lenoir (*).

( 1) V. C. Daly, Encyclopédie d'architecture; A. Lenoir, Statistique monumentale de Paris.

L'tArl Décoratif dans le Vieux 'Paris.

Panneaux peints par Lancret pour la décoration d'un Salon de l'Hôtel de Houlougnc.

(Iipoque de Louis XV)

LE LOUVRE ET LES TUILERIES

La construction du Louvre remonte à Philippe-Auguste, mais le roi Charles V en confia la réfection et l'agrandissement cà son maître des œuvres Raymond du Temple. Une miniature du livre d'heures appartenant à Mgr le duc d'Aumale et gravée dans la Gazette des Beaux- Arts, ainsi qu'un rétable de la grand'chambre du Parlement au Palais de Justice et qu'un tableau provenant de Saint-Germain-des-Prés qui fait partie du Musée du Louvre, reproduisent fidèlement l'aspect pittoresque de cette résidence à laquelle avaient travaillé les meilleurs artistes de la seconde moitié du xive siècle. Les fouilles pratiquées dans le sol de la cour en 1868, et les découvertes faites lors de l'établissement des caves sous les bâtiments actuels, ont permis de retrouver les substructions de l'édifice, dont une partie a pu être utilisée et est visible au public à certains jours. Le donjon de Philippe-Auguste et les salles de Charles V, paraissant trop étroits et trop tristes à François Pr, il résolut de créer un palais nouveau et il s'adressa à l'architecte Pierre Lescot. Celui-ci répondit à l'attente du monarque et il dessina l'œuvre la plus parfaite de la Renaissance française, mais il ne put l'achever et ses successeurs en détruisirent les admirables proportions, en leur donnant un développement exagéré. Depuis quatre siècles, chaque souverain a continué les travaux de François Ier qui n'ont été définitivement terminés que sous Napoléon Ier. La Renaissance avait également entrepris une longue galerie reliant le palais du Louvre à celui des Tuileries; cette construction,- achevée par Henri IV, a entraîné l'établissement de vastes ailes intérieures que Napoléon III avait commencées et inaugurées; mais pendant qu'on bâtissait d'un côté, les architectes et les révolutions détruisaient de l'autre. M. Lefuel abattait la galerie de Ducerceau pour la réédifier sur un plan plus vaste et dans un style plus colossal. 11 faisait des pavillons de Flore et de Marsan du palais des Tuileries, d'énormes cubes de pierre surchargés d'ornements sans rapport entre eux, et il renouvelait la grande galerie donnant sur la rue de Rivoli, dans les mûmes proportions exagérées que celle du bord de l'eau. Cette entreprise dans laquelle ont été enfouis des millions et qui est restée inachevée, a modifié de la façon la plus fâcheuse, l'ancienne perspective de l'ensemble formant la place du Carrousel qui est incomplet maintenant sur l'un de ses côtés; de plus il sera impossible de jamais aménager ces bâtiments, même d'une manière incommode, à aucun service public, sans y dépenser d'autres sommes considérables. La Commune portait le dernier coup au spectacle unique que présentait la réunion de ces deux palais, en incendiant les Tuileries, et leur emplacement béant est venu changer toutes les proportions de cet

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ensemble, en accusant brutalement les dissonances architecturales de notre époque avec celle de la Renaissance.

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