‹ L'art decoratif dans le vieux ParisChapitre 43 sur 49 · LES 13 0 T L E V A R D S · texte numérisé non relu

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du Trocadéro et au Musée des Arts Décoratifs. Dans la même rue et presqu'à la même époque, disparaissait l'hôtel de La Riboisière (nu G2), dont les vastes jardins ont été convertis en cité industrielle. Cette demeure, où s'étaient données de superbes fêtes sous la Restauration et sous le Gouvernement de Juillet, était un des spécimens les plus complets de la décoration du commencement de notre siècle qu'il y eût à Paris. De l'autre côté du boulevard Saint-Martin, existent encore quelques maisons plus sobres d'architecture, qui datent de Louis XVI. Les allèges des fenêtres de l'une d'elles sont formées par des frises rectangulaires dans le style de J.-B. Huet.

Vers le commencement du xviii0 siècle, les terrains maraîchers de la Grange-Batelière et du faubourg Poissonnière commencèrent à se couvrir de maisons et d'hôtels habités par des financiers ou par des propriétaires. A l'entrée de larueDrouot, l'hôtel construit par le duc de Choiseul, sur l'emplacement du jardin potager de la maison de son beaupère Crozat, servit à la direction du Grand Opéra jusqu'à l'incendie de ce théâtre. Le fermier général Bouret de Vézelay, le banquier de Laborde et Grimod de La Reynière l'avaient également occupé. C'était un des meilleurs ouvrages du décorateur Le Carpentier dont nous venons de parler. Le corps de logis du fond de la cour était orné de colonnes supportant un fronton; cette façade, respectée par le feu, a été acquise par M. le baron Gustave de Rothschild, et réédifiée dans sa demeure de l'avenue de Marigny. A l'intérieur, on voyait un grand salon décoré de colonnes corinthiennes en bois sculpté répondant aux colonnes de la cour. Les dessus de portes, la frise de la corniche et le plafond avaient été peints postérieurement, dans le nouveau style pompéien, par Perron, sur les dessins de Clérisseau. Les boiseries de cette pièce, qui servait de foyer de la danse, n'avaient été qu'effleurées par la flamme ; elles ont été vendues par le Domaine et transportées en Angleterre.

La famille de l'ancien directeur de la Gazette des Beaux- Arts, M. L. Galichon, possède une maison de la rue de la Grange-Batelière, n° 10, occupée en partie par l'étude du commissaire-priseur, M. Chevalier. Un large escalier à rampe de fer, dans le style de Louis XVI, conduit dans le cabinet de cet officier ministériel si connu de tous ceux qui fréquentent l'Hôtel des Ventes; c'était jadis un salon à panneaux sculptés et dorés du milieu du xvnf siècle. Une seconde partie de cette vaste maison est décorée dans le style du premier Empire ; on y trouve aussi une belle cheminée à cuivres ciselés du temps de Louis XVI.

Les démolisseurs viennent de donner les derniers coups de pioche à ce qui restait de l'hôtel du général Marmont, propriété de la famille

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DÉCOR ATI F

Benoît Fould (rue Bergère, 22), après en avoir enlevé tout ce qui avait un intérêt artistique. L'hôtel voisin (n° 20), occupé par l'imprimerie Chai*, appartenait primitivement à M. Lenormant de Mézières, parent de M. Lenormant d'Etiolles, mari de la marquise de Pompadour. Malgré les transformations nécessitées par l'installation d'un grand établissement industriel, il y reste un large salon revêtu d'une boiserie sculptée, où sont ouvertes quatre larges portes au-dessus desquelles figuraient des bas-reliefs à arabesques sculptées qui sont aujourd'hui remplacés par des moulages. Au-dessus et en regard de la cheminée, sont deux grandes glaces à encadrements dorés dont le cintre est orné de feuillages en guirlandes, très précieusement ciselés dans le style de Louis XVI. Entre ces glaces et les portes sont disposées des tiges de feuillages formant un prolongement de couronnes. Le centre du plafond est orné d'une petite peinture ronde où des enfants se jouant dans un nuage, ont été bien souvent attribués à Fragonard. Ce salon avait été vendu à M. Pillet-Will, mais le marché n'a pas tenu par suite de la difficulté de l'enlèvement des panneaux en plâtre. Une cinquième porte, surmontée d'un trumeau à couronne, conduit dans une salle à manger actuellement divisée en deux étages et dont tous les ornements sont cachés par des cloisons. Nous nous rappelons qu'avant cette mise au secret, la pièce offrait de grandes portes à consoles et à bas-reliefs, où des figures accostaient des médaillons d'une grande allure, et que les encoignures de la voussure étaient encadrées par des figures d'aigles aux ailes éployées.

