‹ L'art dentaire en médecine légaleChapitre 67 sur 113 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

Fournier (Presse médicale) décrit ainsi l'érosion : « Sous ce nom, dit-il, on entend certaines malformations dentaires se produisant au cours de la vie intra-folliculaire de la dent,

et se traduisant par une altération particulière de la couronne qui semble usée, rong-ée, taraudée, vermoulue, sur une certaine étendue de sa surface. »

La définition donné par Magitot est semblable :

« L'érosion, dit-il, est caractérisée par une altération de la couronne des dents, qui, au moment de l'éruption apparaissent comme usées, rongées, sur un certain point de leur hauteur. Ce sont tantôt des échancrures du bord libre des dents, tantôt des sillons horizontaux qui partagent en plusieurs divisions la hauteur de la couronne. »

Nous pouvons, d'après ces définitions, tracer les caractères généraux de cette lésion.

Tout d'abord elle est généralement symétrique et la connaissance de son étiologie nous expliquera ce fait. Elle affecte constamment sur le même point, à un égal degré, et sous une forme identique, les dents homologues d'une même mâchoire ou des deux mâchoires. Il est bon d'ajouter que, dans certains cas, rares il est vrai, plusieurs dents sont atteintes d'une façon symétrique.

La connaissance de la chronologie des follicules dentaires nous fait comprendre aussi que les dents supérieures sont plus atteintes que les inférieures.

Quant au degré de l'érosion, il est essentiellement variable et peut présenter tous les intermédiaires, depuis le plus léger sillon jusqu'à l'encoche la plus profonde.

D'après Magitot, l'érosion fait le tour de la dent; mais ce n'est pas là un caractère constant, et suivant l'intensité de la cause productrice, la face antérieure de la dent ou la face postérieure seules sont atteintes.

La dentition temporaire est presque indemne de ces lésions qui sont le plus souvent observées sur les dents permanentes; caractère expliqué aussi par la chronologie des follicules, cependant la première dentition peut présenter certaines altérations de forme qui s'en rapprochent.

Quelles sont les dents frappées ?

Voici l'ordre de fréquence donné par Fournier : premières grosses molaires, incisives, canines; Parrot donne le tableau sui-

vant : canines, deuxièmes molaires, premières molaires, incisives latérales et médianes, pour la dentition temporaire.

Pour les dents permanentes, premières grosses molaires, incisives médianes latérales, canines.

En somme, les dents atteintes sont celles qui sont en voie de calcification au moment où arrive la cause occasionnelle : syphilis, éclampsie, pyrexie quelconque, suivant les auteurs.

C'est aussi ce qui nous explique pourquoi certaines dents sont respectées : petites molaires, deuxièmes et troisièmes grosses molaires.

La dent de 6 ans est celle qui est le plus souvent atteinte, à cause de sa période de calcification commençant vers le sixième mois de sa vie fœtale.

Viennent ensuite les incisives supérieures et inférieures dont la calcification commence vers le premier mois après la naissance.

En clinique, l'érosion se présente sous des aspects divers et multiples.

Harris et Austen {loc. cit.) décrivent trois variétés d'atrophie (érosion) :

La première, caractérisée par des taches blanches ou foncées ou brunes situées sur la face labiale ou buccale des dents. L'émail est intact, mais plus mou qu'aux autres endroits;

La deuxième, qu'ils nomment atrophie perforante ou creusante produit dans rémail des dépressions transversales irrégulières-,

La troisième est caractérisée par une plus grande extension des lésions, et l'ivoire est aussi souvent envahi que l'émail.

Magitot distingue plusieurs formes d'érosion :

1° V érosion en échancrure ou en coup cV ongle du bord libre des incisives. Pour Hutchinson, cette variété serait patbognomonique de la syphilis héréditaire -,

2° L'érosion en sillon simple ou pointillé, unique ou multiple. C'est l'érosion en étages ou en escalier de Tomes;

3° U érosion mamelonnée ou cuspidienne delà face triturante des molaires ;

4° V érosion en nappe ou gâteau de miel (Tomes), portant sur

une large surface, ou même sur toute la couronne qui est privée d'émail.

Parrot a donné à son tour la classification suivante :

1 Atrophie cuspidienne-,

2 Atrophie cupuliforme; 3° Atrophie sulciforme-, 4° Atrophie en hache ;

5 Atrophie hutchinsonienne.

La description de Fournier a le mérite d'être plus simple et c'est celle que nous suivrons.

Il décrit trois types principaux :

L érosion en cupule, V érosion en sillon et l'érosion en na2:)pe^ affectant le corps même de la dent.

