GROSSESSE
Les lésions des dents pendant la grossesse ont été étudiées depuis longtemps.
Fauchard les indiquait en 1722 dans son livre : Le Chirurgien- Dentiste.
Signalées par une foule d'observateurs, elles ont donné lieu à de nombreux travaux.
Les plus récents sont ceux de Didsbury [loc. cit.), Kirk
[Médical Times, 1880), Marshall {Mecl. Ass. Journal, 1890) et la thèse de Fourrier (Paris, 1890).
Les symptômes qu'on observe pendant la grossesse du côté des dents sont la gingivite et la carie.
La gingivite, d'après les frères Pinard, est une gingivite spéciale à la grossesse, et elle amène parfois la chute des dents. Cette opinion n'est pas celle de Magitot, ni de Marshall; cependant la chute des dents dans le cours de la grossesse a été observée et l'expert-dentiste doit en être averti.
La fréquence de cette gingivite est assez considérable, puisque suivant Pinard on la trouve 45 fois sur 75 femmes soumises à l'examen. Didsbury l'a observée 27 fois sur 50. C'est surtout au deuxième mois qu'on la rencontre d'après Didsbury, au quatrième mois pour Pinard. D'après le premier de ces auteurs les dents ne tombent pas, mais s'émiettent et les racines restent dans l'alvéole.
L'accouchement n'améliore pas la gingivite, au contraire;, il en amène souvent une plus grande acuité.
La carie est un symptôme fréquent pendant la grossesse. Habituellement localisée à quelques dents, elle peut parfois en atteindre un plus grand nombre. On l'a vue accompagnée du ptyalisme, phénomène dit sympathique de la grossesse et qui est relativement rare.
Selon Magitot, la grossesse entraîne la carie de deux façons : d'abord par les troubles des fonctions digestives, vomissements, puis par le phénomène de compression cjui exerce vers le milieu et la fin de la gestation, l'utérus distendu sur l'estomac et l'intestin, entraînant pour la bouche les mêmes résultats.
Pour nous il est hors de doute que les vomissements qui se produisent au début par phénomèmes réflexes, et à la fin par compression, amènent dans la bouche soit de l'acide chlorhydrique pur, soit des vapeurs capables d'altérer chimiquement les tissus dentaires. De plus, la négligence des soins hygiéniques de la bouche pendant la grossesse, ainsi que la présence du tartre entraînent des fermentations qui jouent un rôle dans l'étiologie de la carie et de la gingivite des femmes enceintes.
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Il suffit que le médecin-expert soit averti de ces ftiits pour que, à l'occasion, la constatation n'en soit pas faussement interprétée.
Nous ajouterons que dans notre clientèle privée nous n'avons pas observé d'altérations de la gencive, ni de carie dentaire chez les femmes qui n'avaient pas de tartre sur le collet des dents et qui se lavaient la bouche régulièrement.
Nous avons eu l'occasion de voir survenir, chez une dame primipare, pendant sa grossesse, la mortification de la pulpe do deux incisives qui portaient depuis des années deux petites aurifications.
Ce sont des cas que nous rangerions volontiers dans les troubles trophif^ues survenus au cours de la grossesse.
g 10. — MENSTRUATION.
En ce qui concerne la menstruation, il nous semble hors de doute qu'elle est capable d'entraîner des infections du côté de la cavité buccale. Tous les dentistes savent en effet que les femmes pendant la période menstruelle, et plus spécialement les jeunes filles, sont sujettes à des accidents de périostite alvéolo-dentaire comme complication des dents mortes. Ces phénomènes peuvent devenir très graves et même avoir une issue fatale.
Nous avons voulu savoir pourquoi ces accidents étaient plus fréquents chez les jeunes filles que chez les femmes. Nous croyons que suivant un préjugé très répandu les soins de toilette hygiénique étant absolument suspendus pendant cette période, il se produit au niveau du vagin et de la vulve des fermentations polymicrobiennes et spécialement coli-bacillaires. Or ces régions, comme toutes les muqueuses d'ailleurs^ ont un pouvoir d'absorption considérable et les toxines, produits de ces fermentations, entrant dans la circulation générale, mettent l'organisme en état de moindre résistance.
Ces accidents ne se produisent pas chez les femmes qui ob.ser-
vent une hyg-iène appropriée pendant cette période menstruelle.
Cette question a déjà été étudiée par Delestre, et Sauvez qui en a fait l'objet d'une communication à la Société d'Odontologie (1892).
Dans une expertise médico-légale portant sur une infection qui survient chez une femme, la connaissance de ces faits a une importance. Les accidents graves qui ont pu survenir, si on veut les apprécier au point de vue de la responsabilité, ne doivent pas être mis nécessairement sur le compte d'un tiers d'après la loi de Fœdéré, puisque l'état de la personne suffit, en quelque mesure, à les expliquer.