‹ L'art decoratif dans le vieux ParisChapitre 37 sur 49 · ANGLE DU PLAFOND DU SALON DE L'HÔTEL DE GRILLON · texte numérisé non relu

ANGLE DU PLAFOND DU SALON DE L'HÔTEL DE GRILLON

que Ton peut attribuer à Falconnet; vis-à-vis se trouve un bas-relief encadré de pilastres corinthiens. Dans la chambre à coucher du ministre, les trumeaux des portes sont décorés de vases de fleurs en bois doré ; sur l'un des côtés est une cheminée demi-circulaire dont le principal motif est un masque d'Apollon entre deux guirlandes d'olivier et des consoles cannelées en bronze doré. Une deuxième chambre à coucher offre un encadrement d'alcôve et des panneaux sculptés à guirlandes de fleurs.

Cette longue nomenclature est loin d'avoir épuisé tout ce qui peut intéresser le curieux au ministère de la Marine. Les appartements de l'entresol et ceux du deuxième étage renferment encore d'autres décoralions sculptées, des cheminées ornées de bronzes dorés, des resles de fleurs peintes sur verre, semblables à celles du boudoir de Fontainebleau. On y trouve également des bureaux, chefs-d'œuvre de l'ébénisterie de Louis XIV et de la Régence, de grands buffets exécutés par Cressent sur les dessins des Slodtz pour le roi Louis XV, qui sont uniques par leur importance et par la beauté de leurs cuivres, des pendules, des candélabres, des bras de lumière et des lustres qui proviennent des anciens palais royaux. Nous ajouterons que les magasins du Mobilier national possèdent un certain nombre de grandes armoires-vitrines décorées des masques du Soleil sculptés et dorés, que l'on voyait dans les salles d'exposition du Garde-Meuble avant la Révolution.

Dans le second bâtiment de la place Louis XV, le pavillon situé à l'angle de la rue Boissy-d'Anglas a reçu le nom d'hôtel de Crillon, bien qu'il ait été disposé primitivement pour le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre, et l'un des curieux les plus raffinés de son époque. Il avait confié la décoration intérieure de sa demeure à l'architecte Paris, dessinateur du Cabinet du Roi, qui a légué au Musée de Besançon la majeure partie des compositions destinées à cet hôtel. Le duc d'Aumont s'est rendu célèbre par la protection qu'il accordait au ciseleur Gouthière, dont il possédait les principaux ouvrages. De tels auspices nous faisaient espérer des jouissances artistiques que la réalité est venue satisfaire. La pièce principale de l'hôtel est un immense salon dans lequel sont ouvertes six portes monumentales à entablements, qui s'élèvent jusqu'à la voussure d'un plafond très élevé, sur lequel se détachent en relief des trophées d'armes et des aigles soutenant des cartouches qui garnissent les angles. Une cheminée de marbre blanc, admirablement ciselée, sert d'appui à une immense glace entourée d'une bordure à couronnement de fleurs.

BOUDOIR DE L'HÔTEL DE CR.II.JjON,

L'aspect général de cette pièce laisse une impression de décoration grandiose. Un second salon, servant de salle de billard, offre les mêmes motifs d'ornement, mais sa cheminée de marbre rouge est garnie d'une galerie en cuivre doré qui date du premier Empire. Dans la chambre à coucher, l'alcôve est soutenue par deux colonnes de bois doré, laissant de chaque côté un passage, disposition que l'on trouvait souvent répétée au commencement du xixc siècle. La cheminée, dont les bronzes représentent une tète d'Apollon au milieu d'une double guirlande de feuillages,, est une merveille de ciselure. S'il reste dans l'hôtel de Crillon des traces de Gouthière, c'est certainement là qu'il faut les chercher. Un petit boudoir-méridienne à plafond bas et à pans coupés, avec un renfoncement pour le canapé comme à Versailles, est ^revêtu d'arabesques imitées des fresques de Pompéï, peintes avec un précieux fini sur fond doré. Un autre salon moins complet ne possède plus que quatre portes dont les panneaux montrent des figures de femmes entourées d'arabesques, peintes dans le style de Lavallée, ainsi qu'une cheminée avec des appliques de cuivre d'une facture plus ordinaire. Par ses vastes proportions, la salle à manger forme un digne pendant au grand salon. Les niches des deux statues, les entablements de portes et les deux longs bas-reliefs à couronnes entrelacées avec des médaillons à attributs qui avoisinent la porte d'entrée, sont composés avec une vigueur très mouvementée. On doit regretter cependant que l'architecte Paris ait répété, trop servilement parfois, des ornements antiques qui tous n'étaient pas des modèles de bon goût. L'ancien hôtel de Coislin sert en ce moment d'abri au Cercle de l'Union. Il a conservé, de son ancienne décoration, un grand salon à quatre portes sculptées de trophées avec des bas-reliefs en grisaille, des glaces à cintre entourées de guirlandes de myrte et des panneaux de fleurs et d'ustensiles de chasse d'une exécution délicieuse, des frises et des encadremenls clans le style de Cauvet. Cette succession de salons et de pièces revêtus de boiseries, de dessus de portes et de cheminées de marbre incrustées de bronzes ciselés a été récemment restaurée avec le plus grand soin et meublée dans le style de l'époque. On vient de mettre en vente (mai 1897) quatre tableaux d'Hubert Robert provenant de l'hôtel de Pastoret, voisin de l'hôtel Coislin et ayant fait partie de la succession de la marquise Du Plessis Bellière.

Les maisons de la rue Royale construites en même temps que la place Louis XV, avaient reçu pour la plupart une ornementation artistique. Quelques-uns de ces intérieurs sont restés intacts et nous pouvons en citer deux comme des types de l'art décoratif vers la fin du règne de

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