DÉCORATION DU CHŒUR DE NOTRE-DAME, PAU L1 ARCHITECTE ROBERT DE COTTE
(Fin du xvw siècle).
taurer et à compléter, en faisant revivre les procédés de fabrication des vieux maîtres forgerons! Le ebancel a conservé une partie de son entourage extérieur dont le côté septentrional, le plus vigoureux, date du xme siècle, tandis que celui du midi a été sculpté au siècle suivant. La clôture forme une série d'arcades au-dessus desquelles sont disposés des
bas-reliefs dont les sujets sont tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament sculptés et dorés. Cette série successive de bas-reliefs, d'un style admirable, se continuait tout autour du chœur et venait se réunir à l'ancien jubé démoli sous Louis XV. Nous citerons également le beau portail latéral sur lequel se lit le nom du maître des œuvres Jean de Chelles.
Notre-Dame n'a sauvé du vandalisme qui l'a dépouillée de ses ornements intérieurs, de ses magnifiques tombeaux, de son mobilier et des pièces d'orfèvrerie de son trésor, qu'une partie de ses verrières, celle qui décore ses trois splendides portails. Rien ne surpasse l'éclat de ces trois grandes roses qui sont restées intactes jusqu'à ce jour, et dont l'admirable disposition est complétée par les ressources d'une technique prestigieuse de l'effet colorant.
Nous nous arrêterons plus longtemps sur les travaux qui, dans les dernières années du règne de Louis XIV, vinrent altérer profondément l'aspect du monument en modifiant le chœur et le sanctuaire de la vénérable basilique de Philippe Auguste et de saint Louis. Le désir de réaliser le vœu formé par Louis XIII, de placer la France sous la protection de la Vierge, eut les conséquences les plus néfastes pour Notre-Dame, dont l'architecture, toute d'un seul jet, ne se prêtait pas à une semblable transformation. Il fallut plusieurs années de tâtonnements et l'établissement de modèles successifs pour arriver à un plan définitif présenté par J.-H. Mansard et continué par Robert de Cotte et par son fils. Le projet adopté entraîna la rénovation complète de l'ancien chœur dont il faisait une sorte d'église nouvelle placée au milieu de l'antique basilique. La vieille clôture fut condamnée et supprimée, de même que le jubé, l'ancien autel, les tombeaux de métal et les verrières de la nef. Les stalles primitives furent remplacées par des sièges choraux plus élevés, et les grilles du xnie siècle par des ferronneries plus somptueuses, en même temps que les colonnes et les arcs étaient dissimulés sous des piliers carrés et sous des caissons sculptés dans le style du xvii° siècle. Rien n'était plus étrange et plus disgracieux que l'aspect du chœur de notre cathédrale, avec les huit immenses toiles si froides de composition qui venaient s'appuyer sur le dossier des stalles et avec les ornements du sanctuaire qui dataient pour la plupart de l'époque impériale. Nous avions eu tout d'abord l'intention d'indiquer les noms des peintres et les sujets des tableaux qui garnissaient, en les dénaturant, le chœur et les nefs de Notre-Dame avant la Révolution. Mais le style de ces œuvres est si peu décoratif que nous y avons renoncé. D'ailleurs le relevé complet des mais de Notre-Dame se trouve dans
plusieurs descriptions anciennes, et de nos jours, il a été l'objet d'études dues à MM. Clément de Ris et Guiffrey.
Dans le chœur au-dessus des stalles étaient huit grands tableaux offerts parlechanoine Delaporte.
C'étaient : X Annonciation, par 1 1 allé ; la Visitation, par Jouvenet; la Nativité et V Adoration des Mages, par de Lafosse ; la Présentation et la Faite en Egypte, par Louis de Boullongne; Jésus dans le Temple et
Y Assomption, par Antoine Coypel. A l'époque de la Révolution,
Y Assomption, la Présentation et une seconde Assomption avaient été détruites et remplacées par une toile de L. de Lahyre et trois sujets par Philippe de Champaigne. Ces huit tableaux ont été portés au Louvre en 1852, et ils sont déposés dans les magasins depuis cette époque.
Malgré ces disparates, tous les détails de la décoration de Robert de Cotte avaient été dirigés avec un goût exquis et il s'était acquitté avec une grande habileté d'une tâche aussi ingrate. Cette entreprise est celle dans laquelle il avait le mieux montré toutes les ressources du talent de décorateur que nous aurons si souvent l'occasion de retrouver dans les hôtels de Paris. Aussi a-t-on eu cent fois rai-
PAXSIÎiO DES STALLES D E S OT H E - T) A M E.
