DÉTAIL DU PORTAIL DE L'HÔTEL CHENISEAU. ILE SAIXT-LOUIS
(xviiie siècle).
et dont la devanture est divisée en arcades finement sculptées (celle du quai du Marché neuf, portant l'enseigne du Pélican (Louis XV) ayant été démolie); puis l'hôtel Le Charron (n° 15) avec un grand portail et une cour bien conservée ; l'hôtel de Jassaud (n° 19), offrant un large balcon soutenu par des consoles à mascarons, auprès duquel se trouve une niche abritant une statue de Vierge dont la partie supérieure a été sciée, et enfin l'hôtel de Boisgelon (n° 29), décoré d'un portail de style Louis XIV. Dans le plafond du cabinet de la maison n° 15 est
peinle une ligure de Y Abondance, au milieu d'un cartouche échancré et ovale. Tout autour sont des caissons à arabesques dont une partie a été supprimée lors du rétrécissement de l'appartement. La boiserie est du style Louis XIII et la peinture de l'école de Vouet.
Près de là, dans la rue Poulletier, on voit une porte à deux vantaux surbaissés de style Louis XIII (n° 29), dans une maison convertie aujourd'hui en école municipale de jeunes garçons, et qui s'appelait autrefois l'hôtel de Meillan. Dans une maison de la rue Le Regraltier, appartenant à Mmo Japy, belle rampe d'escalier de l'époque de Louis XIV.
La plupart des maisons du quai d'Orléans conservent des fragments contemporains de l'époque de leur construction. Nous mentionnerons rapidement la porte sculptée et surmontée d'une imposte grillagée de la maison (n° 6) où est installée la Bibliothèque polonaise; un grand balcon soutenu par des montants de fer (maison n° 12); un marteau de porte en fer forgé (n° 18); deux portes en^bois sculpté avec médaillons en fer ajouré (n05 2 2 et 28), de style Louis XIV.
Les demeures situées sur le quai de Béthune sont plus importantes, parce qu'on y jouissait d'une vue plus étendue sur le cours de la Seine. Aussi, la plupart des maisons sont-elles ornées de balcons qui firent donner à ce quai le nom populaire de quai des Balcons. Beaucoup d'enire elles offrent des passages souterrains aboutissant à la rivière, sur laquelle leurs propriétaires pouvaient avoir des barques. L'extrémité du quai était occupée par l'hôtel de Bretonvilliers, l'un des mieux situés de Paris, dont la grande galerie avait été peinte par Sébastien Bourdon qui y avait représenté Y Histoire de Phaëton; Charmeton et Baptiste Monnoyer lui avaient prêté leur concours pour la partie ornementale. D'autres plafonds étaient dus à Silvestre, au Poussin, à Vouet et à Mignard. Les derniers vestiges de cet hôtel, qui avait été démoli en 1840, ont disparu lors de la construction du pont de Sully. Une curieuse arcade du xvn° siècle met en communication la rue de Bretonvilliers avec celle de Saint-Louis-en-l'Ile. On pense que la maison située sur le quai (n° 20) a été habitée par un des membres de la famille de Richelieu ; il serait plus exact, croyons-nous, d'y voir la demeure construite pour M. Dastri et occupée depuis par son petit-fils Rouillé de Meslay. Mme Lelong, qui l'a acquise pour y installer une collection d'objets d'art, a cédé à M. le baron Adolphe de Rothschild, moyennant un prix considérable, la boiserie sculptée et dorée qui décorait un superbe salon de l'époque de Louis XIV, tandis qu'elle a laissé en place une seconde boiserie d'une exécution aussi remarquable. Les deux maisons (n05 2 0
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et 22), qui semblent deux sœurs jumelles, ont été construites par Levau. On y remarque deux portes au-dessus desquelles sont des consoles à mascarons de style Louis XIV. Le rez-de-chaussée de la première de ces maisons était occupé il y a quelques années par le syndicat des marchands de bois de Paris; on y voyait trois entourages de glaces en bois sculpté rappelant les beaux modèles de cheminées publiés par Jean Mansard, qui font maintenant partie des collections du Musée des Arts décoratifs. Il y est resté, faute d'acquéreur, un grand plafond à deux compartiments qui est attribué à Mignard. L'hôtel du maître de la chambre aux deniers, Hesselin, bibliophile et curieux émérite (n° 24), a conservé une très belle porte dont les mascarons et les guirlandes sont sculptés dans le style noble et massif des premières années de Louis XIV; la cour est entourée d'arcatures soutenues par des pilastres d'ordre ionique. Le corps de logis principal est desservi par un grand escalier dont les peintures étaient attribuées autrefois à Mignard, et qui sont aujourd'hui recouvertes par une couche de badigeon.
