GRAVURE REPRESENTANT LE PLAFOND ACTUEL DE L'ANCIENNE CHAMBRE DE PARADE
au i.ouvnE (gravure au trait).
supérieur était une grande salle chauffée par une cheminée en tombeau
soutenant un buste et deux statues sur la tablette, dont le lambris présentait quatre niches à coquilles avec cartouches rectangulaires et pilastres à frise, avec un plafond à compartiments. Il est facile de reconnaître que les colonnes et les pilastres de la salle du deuxième étage ont été employés dans la restitution de la chambre de Henri II, de chaque côté de la porte centrale. Un grand panneau oblong à mascaron a été placé dans la plinthe d'un salon provenant de Vincennes, ainsi qu'un autre trophée de bois doré représentant un trophée et des branchages datant du xvn" siècle. Ces pilastres ont été exécutés par Mazières. Le tout forme un assemblage où il est très difficile de séparer l'ancien du moderne. La restitution de Charles X et de Louis-Philippe est en réalité une restitution de ces anciennes salles, mais les ornements en ont été tellement alourdis qu'ils portent à la fois le style de la Renaissance et la manière bâtarde de Percier et de Fontaine.
Lors de l'appropriation de la chambre de parade du Roi au service du Musée, les boiseries en furent démontées, et placées vers la fin du règne de Charles X, dans les salles de la colonnade du Louvre. Le plafond de la chambre à parer était célèbre par son exécution à laquelle avaient pris part les sculpteurs de l'antichambre du Roi. Sauvai en a laissé une description qui répond assez exactement ù l'œuvre qui nous a été conservée. Au centre est disposé un écu moderne au chiffre de Henri II accosté de deux têtes d'aigles se détachant sur un fond de trophées militaires. Deux zones circulaires de mascarons et d'oves opposés entourent ce bas-relief. Elles sont inscrites dans un cadre sur lequel font saillie quatre têtes de bœuf, ainsi que des boucliers, et qu'une grande bordure à grecques dans les angles de laquelle sont placées des cornes d'abondance doubles à mascarons et à croissants. Quatre grands trophées composés de cuirasses, de casques et de boucliers se détachent du milieu de chacun des côtés de cet entourage. Sur la corniche se succèdent des consoles bordées de guirlandes supportées par des mufles de lion. La plinthe inférieure est revêtue de panneaux séparés par des pilastres et ornés du chiffre de Henri II, de croissants et d'attributs mililaires qui donnent la date de cette décoration artistique, dont le style est cependant plus surchargé et plus lourd que celui des boiseries de la galerie de François Ier à Fontainebleau, malgré le peu d'intervalle de temps qui les sépare. Quatre portes donnent accès dans cette pièce; elles offrent une succession d'armes et de casques sur lesquels sont sculptés des centaures, des figures de Neptune et d'animaux dans le goût des ornements gravés de Polydore de Caravage. Au-dessus de chacune des portes sont des bas-reliefs de figures allégoriques avec
LE LOUVRE ET LES TUILERIES
des trophées qui semblent d'une époque postérieure. Trois des parois de cette salle sont tendues de tapisseries tissées d'or et de soie monochrome, qui proviennent du cardinal Mazarin. Dans les cartouches des portes sont inscrites les dates de 1539 (?) qui y ont é!é placées lors de la restitution de cette salle.
Les principaux éléments de la chambre à coucher actuelle du Roi appartiennent au règne de Louis XIV. On sait par Guillet de Saint- Georges, que Gilles Guérin obtint la conduite des ornements d'architecture de cette pièce, et l'on retrouve en place, au Louvre, la presque totalité des œuvres qu'il a décrites. Le centre du plafond est disposé en voussure ovale dont les compartiments sont ornés d'ar.tbesques et de figures allégoriques peintes et dorées. Une seconde voussure ovale plus étendue est interrompue par deux groupes d'esclaves adossés dont l'un est de la main de Girardon et l'autre de celle de Regnauldin, et par deux autres groupes de Renommées dus à Magnier et à Legendre. Les quatre figures d'enfants qui soulèvent les rideaux de l'alcôve où la tradition veut que Henri IV ail rendu le dernier soupir, et les ornements de la corniche sont de Gilles Guérin, auquel on peut attribuer le plafond de l'alcôve dont la disposition répète celle du plafond de la chambre à coucher. La plinthe de cette alcôve est revêtue d'un lambris qui fait suite à celui de la chambre de parade, et montre le peu de respect archéologique avec lequel ont été traités ces vénérables débris. On peut attribuer également à la Renaissance une frise en bois doré qui fait face à l'alcôve, au-dessus d'une grande porte à deux vantaux ornés de superbes trophées que nous croyons du xvii" siècle. Là encore l'architecte moderne a inscrit au-dessus des baies les dates 1603, sur les cartouches à frises qui nous paraissent appartenir à la salle qui nous reste à décrire. Guillet de Saint-Georges (Mémoires des membres de l'ancienne Académie) signale également des peintures de Lesueur dans l'appartement du Roi. Au plafond était la Monarchie française appuyée sur un globe el chassant les ennemis de la France. Huit bas- reliefs bronzés d'or sur fond d'or représentaient les quatre parties du monde. Dans un cabinet voisin, un tableau représenlait X Autorité sur un trône avec le Temps, l'Histoire, la Douceur el la Force. Mais du temps de Guillet, ces peintures avaient déjà été enlevées. Nous pensons qu'elles ont dû être exécutées dans une seconde chambre à coucher ainsi que les sculptures dont nous venons de parler, car nous ne voyons pas comment elles auraient pu entrer clans la décoration de l'appartement de Henri II.
La salle d'assemblée de l'Académie de peinture (antichambre du
Roi) était ornée d'un tableau de Poussin, Le Temps découvrant la Vérité, qui lui servait de plafond. Il avait été peint en 164-1 pour le cardinal de Richelieu. Il figure actuellement au Musée du Louvre.
Pour compléter cette restitution d'anciens intérieurs royaux, on a emprunté au château de Vincennes les boiseries de la salle du Conseil qui faisait partie de l'appartement d'Anne d'Autriche. Vincennes étant un des séjours préférés de Mazarin et d'Anne d'Autriche, ils avaient fait décorer, dans les deux ailes du château neuf, une suite d'appartements, presque méconnaissables maintenant, dont les uns portent les chiffres d'Anne d'Autriche et de Louis XIV, et les autres ceux de Louis XIV et de Marie-Thérèse. Le salon transporté au Louvre est surmonté d'un plafond divisé en caissons rectangulaires dont les peintures représentent les Quatre parties du monde; deux autres de forme ronde sur fond doré montrent des génies avec les chiffres et les armes de la Reine, dans le style de Vouet. Le sujet central a été perdu. Le lambris est orné de lourds pilastres corinthiens dont les chapitaux supportent une corniche à voussure sur laquelle s'étend une frise à attributs, aux chiffres L et A enlacés, avec la date 1654; leur couleur blanche fait un contraste fâcheux avec les tons de bois naturel des lambris.
Dans le passage débouchant sur l'escalier conduisant au Musée de sculpture égyptienne, on a encastré deux panneaux oblongs dont le bas présente sur un fond cloisonné à fleurs de lis dorées, deux aigles à couronnes supportant des cartouches octogonaux à demi effacés dans lesquels deux femmes accostent un médaillon; au-dessus sont des trophées dorés. Entre ces panneaux est un bas-relief où l'on voit deux enfants soutenant un écu à casque avec les chiffres A et L entrelacés. Un troisième panneau peint sert de plafond. Ces ornements datent évidemment du milieu du xvnc siècle, mais proviennent-ils du château de Vincennes ou des appartements royaux du Louvre? A ce moment, les appartements du château de Vincennes étaient considérés comme une réserve où les architectes de la couronne pouvaient puiser impunément. Ils avaient placé dans l'antichambre de l'escalier d'honneur au palais des Tuileries, un plafond sculpté en bois doré dont les caissons portaient le Pélican emblématique d'Anne d'Autriche provenant de Vincennes, en même temps qu'un autre plafond ayant la même origine venait décorer l'antichambre de la chapelle des Tuileries. Ces deux ouvrages ont été anéantis en 1871 .
Les salles du Musée Charles X et celles de la façade du bord de l'eau possèdent des plafonds dont quelques-uns sont dus à des peintres en
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renom de la première moitié de ce siècle : Eugène Deveria, Alaux, Gros, Heim, Schnetz, Cogniet et Horace Vernet. Tous ces sujets ont été composés comme des tableaux, sans souci des principes décoratifs, et ils ne servent qu'à absorber l'œil du visiteur par leurs couleurs éclatantes, au détriment des objets d'antiquité que renferment les vitrines. L'un de ces tableaux, V Apothéose d'Homère, par Ingres, a été enlevé en raison de sa valeur artistique, pour être accroebé dans la salle des peintures, et remplacé par une copie.
