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DENTS DES CRIMINELS

Cette étude a été faite surtout par Lombroso, Ferri, Manouvrier, Lydston et Talbot.

Dumur, dans sa thèse {loc. cit.), rapporte 16 observations originales faites sur les têtes des décapités criminels.

Les études sont encore peu avancées sur ce point particulier, mais on peut s'attendre à trouver des anomalies très variées.

Les criminels sont en effet des êtres dont le portrait rappelle celui des races inférieures. L'atavisme, la misère, l'alcoolisme en sont les facteurs principaux, et les dégénérescences nombreuses qu'ils présentent ont permis d'établir au point de vue craniologique le type du criminel né, d'après l'école italienne.

Du côté des dents et des maxillaires, voici les principaux caractères qu'ils peuvent présenter.

La mâchoire supérieure est très développée et son poids est de 84 grammes-, chez l'adulte normal il n'est que de 80 grammes.

On observe de plus une largeur plus considérable et une plus grande hauteur des branches du maxillaire inférieur.

Une étude de 3,939 criminels entreprise par Lombroso, Ferri, Bischoff, Bonn, Corre, Biliakow, Troyski, Lacassagne, et dont les résultats sont consignés dans le beau livre de Lombroso {U Homme crimiyiel) , indique les anomalies dentaires suivantes:

Dans 4 0/0 des homicides, on a noté le développement démesuré des dents canines.

Ce même fait a été observé par Dumur sur 16 têtes de cri-^ minels.

Sur 7 0/0 d'autres, les dents présentaient des irrégularités diverses, telles que l'absence des incisives latérales, leur ressemblance avec les canines, la mauvaise direction des canines, ou leur superposition.

Chez les femmes, les anomalies semblent aussi fréquentes, du moins d'après ce qui ressort des mêmes statistiques.

C'est ainsi que sur 122 femmes criminelles, Lombroso a noté cinq fois des dents anormales.

Dans le traité de Scheff que nous avons déjà cité, nous trouvons le compte rendu de l'examen de 30 crânes de criminels réunis à l'Institut médico-légal de Vienne. Huit présentaient des incisives grandes et massives, cinq des canines analogues, trois des cuspides très volumineuses, deux des usures complètes de la surface labiale des incisive? inférieures. Enfin sur trois de ces cnmes. on observa l'absence des dents de sagesse.

Dans ses remarques relatives à l'anthropologie du criminel, présentées au Congrès de Vienne de 1886, le D'' Minovici (de Bucharest ' déclare d'abord qu'il a vainement cherché les anomalies crâniennes signalées par Lombroso. Ce qu'il a trouvé de plus fréquent, c'est le prognathisme et les malformations dentaires (14 O'O). Sa statistique est basée sur 7,217 individus.

Quant à la valeur de ces stigmates de la criminalité d'après l'école italienne, elle est très discutée.

Le Congrès d'Anthropologie criminelle de Paris (1889) avait posé la question suivante dont M. Manouvrier avait été nommé rapporteur : «Existe-t-il des caractères anatomiques propres aux criminels'? Les criminels présentent-ils en moyenne certains caractères anatomiques particuliers'? Comment doit-on interpréter ces caractères '? »

Le problème est important et intéresse le médecin-légiste, puisque de sa solution dépend pour lui le droit de conclure ou non.

Sans nier l'importance de l'étude des caractères anatomiques des criminels, Manouvrier croit que les conclusions de Lombroso et de l'école italienne sont un peu précipitées, et qu'on est en train de crimmaliser les caractères anatomiques.

Il est indiscutable qu'il existe une relation étroite entre la physiologie comprenant la psychologie) et l'anatomie, mais il ne s'ensuit pas que toute différence dans la valeur des actes corresponde à une différence dans la forme ou la structure des organes qui ont servi à les accomplir. La nature des actes peut varier au point de vue sociologique, sans que leur nature varie

au point de vue physiologique, et par suite sans variation anatomique.

Tarde, qui répond à Lombroso, nie, lui aussi, l'existence de caractères anatomiques propres à révéler le criminel.

Brouardel, après avoir rendu justice aux travaux des savants italiens, considère comme illusoire la recherche de l'anomalie criminelle. Les malformations observées dans un système, ou dans une partie quelconque du corps, ne sont pas une cause de criminalité, mais de simples indices d'un développement anormal.

On le voit, l'accord n'est pas encore fait, et les signes que nous avons donnés plus haut pour le système dentaire n'ont qu'une valeur toute relative.

Il était cependant utile d'indiquer les anomalies qu'on peut rencontrer chez les criminels, et sans rien préjuger de leur valeur, ni sans entrer dans le débat, nous pouvons dire que du côté des dents ils ne font qu'indiquer, comme le faisait remarquer Brouardel, un développement anormal du sujet.

Une affaire toute récente vient à l'appui de cette thèse : Nous voulons parler du crime du boulevard Poissonnière, commis par Martin sur le dentiste Banderly. Le criminel avait tous les attributs d'un dégénéré ; arrêt du développement général et en particulier du système dentaire caractérisé par l'absence de molaires.

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