TUMEURS DE LA LANGUE ET DES :.IAXILLAIRES
Nous ne faisons qu'indiquer dans cette rapide revue des affections pouvant atteindre les dents, la possibilité de propagation aux organes dentaires des tumeurs cancéreuses du maxillaire.
Cette propagation delà néoplasie cancéreuse A la pulpe dentaire a été étudiée par M. Michaëls, professeur à l'Ecole Odontotechnique de Paris.
Il signale les troubles que le microscope décèle alors dans les dents. Une préparation de ce genre qui est reproduite dans son travail intitulé : Des affections dentaires dans quelques maladies des mâchoires^ et qui a paru dans le tome IX des Leçons cliniques du D' Péan, montre ces détails.
A l'apex de la racine, on distingue nettement dans l'intérieur du canal dentaire, le tissu nerveux dégénéré qui est envahi pai* des cellules fibro-plastiques, manifestement cancéreuses ; du côté de la dentine on ne voit aucune altération notable, si ce n'est, à la hauteur du bord gingival, un point de carie d'aspect particulier où pullulent des micrococci.
Nous avons observé, dans le service de notre maître M. le P^'Tillaux, à l'hôpital de la Charité, un cas où cette action sur la dent est arrivée à la destruction totale de la racine, laissant l'organe comme une dent de lait au moment de sa chute. Il s'agissait d'un homme de 27 ans atteint de sarcome à petites cellules rondes du sinus maxillaire droit. Notre maître dut pratiquer la résection du maxillaire supérieur, mais dans la suite le malade mourut de récidive.
Les tumeurs peuvent envahir l'un ou l'autre des maxillaires; elles se développent aussi dans le sinus maxillaire. Dans ces cas, la maladie se traduit d'abord par des phénomènes dentaires, puis dans la suite apparaissent les troubles oculaires. Les dents peuvent tomber, leur racine étant résorbée. Si dans ces conditions le malade va trouver un dentiste pour pratiquer l'extraction d'une dent, l'opérateur pourrait par la suite, lorsque la maladie se sera développée, être accusé de l'avoir communiquée.
D'autres fois, lorsque le diagnostic de tumeur cancéreuse est établi, le dentiste doit s'abstenir de pratiquer l'extraction des dents. On a vu des cas où une intervention de ce genre aggravait l'affection, et les dents sont donc alors des noU me tangere.
Les tumeurs de la langue (épithéliomas) intéressent aussi le dentiste-expert.
On a vu des cas où les dents naturelles à bords tranchants, les molaires usées du vieillard, suffisaient, chez les individus prédisposés, à produire une localisation linguale de la diathèse cancéreuse. D'autre part, les appareils prothétiques métalliques, détériorés ou mal construits et présentant des surfaces à bords coupants peuvent être considérés comme une cause déterminante d'épithéliome lingual chez un prédisposé.
Parmi les tumeurs des mâchoires, signalons, en particulier, les épulis. Sous ce nom, on désigne toute tumeur autre que les abcès développés dans les gencives (c7:t, sur, ollov, gencive). Cette variété peut être soit un fibrome, soit un sarcome, soit même un épithéliome.
U épulis flhreuse naît d'ordinaire dans l'intervalle qui sépare deux dents voisines. Parfois elle émerge de l'alvéole d'une dent absente. Sa base d'implantation large dans certains cas, peut; dans
d'autres, être très étroite, c'est l'épulis pédiculée, partant du bord alvéolaire dont elle s'éloigne comme les stalactites et les stalagmites.
Tous les tissus fibreux de l'arcade alvéolaire peuvent prendre part au développement de la tumeur, ce n'est donc pas seulement une tumeur des gencives, mais bien du périoste alvéolo-dentaire et de l'os lui-même.
C'est une affection du jeune âge et de l'adolescence. Elle se produit par l'effet d'une irritation locale, suivant les auteurs, et on incrimine les trauraatismes, l'avulsion des dents, des racines, des dents cariées. L'examen local permettra le diagnostic: la peau et la muqueuse restant saines, ou du moins si elles s'ulcèrent, ne présentant pas les fongosités saignantes des tumeurs de mauvaise nature. Leur marche est lente, et elles peuvent atteindre parfois un volume considérable.