La démolition des ruines des Tuileries a été un acte de vandalisme qui s'est opéré légalement, après toutes les enquêtes administratives et les rapports des commissions officielles, malgré les protestations des amateurs et les vains efforts des sociétés qui veillent à la conservation des souvenirs historiques de notre ville. Le Gouvernement et le Parlement n'ont rien osé proposer en faveur de ce qui restait des constructions de Philibert Delorme, qu'il était cependant possible de rétablir dans leur état primitif. Le monument a été effacé du sol, comme complice de la Royauté qui y avait séjourné pendant quatre siècles, car à chaque changement politique, on a toujours rendu responsables des gouvernements déchus, les monuments qu'ils avaient fait construire. Il s'écoulera maintenant bien des années avant qu'on se soit mis d'accord sur la destination et sur la forme de l'édifice qui viendra fatalement remplir la lacune béante qui s'étend entre les deux pavillons de Flore et de Marsan.
Moins noble et moins sévère que le Louvre, le Palais des Tuileries était plus élégant et plus gracieux. L'architecte Philibert Delorme qui en avait entrepris la construction pour Catherine de Médicis en 1564, y avait déployé toutes les délicatesses de l'ordre ionique, que ses successeurs Jean Bullant, Metezeau, Du Perac, Androuet Ducerceau, Fontaine et Lefuel, avaient modifiées dans une large mesure, sans en enlever le charme primordial.
Le plan primitif des Tuileries était disposé en un grand quadrilatère formant le contrepoids de celui du Louvre. La mort ne permit à Catherine que d'en exécuter un seul côté donnant sur le jardin. Après elle, ce plan fut abandonné et le palais fut étendu en longueur pour rejoindre la grande galerie du Louvre. La résidence de Catherine de Médicis devait offrir un pavillon central, dont la coupole en forme de couronne était accompagnée de quatre petits dômes isolés. Philibert Delorme y avait construit un grand escalier, chef-d'œuvre d'architecture, qui fut supprimé lorsque Louis XIV remplaça la coupole du xvi° siècle par une lourde masse carrée. De chaque côté du pavillon central , s'étendait une galerie ouverte à porli-
sise
ques et surmontée d'un étage à terrasse, en attique, de la plus gracieuse invention. Chacune des galeries aboutissait à un corps de logis carré, orné de colonnettes élégantes, que deux autres galeries construites sous Henri IV et sous Louis XIV, réunissaient aux pavillons de Flore et de Marsan. Malgré les superfétations des règnes de Louis-Philippe et de Napoléon III, qui avaient fait établir des appartements sur les terrasses de Philibert Delorme, en dénaturant les proportions gracieuses du monument, la décoration des Tuileries était restée presque intacte. Elle formait après sa dépose, soigneusement effectuée par l'agence des travaux d'architecture W, un immense musée de sculpture ornementale composé de colonnes, de chapiteaux, de tambours de colonnes, de pilastres, de piédestaux, de frises sculptées, de corniches, de bandeaux et de frontons exécutés avec autant de vigueur que d'originalité. Les pièces principales de ces débris furent réservées par l'État. Le Musée du Louvre demanda les colonnes à bagues de marbre aux attributs de la Reine et les belles colonnes cannelées qui étaient placées au rez-de-chaussée sur les deux faces du pavillon central. D'autres grandes colonnes ou des pilastres, ainsi que des frises et des piédestaux, furent remontés dans le jardin des Tuileries, à l'École nationale des Beaux-Arts, dans le jardin du Trocadéro et dans divers édifices publics. En dehors de ces réserves, il restait entre les mains des entrepreneurs toute une série de pièces importantes qui ont été acquises et relevées par divers amateurs, notamment par M. V. Sardou dans sa propriété de Marly-le-Roi. M. le comte Pozzo-di-Borgo a fait reconstruire entièrement, sur une colline dominant Ajaccio, l'un des deux pavillons bâtis par Jean Bullant après la mort de Philibert Delorme et où étaient disposés les appartements particuliers des souverains. Qui se serait jamais attendu à retrouver sur les bords de la Méditerranée, un monument parisien, recueilli alors qu'il était en quête d'un asile, par suite de nos orages révolutionnaires!
Il ne restait plus trace de la décoration intérieure du xvic siècle, qui ne fut probablement pas achevée, puisque la Reine n'y habita jamais. Louis XIV y avait fait disposer une suite d'appartements, destinés à remplacer ceux du Louvre, alors en reconstruction, lorsque la cour séjournait à Paris.
Jusqu'à l'incendie de 1871, les salles du rez-de-chaussée des Tuileries qui formaient le logis du Roi, avaient conservé, dans leurs disposi-
(1) Tous les détails d'architecture des Tuileries ont été soigneusement relevés avant leur démolition. La Société de l'Union centrale des Arts décoratifs en a fait estamper les principaux motifs par son atelier spécial de moulages.
L'iArt Décoratif dans le Vieux 'Paris.
Décoration de l'un des Salons du Garde-Meuble (^Ministère de la Marine).
(Epoque de Louis XV)
rôS L'ART DÉCORATIF DANS LE VIEUX PARIS.
tions principales, les ornements peints dont Georges Charmeton et les deux Lemoyne, Francisque Millet et Noël Coypel avaient décoré leurs lambris. On y voyait des sujets mythologiques, des attributs en camaïeu, des arabesques et des devises en l'honneur de Louis XIV U) sur fond doré, qu'accompagnaient des plafonds dus à Nicolas Loir, à Mignard et à Flemael, entourés d'ornements en stuc doré par Lérambert et Girardon. L'appartement de la Reine était décoré de panneaux allégoriques dus à Jean Nocret et de grands paysages par Jacques Fouquières que ses démêlés avec Poussin ont rendu célèbre.
La salle des Gardes était ornée d'une suite de tableaux représentant des trophées militaires peints par N. Loir, ainsi qu'un plafond où se voyait la Libéralité du Prince; sur la cheminée était Diane et Endymione par le même artiste. Il avait également peint l'antichambre du Roi et des tableaux représentaient les Métamorphoses d'Ovide, avec le Char du soleil au plafond. Dans les angles étaient les Saisons et les Quatre parties du jour, sur fond d'or. La peinture d'ornement de ces appartements était de Charmeton. Dans la grande chambre du Roi, le plafond était de Flemael et représentait le Triomphe de la Religion; autour étaient des corniches en stuc par Lérambert avec des figures par Girardon et des grotesques dus aux deux Lemoyne. Le petit appartement du Roi était divisé en deux pièces peintes toutes les deux par Noël Coypel; il y avait représenté la Terre, Hercule et Achelous, Apollon, Borée, Zéphyre, les travaux d'Hercule, des jeux d'enfants et des naïades. On y voyait aussi des paysages par Millet.
Les appartements du rez-de-chaussée étaient peints par Nicolas Mignard; au plafond de l'antichambre étaient Apollon sur un trône et Minerve; celui de la chambre en rond représentait Apollon assis et environnédes signes du Zodiaque; auprès étaient deux petits sujets : Apollon et les Cyclopes et les Enfants de Niobé; dans l'alcôve était la Nuit et les Songes; dans le petit cabinet, un beau tableau représentant Apollon couronnant les Muses; sur la cheminée, Mercure remettant la lyre à Apollon, et deux dessus de porte par Millet : Clytie et Hyacinthe. Derrière cet appartement s'étendait une vaste galerie dont la voûte était
(1) Jean Bérain a publié une suite de vingt-huit planches faisant partie de la Chalcographie nationale, intitulée : Ornements de peinture et de sculpture qui sont dans la galerie d'Apollon au château du Louvre, et dans les grands appartements du Roi au palais des Tuileries. Quatre de ces planches reproduisent les arabesques peintes par les Lemoyne aux Tuileries ; quatre autres, les portes peintes par Charmeton, et quatre autres planches, huit dessus de portes à vases couronnés et à frontons brisés, qui sont gravés par F. Chauveau. Le style de ces ornements rappelle beaucoup celui des arabesques de la galerie d'Apollon au Louvre.
LE LOUVRE ET LES TUILERIES
divisée en grands caissons peints d'après les compositions d'Annibal Carrache dans la galerie du palais Farnèse à Rome. Ces sujets tirés de la Fable avaient été exécutés à Rome par Mosnier, Corneille le jeune, Ronnemer et Vouet fils, sous la direction d'Errard ; quatre autres tableaux avaient été inventés par Rlanchard, Delafosse et Vignon ; Audran , Houasse et Jouvenet avaient dessiné les bas-reliefs et les figures surmontant la corniche de celte galerie.
Le second pavillon carré, situé près du pavillon de Marsan, contenait la salle des machines où Louis XIV faisait représenter les ballets de Quinault et de Lully. Ce théâtre avait été disposé sur les plans de Vigarini et peint par Noël Coypel d'après les dessins de Charles Lebrun. Ce travail avait été commandé antérieurement à Charles Errard qui avait décoré les balcons et les plafonds de l'amphithéâtre d'arabesques sur or qui furent imitées par Noël Coypel. La Convention y siégea après la chute de la royauté, et il devint plus tard une salle de banquet.
