LE FAUBOURG S AINT-H ONO R É
du xvme siècle des médaillons dorés avec l'effigie de Napoléon III.
Le premier Empire a laissé des marques de son passage, dans l'une des grandes pièces de l'Elysée qui sert de salle à manger. La décoration en est aussi pauvre que disgracieuse, et l'on a imaginé d'y encastrer dans des châssis de menuiserie deux grandes toiles de Carie Vernet, représentant une des victoires de Murât et la reine Caroline se promenant en calèche.
Les appartements du premier étage, refaits aujourd'hui et agrandis, n'avaient pas reçu tout d'abord de décoration; quelques-uns, datant du premier Empire et affectés à l'habitation particulière du Président, ont été ornés de peintures et de paysages d'un médiocre intérêt. Lors de l'agrandissement du palais de l'Elysée, on à fait transporter au deuxième étage du petit Trianon plusieurs cheminées de pièces qui avaient été condamnées par les nouveaux plans. On a déposé récemment, à l'entrée de la salle de bal, quelques boiseries provenant de l'ancien hôtel Sébastiani, sur l'emplacement duquel a été ouverte la rue de l'Elysée, notamment une frise à rinceaux dorés. Cinq paysages de Houel, datés de 1775, qui les accompagnaient furent à ce moment-là remisés dans les magasins du Louvre.
Devant le perron qui conduit au jardin sont placés deux groupes en marbre d'une exécution très souple, probablement dus à Tassaert, ou à Guyard, sculpteur peu connu en France et souvent employé par Beaujon. Il serait à désirer que ces sculptures, taillées dans un marbre friable et déjà très usé, fussent mises à l'abri des injures du temps, dans l'un de nos musées.
On doit regretter qu'une partie des plus précieuses tapisseries du Garde-Meuble soit employée à garnir les cloisons des constructions provisoires de la salle des fêtes, des buffets et des salles de service, où elles sont exposées aux dangers constants de l'incendie. Clouées au hasard et à la mesure des parois, sans souci des sujets qu'elles représentent, ni de leur époque de fabrication, cette exposition présente un aspect lamentable. Des panneaux dessinés par Audran et tissés d'or sont convertis en portières se doublant entre elles et exigent, par suite de leur poids, un effort pour être soulevées qui entraînera fatalement leur usure prochaine. Quand donc se décidera-t-on à considérer la collection de tapisseries que nous a léguée l'ancienne Couronne comme l'un des plus beaux fleurons de notre richesse nationale, et cessera-t-on de les prêter à tort et à travers, sans besoin ni motif suffisant, à toutes les expositions, de s'en servir à chaque réception de ministère ou à chaque cérémonie publique pour en faire des tentes et des vestiaires? Ignore-t-on que, lorsqu'un de ces
panneaux isolés passe en vente publique, il atteint des prix supérieurs à ceux qui sont donnés pour les tableaux des grands maîtres? Pendant que les musées étrangers et les amateurs se disputent ces chefs-d'œuvre de notre art national, et que l'on s'efforce de rassembler dans les collections et dans les palais des autres pays les rares spécimens de la maison des Gobelins qui sont en circulation, il s'est trouvé une commission spéciale qui a proposé de disperser dans les ministères et clans les administrations publiques le reste des richesses que nos révolutions avaient épargnées. Ce projet, que seul le vandalisme administratif pouvait imaginer, fut adopté comme libéral, et devant répandre l'influence du goût français, et l'on expédia dans les ambassades étrangères, en Turquie, en Prusse, en Russie, — jusqu'à Madagascar, — les productions de notre ancienne manufacture des Gobelins, sous le prétexte que, ces tapisseries ne pouvant être exposées au public à Paris par défaut d'espace, il n'y avait pas d'utilité à les garder roulées dans les magasins du Mobilier national.
C'est par centaines de pièces que l'on peut chiffrer le nombre des pièces de tapisserie déposées dans les palais nationaux, dans les ministères, dans les grandes administrations et surtout dans les hôtels de nos ambassadeurs à l'étranger. A Paris, les employés du Garde-Meuble peuvent les surveiller, demander leur restauration quand elles sont déchirées et les remplacer quand elles sont trop fatiguées par leur exposition à la lumière, mais comment exercer ce contrôle dans les pays éloignés. Certains ambassadeurs les conservent soigneusement, tandis que d'autres les roulent pour les déposer en magasin. Tous seraient unanimes à croire qu'elles font partie du mobilier de l'ambassade et refuseraient de les rendre, si elles avaient besoin d'être restaurées ou si on les leur réclamait pour reconstituer des séries dont les pièces ont été partagées entre des villes différentes. Il faudrait maintenant un coup d'état artistique pour revenir sur cette mesure regrettable, en rétablissant les choses dans le vieil état protecteur où elles se trouvaient.
L'ambassade anglaise occupe l'ancien hôtel de Charost, faubourg Saint-Honoré (n° 39), où a demeuré sous l'Empire la princesse Pauline Borghèse : c'est dire qu'on y trouve tout à la fois des boiseries sculptées de l'ancien régime, à côté de menuiseries à moulure et de peintures de l'école de David, accompagnant un mobilier fourni par Jacob et par Thomire.
Au commencement de la rue du faubourg Saint-Honoré (n° 31) on trouve l'hôtel Pillet-Will dont nous avons cité la grande porte provenant de l'hôtel de Vie. — Mmo Nathaniel de Rothschild (n° 35), a acquis à Paris un grand escalier Louis XIV, avec les boiseries de l'hôtel de Tourolle,
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