Les épulis sarcomateuses sont de beaucoup les plus fréquentes. Elles naissent du tissu osseux et, d'après Xélaton, de la moelle osseuse. Magitot a rapporté des cas dans lesquels les épulis sarcomateuses développées au niveau des racines dentaires, étaient cachées au fond d'un alvéole et purent être enlevées avec la dent qui les portait.
^lais, malgré leur nom, ces épulis ne sont que rarement des tumeurs à myéloplaxes.
Cliniquement, l'épulis sarcomateuse se présente sous la forme d'une tumeur sessile ou pédiculée, en général lisse et non mamelonnée, ne prenant que rarement un grand volume. En effet, la gêne apportée dans la mastication et la difformité sont telles que le malade réclame bientôt une intervention. Sa consistance et sa couleur varient suivant que dans l'épulis prédomine telle ou telle variété d'éléments anatomiques. Au début cependant sa consistance est toujours lisse et ferme au toucher. Si dans le cours du développement la consistance ne diminue pas, et si la coloration rouge vermeil persiste, il s'agit d'une tumeur tîbro-plastique. Dans d'autres cas, au contraire, elle devient rouge foncé, violacée, et on perçoit bientôt des pulsations (épulis pulsatile). Enfin, elle peut évoluer vers le tissu osseux; c'est le sarcome ossifiant.
L'épulis n'est pas douloureuse, et la gêne fonctionnelle seule
ainsi que le volume inquiètent le malade. Les parties voisines restent habituellement indemnes, à moins que la tumeur ne soit née dans un des espaces interdentaires ou qu'elle ait envahi cet espace. En somme elle agit sur les dents d'une façon mécanique.
'LesépuUs épithéliales naissent, commeles variétés précédentes, au niveau des g-encives de l'espace compris entre les dents. Elles en diffèrent par leur consistance plus molle, par leur friabilité, leur aspect granité, en forme de chou-fleur.
Très souvent la cause de ces tumeurs se trouve dans la partie dentaire. Nous en avons observé un cas à l'Hôtel-Dieu dans le service de notre maître M. le P^" Duplay. Il s'agissait d'un homme de 45 ans qui présentait une tumeur sarcomateuse du maxillaire inférieur du côté droit, et dont le point de départ se trouvait autour de la canine. M. Duplay pratiqua l'ablation de la moitié du maxillaire inférieur, et notre maître voulut bien nous confier l'application d'un maxillaire en caoutchouc par la méthode de prothèse immédiate du D' Martin (de Lyon). Deux ans plus tard, il y eut récidive, et le malade mourut.
Cette tumeur, à notre avis, s'était développée par l'irritation causée par la grande quantité de tartre qui se trouvait autour des
Nous avons eu l'occasion d'observer deux autres cas de tumeurs : l'une épithéliomateuse,et l'autre sarcomateuse et dont la cause se trouvait dans l'irritation produite par les dents cariées.
Ces deux malades furent opérés à l'hôpital Saint-Louis par M. Poirier, qui leur enleva une partie du maxillaire inférieur. Notre maître voulut bien nous charger ensuite de l'application d'un appareil de prothèse immédiate pour remplacer la partie de l'os réséqué. Ces malades eurent le même sort que le précédent et moururent par récidive.
En présence de la gravité de ces tumeurs, nous croyons être utile à nos confrères en leur conseillant de renvoyer les malades atteints d'épulis à un chirurgien, et cela le plus tôt possible, sans attendre que la tumeur se soit développée. Les opérations hâtives sont en effet celles qui ont le plus de chances de réussir. De la sorte, nos confrères éviteront d'engager leur responsabilité, cap les récidives sont fréquentes.
De même lorsque pratiquant l'extraction d'une dent permanente on trouve sa racine résorbée sans la présence de pus pouvant expliquer cette résorption, le dentiste doit penser à une tumeur maligne, car, à notre connaissance, il n'existe pas d'autre affection pouvant causer ce phénomène.