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L'ANCIENNE ZONE SUBURBAINE

Dans l'ancienne zone suburbaine du Nord, qui depuis 1860 est réunie à Paris, les monuments publics et les hôtels curieux sont bien rares. Nous y trouvons cependant la vieille paroisse de Montmartre, voisine de l'abbaye et l'une des plus vénérables de la capitale. Cette église est aujourd'hui écrasée par la colossale basilique du Sacré-Cœur, et elle est condamnée par le clergé lui-même, qui veut reconstruire la paroisse au pied de la colline. Notre infortuné monument semble donc condamné par tous. Depuis vingt ans on réclame les fonds nécessaires, sinon pour sa restauration, au moins pour le mettre à l'abri de l'effondrement, et depuis ce temps le Gouvernement et le Conseil municipal ne peuvent arriver à s'entendre. Il a déjà fallu fermer l'abside dont les pierres ne sont plus liées par le mortier, et qui est certainement la plus vieille construction chrétienne existant à Paris. Les colonnes et les chapiteaux qui s'y trouvent remontent à l'époque mérovingienne. La nef sert au culte; elle est elle-même soutenue par des piliers d'une haute antiquité, dont la sculpture appartient au xie siècle. Il est très présumable que ces voûtes s'effondreront avant que l'on se soit mis d'accord sur les moyens de les sauvegarder. Auprès de là est une pyramide assez fruste, construite au xvne siècle dans l'axe du méridien de l'Observatoire de Paris. Rien ne subsiste de l'abbaye (fondée par la reine Adélaïde, femme de Louis le Gros) qu'une belle statue en marbre représentant saint Denis, donnée par Anne d'Autriche et sculptée par Sarrazin, qui orne le chœur actuel de l'église Saint-Jean-Saint-François; dans l'église est une cuve baptismale datée de 1587, des orgues provenant de l'ancienne église de Notre-Dame de Lorette et dans la grotte du Calvaire un Christ mort qui figurait dans l'ancienne abbaye.

En ce moment la fabrique a acheté un terrain dans le bas de la butte pour y construire une église nouvelle. Il s'est élevé à ce sujet une protestation dans la Presse et au sein des sociétés artistiques pour demander

le maintien et la restauration de ces ruines. Il faut espérer que cetle campagne conservatrice pourra aboutir. Ne doit-on pas s'étonner cependant de voir le clergé, prendre l'initiative de la suppression d'un des édifices les plus importants delà piété parisienne et l'un de ceux qui sont contemporains des premiers essais de conversion de notre capitale païenne au christianisme.

L'église Saint-Laurent date du XVIe siècle, mais la façade en a été modernisée lors du percement du boulevard Magenta et les vantaux de la porte principale furent alors transportés dans les magasins de la Ville et plus tard à Carnavalet.

Dans la partie de Paris que nous venons de parcourir à la recherche des œuvres d'art et dans celles de l'art nous avons rencontré nombre d'églises dont nous n'avons pas parlé parce qu'elles ne renferment rien d'intéressant ou qu'elles sont de construction trop récente. Nous ferons cependant une exception en faveur de Saint-Vincent-de-Paul, pauvre édifice au point de vue architectural, mais qui mérite la visite de tous les amateurs à cause de l'admirable Théorie des Saints qui longe toute la grande nef, chef-d'œuvre de l'art du milieu du xix° siècle, dans lequel Hippolyte Flandrin à rivalisé avec les maîtres fresquistes italiens de la Renaissance.

Trois grands champs de repos ont longtemps suffi à la population parisienne qui depuis a exigé des cimetières plus vastes et par conséquent plus éloignés. Ils sont connus sous le nom de cimetières de Montparnasse, de Montmartre et du Père-Lachaise. Dans le premier, l'effigie couchée de Godefroy Cavaignac rappelle les belles sculptures de Jacopo délia Quercia à la Chartreuse de Florence; dans les autres sont placées de nombreuses œuvres de sculpture dont quelques-unes sont très remarquables.

De l'autre côté de la butte, deux habitations méritent d'attirer l'attention des curieux. La première, située rue Labat, n'a conservé que son architecture extérieure rappelant le xvme siècle, bien qu'entourée de constructions parasites et modernisée à l'intérieur. Plus important est l'hôtel appartenant à Mme la baronne de Trétaigne, et situé sur le versant extérieur de la butte, qui a été construit en 1788 par M. Agirony de Corsé. La maison se compose d'un corps de logis flanqué de deux ailes, éclairé par des fenêtres à frontons et à guirlandes, et élevé sur une terrasse dominant le jardin. Dans l'intérieur, on trouve un escalier à rampe de fer et des panneaux sculptés, avec un grand salon dont les quatre dessus de portes, aujourd'hui retirés de leur place, étaient ornés de scènes chinoises peintes dans le goût de Pillement. Plusieurs bustes

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