Auprès de l'appartement du Roi se trouvait celui du grand dauphin. Il renfermait plusieurs frises peintes sur fond doré par Philippe de Champaigne et par son neveu. Il y avaient représenté différents trails de l'éducation d'Achille pour montrer les exercices et les amusements de la jeunesse. Ces toiles enlevées de leur place primitive, lors d'un changement de disposition architecturale, sont aujourd'hui conservées au Musée du Louvre. Ce sont, en y joignant quelques figures allégoriques de Noël Coypel qui se trouvent au grand Trianon, les seules œuvres artistiques conservées aujourd'hui de la décoration du palais des Tuileries qui contenait tant de modèles délicats de l'art français du xvne siècle, notamment un salon du premier étage servant de salle de conseil sous Napoléon III, où un beau portrait de Louis XIV et une composition reproduisant Mme de Maintenon en gouvernante des enfants du Roi, étaient accompagnés de superbes boiseries dorées. La plupart des meubles anciens qui figuraient avant 1870, dans les pièces occupées par l'impératrice, avaient été heureusement mis à l'abri; ils se trouvent aujourd'hui au Garde-Meuble et au Musée du Louvre, non sans porter toutefois les traces des périls qui ont failli les anéantir.
Aux œuvres commandées pour la décoration du palais, il faut en ajouter un certain nombre qui avaient une origine différente. Tel était un plafond de bois sculpté et doré aux chiffres d'Anne d'Autriche que l'on avait tiré du château de Vincennes pour le placer dans l'antichambre du grand escalier où il a été consumé en 1871. Il avait été complété par un sujet central et par quatre caissons en grisaille commandés au peintre Blondel.
Avant de démolir le palais, le Domaine avait eu le soin de tirer parti de tout ce qui présentait une valeur sans se soucier comme toujours de l'intérêt artistique. Le feu avait épargné dans une des salles du pavillon de Marsan, des fragments de boiserie dorée du plus beau travail. Nous en citerons surtout deux comme étant des spécimens de ce que l'art de Louis XVI a produit de plus parfait. Le premier est un grand panneau décoré de vases et de figures de femmes sur un lambrequin accompagné d'arabesques; le second est un grand vantail de porte sur lequel sont des arabesques, des chimères en pied, des montants d'encadrement, des écoinçons de glaces et des fragments de corniche. Ces sculptures datent sans doute de l'époque où la cour vint habiter les Tuileries sous Louis XVI. Le marchand qui les possédait récemment en demandait un grand prix.
Le jardin des Tuileries est, comme le parc de Versailles, une sorte de musée de la sculpture décorative française depuis le xvii° siècle. En outre des morceaux commandés pour compléter l'effet des dispositions de Lenûlre, il a reçu, sous Louis XV et pendant la Révolution, nombre de groupes et de statues provenant de Marly; par contre, il en a dù abandonner au Musée du Louvre plusieurs autres, qu'il y aurait eu danger à laisser plus longtemps exposés aux intempéries de notre climat. Les deux groupes équestres : Mercure et la Renommée, avaient été sculptés par Coyzevox pour l'abreuvoir de Marly ; mais ayant été jugés d'une trop faible dimension, ils furent remplacés par deux autres groupes colossaux de Coustou qui sont venus plus tard leur faire pendant à l'entrée des Champs-Elysées. Non loin des œuvres de Coyzevox, quatre groupes couchés : le Rhône et la Saune par G. Coustou ; le Rhin et la Moselle par van Clève, et deux copies d'après l'antique : \eNilet le Tiare, annoncent dignement l'entrée du jardin par la grille du Pont tournant. Sous la Révolution on a construit dans les massifs boisés, deux hémicycles en marbre à l'imitation de ceux de la Grèce, dans l'un desquels sont deux charmantes statues de Lepautre et de G. Coustou représentant Hippomène et Atalante, qui se voyaient auparavant à Marly, et dans l'autre : Apollon et Daphné par Théodon. En face du palais disparu, sont restés deux groupes colossaux, Enée enlevant Anchise et Lucrèce et Collât in, par Lepautre, autour desquels sont rangées quelques statues du xvii° siècle et une série de vases ornés de guirlandes et de mascarons élégants. Dans l'une des allées transversales, une Flore par L. Magnier, répétition d'un groupe des jardins de Versailles, descend d'un char de bronze délicatement ciselé. Si l'art contemporain n'était pas en dehors de notre cadre, nous aurions à citer dans le jardin et sur les façades du pavillon de Flore,
LE LOUVRE ET LES TUILERIES
des sculptures de Barye, de Carpeaux et de Caïn qui sont déjà considérées comme des modèles classiques.
L'axe de la cour immense du Carrousel est occupé par le monument le plus réussi qu'ait produit l'architecture du premier Empire, et qui devait servir en même temps à dissimuler le défaut de parallélisme existant entre les façades du Louvre et des Tuileries. L'arc de triomphe du Carrousel a été érigé en 1807, à la gloire de l'armée française, par les architectes Percier et Fontaine, sur le modèle de l'arc de Septime Sévère à Rome. La plate-forme reçut comme couronnement les quatre chevaux d'airain de Saint-Marc, qui reprirent en 181o la route de Venise; ils étaient attelés à un char de victoire où devait figurer primitivement une grande statue de Napoléon l", par Lemot, qui est en ce moment sur une des terrasses de Versailles. Le quadrige actuel : Le Triomphe de la Paix, a été modelé sous la Restauration par le sculpteur Bosio. Tous les détails de la décoration de l'arc du Carrousel ont été traités avec beaucoup de goût par les meilleurs artistes du commencement du siècle, qui pour la plupart avaient fait partie de l'ancienne Académie royale. Clodion (Claude-Michel) a exécuté l'un de ces bas-reliefs : YEntrée à Munich, tandis que Pradier et David d'Angers y produisaient leurs premières œuvres. Quelques-unes des statues de l'attique représentent des grognards, dont les uniformes ont été rendus par Dumont et par les autres sculpteurs avec une exactitude très mouvementée.
LE
PALAIS-ROYAL
De la résidence construite par le cardinal de Richelieu entre le Louvre et les Tuileries et qui s'appela successivement : Palais-Cardinal et Palais-Royal, il ne- reste pour ainsi dire plus que l'emplacement. On ne retrouve de vestiges de l'œuvre de Lemercier que dans les cartouches sculptés sur la droite de la seconde cour, où des ancres et des trophées maritimes rappellent la charge de grand amiral dont Richelieu était titulaire. La façade extérieure de la première cour fut complètement renouvelée par Moreau, l'architecte du duc d'Orléans, en 1763, et par Fontaine pendant la Restauration. L'avant-corps du pavillon central est couronné d'un attique à fronton circulaire au milieu duquel Pajou a sculpté deux figures de génies soutenant un cartouche armorié, aujourd'hui occupé par un cadran d'horloge. Des trophées d'armes accompagnés de groupes d'enfants et des pilastres corinthiens complètent cette décoration que l'on peut citer comme l'une des plus charmantes œuvres du xvme siècle. Les deux pavillons longeant la rue Saint-Honoré sont surmontés de frontons dont les tympans offrent des groupes de femmes et d'enfants disposés autour d'un grand écusson, qui sont modelés par la même main. M. de Concourt possédait les dessins du fronton de droite représentant la Prudence et la Liberté, qui porte la date de 1765.
Le premier étage de la façade donnant sur la seconde cour est orné d'une ordonnance ionique, formée par des colonnes détachées supportant de grandes statues assises. Quatre d'entre elles, placées sur l'avant-corps de la droite, sont dues à Pajou; les quatre du côté gauche ont été sculptées par A. F. Gérard en 1830.
Les appartements intérieurs ont été si souvent remaniés qu'il ne reste rien de la décoration que leur avait donnée le cardinal. On y retrouve encore çà et là les restes des travaux que les ducs d'Orléans y avaient fait exécuter à diverses reprises. Nous nous souvenons avoir vu, dans l'ancienne collection du comte Pourtalès, le Mariage de la Vierge, qui
CALIER DU PA.LAIS-RO YAIi EXÉCUTÉ PAR LE SERRURIER CODBIX
(xvnr siècle).
provenait de l'une des chapelles du Palais-Royal, peinte par Philippe de Champaigne; ce tableau est aujourd'hui en Angleterre. Une seconde chapelle disparue, avait été entièrement décorée par le pinceau de S. Youet. On rencontre dans les Musées de province un certain nombre de grands portraits en pied qui ont fait" partie de la galerie des Hommes illustres, peinte par Vouet, P. de Champaigne, Juste d'Egmont et Poerson, pour le cardinal. Une seconde galerie où Antoine Coypel avait figuré, en quatorze tableaux, les principaux faits de YÉnéide, fut démolie pour l'établissement du Théfdre-Français, en 1786. Le Régent avait installé, dans une suite de salons décorés par Oppenord, une précieuse collection de tableaux anciens que la France a perdue lors de la Révolution et qui luttait d'importance avec celle du Roi.
