LA CARIE DAXS LES ÉCOLES
Quant à sa fréquence, elle a été étudiée aux différents âges.
Chez les enfants, elle est extrêmement répandue et c'est à juste titre que les congrès dentaires ont, à plusieurs reprises, fait des vœux auprès des pouvoirs publics, pour tâcher d'enrayer le mal.
A cet âge, en effet, les soins hygiéniques manquent tout a fait, et les installations scolaires ne tiennent aucun compte de ces soins pourtant de première nécessité.
Les enfants, tout préoccupés de leurs études, négligent les nettoyages de la bouche après le repas. De plus, la nourriture des internats et établissements publics n'offre pas, du côté de la conservation du système dentaire, de garantie suffisante.
C'est ainsi que les repas de presque tous les lycées et collèges sont agrémentés de salades fortement vinaigrées, mets épicés, etc., préparés avec des matières qui ne sont pas toujours de première qualité. Les enfants sortent de table pour prendre leur récréation et il n'est jamais question de nettoyage de la bouche. Que deviennent les dents plus ou moins fragiles, ainsi imprégnées de substances acides? Elles doivent être rapidement attaquées et les statistiques que nous allons passer en revue montrent toute rétendue du mal.
Mais avant d'entrer dans ces notions, nous rapporterons deux faits qui jettent un jour singulier sur ce point.
Un ministre chilien avait placé ses deux filles dans un couvent, à Paris, et il dut bientôt les en faire sortir, parce qu'on ne permettait pas à ses enfants de se nettoyer les dents régulièrement après les repas. Dans cet établissement, comme d'ailleurs dans presque tous les autres similaires, le nettoyage de la bouche ne se fait qu'une fois par jour, c'est-à-dire le matin.
Un autre cas est celui d'un enfant placé dans une école de Bordeaux et qui avait l'habitude de se brosser les dents régulière-
ment. Une des punitions qu'on lui infligeait assez fréquemment, c'était de lui défendre ces soins hygiéniques.
Nous n'insistons pas sur de pareils faits ; ils sont à la connaissance de tout le monde et sont expliqués, nous le savons, par une foule de raisons. Il n'en est pas moins vrai qu'il faut rejeter en partie sur ce manque d'hygiène l'extension prodigieuse de la carie dans les écoles.
Nombre de statistiques ont été publiées sur ce sujet si intéressant, et elles s'accordent toutes à établir la très grande fréquence de la carie chez les enfants.
Fischer (de Dundee) (1885j, Odenthal (1887), Spokes (1893), Fenchel (1893), ont publié les résultais de leurs observations. Ce dernier, entre autres, insistait auprès des autorités de Hambourg pour obtenir une réforme du service dentaire des orphelinats. Il n'a trouvé, en eiïet, sur 355 enfants, que 12 bonnes dentures -, tout le reste présentait un ensemble de 2,471 dents cariées, soit une moyenne de 4 par enfants et un pourcentage de 97 1/2 de bouches avec dents cariées.
Hoppe (de Leipzig) (1892), localisant son examen aux dents antérieures, qui sont plus souvent que les autre épargnées par la carie chez les enfants, a trouvé 1,000 caries sur 3,000 dents. Ces mêmes enfants présentaient des engorgements ganglionnaires d'origine dentaire dans 55 0/0 des cas.
Eose (1894), examinant les enfants des écoles du sud de l'Allemagne, trouva sur 10,000 sujets une moyenne de 90 0/0 de dents malades dans les localités les plus favorisées. Sur 7,764 élèves des écoles de, Fribourg, 99 0/0 avaient des dents cariées. En Angleterre, notre ami Cunningham a répandu l'examen du système dentaire dans les écoles de l'Etat. Sur 10,500 sujets examinés, il a trouvé 39,279 dents cariées. Dans une autre statistique, sur 8,175 enfants de 4 à 18 ans il a rencontré une moyenne de 95 0/0 de bouches en mauvais état.
En mai 1897 (communication à la Société d'hygiène d'Italie), Platschick (de Milan) dénonçait une moyenne de 920/0 de bouches avec caries dentaires sur 12,018 enfants. Dans un examen spécial portant seulement sur les dents permanentes de 6 à 12 ans, il a trouvé 82 0/0 de bouches avec les dents cariées..
En 1804, la question a été portée au Congrès de Rome par Cunning-ham- et nous avons eu l'ocoasion de contribuer au choix de membres de différents pays : Cunningham pour l'Angleterre, Miller pour l'Allemagne, Sauvez pour la France, Couilliaux pour l'Italie, dans le but d'examiner les enfants des écoles dans les différents pays. Des rapports sur la matière devaient être déposés au Congrès suivant.
A la Section dentaire du Congrès de Moscou, en 1897, d'intéressants travaux furent lus par Cunningham (de Cambridge), Wolf (de Vienne) et Lipschitz (de Berlin).
Nous ne passerons pas en revue toutes ces communications pourtant si intéressantes et pour le médecin-légiste et pour le médecin-hygiéniste. Toutes s'accordent a reconnaître la très grande fréquence de la carie dans les écoles, et établissent la nécessité qu'il y a d'obtenir des pouvoirs publics l'examen obligatoire du système dentaire des enfants de cet Age et les soins hygiéniques nécessaires à sa conservation.
