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OSTÉOMALACIE

Cette affection caractérisée par le ramollissement des os entraine-t-elle des désordres du côté du système dentaire?

Les auteurs que nous avons consultés à ce sujet n'y insistent pas, et cela probablement à cause de la gravité des autres lésions. De plus, la maladie n'atteint la face que très tard, et le maxillaire inférieur entre autres, d'après Vincent (Encyclopédie internationale de Chirurgie, 1885) est pris le dernier.

Les dents ne sont généralement pas touchées par le processus morbide, ce qui, d'après le même auteur, s'expliquerait par leur évolution embryogénique différente. Cependant Isenflann,Leblon, Plenck les auraient trouvées ramollies; Krause dit les avoir vues cartilagineuses.

Pour Pollin [Traité de Pathologie externe, 1878) quoique les dents ne soient que rarement ramollies, elles peuvent être vacillantes par le ramollissement de Tos maxillaire inférieur. La mastication ne peut plus s'exécuter.

La marquise Bernarde d'Armagnac (Mercure galant, 1700) en était arrivée au point de ne pouvoir plus prendre que des aliments liquides.

Diig-ès a vu un écureuil atteint (rostcomalacio succomber par l'impossibilité de broyer ses aliments à l'aide de ses mâchoires ramollies.

Pour nous, il nous semble hors de doute que l'ostéomalacie atteig'ne les organes dentaires comme les différentes parties du système osseux.

Nous avons examiné macroscopiquement à ce sujet le cas célèbre de la femme Supiot^ au Musée Dupuytren.

Le D' Morand présenta son observation à l'Académie royale des sciences en 1753.

Nous la résumons rapidement :

DESCRIPTION ANATO^IIQUE

de l'état dans lequel se sont trouvés les os ramollis d'une femme, par M. Morand.

Mémoires de V Académie royale des Sciences de 1 753.

Anne-Elisabeth Queriau, femme du nommé Supiot, eut au mois de septembre 1747 une couche à la suite de laquelle elle resta boiteuse des deux côtés, une seconde en juin 1748 et une fausse couche en février 174'J.

A la suite d'une chute-, elle présenta une enflure considérable des deux jambes. Elle fut soij^née pour un rhumatisme et eut en 1751 une quatrième couche qui la laissa tout à fait impotente des extrémités inférieures.

Six mois après, les douleurs aug-mentèrent et les urines parurent chargées d'un sédiment blanc. La malade se plaignit alors de contractions involontaires des muscles qui tiraient peu à peu les jambes et les cuisses en dehors; et en effet, les unes et les autres se recourbèrent d'une façon si extraordinaire que son pied gauche devint une espèce de coussin sur lequel elle appuyait sa tête. Les autres parties du corps participèrent au même amollissement et la malade devint si contrefaite qu'il y a peu d'exemples d'une maladie pareille portée à un tel point.

Au mois de juillet 1752, la fièvre, la difficulté de respirer, la toux, le crachement de sang et la suppression des règles se joignirent

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à un état déjà si fâclieux, que la malade n'y put résister et elle mourut le 9 novembre de la même année, âgée d'environ 35 ans.

On trouvera la description complète de l'état du squelette dans les Mémoires de V Académie de 17fi3. Nous n'enrog-istrons que ce qui a trait aux dents et à la face :

« De tous les os de la face, ceux de la pommette avaient le plus de consistance; les sutures harmoniques de ces os ne se distinguaient point.

« La mâchoire inférieure était fort aplatie à la sympliyse du menton et l'os dont elle est composée était amolli à peu prés au même point que ceux du crâne.

« Les dents étaient branlantes, parce que la substance alvéolaire des mâchoires était molle, cependant leurs racines étaient très adhérentes aux alvéoles et au surplus elles avaient conservé leur dureté naturelle. »

Nous avons examiné ce cas au Musée Dupuytren, et voici ce que nous avons pu voir :

Le squelette de cette famine est complètement déformé, tordu comme des sarments de vig-ne ; certains os ont perdu tout a fait leur forme primitive. La tête en général conserve sa forme normale. La face est cependant profondément modifiée. Le maxillaire inférieur est déformé ; les condyles et les apophyses coronoïdes et l'ang-le de la mâchoire ont presque dispara, et le corps, très diminué dans sa hauteur, est arrondi ; la forme générale est probablement celle qu'on lui adonnée après la mort.

Les maxillaires supérieurs sont ratatinés, de telle sorte que le bord alvéolaire arrive presque au bord inférieur de l'orbite.

Les dents de devant de la mâchoire supérieure ont pris une direction pour ainsi dire horizontale. Le nombre total des dents qui restent est de dix-sept. La formule dentaire de ce sujet est la suivante :

Inc. : Can. ; PrémoL : Molaires = 17.

2 + ii' 0 + 0' 0 + 0' 1 + 0

Comme ou le voit, les incisives sont au complet ; nous devons dire toutefois que les supérieures présentent des caries sèches interstitielles.

Les canines manquent tout a Aiit en bas; à la mâchoire supérieure; la canine droite est intacte ; quant à la canine gauche elle a perdu sa couronne.

Les prémolaires sont au nombre de deux, une de chaque côté à la mâchoire supérieure; le maxillaire inférieur n'en porte plus.

Les quatre premières grosses molaires manquent aux deux mâchoires. Il y a deux deuxièmes molaires en haut, en bas elles ont disparu.

Enfin les dents de sagesse sont au nombre de trois, une en bas à droite et deux en haut, mais toutes ont perdu leur couronne. Il n'est pas possible de se rendre compte des altérations du cément, et de voir s'il a subi la décalcification.

Nous trouvons dans une communication de M. Michaels au Congrès dentaire de Nancy (1896) un cas intéressant du même genre.