(Fin du xvir siècle).
son, lorsqu'on a rétabli le chœur de Notre-Dame clans son état primitif, d'excepter de la proscription, en considération de leur valeur artistique, les stalles, de même que les groupes et les statues des Coustou et de Coyzevox de même que les figures des Vertus qui entourent le rond-point du maître-autel.
Cet autel, autrefois richement décoré de groupes d'anges modelés par Yassé, et de flambeaux d'argent dus à Claude Ballin et remplacés plus tard par d'autres en cuivre ciselés par Philippe Caffieri, s'appuyait sur un bas-relief de cuivre doré modelé par les Vassé et ciselé par Dizy, qui est actuellement placé dans l'église de Rueil, après avoir passé par le château de la Malmaison. Le bas-relief actuel représentant aussi une Vierge de Pitié qui est encastré dans le piédestal du groupe central de Nicolas Coustou, appartenait autrefois à la chapelle funéraire de Louvois dans l'église des Capucines. Ces transmigrations imprévues sont la conséquence de l'indifférence avec laquelle on traitait les objets d'art des églises et des couvents, entassés dans les magasins de l'État, à l'époque révolutionnaire.
Les stalles du chœur de Notre-Dame sont dignes d'être comparées à celles d'Auch et d'Amiens et aux plus beaux monuments de ce genre. Bien qu'elles datent d'une époque où le sentiment religieux était perdu et où les principes du grand art étaient mis en oubli, elles rachètent leur infériorité esthétique par une grâce d'invention et par un charme d'exécution que l'on ne peut se lasser d'admirer. Les de Cotte en ont certainement tracé les lignes générales, mais les modèles des ornements sont , l'œuvre de Jules du Goulon.
Sur le dossier des trente-trois sièges de chacun des deux côtés, du Goulon disposa dans des cartouches alternativement carrés et ovales, des bas-reliefs représentant la vie de la Vierge et entourés d'ornements. Entre chaque cartouche est un pilastre au milieu duquel sont les armes et les chiffres du roi, avec les instruments de la Passion; ces pilastres ont été dessinés par Charpentier. La menuiserie des stalles de droite a été faite par Louis Marteau et celle de gauche par Jean Nel. Les sculptures des bas-reliefs encastrés dans les cartouches sont l'œuvre de du Goulon, de Belan, de Taupin (Pierre) et de Le Goupil (André). Ces stalles aboutissent, vers le sanctuaire, à deux chaires épiscopales, d'une grande richesse d'ornementation, dont le dessin et les deux bas-reliefs, le Martyre de saint Denis et la Guérison de Childebert par saint Germain, sont l'œuvre du sculpteur Antoine Vassé. Tous ces noms de sculpteurs sont à retenir comme ceux des plus habiles ornemanistes de la fin du règne de Louis XIV. Ils furent chargés d'exécuter les magnifiques lambris qui décorent les grands appartements de Versailles et nous aurons l'occasion de rencontrer d'autres ouvrages de leur main dans l'intérieur des hôtels de Paris. Nous signalerons une boiserie presque identique et que l'on pourrait attribuer aux mêmes sculpteurs, qui est placée au grand séminaire d'Orléans. On a cru longtemps sans
preuve positive, qu'elle avait été exécutée pour l'ancienne chapelle de Versailles. Mais un document découvert récemment établit que ces stalles avaient été commandées à Du Goulon pour la cathédrale d'Orléans.
Autour du sanctuaire, à l'entrée principale et sur les deux côtés, étaient placées des grilles d'une composition grandiose et aux armes du roi, qui avaient été exécutées par Louis Fordrin et par François Caffin. Il n'en reste plus que le souvenir conservé dans les planches gravées par Fordrin et dans quelques dessins attribués à Bérain qui sont conservés au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale. L'intérieur de Notre-Dame a été remanié tant de fois que les débris de ses décorations successives doivent se rencontrer fréquemment. L'on voyait dernièrement, à la devanture d'un antiquaire du boulevard Saint-Germain, les deux vantaux sculptés de la porte de la sacristie que Soufflot avait construite au xviii0 siècle, et qui a été remplacée par l'édifice actuel dont Viollet-le-Duc a donné les plans de restauration générale.
