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LA PLACE DE LA CONCORDE

Le baron Alphonse de Rothschild est devenu le propriétaire de l'hôtel construit par Chalgrin pour le duc de La Vrilière, et habité ensuite par Talleyrand. Cette demeure est située à la rencontre de la rue Saint-Florentin et de la rue de Rivoli, de manière à jouir tout à la fois de la vue du jardin des Tuileries et de la place de la Concorde. Un vestibule à colonnes cannelées conduit à un large escalier à rampe de fer, dont le plafond est orné d'une grande peinture mythologique, due à J.-S. Barthélémy. Sur le palier de ce degré et dans les niches de la grande galerie de style Louis XVI, qui sert de salle à manger lors des fêtes, sont placées des statues provenant du château de Ménars, près Blois, qui s'harmonisent très heureusement avec le style de ces pièces. Dans les appartements de l'hôtel sont accumulés tant de trésors artistiques en tout genre, de meubles rares, de peintures précieuses et de merveilles sculptées, qu'il serait long et difficile de distinguer ce qui provient de la décoration primitive de Chalgrin, de ce qui a été acquis dans d'autres édifices, à titre de rareté.

Parmi les belles décorations qui y figurent, on remarque des panneaux étroits à sujets d'arabesques qui avaient été sculptés pour le pavillon de la comtesse Du Barry à Louveciennes; dans la petite salle à manger sont d'autres arabesques avec un entourage de roseaux au milieu desquels est disposé un autel de style antique qui sert de socle à une figure de femme. Ces belles œuvres sont loin de donner l'idée complète de tout ce qui est entassé de richesses et de merveilles dans l'hôtel de la rue Saint-Florentin.

La place disposée sous le règne de Louis XV (1754-1763), entre le jardin des Tuileries et les Champs-Elysées, est une création géniale qui a suffi pour immortaliser la mémoire de l'architecte Gabriel. Il était impossible d'imaginer une décoration plus majestueuse pour cette situation unique, et difficile d'en exécuter tous les détails avec plus de goût et de

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mesure. Dans l'origine on y avait érigé une statue équestre de Louis XV, modelée par Bouchardon, et placée sur un piédestal entouré de quatre statues allégoriques par Pigalle. Quatre grands fossés à balustrades et remplis de verdure entouraient cet espace. Les changements politiques ont entraîné la destruction du monument de Louis XV, et son remplacement par un obélisque transporté d'Egypte, ainsi que la suppression des fossés où s'élèvent maintenant des édicules surmontés des personnifications des villes de France.

Les deux bâtiments uniformes dessinés par Gabriel pour terminer la place forment chacun une colonnade, appuyée sur des arcades à bossages et terminée par deux pavillons, dont les frontons sont ornés de figures allégoriques, couchées et accompagnées de génies, de la plus gracieuse sculpture. 11 est regrettable de ne pouvoir nommer l'artiste auquel on doit ces charmantes œuvres décoratives, ainsi que les trophées qui terminent les avant-corps. Tous les motifs d'ornementation en sont traités avec le même soin que ceux de l'Ecole militaire, et font honneur au goût délicat de Gabriel.

Primitivement, des bâtiments de Gabriel, qui offrent un aspect si harmonieux, celui de droite était affecté au Garde-Meuble de la Couronne; il est aujourd'hui occupé par le ministère de la Marine. Par un hasard heureux, la décoration intérieure du monument est presque aussi complète que celle du dehors, et les motifs artistiques y sont si nombreux, qu'une monographie seule pourrait les signaler tous. Pour nous, à qui l'espace est limité, nous devons nous borner à donner un aperçu rapide de ses dispositions principales.

Le grand escalier, qui menait aux salles d'exposition des pièces les plus précieuses de l'ancienne collection royale, se développe autour d'une rampe à ornements entrelacés dont les fleurons étaient autrefois dorés. Son aspect grandiose n'a rien à envier à celui de l'École militaire. Sur les paliers s'ouvrent des portes dont les panneaux représentent des attributs militaires. Quatre autres portes à trophées, d'un superbe travail, décorent le vestibule d'entrée. La salle à manger des fêtes est également entourée de lambris et de portes du même travail et surmontée d'un plafond à trois caissons. Ce salon et les autres faisant suite qui ouvrent sur la colonnade, sont séparés par des tambours dans lesquels débouchent des doubles portes sculptées sur les deux faces, et dont les parois sont également sculptées, de manière à présenter chacun l'aspect d'un petit boudoir tout brodé et doré. Dans le premier salon des amiraux, nous ne ferons que citer les portes et les caissons du plafond, pour nous arrêter devant une déli-

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