La première antichambre avait été peinte par Guillel , Morlin et de Leuse, sur les dessins de Pierre. Ces peintures représentaient des pilastres toscans avec des vases de fleurs. Dans les caissons du plafond de celte pièce, Pierre avait peint Y Apothéose de Psyché. Il avait décoré également celui de la chapelle de la duchesse situé au premier étage.
Le grand escalier d'honneur à double rampe, construit en 1763 par Contant d'Ivry, est contenu dans une cage ovale à coupole décorée de trophées. Trois entre-colonnements d'ordre ionique forment des arcades remplies par des peintures en grisaille, représentant des portiques avec des statues. L'architecture de ces perspectives est due à de Machy, et les figures en ont été peintes par Tara val. La rampe en fer forgé et poli, aux doubles lettres royales entrelacées de palmes en cuivre doré, est un ouvrage du serrurier Corbin qui l'a exécuté sur les modèles de Jacques Caffieri; c'est l'un des plus beaux travaux de la ferronnerie du xvmc siècle. Au milieu sont placés deux groupes d'enfants en plomb massif, aujourd'hui bronzé, par de Fernex, qui portent un palmier d'où sortaient autrefois des bras de lumière. Les trois grandes portes du palier conduisant aux salles du premier étage, sont surmontées de belles figures de génies soutenant l'écu de la famille d'Orléans, et de vases sculptés par Philippe Caffieri.
L'ancienne salle à manger du palais, autre œuvre distinguée de Contant d'Ivry (!) (1765), ouvrant sur le balcon à consoles et à mascaron avec rampe en fer du pavillon de la cour des Fontaines, a conservé ses
(1) V. Les appartements du Palais-Royal ont été gravés par Le Canu, d'après Contant d'Ivry, dans Y Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Ils comprenaient un grand salon avec des portes à glaces (l'esquisse du plafond de cette pièce par Noël Coypel est au musée d'Angers) ; un grand salon de jeu orné de colonnes corinthiennes, dans le style de Louis XV, et une chambre de parade de même décoration dans un style identique.
LE PAL AIS -ROYAL
murs revêtus d'ornements en stuc, qui ont été récemment peints et dorés. Dans les dessus des portes et des fenêtres, de Machy a peint en grisaille quatre médaillons circulaires représentant des groupes d'enfants et des figures allégoriques de femmes couchées. La salle suivante, qui sert actuellement aux audiences de la cour des conflits du Conseil d'Etat, a été dépouillée de ses boiseries, à l'exception de cinq portes à encadrements sculptés et à figures de dragons, et de la corniche du plafond que l'on retrouve dans les gravures d'Oppenord et dont nous croyons pouvoir attribuer l'exécution à l'ornemaniste N. Pineau. La pièce d'attente de la EHrection des Beaux-Arts est un autre grand salon soutenu par des pilastres ioniques en stuc doré au milieu desquels sont des trophées d'armes qui encadrent des arcades à glace; mais de nombreux remaniements modernes lui ont enlevé son ordonnance primitive. Le Directeur des Beaux-Arts occupe un salon auquel on accède par deux belles portes à vantaux décorés de boiseries sculptées où l'on voit des sphinx, des médaillons à figures, des paniers de fleurs et des guirlandes. Au milieu est un panneau étroit sur lequel courent des tiges enlacées en couronnes se succédant, travail de style Louis XVI, exécuté sur les dessins de Contant d'Ivry. A côté de leur collection de tableaux, les ducs d'Orléans possédaient une bibliothèque, un cabinet de pierres gravées et de médailles et un cabinet d'histoire naturelle, qui étaient installés en partie au second étage de l'aile située sur la rue de Valois. La bibliothèque de la Commission des Monuments historiques occupe les armoires vitrées à corniche et à caissons encadrés du style Louis XVI, de l'une de ces anciennes pièces. Sur la cour des Fontaines prend jour un pavillon élevé par Moreau, après l'incendie de l'Opéra, dont le balcon à consoles est surmonté d'un fronton à cartouche et à attributs.
L'incendie de 1871 avait épargné d'autres boiseries sculptées sur les dessins de Contant d'Ivry et de Louis, pour la décoration du palais. Ces anciens panneaux n'ont pas trouvé grâce devant les architectes chargés d'approprier le Palais-Boyal aux services de la Cour des comptes et du Conseil d'Étal. Ils furent divisés en plusieurs lots de la hauteur et de la largeur voulue par les règlements de la mise en vente des matériaux appartenant au Domaine public, et après être restés plusieurs mois dans la cour du palais, ils furent adjugés aux marchands auvergnats qui sont les assistants ordinaires de ces opérations intelligentes, avant d'être acquis par M. Montvallat.
Le Théâtre-Français était mis en communication avec l'ancien Palais- Royal, par cinq arcades aujourd'hui condamnées et occupées par des échoppes, dont les voussures sont ornées de trophées en pierre largement
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exécutés, dans le beau style des œuvres de Cauvet à qui l'on devait la décoration des portes de la façade principale. Le foyer de cette salle, l'un des bons ouvrages de Louis, renferme une suite incomparable de statues, de bustes et de portraits retraçant les auteurs dramatiques et ceux des acteurs chargés d'interpréter leurs compositions; mais cette collection où l'on retrouve les noms de Coyzevox, de Caffieri et de Houdon, relève bien plus du grand art que de ce que Ton est convenu de désigner sous le nom d'art décoratif (').
L'architecte Louis nous semble s'être encore surpassé dans la grande galerie qui entoure le jardin du Palais-Royal, et qui fut élevée malgré les réclamations des propriétaires des maisons voisines, jaloux de conserver la vue de cette promenade. On peut citer comme un modèle de simplicité élégante, les grands pilastres cannelés à chapiteaux corinthiens, les allèges et les consoles des arcades des trois promenoirs longeant celte galeri%ainsi que les guirlandes de feuillage qui surmontent la clé des baies. Plusieurs maisons avaient conservé jusqu'à nos jours les lambris sculptés contemporains de la construction. Les plus remarquables étaient ceux du café Foy si longtemps dirigé par la famille Jousserand-Lenoir, à laquelle le Louvre doit la possession d'une belle collection de miniatures et de boîtes émaillées. Lors de la fermeture de cet établissement, les boiseries en furent acquises par M. Beurdeley père et revendues par lui à un amateur dont il a oublié le nom. L'emplacement du café n'est plus indiqué aux curieux que par la copie de l'hirondelle peinte au plafond par Horace Vernet, qui y venait souvenldans sa jeunesse, avec son père Carie. Lefeuve affirme que les boiseries sculptées et dorées du n° 154 de la galerie, avaient été transportées après la suppression de la ferme générale des jeux, dans un des salons du premier étage du café Foy (Anciennes maisons de Paris, t. Il, p. 351). Nous apprenons de plus par M. de Concourt (Maison d'un artiste, t. II, p. 90), qu'en 1787, le café de Foy occupait ia largeur de sept arcades et que les murs des salles intérieures étaient revêtus d'une boiserie à pilastres et à corniches sculptées. Chacune des salles était réunie par trois baies cintrées et s'appuyant sur des pilastres de style Louis XVI. Entre ces trois arcades était une cheminée surmontée d'une glace sans tain. Chacun des deux autres panneaux ouverts servait de porte. On en trouve de nombreuses reproductions dans les gravures historiques ou dans des tableaux du temps de la Restauration. La plus intéressante vue est celle du Cabinet des estampes de
(1) Voy. GazztU, 2e pér., t. XXXIV'', p. 127, l'étude de M. Got avec gravures. René Delorme, Le Mimée de la Coméd/e française.
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]a Bibliothèque nationale, provenant de la collection Deslailleur, t. V.
La chancellerie des ducs d'Orléans donnait autrefois sur le jardin du Palais-Royal; elle en fut séparée par la construction de la galerie et se trouve resserrée entre les rues de Valois et des Bons-Enfants. Elle a
LA GALERIE DU PA L A I S - Il O VA L, CONSTRUITE l'Ail LOUIS. ÉPOQUE DE LOUIS XVI.