Il ne nous est rien parvenu des richesses du trésor de Notre-Dame. Les pièces qui composent le trésor actuel sont modernes ou de peu d'importance. A peine y retrouve-t-on quelques tombeaux anciens, et encore ne viennent-ils pas du monument primitif. La cathédrale de Notre- Dame a été étudiée par tous les archéologues comme l'un des meilleurs spécimens de l'architecture ogivale à sa meilleure époque. Nous ne pouvons citer tous les ouvrages qui lui ont été consacrés, nous nous bornerons à rappeler ceux de Viollet-le-Duc qui avait passé trente ans de sa vie à en poursuivre la restauration.
Le sol voisin de Notre-Dame a toujours été fécond en trouvailles antiques, c'est clans la Cité que se trouvaient concentrés les principaux monuments de Lutèce et on a trouvé sur la place du Parvis, des colonnes et des débris qui font croire qu'il y eut primitivement un temple sur son emplacement. Des sculptures antiques, des scènes et des tombeaux sont également sortis des fondations du Tribunal de commerce et du Palais de justice; ils sont conservés au Musée de Cluny ou à l'hôtel Carnavalet.
Sur la place du Parvis s'ouvrait également l'ancien Hôtel-Dieu, mais les incendies successifs lui avaient enlevé tout caractère et ses bâtiments uniformes datant du xvine siècle n'avaient rien qui pût arrêter le curieux. Quelques objets d'art qui s'y trouvaient conservés ont été déposés dans l'église Saint-Julien-le-Pauvre, quand on l'a concédée au culte grec.
Une ancienne construction en forme de tour carrée contenant un escalier, sur la destination de laquelle on est peu d'accord, mais qui semble le débris d'un manoir féodal, existe dans la rue du Cloître-Notre- Dame, au nord de la Cathédrale.
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ILE SAINT-LOUIS
La réunion des deux parties qui composent l'île de Notre-Dame, commencée en 1614 par l'entrepreneur concessionnaire Marie, fut terminée en 1647. Ces nouveaux terrains qui venaient s'ajouter à la périphérie de Paris prirent le nom d'Ile Saint-Louis. Ils se couvrirent en peu d'années d'hôtels et de maisons qui, situés en dehors du grand mouvement parisien, ont conservé pour la plupart leur physionomie primitive.
En suivant la rue transversale de l'île, on trouve l'église commencée en 1664 sur les plans de Louis Levau et dont l'architecture ne mérile pas grande attention. A l'extérieur le monument est resté inachevé, mais les détails de son ornementation ont été exécutés sous la direction de Jean-Baptiste de Champaigne, neveu de Philippe et marguillier de la paroisse, qui s'y est montré très habile. La voûte de la nef et le transept sont revêtus d'une broderie sculptée qui a perdu beaucoup de son effet gracieux à être récemment dorée. Toute la sculpture de l'église se laisse lire facilement dans ses diverses parties. La porte extérieure donnant sur la rue, est l'un des meilleurs spécimens de la sculpture sur bois du xvne siècle que nous connaissions à Paris.
La façade de l'hôtel Cheniseau (rue Saint-Louis-en-l'Ue, 51), qui a servi d'archevêché après le sac de 1831, date du siècle suivant. Bien qu'elle ait été vendue récemment à la Chambre des notaires, elle est restée intacte, avec une large porte à deux vantaux habilement fouillés dans le bois, un grand balcon de fer dentelé et soutenu par des consoles à dragons et à mascarons, et avec un fronton du genre Louis XV le plus rocailleux. Dans la cour est un passage formant portique surmonté d'une demi-rosace rayonnante d'un effet très pittoresque; auprès se trouve un escalier de proportions grandioses, orné d'une rampe avec une retombée en fer précieusement travaillée. La rue Saint-Louis possède plusieurs autres maisons qui ont encore conservé leur aspect original, mais qui ne méritent pas une mention spéciale au point de vue décoratif.
ILE SAINT-LOUIS
L'Ile Saint-Louis est en dehors de la circulation, et cependant rien n'est plus curieux que la promenade des quais qui l'entourent. Presque à chaque maison, on trouve une porte, un balcon, un détail qui excite l'attention. Sur le quai Bourbon, au n° 3, c'est une boutique de l'époque de Louis XVI, la seule qui reste probablement à Paris,