Nous dirons quelques mots cependant du travail de Lipschitz.
Cet auteur, après avoir rappelé les études de Fenchel (de Hambourg), Rose (deMunich), Berten (de Wurzbourgj, donne ses propres statistiques. Sur 407 élèves, 339, c'est-à-dire 83,3 0/0 avaient mal aux dents.
Recherchant Tétiologie de cette affection si répandue, il rappelle l'opinion de Rose, qui incrimine la constitution géologique et les caractères des eaux potables.
D'après Rose, en effet, les contrées pauvres en calcaires présentent un pourcentage de dents cariées notablement supérieur; fait qu'il explique par une moindre assimilation d'éléments calcaires pendant la période de développement, et partant une moindre résistance des tissus dentaires.
Cependant, cette influence du terrain est très discutée. Dieck et Lipschitz n'ont pas obtenu les mêmes résultats que Rose.
Par contre, le D^" Elof Forberg (de Stockholm; (communication k la Société suédoise d'odontologie, 1897) qui s'est occupé tout spécialement de cette question, semble apporter des documents décisifs.
— 'JGl —
Après avoir passé en revue les différents facteurs qu'on a invoqués pour expliquer la carie : climats, nourriture, civilisation, etc., il insiste sur la quantité différente de sels minéraux contenus dans les aliments, et surtout leur richesse en chaux.
Il fait remarquer que la Suède, par l'étendue de son territoire, par ses différences g-éolog-iques bien marquées, par la pureté de sa race, se prête admirablement à des observations de ce genre.
Les villes ont été classées d'après le degré de dureté de l'eau, et il se trouve comme résumé que la richesse en chaux entraîne une diminution de la carie.
Quant à ses statistiques sur la fréquence de la carie, elles concordent de tous points avec celles citées plus haut.
M. le D^" Elof Forberg, que nous avons eu le plaisir d'entendre à Stockholm, a bien voulu nous communiquer tous les renseignements que nous donnons ici sur la Suède et nous lui adressons tous nos remerciements.
En présence d'un tel état de choses, la nécessité de prendre des mesures contre une maladie si désastreuse s'impose.
Mais si l'accord est fait sur ce point, le choix des moyens est encore discuté.
Nous avons dit qu'une commission avait été nommée au Congrès de Rome, en 1894.
Lipschitz^ {hoc. cit.) s'étendait à Moscou sur les moyens de remédier.
Il rejette le dentiste scolaire qui a été admis en Angleterre. Il fait remarquer à ce sujet que le traitement dentaire des enfants n'a en réalité rien à voir avec l'école. Celle-ci n'a, en somme, aucune influence sur la carie. Les enquêtes y ont été faites parce qu'on trouvait là des matériaux en plus grande quantité.
Il propose la création d'instituts dentaires, spécialement réservés aux enfants pauvres, et la nomination de médecins-dentistes chargés de cet examen.
M. Wolf (de Vienne) émit ensuite le vœu que les gouvernements devaient rendre obligatoire l'examen du système dentaire dans les écoles.
Ce vœu fut adopté dans une des séances que nous avons eu l'honneur de présider.
Quelles sont les dents les plus souvent frappées de carie?
Mag-itot donne à ce sujet un tableau indiquant pour la dentition permanente la répartition des dents affectées sur un total de 10,000 caries.
Tout d'abord, les dents supérieures sont plus fréquemment atteintes que les inférieures dans la proportion de 3 à 2.
Les sexes offrent une différence dans les prédispositions. Sur 1,000 caries d'adulte, 583 appartiennent à des femmes, 417 aux hommes.
La dent le plus souvent attaquée est la première molaire, puis la deuxième, l'incisive latérale, l'incisive centrale, et, en dernier lieu, la canine.
Il résulte des statistiques établies par Andrieu {loc. cit.) que sur 1,000 enfants de 9 à 12 ans, c'est-à-dire sur 4,000 dents de 6 ans, 2,957 étaient cariées, soit une moyenne de 75 0/0.
Magitot, Tomes, Dubois donnent des chiffres à peu près semblables.
D'après Andrieu, quatre causes principales expliquent cette fréquence de la carie sur la dent de G ans :
1" La densité de cette dent plus faible que celle d'autres dents jjeiinanentes. C'est aussi ce qui résulte des travaux de Gralippe {Recherches sur la constitution chimique des dents ^ Paris, 1886). La dent de (3 ans, plus dense que les dents caduques, l'est moins que les dents permanentes \
2" La configuration extérieure de sa couronne. Les sillons qui limitent les cuspides sont souvent dépourvus d'émail et sont des sièges de prédilection de la carie. Les débris alimentaires s'y logent, s'y acidifient et attaquent les tissus-,
3" L'acidité constante des liquides de la bouche pendant le remplacement des dents de lait ;
4° Le voisinage de la deuxième molaire de lait, presque toujours détériorée longtemps avant sa chute.