été construite pour le cardinal Dubois (1715) et possédée plus tard par la famille d'Argenson. La cour est précédée d'un portail à fronton derrière lequel se trouve une voûte décorée de statues et de bas-reliefs de style Louis XVI. Le salon principal de cet hôtel a été dessiné par Germain Boffrand i1) avec un goût exquis. Les panneaux, les encadrements de portes et les bordures de glaces sont décorés de coquilles et d'orne-
(1) Voir la gravure de ce salon par La Mercade, dans V Architecture, de G. Boffrand.
ments en bois sculpté et doré d'une très précieuse exécution. Au-dessus d'une corniche à voussure s'étend un vaste plafond où Antoine Coypel, premier peintre du régent, qui lui avait déjà commandé la voûte de la galerie d'Énée, a représenté les Amours désarmant les Dieux, dans sa manière claire et facile. M. le marquis de Chennevières possède un grand dessin d'Antoine Coypel pour ce plafond. Celte pièce porte les traces apparentes de la modification partielle qu'elle a subie sous Louis XVI. C'est alors que furent refaites les cinq portes à trophées peints et dorés avec des trumeaux cintrés à personnages sculptés en bas-relief et dorés, ainsi que les médaillons ovales qui rappellent le caractère des ouvrages de de Wailly. Aussi, n'y retrouve t-on plus les beaux pilastres et les voussures de bois sculptés sur les dessins de G. Boffrand et reproduits dans son traité d'achitecture. Ce salon fut restauré à une époque plus récente, lorsque M. Sandoz y établit les magasins de vente de ses bronzes. Auprès se trouve une chambre à coucher dont le plafond peint par Durameau, représente le Lever du jour. Dans la salle à manger, et au milieu d'un fond d'arabesques en stuc doré d'une grande richesse, Lagrenée le jeune a peint : Hébé versant le nectar à Jupiter; la pièce a conservé ses pilastres et sa corniche sculptée, avec une cheminée incrustée de cuivre. Le vestibule d'entrée, soutenu par des pilastres d'ordre composite, était orné autrefois d'une voûte à compartiments où Briard avait retracé les Travaux d'Hercule. On voit encore au plafond d'une petite pièce qui servait de boudoir, les traces presque effacées d'arabesques peintes sur les dessins de l'architecte de Wailly qui avait été chargé sous Louis XVI, par le comte d'Argenson, de moderniser la décoration de la chancellerie.
Dans la rue des Bons-Enfants, on trouve plus loin (n° 28), la maison qui après avoir été occupée longtemps par la famille Sylvestre, fut ensuite convertie en salle de vente publique pour les livres. Lorsque les successeurs du libraire Labitte prirent possession de cette demeure pour y installer leurs magasins, ils découvrirent dans l'une des salles, des panneaux à encadrements et des beaux dessus de portes en bois sculpté, dissimulés derrière un revêtement de planches, qu'ils ont fait restaurer soigneusement, pour en faire une salle de vente publique. Une porte de l'hôtel de Bruges, rue de Badziwvill, n° 19, est ornée d'un fronton supporté par deux pilastres, entre lesquels est un cartouche à attributs.
Alors que la Cour habitait le Palais-Boyal, sous la régence d'Anne d'Autriche, le cardinal Mazarin avait acquis l'hôtel du président Tubeuf, rue Neuve-des-Petits-Champs, et il y avait fait ajouter par Mansard de vastes bâtiments longeant la rue Richelieu. Au siècle suivant, cette
LE PALAIS- ROYAL
demeure, qui avait été divisée entre les deux héritiers du cardinal, fut aménagée pour recevoir les richesses littéraires et artistiques de la bibliothèque du Roi. La décoration des salles qui renferment notre grand dépôt public était restée jusqu'à notre époque sans modifications importantes; mais sous le deuxième Empire l'architecte Labrouste fut chargé de reconstruire dans un style néo-grec la longue muraille noire qui
SALON DE LA V H ANC ELL E It I U D'ORLÉANS
(Hôtel d'Argenson) décoré par G. Bsffranl (xvme siècle).
attristait cette partie de la rue Richelieu. Il en profita pour jeter bas la majeure partie des bâtiments de la cour, spécimen intéressant de l'art français au xvne siècle, et pour moderniser tout l'intérieur du monument, il supprima le grand escalier conduisant à la salle des manuscrits, dont la rampe en- fer forgé aux chiffres de Mazarin ne put être sauvée des mains des brocanteurs, clientèle ordinaire des ventes faites par le Domaine. Ce beau travail de ferronnerie fut ensuite acquis par sir Richard Wallace à un prix très élevé (50.000 francs), et remanié pour former une rampe double conduisant à l'étage supérieur de son musée de Manchester-House à Londres. Le même sort atteignit la grande porte à
PARIS
deux vantaux située en face du square Louvois, qui, achetée par M. Wilkinson, a été longtemps exposée au Musée des Arts décoratifs.
Il restait çà et là dans les salles des manuscrits des fragments des corniches et des débris de plafonds peints par Grimaldi et Pellegrini, artistes italiens, en faveur auprès de Maz'arin, mais leur disparition n'est pas regrettable (' . Il n'en est pas de même des boiseries et des étagères garnissant la longue enfilade des salles se déroulant sur les quatre façades de la cour, qui avaient été sculptées sur les dessins de Robert de Cotte. Tout fut jeté au rebut et vendu au las; de sorte qu'il n'est guère d'amateur chez lequel on ne puisse en rencontrer des fragments. M. Destailleur a employé pour la décoration des salles du deuxième étage du petit hôtel de M. de Réhague, une suite de panneaux sculptés provenant de cette rénovation (Voir sur la disparition de ces lambris, et sur leur aliénation, la Gazette des Beaux-Arts, 1869, t. 11. p. 1). Le peintre Perin s'en était servi pour composer tout un ameublement de chambre à coucher de l'aspect le plus bizarre, malgré la perfection de ses éléments, qui a été envoyé à l'hôtel Drouot en 1891. Il restait cependant, dans les magasins de la Bibliothèque un certain nombre de panneaux dont M. Pascal, le nouvel architecte de la Bibliothèque nationale, qui sait mieux apprécier la grâce de l'art français que son intraitable prédécesseur, s'est servi pour décorer la galerie de lecture des manuscrits, de la manière la plus heureuse.
L'attentat le plus impardonnable qu'ait commis Labrouste, lors des travaux de la Bibliothèque nationale, fut la destruction de l'ancien Cabinet des médailles, lancé par Robert de Cotte au-dessus de la rue de l'Arcade Colbert. La pièce était éclairée par huit fenêtres opposées deux à deux; dans les trumeaux se trouvaient six tableaux mythologiques oblongs dont trois représentant T/talie , Terpsichore, Calliope, peints par Naloire et les autres Euterpe , Apollon et Polymnie, par Carie Vanloo. Ces peintures étaient encadrées de baguettes à coquilles et à ornements dorés admirablement contournés; au-dessus régnait une corniche de plafond à consoles avec de gracieux caissons. Sur les côtés plus étroits se voyaient les portraits (remplacés depuis la Révolution par des copies modernes) de Louis XIV et de Louis XV, accostés chacun de deux portes au-dessus desquelles Roucher avait peint les quatre Muses : Melpomène , Uranie, Erato et Clio. Tout ce qu'on put obtenir de l'architecte, c'est qu'il conservât les peintures de Natoire et de Vanloo sans leurs bordures, ainsi que les quatre trumeaux de Roucher
(1) Kouyer et Darcel, Y Art architectural, t. I, pl. 69.
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avec leurs encadrements. Le reste de la décoration fut abandonné au Domaine et acquis par le baron James de Rothschild. Cet amateur n'avait pu cependant conquérir l'ensemble de la pièce. Une des parois qui s'appuyait sur l'ancien hôte! de Mmo de Lambert était demeurée en place derrière une cloison établie provisoirement pour servir d'agence aux travaux. Le nouvel architecte de la Bibliothèque, M. Pascal, a très ingénieusement réparé dans la mesure du possible le vandalisme de Labrouste, en remontant dans une des pièces du rez-de-chaussée servant d'antichambre à l'administrateur général, les deux portraits de souverains et les quatre sujets de Boucher, avec ce qui subsistait des ornements en bois sculpté. Les six peintures de Natoire et de Vanloo sont maintenant appendues à contre-jour dans la galerie des manuscrits, mais ces œuvres décoratives n'offrent qu'un médiocre intérêt, aujourd'hui qu'elles sont isolées des boiseries qu'elles complétaient. Les tables de bois doré qui soutenaient les médailliers ont été plus heureuses et on les retrouve dans le nouveau Cabinet où, malgré leur richesse, elles n'ont plus la même valeur artistique que dans leur ancien milieu. Ce département conserve également plusieurs spécimens des belles consoles qui supportaient les corniches en bois, dessinées par Robert de Cotte. Dans les magasins on a déposé quelques fragments des magnifiques rampes des escaliers qui ont été vendues à l'encan. Un panneau de boiserie provenant du palais Mazarin, a appartenu à M. Maillet du Boullay et a été exposé par lui à Beauvais en 1859.