Du vaste hôtel de Boulainvilliers, bâti par un des fils de Samuel Bernard et possédé ensuite par les banquiers de Bougemonl, il ne reste que le nom donné à la rue ouverte par ces derniers propriétaires sur son emplacement. Avant la démolition, MM. de Bougemont avaient donné au Musée de Neuchàtel (Suisse), ville dont ils étaient originaires, quatre dessus de portes : la Naissance de Romulus et de Remus, Y Enlèvement des Sabines, Coriolan et sa mère, la Continence de Scipion, commandés en 1728 à J.-Fr. de Troy par Samuel Bernard, pour l'un des salons de cet hôtel.

La rue Bergère (n° 7) a conservé une de ces petites maisons destinées à abriter les parties galantes du xviii0 siècle. Celle-ci avait été donnée par M. Trouard, contrôleur des bâtiments et amateur des choses d'art, à une actrice qu'il protégeait. La pièce la plus importante est un salon à boiserie dorée dont les quatre portes sont surmontées de peintures allégoriques à figures d'enfants sur fond d'or, qui ont été modernisées, et dont les panneaux et les pilastres sont ornés d'arabesques et de feuilles d'acanthe sculptées. Un petit boudoir qui lui fait suite est bien plus

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délicat d'exécution et plus harmonieux dans ses dimensions restreintes. 11 est entouré de panneaux encadrés par des baguettes finement évidées à jour, se détachant en or sur un fond blanc. Au fond de la pièce est une petite alcôve destinée à recevoir un sopha et garnie de glaces. Sur le plafond rond sont jetés des oiseaux voltigeant; dans les angles sont des écoinçons sculptés et dorés d'un styte Louis XVI très sobre.

Nous signalerons dans la rue de Trévise (n° 32) une vaste maison isolée de tous les côtés, datant du commencement de ce siècle, où il existe plusieurs peintures importantes de l'école de David. Dans la rue Richer, se voient encore quelques-unes des habitations bourgeoises construites par les architectes Ledoux et Damains, qui semblent avoir perdu sans retour les traces de leur décoration primitive. La rue du Faubourg- Poissonnière a conservé plusieurs grandes demeures qui datent de la même époque; elles sont aujourd'hui converties en maisons de commerce ou en établissements financiers. La plus importante de ces constructions est celle du Conservatoire national de musique, autrefois l'hôtel des Menus-Plaisirs du Roi et qui servit pendant plusieurs années de Garde-meuble. Le théâtre que l'on y voit provenait originairement du château de Bellevue, bâti par la marquise de Pompadour, mais il a été refait sous le premier Empire. Il est donc l'un des plus anciens de Paris, bien qu'il ne présente qu'un intérêt artistique des plus médiocres. L'ancien hôtel des Menus-Plaisirs a été entièrement reconstruit sous le règne de Louis-Philippe; mais ses bâtiments, aussi disgracieux qu'incommodes, menacent ruine dès maintenant. La façade longeant la rue Bergère a seule conservé l'aspect général qu'elle avait à la fin du xvin6 siècle.

Dans la petite maison des Turgot, située rue Condorcet (n° 4) et ayant appartenu au célèbre ténor Duprez qui y a fait établir un théâtre, nous avons vu un grand salon de style Louis XVI, que décorent des bas-reliefs d'enfants, imités de ceux de la fontaine de Grenelle, dus à Bouchardon. Cette pièce est précédée d'une antichambre à pilastres, et accompagnée d'une chambre à coucher ornée de panneaux et de médaillons à figures du même style.

Un pavillon de la fin du xvin0 siècle situé rue de l'Échiquier et ayant fait partie de l'hôtel de Brienne, dépend maintenant des magasins de la Ménagère; sauf la façade et la porte d'entrée, il a été entièrement modernisé.

