DE CARIE
Plus tard, à l'âge du service militaire, le& statistiques nous montrent encore combien fréquente est la carie dentaire.
Le P"" Sormani a publié sur ce sujet un travail intéressant.
En France, dans la période de 1831 à 1849, le Conseil de revision a exempté du service militaire 26,000 conscrits, soit 7,8.5 réformés pour 1,000. Dans les vingt années suivantes, de 1850 à 1869, le nombre des jeunes gens considérés comme inaptes au service militaire par suite du mauvais état du système dentaire a été de 80,000, la proportion se trouvant ainsi triplée.
En Italie, de 1863 à 1876, il y a eu 2,669 exemptions, et de 1873 à 1893 près de 4,400.
Boudin^ Broca et Magitot ont aussi examiné à ce point de vue les exemptions du service militaire.
Sur 3,182,512 conscrits, 26,462 ont été exemptés pour mauvaise denture.
Ces chiffres, comme l'a montré Magitot, varient avec les départements et sont sous l'indépendance de l'influence ethnique.
Dans le Puy-de-Dôme, sur 100,000 examinés il n'y a que 40 exemptés pour carie dentaire.
Dans la Seine-Inférieure, 5,159 pour le même nombre.
La question du service militaire pouvait donner lieu jadis à certaines fraudes que les modifications dans l'armement des soldats ont fait disparaître. Nous voulons parler de l'arrachement frauduleux des dents. Dumur a étudié ce cas dans sa thèse et nous reproduisons ici ce qu'il dit à ce sujet :
« Avant l'invention des armes à percussion, le soldat devait déchirer la cartouche avec ks dents, aussi l'instruction militaire de 1862 conférait-elle l'exemption dans le cas de perte ou carie des quatre incisives a la même mâchoire, de perte ou carie des
quatre canines ou d'au moins cinq incisives ou canines des deux mâchoires.
« Ce règlement a été modifié depuis par l'instruction de li^T.'î qui mentionne parmi les infirmités rendant impropre au service militaire (§68): la perte ou la carie des dents incisives et canines d'une mâchoire; la perte, la carie ou le mauvais état de la plupart ou d'un grand nombre d'autres dents quand ces conditions s'accompagnent de ramollissement, d'ulcération chronique des gencives quand la constitution est faible et détériorée et que les dents existantes sont insuffisantes pour la mastication et la prononciation. »
L'extraction frauduleuse des dents était autrefois fréquemment pratiquée par les jeunes gens dans le but d'échapper au service militaire.
Voici ce que dit Boisseau à ce sujet :
« On voit parfois des jeunes gens se faire arracher ou limer au niveau de la couronne un certain nombre de dents et spécialement les incisives. 8i, chez un individu robuste, doué d'une bonne constitution, on trouvait toutes les autres dents saines et les incisives d'une mâchoire seule absentes, on serait, il me semble, plus qu'autorisé à penser à une mutilation.
« Pour imiter la carie, certains individus ont eu recours, paraît-il, au procédé suivant : après avoir limé une petite portion de chacune des dents incisives, ils touchaient de temps à autre l'extrémité limée avec un pinceau imbibé d'une solution d'acétate de plomb. Ce sel se transformait peu à peu en sulfure de plomb qui adhérait très solidement aux dents et leur donnait assez bien l'aspect de la carie. Pour découvrir la fraude il suffit de gratter la surface noircie; on en détache ainsi la matière colorante dont l'analyse chimique indique la nature. En outre, un œil exercé saura toujours distinguer la section plus ou moins nette de la dent produite par la lime, de l'usure inégale et comme frangée^ qui appartient à la carie. »