La cour de l'hôtel de Tubeuf et sa façade longeant la rue Vivienne composent un des monuments les plus complets que Paris ait conservés de l'architecture du XVIIe siècle, si originale avec ses combles aigus, ses murailles de briques et ses chaînages de pierre (*). Le fronton du pavillon avançant dans la grande cour a pu échapper à la proscription qui l'avait atteint; il est orné d'un bas-relief symbolisant les Arts et les Sciences. La porte d'entrée sur la rue des Petits-Champs montre encore ses deux vantaux sculptés et son marteau en fer forgé qui n'ont pas été touchés. Dans l'intérieur, une des pièces de l'hôtel Tubeuf qui fit ensuite partie de l'ancienne salle des manuscrits est décorée d'un plafond, sur le fond doré duquel se détache un sujet mythologique, dont on peut attribuer la remarquable peinture à Simon Vouet. La collection des sculptures antiques du cardinal était disposée au rez-de-chaussée dans une longue galerie à voûte surbaissée et décorée d'ornements en grisaille, dont les grands compartiments attendent des peintures qui sont
(1) Calliat et Lance, Encyclopédie d'architecture, t. VIII.
absentes; elle est occupée aujourd'hui par les collections du Cabinet des estampes. Au-dessus s'étend une seconde galerie où sont exposées les raretés les plus précieuses de la calligraphie, de l'imprimerie et de la reliure. Elle abritait jadis les plus belles toiles du cardinal, qui avait réuni une admirable collection d'oeuvres d'art de toute sorte que l'on retrouve en grande partie au Musée du Louvre. Cette galerie, restaurée récemment, est surmontée d'une grande voûte sur laquelle Romanelli a peint Apollon et Daphné, Vénus dans son char, le Parnasse, le Jugement de Paris, Narcisse, Vénus et l'Amour, Jupiter et les Géants, la Ruine de Troie, Y Enlèvement d'Hélène, Y Enlèvement de Ganymède, Rémus et Romulus, et deux autres sujets mythologiques, dans ce style froid dont nous avons déjà rencontré des exemples en parcourant les appartements d'Anne d'Autriche au Louvre. Les paysages des embrasures des fenêtres et les niches demi-circulaires qui leur font vis-à-vis sont de Grimaldi, dit le Bologuèse. Les murs sont revêtus d'une tenture simulée aux chiffres et aux faisceaux de Mazarin, dont la couleur sourde et la composition manquent d'accord avec la décoration générale. Les belles armoires sculptées qui renfermaient les livres du cardinal ont été transportées dans l'ancien collège des Qualre-Nations, où elles contiennent encore les richesses de la Bibliothèque mazarine.
M. Victor Advielle a signalé (*) la rampe d'escalier et les boiseries dorées de l'Hôtel des Hautes-Alpes (n° 12), qui était autrefois l'une des dépendances du Palais-Royal. Plus loin est l'hôtel de Malte dans lequel on reconnaît difficilement l'hôtel du commandeur de Jars construit par Mansard. De l'autre côté de la rue Richelieu (n° 21), le financier Dodun avait fait bâtir et disposer par Chamblin, l'un des plus habiles décorateurs du xvmc siècle, un grand hôtel donnant également sur la rue de la Fontaine-Molière, qui, après avoir été possédé par Foucault, intendant de la généralité de Rouen et grand amateur d'antiquités, a donné successivement asile au café de la Régence, au Cercle de la presse scientifique et au costumier Babin. Un spacieux escalier à rampe de fer, orné de consoles, de voussures, de panneaux, d'une corniche et d'une figure en bas-relief supportant une lanterne centrale en pierre sculptée, y conduit aux appartements du premier étage dont les boiseries, symbolisant les quatre parties du monde, ont été démontées et vendues au baron Ferdinand de Rothschild. Le propriétaire M. L'Huillier a fait en même temps enlever plusieurs motifs décoratifs qu'il a placés dans la maison qu'il habite. Un grand salon revêtu de
(1) Bulletin des Amis des Monuments parisiens, 1886, n° 4.
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panneaux sculptés dont les médaillons représentent les Divers Arts de la Musique, de la plus charmante exécution, était resté en place, au rezde-chaussée ('), jusqu'à ces dernières années, ainsi qu'une chambre à coucher à ruelle et à balustrade, et qu'une salle à manger ornée d'une niche dans le style Louis XV.
Notons, en remontant la rue Richelieu jusqu'au boulevard, le dessus de porte en fer forgé (xviiic siècle) de l'hôtel de Strasbourg, n° 50; l'escalier à rampe de fer, les boiseries intérieures et la façade (Louis XVI) de la maison habitée par le serrurier Sterlin-Bricard ; la façade (Louis XIV) de la maison portant le n° 25; le beau portail à consoles et à mascaron de l'hôtel Gomot où siégeait autrefois le hureau royal de correspondance étrangère, établissement voisin du bureau des anciennes recommandaresses, occupé par la maison de lapis Hamot, ainsi que les anciens salons dorés de l'hôtel Delacour-Deschiens (n° 104), convertis en restaurant et modernisés. Celte maison et la voisine qui se répètent identiquement ont été construites par de Wailly sous Louis XVI, pour M. Duvivier.
M. Talamon a fait transporter dans sa maison de commerce de draps près de la rue Saint-Augustin, des boiseries sculptées que l'on dit provenir de la première habitation de M. Lenormant, mari de la marquise de Pompadour, dans la rue Croix-des-Petits-Champs. A la rencontre de la rue Richelieu et de la rue Neuve-Saint-Augustin on a revêtu de rayons un appartement garni de plusieurs boiseries de style Louis XV. La pièce la plus importante est un salon dont la cheminée et les dessus de portes avec glaces entourés de guirlandes de fleurs sont visibles malgré leurs couvertures de menuiserie. On y dislingue aussi la frise d'un beau plafond, des trumeaux sculptés et des glaces à tiges de palmier et à médaillon central formant bordure. Brillât-Savarin a habité celte maison qui communique avec celle de M. Talamon.
La maison syndicale des agents de change est installée dans la rue de Ménars (n° 4), presque à l'angle de la rue Richelieu, dans un grand hôtel qui, après avoir appartenu à la famille de Ménars, fut acquis par le trésorier Boutin. Mais le syndicat s'y trouve trop à l'étroit et l'ancienne demeure est condamnée. Hàlons-nous d'en décrire les boiseries avant qu'elles n'aient élé enlevées par les marchands, pour les envoyer peut-être à l'étranger. La pièce la plus importante est un salon du rez-de-chaussée de proportions grandioses dont les princi-
(1) Cette décoration vient d'être acquise par M. le marquis de Breteuil pour son hôtel de l'avenue du Bois-de-Boulogne.
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paux motifs sont des glaces entourées et subdivisées par des branches de palmier en bois sculpté, décoration monumentale, dont les détails un peu surchargés se retrouvent dans les dessins de N. Pineau qui l'a exécutée W. Les serrures et les espagnolettes qui sont encore en place sont de beaux modèles du style Louis XV. Un petit boudoir voisin offre le même décor, mais l'œil se repose mieux sur ses lignes harmonieuses et moins tourmentées. Dans l'ancienne salle à manger convertie en bureau, on a oublié un buffet à consoles du xvine siècle. Il en est de même de l'escalier à rampe en fer, ainsi que des grandes consoles et des clés de voûte à mascarons qui se voient sur la façade de la cour.
Le Crédit Lyonnais, pour s'étendre, a acquis la maison d'une modiste, qui dépendait de l'ancienne propriété des Crozat. Il en a enlevé un salon comprenant cinq panneaux avec grandes glaces cintrées, entourées de guirlandes en bois doré et cinq trumeaux de porte représentant les Arts et Sciences, dans le goût de Lagrenée, ainsi qu'un second salon composé de trois panneaux ornés de panneaux rectangulaires à arabesques dans lesquels sont des Jeux d'enfants accompagnés jadis d'une tenture de soie. Tout cet ensemble était dernièrement à vendre.
Dans la section de la rue Vivienne qui regarde le jardin de la Bibliothèque nationale, auprès de l'emplacement de l'ancien hôtel de Colbert, plusieurs maisons portent les caractères de l'art de Louis XIV. Au n° 10, c'est un marteau de porte en fer forgé, l'un des mieux travaillés qui se soient conservés à Paris. Le n° 18 est annoncé par une porte de grand style à vantaux ornés de tètes de lions et surmontés de bas-reliefs d'enfants jouant avec des sangliers. Krafft i2) reproduit dans son ouvrage le salon d'une maison datant de l'Empire et construite dans la rue Vivienne par l'architecte Sabre.
Nous présumons que l'hôtel de Talaru, bien qu'il fût situé dans la rue Richelieu, avait une sortie sur la rue Vivienne. Dans cette dernière partie, aujourd'hui séparée de la première, figurait un salon complet de l'époque de Louis XVI, dont les quatre grands panneaux, admirablement sculptés, étaient ornés de médaillons ovales offrant deux figures d'enfants et supportés par des rubans et des branches d'olivier sur un fond fleuronné d'arabesques. Cette boiserie, acquise par M. Montvallat, a été dernièrement vendue par lui à un amateur amé-, ricain. L'hôtel construit dans la rue Vivienne pour Dufresnoy possédait des figures par Clodion (3).
(1) Emile Biais, Les Pineau, artistes ornemanistes.
(2) Krafft et Ransonnette, Les maisons modernes de Paris.
(3) Thirion, Clodion et les Adam, p. 330.