Sur le quai d'Anjou se succèdent des maisons et des hôtels que le goût de la modernisation, adopté dans les autres quartiers de Paris, a oubliés. Il semble même que les règlements sur le grattage et le ravalement des murailles ne soient pas observés par les propriétaires jaloux de conserver à leurs immeubles la patine du xvne siècle. Ce ne sont que balcons en fer ouvragé, que portes en bois sculpté et cours profondes dans lesquelles l'architecture moderne taillerait plusieurs maisons de rapport. A l'hôtel (n° 5) habité par M. de Marigny, frère de la marquise de Pompadour, portail en bois sculpté; aux maisons (nos 11, 13, 21, 23, 27), grands balcons de style Louis XIV.
Il nous reste à parler de deux hôtels qui, par l'importance de leur décoration, ont pris place parmi les monuments les plus connus de Paris. La première de ces maisons construite par Charles Gruin, commissaire général de la cavalerie, fut ensuite possédée par le duc de Lauzun et par le marquis de Pimodan, sous le nom desquels elle est souvent désignée. Elle était possédée, depuis 1841, par M. le baron Jérôme Pichon, qui l'a restaurée avec soin et qui y avait réuni une bibliothèque et des collections artistiques très importantes. M. le baron Pichon avait loué jadis une partie de sa nouvelle demeure à une pléiade de littérateurs de l'école romantique, Roger de Beauvoir, Théophile Gautier, Boissard et Baudelaire, qui popularisèrent par leurs nouvelles, l'hôtel Pimodan. M. le baron Pichon est mort récemment et ses héritiers cherchent à vendre séparément les boiseries et les peintures de cette demeure, qu'a illustrée le nom de Lauzun. Comme dans les édifices du
xvne siècle, la façade froide et nue n'annonce pas les magnificences intérieures ; son principal ornement est un balcon dont les lignes pures et élégantes composent l'un des meilleurs modèles de ferronnerie qui soient à Paris. Bien que dirigée par un respect consciencieux, la restauration de l'hôtel a dû introduire divers changements dans la distribution intérieure. L'escalier actuel occupe au rez-de-chaussée la place de la salle à manger, et au premier étage celle de la chapelle. Il conduit à une longue galerie où M. le baron Pichon avait disposé sa bibliothèque et dont le plafond peint et doré avait seul été conservé ; les panneaux sculptés sont de l'époque de Louis XVI. A la suite est un petit salon entièrement peint, dont le plafond est occupé par une peinture ovale symbolisant le printemps ; au-dessus des portes sont des portraits de la famille Ogier, un moment propriétaire de la maison, alternant avec des panneaux de fleurs; le lambris est divisé en panneaux dans lesquels sont des paysages et des arabesques, avec les chiffres des fondateurs Gruin et Mouy. Dans la nouvelle salle à manger située au premier étage, est au plafond, une grande peinture allégorique : le Temps découvrant la Vérité, dans le style de Vouet; les parois sont décorées d'arabesques dorées se détachant sur un fond blanc; sur les deux cotés l'on voit des niches opposées où sont Apollon et Minerve. Le salon qui fait suite est garni de belles tapisseries; tout autour règne un soubassement décoré d'arabesques; sur la plaque de la cheminée sont encore les armes des Gruin et des Mouy. Dans la chambre de parade qui fait suite, le plafond représente Y Histoire de Vénus; vis-à-vis les fenêtres, la baie de l'alcôve est remplacée par un grand panneau entouré de glaces ; aux extrémités on a placé deux panneaux provenant de la salle à manger et figurant Bacchus et Cérès. Le musée de l'hôtel de Cluny possède un panneau peint sur bois, dans lequel on voit : Pan, Amphyon, Muscus et Marsyas, provenant de l'hôtel Pimodan, et qui avait fait partie de cette décoration. La cheminée de la chambre de parade est surmontée d'une glace entourée d'un fronton sculpté dans le style de Bérain. La sculpture de toutes les portes de cet appartement représente des vases de fleurs en bois doré, d'une riche exécution. Une seconde chambre à coucher plus maltraitée par le temps, ne montre plus que quelques traces de sa décoration primitive composée de motifs et d'arabesques en camaïeu bleu sur fond doré; le reste est encore recouvert de badigeon. L'ensemble de ce riche appartement est complété par un boudoir orné d'un beau plafond et d'une alcôve.
