‹ L'art dentaire en médecine légaleChapitre 66 sur 113 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

La question de l'érosion dentaire est une de celles qui ont suscité le plus de travaux, et sa bibliographie remplirait des pages entières.

En tant que lésion persistante, elle peut être d'un très grand intérêt pour le médecin-légiste. C'est pour cela que nous avons pensé qu'il était nécessaire de l'étudier.

Tout d'abord, il est important de bien fixer le sens du mot érosion. La lésion qu'elle représente n'a pas toujours été décrite sous ce nom.

Beaucoup d'auteurs, en effet, réservent le terme érosion (du latin erosio, érodere, ronger) aux lésions produites par l'action d'agents corrosifs. C'est ainsi que E.-T. Darby, Perry, Kirk, Bôdecker et tous les auteurs américains appellent érosions les lésions dues aux acides, par exemple à l'acide urique, et que nous rangeons parmi les usures.

Ils appellent alors ce que nous nommons actuellement érosion, du nom d'atrophie. Fournier^ dans l'article « Dent» du Dictionnaire en 60 volumes, Harris et Austen dans leur Traité de VArt du Dentiste, et beaucoup d'autres (Parrot) la décrivent aussi sous le nom d'atrophie.

Il est bon, croyons-nous, d'être averti de ces différences d'appellation, qui pourraient jeter le trouble dans l'esprit d'un lecteur mal informé.

Il est certain que le terme érosion, tel qu'il est compris en Amérique, est plus conforme à la source étymologique, mais

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l'usage a prévalu eu France d'appeler atrophie les anomalies de volume. Cependant on pourrait trouver une raison d'être du vocable érosion pris au sens om nous l'employons^ dans ce fait que la dent semble usée, rongée, taraudée.

Voici d'ailleurs ce que dit Fournier {Leçons cliniques, 1894) au sujet de cette dénomination :

« Je trouve le mot érosion à la fois excellent et mauvais. Excellent, lorsqu'il y a simple érosion au milieu ou perte de substance sur une certaine zone-, c'est alors que la dent paraît bien avoir été érodée, grattée; mais il est détestable, mauvais, parce que l'érosion, l'usure de la dent n'est qu'apparente. L'érosion suppose, en effet, une perte de substance, une entaillure, une usure d'une surface saine à l'origine. Or, ici, il n'y a jamais eu de substance, ni de surface saine. Il n'y a donc pas érosion, mais bien nonformation. Ce qu'on appelle érosion dentaire est donc le résultat d'une dystrophie dentaire, la conséquence et la traduction d'un arrêt temporaire dans le développement de la dent. »

Nous n'ajouterons rien à ces remarques si judicieuses de l'illustre professeur, et nous conserverons comme lui le terme érosion.

Ainsi comprise, l'érosion est connue depuis fort longtemps.

Fauchard la signalait déjà en 1728, puis Bunon en 1T4(). Mais c'est au dix-neuvième siècle surtout qu'elle a été étudiée et que sa pathogénie et son étiologie ont été discutées.

Les noms d'Hutchinson, Panas, Dolbeau, Magitot, Parrot^ Fournier marquent les étapes successives parcourues par cette question. Nous reviendrons plus loin sur les différentes théories données par ces auteurs-, nous ferons d'abord la description de la lésion.

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