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Une grande porte de style Louis XVI, avec vantaux à médaillons surmontés d'une guirlande de fleurs entourant un socle de style grec, donne accès dans la maison n° 21 de la rue Thérèse. Le percement de l'avenue de l'Opéra a entraîné la suppression de plusieurs rues anciennes et de quelques maisons présentant un intérêt artistique. Dans la rue de la fontaine-Molière, autrefois rue Traversière. était une maison que l'on croit avoir été habitée par Piron. On y voyait une décoration peinte et représentant des sujets tirés des Fables de La Fontaine, d'après Oudry. Elle avait été réservée alors par la ville, mais nous ignorons sa destinée actuelle. Le Musée des Arts décoratifs a acquis un entourage de glace de cheminée en bois sculpté qui provient de cette même demeure. M. Montvallat possède un salon orné de peintures sur bois de l'époque de Louis XV, qui décorait autrefois une des maisons de la rue des Moulins. L'hôtel du financier philosophe D'Helvétius, situé au commencement de la rue Sainte-Anne et où s'était établie plus tard l'administration de la tontine Lafarge, disparut à la même époque. L'administration municipale en avait enlevé, avant la démolition, de belles boiseries sculptées et dorées de style Louis XVI, dont les principaux motifs sont des médaillons peints en grisaille par Sauvage, entourés de branches d'olivier délicatement fouillées, qu'elle a déposés dans le Musée des Arts décoratifs.
Quelques-unes des maisons de la rue Neuve-des-Petits-Champs rappellent par leurs larges proportions le caractère de l'architecture de Louis XIV. A l'angle de cette rue et de la rue Sainte-Anne, le compositeur des opéras et des ballets du roi, J.-B. Lully W. avait fait construire, par Daniel Gittard, un hôtel dont on remarque les façades encore intactes et décorées de grands pilastres, de clés de voûte, de consoles et de trophées d'instruments de musique en bas-relief. Au rez-de-chaussée, se trouve le grillage ouvragé d'un marchand de vin. Ce grillage vient d'être acquis par M. Charles Normand, secrétaire général de la Société des amis des monuments parisiens, afin de sauvegarder cet ancien spécimen de la ferronnerie historique de Paris. L'intérieur moins favorisé n'a rien conservé des peintures de Bon Boullongne qui y avaient été exécutées. L'hôtel de Coigny (n° 83), contemporain de celui de Lully, se recommande également par un vaste balcon à quatre consoles largement modelées, que complètent des vantaux de porte à têtes de lion et une rampe de ferronnerie, ainsi que des mascarons terminant les
(1) V. la belle étude de M. Edm. Radet, Lulhj propriétaire, homme d'affaires et m ufiicien.
entourages des fenêtres. La porte de la maison n° 66 est surmontée d'une voussure à œil-de-bœuf en fer forgé ; sur les vantaux sont sculptés des trophées. Un lourd escalier à rampe en fer forgé conduit aux appartements du premier étage, où il subsiste quelques lambris sculptés et des trumeaux peints représentant des paysages.
L'ouverture de la rue des Pyramides entraîna la suppression d'un ancien hôtel, connu sous la dénomination d'hôtel de Montmorency, et situé dans la rue Saint-Honoré, près du passage Saint-Roch, où dans les derniers temps, le professeur d'escrime Pons avait établi une salle d'armes. Une longue suite de pièces du rez-de-chaussée était décorée de boiseries sculptées de l'époque de Louis XV et d'une vingtaine de trumeaux de porte peints par Natoire ou par ses élèves, et représentant toute Y Histoire de l'Amour et de Psyché, d'après les compositions de l'hôtel de Soubise. Ces peintures firent l'objet d'une vente publique dirigée par l'expert M. Haro (1879). Les meilleures furent acquises par M. L. de Clercq, qui les a fait placer dans une de ses propriétés, avec plusieurs des boiseries les accompagnant.
L'ÉGLISE SAINT-ROCH
La façade de l'église Saint-Roch, l'un des édifices religieux les plus étendus de Paris, a été construite sur les dessins de Jules Robert de Cotte. C'est aussi l'une dés églises les plus riches en monuments artistiques et l'une des plus somptueuses par sa décoration intérieure. La porte d'entrée offre un bon travail de menuiserie du commencement du xvinc siècle, ainsi qu'un buffet d'orgues qu'accompagnent deux basreliefs sculptés par Franchi. Les archéologues qui recherchent les œuvres de notre ancienne École, pourront faire une riche moisson dans les chapelles de Saint-Roch. Ils y trouveront deux bustes de Coyzevox : l'un représentant Le Nôtre; le second, offrant les traits de François de Créquy, a fait partie d'un monument funéraire érigé aux Jacobins de la rue Saint-Honoré par Mazeline et Hurtrelle. De cette dernière maison provient également le mausolée de Mignard comprenant son buste sculpté par GirardonC1), et la statue agenouillée de sa fille la comtesse de Feuquières, par J.-R. Lemoyne, transformée en Madeleine et placée au pied de la croix dans la chapelle du Calvaire. Ce dernier artiste est l'auteur d'un grand groupe de marbre représentant le Baptême de Jésus, épave de l'église de Saint-Jean-en-Grève, qui est actuellement placée dans la chapelle des catéchismes. On doit à Nicolas Renard de Nancy le monument qui avait été érigé à Alphonse, comte d'Harcourt, dans l'église des anciens Feuillants (2), et à Guillaume Coustou, la statue agenouillée du cardinal Dubois, seul débris du tombeau élevé dans l'une des chapelles de la collégiale de Saint-Honoré, en mémoire du scandaleux prélat dont on n'a pas osé jusqu'à ce jour restituer le monument funéraire dans une église. Auprès sont les médaillons en marbre de Mmt La Live de Jully, par Falconnet, et du marquis d'Asfeldt. On doit à
( t) Courajod, Journal cl' Alexandre Lenoir, t. III, p. 73.
(2) Le buste d'Henri de Lorraine, comte d'Harcourt et père du précédent, qui l'accompagnait, est au Musée de Versailles.
Michel Anguier un groupe de la nativité du Christ, qui décorait autrefois le maître-autel du Val-de-Gràce, et un Christ en croix, répété de celui que ce sculpteur avait fait pour la Sorbonne. J.-B. D'huez, G. Coustou, Sigisbert Adam ont sculpté quelques-unes des statues des saints qui entourent le transept. La chaire de Saint- Roch est une grande machine d'un aspect théâtral et bizarre. Le dessin, dû à Simon Challes, comporte cinq coj^ossales figures qui soutiennent la cuve sur laquelle se déroulent cinq bas-reliefs de bois doré. Au-dessus est l'abat-voix avec un ange en bois doré soulevant un rideau. Les frais de ce monument, qui a coûté la somme énorme de 32.122 1. 8 s. se décomposent ainsi : à Challes, sculpteur, 10.000 1.; Gallien, ciseleur, 3.972, 1.; Malivaux, dorure, 3.666 1.; Hugot, menuiserie, 4.450 1. 4 s.; Garnier, serrurerie, 3.143 1. 13 s.; Martin, peinture, 472 1. ; Labrière, plombier, 66 1., 6 s. ; Deveaux, tapisserie, 102 1. ; 15 s. (*). Cette dépense a été payée par le financier Paris de Montmartel ainsi qu'une rampe en fer poli avec des ornements en bronze doré, chef-d'œuvre attribué au serrurier Doré. On apprend cependant par les comptes, qu'il n'y avait pas travaillé. Au milieu du chœur, on voit un lutrin en cuivre doré de forme triangulaire, décoré de lyres et de trophées d'instruments de musique, qui porte sur la boule supportant l'aigle, l'inscription : Fait par Pierre Leclair, fondeur, quay Pelletier, à Paris, 1741. Les deux chapelles des bras du transept, décorées de marbre, sur les dessins de J. Coustou, sont ornées de deux vastes toiles : la Prédication de saint Denis, par Vien, et Sainte Geneviève guérissant les ardents, par Doyen. Cette dernière toile est l'une des meilleures œuvres de Doyen. Dans la coupole de la chapelle de la Vierge, Pierre a représenté Y Assomption; il a peint également le Triomphe de la Religion sur la voûte de la chapelle de la communion. A la suite se trouve la grande chapelle du Calvaire, exécutée sur les dessins de l'architecte Boullé et du sculpteur Falconnet. Une niche éclairée par en haut et simulant des rochers peints parDemachy renfermait le Crucifiement, dont les figures dramatiques étaient dues à Falconnet. Elles sont aujourd'hui remplacées par un Christ d'Anguier et par la statue agenouillée de la fille de Mignard avec des centurions romains en plâtre. Jusqu'à ce jour toutes les tentatives faites pour rapprocher cette statue de la Madeleine, du buste de Mignard, sont restées sans résultat. — Les ornements de Demachy ont été grossièrement restaurés à plusieurs reprises. L'un des salons du presbytère servant de sacristie des mariages est revêtu de boiseries sculptées dans le style de Louis XIV.
(1) Lenoir, L'Ami des Monuments parisiens, 1888.