M. Cromot du Bourg avait fait construire en 1766, dans la rue Cadet (n° 9), une grande maison d'habitation occupée longtemps par la fabrique Pleyel, où l'on trouve un appartement composé de plusieurs salons revêtus de boiseries d'une facture assez sommaire, dont les

voussures et les rosaces des plafonds sont charmantes de style. Des trumeaux peints, des cheminées de marbre sculpté et des garnitures de fenêtre en cuivre ciselé complètent cet ensemble.

Le talent décoratif de l'infatigable Ledoux revivait tout entier, il y a quelques années encore, dans un charmant pavillon de la rue des Petites-Écuries (n° 44). Nous n'avons que des renseignements vagues sur l'amateur pour lequel il a été construit. Le rez-de-chaussée de ce pavillon contient trois pièces principales. La première est une salle à manger de forme ovale, éclairée par une fenêtre et par un plafond vitré. Dans les angles sont disposées des niches à colonnes et à socles enguirlandés sur lesquels reposaient quatre groupes de nymphes supportant des plateaux chargés de fleurs et modelés avec une grâce exquise. Ces sculptures font aujourd'hui partie de la belle collection de M. Peyre. Entre la porte et la fenêtre sont disposés quatre panneaux revêtus d'arabesques peintes; tout autour s'étend une théorie de figures antiques d'une exécution bien inférieure à celle des nymphes. De la pièce suivante, il ne restait plus qu'une cheminée et les encadrements moulurés de quatre grands panneaux décoratifs dans le style d'Hubert Robert, qui appartiennent maintenant à M. le comte de Greffulhe. Le grand salon, mieux conservé, bien qu'il ait été converti en chapelle, n'a perdu que sa cheminée gracieusement supportée par des colonnes en fuseaux et ornées de cuivres précieusement ciselés, qui a été acquise par M. Peyre. Il y subsiste quatre panneaux en stuc peint et doré, dont les arabesques et les médaillons rappellent les plus délicates compositions de Cauvet et de- Prieur. Le surplus de l'appartement, décoré plus simplement, ne mérite pas une attention spéciale.

Le nom de Gouthière se trouve souvent prononcé, — sans raison, suivant nous, — à propos d'un pavillon situé dans le faubourg Saint- Martin (n° 74), où il serait mort. Gouthière habita effectivement dans cette rue, dès l'année 1782, une maison dont il était le propriétaire; mais elle portait le n° 43. C'est donc à tort probablement, qu'une tradition populaire qui aurait besoin d'être contrôlée, le fait mourir à l'hôpital en 1813. Nous pensons qu'il s'agirait plutôt de Goulheinze, stucateur-marbrier, qui occupait une partie de l'hôtel des Arts, bâti au coin de la rue Neuve-Saint-Nicolas, où logeaient plusieurs artistes, et qui tenait dans son magasin plusieurs ouvrages en albâtre et en stuc, comme fûts de colonnes, vases, cassolettes, piédouches, etc. Qu'il y ait eu confusion ou non entre les deux noms de Gouthière et de Goutheinze, le bâtiment dont nous nous occupons est l'un des plus curieux spécimens des petites maisons du règne de Louis XVI. Situé à l'extrémité d'une

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longue avenue, il semble un petit temple orné d'un péristyle à deux colonnes, dont la porte est surmontée de deux figures adossées à un cartouche. Au-dessus se déroule un grand bas-relief clans le style de

SALON D'UN PETIT HÔTEL DE LA IIL'E DES PET I T E S -É C IHH-ESî —

(Epoque de Louis XVI)'.

Clodion, représentant une procession bachique de jeunes enfants portant un brancard à lambrequin. La décoration intérieure, qui remonte à Louis XVI, a été remaniée ou complétée sous Napoléon Ier ; il est au reste à peu près impossible de la voir dans son ensemble; une partie

étant dissimulée derrière les rayons du magasin de vannerie qui occupe Timmeuble. Nous y avons remarqué une belle cheminée de marbre rouge ornée d'une frise à pampres, dont l'admirable ciselure sur cuivre ne serait pas indigne de la main de Gouthière. Deux autres cheminées ont des appliques exécutées sur les modèles de l'Empire. Le premier étage possède plusieurs panneaux sculptés, dans une pièce qui sert actuellement de salle à manger, mais la majeure partie des portes et des panneaux de cette charmante habitation, qui ouvre sur un vaste jardin, a été remplacée par de la menuiserie moderne.

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