LA PLACE VENDOME
nationale, avant qu'elle ne fût acquise par le baron de Gargan. Boffrand, qui a dessiné tant de décorations pour les hôtels de Paris, ne pouvait négliger le sien, et on peut citer comme une des meilleures œuvres qu'il ait créées, le. petit salon à une fenêtre vis-à-vis laquelle se trouve la cheminée disposée dans un hémicycle, qui fait le charme de cette demeure. La boiserie sculptée et dorée des lambris se divise en quatre grands panneaux dont l'un sert de porte; au-dessus sont quatre trumeaux oblongs et entourés de bordures à coquilles, dont les peintures représentent des animaux dans le genre d'Oudry. Une cinquième peinture figurant une Pastorale, est placée dans le médaillon du couronnement de la glace. Les deux panneaux de forme concave qui forment la niche de la cheminée sont décorés de dragons et d'arabesques sculptés dans le goût de Pineau. La voussure du plafond est entourée d'une balustrade peinte s'ouvrant dans le ciel. Ce chef-d'œuvre exquis de sculpture décorative est un digne pendant du salon de Lancret, que nous avons décrit plus haut. Lorsque nous avons entrepris cette étude, nous n'espérions pas rencontrer aussi voisins les uns des autres, trois souvenirs de l'art français aussi importants que le grand salon de l'hôtel du Crédit Foncier, que le salon peint de M. Cheuvreux et que le boudoir sculpté de M. de Gargan, tous les trois situés sur la place Vendôme.
M. Lebaudy a fait encastrer dans la cour de la maison (n° 20) un grand bas-relief en forme de frise sculptée dans la pierre, représentant le Triomphe de Vénus Marine ou de Galathée, provenant du château de Rosny et que l'on attribue à Clodion. C'est peut-être la composition dont M. J.-J. Guiffrey signalait récemment la disparition, dans la Gazette des Beaux-Arts? Des boiseries que nous n'avons pas vues, mais- qu'on nous a signalées, décorent les hôtels de Mme la vicomtesse de Trédern (n° 14) et de M. le prince de Broglie (n° 12). Celui de M. le marquis Aguado (n° 6) possédait aussi des boiseries démontées peu de temps avant 1870 ; elles furent brûlées pendant les rigueurs du siège de Paris, par des familles suburbaines qui y avaient été logées par la municipalité. La place Vendôme a été l'objet de plusieurs travaux historiques parmi lesquels nous citerons : Blondel, L'architecture française; de Boislile, La place Vendôme et la place des Victoires, Mémoires de la Société de Paris, 1855; et une étude historique publiée par l'état-major de Paris.
Le couvent des Nouvelles-Capucines s'élevait dans l'axe de la place, sur le tracé de la rue de la Paix. Louvois, qui en avait fait rebâtir la chapelle, s'y était fait ériger un magnifique mausolée où il était représenté couché, ayant près de lui sa femme assise, avec deux
figures de bronze, la Prudence et la Vigilance. Cette dernière statue avait été modelée par Desjardins, les autres avaient été sculptées par Oirardon. Le tombeau est maintenant dans la chapelle de l'hôpital de Tonnerre. Le ministre avait offert au maître-autel des Capucines un basrelief de bronze doré : Y Ensevelissement du Christ, qui a été placé depuis dans le sanctuaire de Notre-Dame de Paris. Nous avons rencontré à Saint-Roch le mausolée des Créquy, par Mazeline et Hurtrelle, qui provient aussi des Capucines. L'hôtel de M. Bertin, devenu plus tard le ministère des Affaires étrangères, a été démoli après 1848. Sa porte à doubles vantaux moulurés fut alors acquise par M. de Courtavel et transportée dans son château situé près deVierzon. Lorsque le ministère abandonna ces bâtiments quasi ruinés, il emporta quatre tableaux de Boucher ou de son école qui longtemps égarés dans ses magasins, ont été renvoyés récemment au Louvre. Ces toiles en mauvais état représentent : le Repos des Bergères, le Bain de Diane, la Toilette et la Vendange.
Plusieurs maisons de la rue Cambon sont ornées extérieurement de mascarons et de consoles soutenant des balcons qui laissent supposer que leur décoration intérieure est intéressante. Il faudrait, pour être complet, citer la majeure partie de ces nobles maisons qui pour la plupart sont de bons modèles du temps de Louis XIV ou de Louis XV. On sait que M. de La Live de Jully y habitait, et que J.-F. de Troy avait exécuté pour lui trente-six peintures représentant Les Éléments, les Saisons, les Cinq Sois, les Arts et les Sciences, et placées tant au-dessus des portes qu'encastrées dans les boiseries sculptées de son hôtel. Le même peintre avait placé dans l'hôtel de M. de Sénosan plusieurs sujets tirés des Métamorphoses d'Ovide. Toutes ces œuvres ne sont sans doute pas disparues, et un autre curieux sera, nous l'espérons, plus heureux que nous dans ses investigations pour les mettre en lumière.
UjLrt "Décoratif dans le Vieux "Paris.