L'ÉGLISE SAINT-ROCH. 279
Près de là, le n° 19 de la rue de la Sourdière, conserve une porte à simple vantail, accosté de deux panneaux et surmonté d'une imposte double en fer, d'un curieux modèle du xvmc siècle.
La grande et superbe résidence de Noailles a été démolie en 1830 pour ouvrir la rue d'Alger, mais il en reste une partie occupée par l'hôtel Saint-James, dans laquelle était un salon décoré de belles boiseries qui a été récemment acquis par Mme la vicomtesse de Courval. D'autres sculptures identiques sont encore en place dans une maison voisine qui servait de petit hôtel à la famille de Noailles.
Le couvent des Feuillants, fondé par Henri 111, et dont le terrain est occupé par la rue de Castiglione, renfermait les monuments funéraires de Marie de l'Aubespine et de son mari, Méry de Barbezières, qui sont actuellement au Musée de Versailles. Les statues et les bustes de la famille de Rostaing, placés autrefois dans une chapelle funéraire, sont partagés entre l'église Saint-Germain-l'Auxerrois et les descendants des Rostaing. Versailles a également recueilli les statues agenouillées de Gaspard de Schomberg et de Raymond Phélypeaux, ayant la même provenance. L'ancien couvent des dames de l'Assomption, devenu chapelle particulière, a été construit sur les dessins du peintre Charles Errard, directeur de l'Académie de France à Rome. Un portique, soutenu" par huit colonnes corinthiennes, précède une coupole dont les proportions sont bien pondérées. Charles Delafosse y a peint X Assomption de la Vier/je. Peut-être le badigeon dont sont revêtus les panneaux disposés entre les fenêtres qui éclairent le dôme, laissera-t-il un jour retrouver les huit compositions de la vie de la Vierge dues à Bon Boullongne, à Stella, à Antoine Coypel et à Lemoine qu'on y voyait jadis.
L'hôtel d'Épinay situé devant le Nouveau Cirque et qu'a habité l'amie de Jean-Jacques Rousseau et de Grimm, avant d'être acquis par les Bellegarde, renfermait une suite importante de boiseries qui ont été acquises, du marquis Dubois de l'Estang, par M. le comte de Clercq, cl remontées dans son hôtel de la rue Masseran. La pièce principale forme un grand salon composé de panneaux sculptés dans le style de l'architecte décorateur Leroux. Tout autour règne une corniche d'une grande élégance. Des dessus de portes et des médaillons de Boucher, ajoutés à cet ensemble, complètent l'aspect de l'appartement. A la suite s'ouvre un petit salon disposé en cul-de-four, avec des encadrements de glaces et des entourages de portes à brisures semblables à celles de la pièce précédente. Sur le plafond on a placé une peinture de Boucher provenant d'un château situé dans la province. Une troi-
sième pièce servant de salle à manger offre un très important souvenir de ces décorations en vernis Martin que l'on désignait autrefois sous la dénomination de « cabinets de la Chine ». Celte imitation des laques de l'extrême Orient se compose d'une série de panneaux à sujets de fleurs et d'animaux se détachant en or sur un fond noir. Ils sont encadrés de bordures à feuillages et à enroulements bizarrement contournés dans le style de Louis XV et ressortent sur un fond rouge.
Le duc d'Antin s'était fait construire à l'extrémité de la rue Neuve- Saint-Augustin un vaste hôtel qui fut ensuite acheté en 1757 par le maréchal de Richelieu, avant d'être rasé pour prolonger la rue d'Antin. On admirait le grand escalier de celte demeure, décoré d'une perspective peinte par Brunelti, par Eisen et par Soldini; la galerie du rez-dechaussée, enrichie de lambris sculptés et de bas-reliefs et « un salon du premier étage revêtu de panneaux en vieux laque avec des peintures chinoises dont les formes toutes variées et ornées de glaces offrent un coup d'oeil tout à fait séduisant » (Piganiol la Force, Description de Paris, t. III, p. 136). Les auteurs contemporains s'accordent à dire que le maréchal dont on connaît le mauvais goût, avait gâté la belle décoration de cet hôtel due au duc d'Antin. Ces derniers panneaux, démontés lors de la démolition de l'hôtel, étaient tombés entre les mains du marchand Mombro, à la vente duquel la ville de Paris les avait acquis. Ils représentent des figures chinoises, des dragons et des palmiers se détachant en tons vifs sur un fond d'azur. Malheureusement les quatre plus importants ont été confiés à un restaurateur ignorant, des mains duquel ils sont sortis presque invisibles. Ils ont été depuis déposés au Musée des Arts décoratifs. Le Musée de l'hôtel Carnavalet a conservé deux trumeaux entourés de bordures toutes dentelées et d'autres fragments de cet ensemble qui ont heureusement échappé à celte opération néfaste. A la suite de l'hôtel s'étendait un jardin entouré de porliques en treillage, dans les niches duquel Alexandre Lenoir recueillit une partie des belles statues antiques du cardinal de Richelieu, que l'on ne craignait pas d'exposer aux injures de l'air. La majeure partie de ces statues acquises à Rome était restée clans son château du Poitou, tandis que les plus belles avaient été transportées à Paris et placées tant dans l'hôtel d'Antin que dans la petite maison du maréchal dans le faubourg du Roule. Le maréchal avait fait élever par Chevotet, à l'angle du boulevard et de la rue Louis-le-Grand, le pavillon circulaire encore existant, auquel la malignité populaire donna le surnom de pavillon de Hanovre, en souvenir de ses rapines en Allemagne. De grandes
L'ÉGLISE SAINT-ROCH
consoles à mascarons supportent un balcon au-dessus duquel des colonnes ioniques et des pilastres à trophées forment des arcades, dont la corniche est surmontée d'une balustrade à vases. Dans l'intérieur, le rez-de-chaussée est occupé par un vestibule à plafond orné de boiseries sculptées et d'une voussure dont les cartouches en camaïeu ont été repeints. Lorsque M. Beurdeley devint possesseur de ce ravissant spécimen de l'art du xvin0 siècle, qu'il a fait récemment surélever d'un étage, le plafond qu'y avait peint Boucher en avait déjà été enlevé. Ce peintre avait exécuté d'autres panneaux pour le maréchal, si l'on doit s'en rapporter au catalogue d'une vente faite le 18 mai 1852 par M. Bonnefons de Lavialle, qui mentionne : « Quatre tableaux, chefs-d'œuvre par F. Boucher, provenant de l'hôtel de Bichelieu, dont ils décoraient le salon de réception », sans en indiquer leurs sujets. Nous avons retrouvé dans un catalogue postérieur les sujets de ces peintures. C'étaient : Y Heureux pêcheur, le Retour du marché, le Bonheur au village, la Halle à la fontaine, h. 2m,i0, l. 2m,53. Claude Audran avait exécuté en 1708, pour l'hôtel de la duchesse de Mantoue, place Gaillon, des travaux de peinture et de dorure dont le compte fut réglé par l'architecte Levez (0.
La maison de la rue Louis-le-Grand, occupée par le collectionneur M. L. Double, renfermait des boiseries importantes, des cheminées ornées de cuivres précieusement ciselés, des rampes d'escalier en fer forgé qu'il avait arrachées des ruines d'anciens hôtels menacés de démolition; mais le catalogue de sa collection, vendue après sa mort, ne donnant aucun renseignement sur l'origine de la plupart de ces pièces, il serait impossible de les décrire, sans courir le risque d'introduire des confusions dans l'ordre topographique de l'étude que nous poursuivons. Une grande partie de ces débris est du reste demeurée en place. Dans la même rue, une maison (n° 6) montre une porte à double vantail, ornée d'attributs, avec une imposte accostée de consoles à enroulements fleuronnés de l'époque de Louis XV. Une autre où siège la Banque Hollandaise conserve encore des salons décorés de boiseries anciennes. La banque communique avec l'ancien hôtel du père de M. d'Epinay de Mondragon. Elle servit pendant longtemps de Mairie au IIe arrondissement et Bonaparte y épousa Joséphine Beauharnais. Une belle rampe de fer (Louis XV) conduit au premier étage où l'on trouve une pièce à corniche dans le style de Pineau qui sert de cabinet au Directeur; de là on passe dans un grand salon à quatre portes encadrées, et divisées en
(1) Jal, Dictionnaire critique d'histoin Ch.
deux panneaux avec deux portes simples surmontées de six trumeaux représentant les Arts et les Sciences peints dans le style de Hallé. Les encadrements des portes et des glaces rappellent ceux de Pineau. Autour du plafond, règne une corniche à voussure dorée et à bas-reliefs. Les boiseries d'un autre salon sont plus simples bien qu'elles aient conservé la même corniche sculptée et quatre trumeaux représentant des sujets allégoriques peints. Une pièce du rez-de-chaussée est ornée de débris de panneaux et de trumeaux ayant fait partie de la décoration d'une salle identique. M. Lefeuve [Maisons anciennes de Paris), dit qu'une partie des glaces de cette demeure a été portée au château de Saint-Clpud.
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