Il s'agit d'une femme atteinte d'ostéomalacie du maxillaire supérieur. Les dents présentaient des lésions particulières des racines consistant dans la décalcification du cément (cémentolyse). M. Michaels attribue ces altérations radiculaires aux médu!locèles et aux myéloplaxes qui, grâce à un acide organique, acquièrent des propriétés chimiques particulières et agissent sur les divers éléments qui entrent dans la constitution des dents.

§ 12. — SCOEBUT.

Bien que cette affection ait à peu près disparu par suite de l'amélioration des conditions hygiéniques, nous avons tenu à la signaler puisqu'elle entraîne des troubles profonds du côté du système dentaire.

Cette maladie, on le sait, atteignait surtout les marins qui séjournaient longtemps sur des navires, mal soignés et mal nourris de biscuits et de viandes conservées, ou bien les habitants des villes assiégées.

Les progrès dans la construction des navires augmentant la

vitesse des machines, ont diminué la durée du séjour sur la mer. Puis les conditions hygiéniques ont chang-é, si bien que cette épidémie est rare à l'heure actuelle.

Le scorbut est caractérisé par des gencives fongueuses, une haleine fétide, des taches livides sur la peau, une grande débilité générale avec pâleur et bouffissure de la face. Sa marche est lente et graduelle, mais une fois déclaré, on observe que les gencives sont rouges, tuméfiées et saignent très facilement. Elles s'élèvent dans les espaces interdentaires, deviennent molles et fongueuses. Leurs bourgeons noirâtres ne tardent pas à recouvrir les dents.

Parfois il se forme des eschares qui laissent a découvert les collets des dents et s'étendent dans les cas graves jusqu'aux joues.

Les dents s'ébranlent bientôt puis tombent, et par suite de l'état des gencives, le malade est incapable de manger des aliments solides.

Les os mêmes se ramollissent, les fractures consolidées se reproduisent, et chez les jeunes malades, les épiphyses se séparent de la diaphyse.

Puis la maladie continue, et après des troubles cérébraux variés, aboutit à une issue fatale.

§ 13. OSTÉOMYÉLITE DES MAXILLAIEES.

Sous le nom d'ostéomyélite, on désigne les lésions inflammatoires d'origine infectieuse de la moelle des os. C'est l'affection désignée par Pasteur sous le nom de Furoncle des os. Cette affection est extrêmement commune de la première enfance à la fin de l'adoles- C3nce. Elle a donné lieu à de nombreux travaux, parmi lesquels nous citerons ceux de Broca, Reboul, Vincent, Miller et la thèse récente de Delucq, qui l'a étudiée dans ses rapports avec la dentition.

Elle envahit plus fréquemment les os longs, surtout ceux du membre inférieur-, mais elle peut atteindre les os plats et parmi eux le maxillaire inférieur est un des plus exposés.

Le maxillaire supérieur peut aussi être envahi par la maladie, mais moins souvent que le premier. Ce sont les staphylocoques et divers autres microbes qui sont considérés comme les facteurs de la maladie.

Sans nous arrêtera l'étiolog-ie de l'affection, nous dirons toutefois que c'est au moment de l'éruption d'une dent que l'ostéomyélite se déclare. Toutes les dents peuvent amener ces accidents, mais c'est surtout la dent de sagesse qui les provoque.

L'affection débute par une vive douleur localisée dans un point de la mâchoire, douleur que la pression exag-ère. Les gencives et les joues sont rapidement tuméfiées et des symptômes généraux plus ou moins graves peuvent apparaître. Puis, au bout de quelques jours, la lluctuation survient. Le pus peut aussi fuser à travers les alvéoles et ébranler les dents qui sont alors expulsées.

La disposition particulière des aponévroses de cette région, buccinatrice et massétérine, oblige le pus formé au niveau de la dent de sagesse à fuser en avant, et il apparaît à l'insertion antérieure du buccinateur au niveau de la dent de 6 ans. La confusion est donc possible dans ces cas avec un abcès de la première grosse molaire. Il faut être averti de cette particularité.

Après un temps plus ou moins long, la fistule qui s'est formée se ferme et tout rentre dans l'ordre, mais cependant il peut y avoir nécrose.

Le séquestre enlevé, la réparation se fait, mais la perte de substance du rebord alvéolaire se cicatrise sans se réparer, les dents voisines se rapprochent.

C'est par l'influence que l'ostéomyélite exerce sur les dents que cette affection nous intéresse ici.

Les dents s'ébranlent, se noircissent et tombent même dans les cas de nécrose partielle.

Il peut arriver que les dents restent implantées dans l'os nouveau , mais alors elles deviennent une source d'ennuis et le malade en réclame l'extraction. Ces faits se produisent dans les cas où la pulpe dentaire est mortifiée, et cependant la encore la trépanation, l'extirpation du nerf et l'obturation antiseptique des canaux radiculaires pourraient sauver la dent.

C'est surtout chez les jeunes sujets que l'ostéomyélite des maxil-

laires peut donner lieu à d'intéressantes considérations médicolégales. Dans ces cas, en effet, la nécrose peut détruire les germes des dents permanentes, et celles-ci manquent.

On comprend qu'alors le dentiste-expert, s'il ne connaît pas les antécédents personnels du sujet dont les dents doivent servir à déterminer l'âge, peut se tromper par suite du manque de quelques-uns de ces organes.

Il existe pourtant des observations, où même après la nécrose osseuse, les dents permanentes sont sorties.

L'étiologie de l'affection peut nous conduire de même à des considérations importantes.

On a vu des cas, en effet, où l'ostéomyélite succédait à une simple extraction dentaire non suivie d'antisepsie, et alors la responsabilité du dentiste peut se trouver engagée.

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