VENDOME
L'établissement de Ja place Vendùme remonte au ministre Louvois, qui fit acheter les terrains de l'hôtel Vendôme-Mercœur et une partie de l'emplacement des Nouvelles-Capucines, pour y créer un ensemble architectural, dont les bâtiments uniformes devaient renfermer la Bibliothèque royale, la Monnaie et les Académies. Après sa mort, ce projet fut abandonné, et les façades, construites par Mansard, furent vendues à des particuliers, qui achevèrent les maisons. On y érigeait en même temps une statue équestre de Louis XIV, modelée par Girardon et fondue par les Keller, qui fut brisée en 1791. Napoléon Ier la remplaça par une colonne de bronze, dont les bas-reliefs en spirale rappellent les victoires de la Grande Armée et qui, renversée par la Commune en 1871, a été restaurée et rétablie avec la statue impériale de son fondateur. Les dessins des bas-reliefs de cette colonne sont dus au peintre Garneray sous la direction du baron Denon. Quelques-uns des morceaux de celte longue frise sont intéressants au point de vue de l'art et curieux comme costumes. Clodion en a modelé plusieurs, mais cette sorte de travail ne convenait guère à sa manière libre et pleine de grâce.
Les bâtiments de la place Vendôme sont dessinés dans le style froid, mais empreint de la rectitude absolue, qui caractérise les œuvres de J.-H. Mansard. Le périmètre en est divisé en dix pavillons, dont quatre situés aux angles sont rentrants. Sur les façades sont engagés des pilastres d'ordre corinthien, dont les bases et les chapiteaux sont sculptés par Poultier, et chacune des fenêtres à mascarons est ornée de balcons de fer d'un élégant modèle. Si toutes les façades nous sont parvenues intactes, il n'en est pas de même de l'intérieur des hôtels, que leurs propriétaires, riches financiers pour la plupart, avaient fait décorer avec luxe; mais malgré bien des pertes, il y reste des ensembles assez importants pour nous consoler de nos regrets. Le n° S de la place a appartenu au financier Baudart de Saint-James, trésorier de la marine, dont on
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connaît les prodigalités et la ruine. De son passage dans l'hôtel il ne reste plus que des corniches de plafond et des grands bas-reliefs de sphinx en plâtre du temps de Louis XVI.
Dans l'hôtel de la place de Paris (n° 7), ancienne demeure des Créquy, on rencontre à chaque pas des traces du passé. Ce sont des entourages de glaces, des dessus de portes et des panneaux détachés qui garnissent les pièces de l'entresol et celles du premier étage. Deux salons de l'appartement du général commandant, ont conservé leurs voussures de .plafonds avec des bordures de glace de style Louis XIV, en dépit de la rénovation de l'ensemble. L'hôtel du gouverneur de Paris (n° 9), ancienne propriété des Villemaré, possède aussi plusieurs salons plus importants et plus complets. La grande chancellerie occupe, depuis 1717, la demeure du sous-traitant de Bourvalais. Les architectes n'y ont épargné que l'un des grands salons du premier étage orné de boiseries sculptées dans le style de Louis XIV. Au rez-dechaussée, est l'ancien cabinet du ministre, entouré d'armoires vitrées servant de bibliothèque, dont les panneaux et les ornements, de style Louis XIV, ont été retouchés à la fin du xvme siècle. On y a place récemment une cheminée de marbre provenant de l'ancien hôtel de Biron (Sacré-Cœur).
Le grand collectionneur Antoine Crozat, dont les tableaux furent acquis par Catherine II de Russie, habitait le n° 17. II n'y reste plus rien de la galerie qu'il y avait fait peindre par Paolo Mattei en 1703. Ce financier avait fait construire pour un de ses gendres, le comte d'Évreux, l'hôtel n° 19, dont la cour ovale, décorée de pilastres, de médaillons et de trophées, a été dessinée par Bullet. Cet hôtel appartient actuellement au Crédit Foncier, qui y a établi une partie de ses services et y a fait disposer les appartements du gouverneur. On a fait courir récemment le bruit qu'il cherchait à le vendre. Un escalier à double révolution, jadis peint par Pieters, avec une rampe de fer contournée et entouré de colonnes ioniques, conduit au premier étage, où se trouve la grande salle du conseil. Elle est de forme carrée et chacune de ses parois simule trois arcades séparées par des pilastres. L'aspect de ce salon est aussi harmonieux qu'élégant, et la décoration présente des rapports évidents avec celle du cabinet du Roi, au château de Versailles. La serrurerie de cuivre ciselé, la cheminée, les courbes originales des meneaux des fenêtres et la perfection des ornements font de cette pièce un des appartements les plus complets et les mieux conservés que l'on ait à Paris. La chambre voisine, toute modernisée, a conservé une grande cheminée de l'époque de Louis XVI, qui détonne singulièrement au milieu de son