M. Sewitz possède un groupe d'enfants jouant au milieu de roseaux, en terre cuite ayant servi de décor à une fontaine de salle à manger,
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qu'il assure provenir d'une maison de l'île Saint-Louis, dont il a perdu l'indication.
Située à l'extrémité du quai d'Anjou et en regard de l'ancien hôtel
DBi'OItATION D'UN SAI.OX DE l'hVi'EL DE I.AUZUN (XVIIe SIÈCLE)
(Appartenant an biron PicUon).
de Bretonvillien, la demeure construite par Levau pour le président Lambert de Thorigny, annonçait dignement l'entrée de la capitule, lorsqu'on descendait le courant du fleuve. Bien que privé de la plupart des richesses artistiques qui en faisaient une sorte de musée, cet hôtel, pos-
sédé successivement par Mmo du Châtelet, par la famille Du Pin, par M. de la Haye, par le comte de Montalivet et par la famille Czartoryski, est l'un des sanctuaires où Ton peut le mieux comparer le génie des deux plus grands peintres du xvn" siècle, Eustache Lesueur et Charles Lebrun. Le large portail à voussure ouvrant sur la rue Saint-Louis, offre deux vantaux dans le bois desquels sont sculptés des figures de lions, des palmes enlacées et des mascarons, dans le style mâle et massif de la première moitié du xvne siècle. Sur le corps principal de logis au fond de la cour, on lit le nom de Levau, joint à ceux de Lebrun et de Lesueur, avec le millésime 1640. L'escalier est large et grandiose, mais d'une architecture froide et compliquée ; au bas de son premier palier, dans un renfoncement, Lesueur a peint en grisaille un groupe de fleuve ou de naïade aujourd'hui très dégradé par l'humidité. L'escalier conduit à un vestihule ovale servant d'entrée aux grands appartements du premier étage dont la décoration a été conservée. Les murs, les portes et le plafond surbaissé de cette pièce, sont revêtus de bas-reliefs en grisaille d'après les dessins de Lesueur. Les quatre cartouches du plafond représentent le triomphe de Neptune et celui de Flore, le bain de Diane et Yaventnre de Calisto; ils sont supportés par des figures de lleuves ou de naïades, et par des enfants tenant des coraux, reliés entre eux par des guirlandes et des médaillons à coquille, d'un grand goût. On entre ensuite dans une longue galerie dont l'extrémité arrondie ahoutit à un balcon à trois fenêtres dominant le cours de la Seine. Sur la voûte. Charles Lebrun a retracé dans cinq grands caissons X apothéose d'Hercule et son mariage avec Hébé. Les trumeaux des murs sont décorés de cadres alternativement ovales et octogones, supportés par des termes, des groupes d'enfants, des génies et des aigles, dans lesquels Van Opstal a sculpté les travaux d'Hercule en stuc bronzé. De grands paysages sont placés dans les espaces qui répondent aux quatre fenêtres donnant sur le jardin. Cette galerie est la première œuvre monumentale de Lebrun, celle qui lui a servi de point de départ pour ses grandes entreprises du Louvre et de Versailles, et celle pour laquelle il a employé son pinceau le plus léger et ses tons les plus délicats.
L'appartement opposé à celte galerie et décoré par Lesueur, a été malheureusement dépouillé de presque tous ses morceaux importants, et l'on n'y trouve plus que de rares débris de ses ornements primitifs. Il se composait d'une antichambre servant autrefois de salle à manger, qui a conservé un plafond divisé en deux caissons oblongs, par une poutre centrale, et tout fleuri de grandes arabesques en grisaille sur fond d'or. Des vases et des ornements également en grisaille sont peints
L'tArt décoratif dans le Vieux Tu ris.
(XVIII- Siècle)