1° L'érosion en cupule est la plus fréquente et forme à la surface de l'émail des dépressions, des godets petits etarrondis. C'est l'érosion en sillon simple ou pointillé de Magitot. Les cupules sont le plus souvent au nombre de quatre, cinq ou six, et leur disposition peut constituer un sillon. Ces cupules se chargent bientôt de tartre et prennent une coloration noirâtre.

2° L'érosion en sillon ou sulciforme de Parrot est caractérisée par une rigole horizontale de couleur foncée creusée sur la dent et présentant une zone d'atrophie. Les dimensions sont variables ; elle est tantôt linéaire, tantôt peut atteindre plusieurs millimètres.

Le plus souvent cette dépression est unique, mais quelquefois on en observe plusieurs. C'est alors l'érosion en étages ou en escalier de Tomes.

3" L'érosion en nappe. Ici une partie plus ou moins grande de la couronne est dénudée. La dent tout entière peut être érodée-, c'est l'érosion en gâteau de miel de Tomes.

La dent est alors rugueuse, criblée de dépression, et de couleur jaunâtre ou noirâtre.

Telle est l'érosion qui affecte le corps même de la dent, mais sous le nom d'érosion coronaire, Fournier en décrit une autre qui est une altération de la couronne, affectant tout particulièrement le bord libre.

L'aspect varie suivant les dents atteintes.

Canines : L'érosion consiste alors soit en une brèche, soit en une atrophie de l'extrémité libre. La couronne est alors réduite à un tronçon. Dans d'autres cas, la canine rappelle la forme d'une toupie.

Incisives : L'aspect de l'érosion sur ces dents présente de grandes variétés.

Tantôt c'est une entaille du bord libre de la dent, une sorte de brèche angulaire; tantôt c'est une dentelure de ce même bord formée par des saillies et des sillons. C'est la dent en scie.

L'atrophie du sommet réduit à une simple lamelle n'est pas rare; dans d'autres cas, la dent est normale quant à sa base, mais est brusquement étranglée par un sillon circulaire d'où émerge un petit tronçon informe, rugueux, de couleur plus ou moins sale.

Une dernière forme d'érosion des incisives est l'échancrure en croissant semi-lunaire appelée à tort dent d'Hutchinson.

En effet, suivant la remarque du P' Fournier, il ne faut pas confondre cette malformation coronaire avec la dent d'Hutchinson. Celle-ci a des angles arrondis et est plus courte que celle qui nous occupe. Dans la première, l'échancrure n'existe pas à la sortie de la dent; ce n'est qu'avec l'âge que l'usure se fait et que l'échancrure semi-lunaire se montre. Puis à 25 ans le biseau s'efface et il n'y a bientôt plus de dent d'Hutchinson.

Le siège varie aussi : l'érosion coronaire siège sur les incisives médianes supérieures de la deuxième dentition et affecte les deux dents d'une façon symétrique.

La dent d'Hutchinson n'est pas localisée aux incisives médianes : on la trouve sur les incisives latérales, et plus rarement sur les canines.

Molaires : Le corps de la dent est normal, mais son segment supérieur est rongé, diminué, un sillon le sépare du corps de la dent. La face triturante est rugueuse, mamelonnée, de coloration jaunâtre sale. Ces mamelons s'usent plus tard et la dent est alors terminée par une surface plane.

Ainsi caractérisée l'érosion est d'un diagnostic relativement facile. Cependant on pourrait, dans certains cas, la confondre avec la carie. Aussi Magitot a-t-il insisté sur le diagnostic différentiel.

Dans la carie, l'émail d'abord, puis l'ivoire et enfin la pulpe, sont successivement envahis par le processus morbide. Dans l'érosion^ au contraire, les lésions ont lieu à une seule et même période pour les tissus en voie de formation. La carie siège d'ordinaire dans les anfractuosités de la couronne, dans les interstices. L'érosion n'éparg-ne aucune surface.

La carie peut enfin ne pas présenter ce caractère de multiplicité particulier à l'érosion^ eUen'en affecte pas non plus la symétrie d'une façon si constante.

D'ailleurs si la difficulté était trop grande et comme l'érosion peut se compliquer de carie, l'étude histologique lèverait tous les doutes.

Une coupe d'une dent affectée d'érosion montre tantôt un simple amincissement de l'émail, tantôt sa disparition complète. L'émail manque, mais il est aussi moins dense-, son aspect est mat, jaunâtre ou brun et comme l'a fait remarquer Parrot, on voit à la surface de la dent des craquelures, des fentes pénétrant suivant l'axe des prismes, et la dent a un aspect boursouflé.

La dentine présente aussi une lésion à laquelle Magitot adonné le nom d'érosion de l'ivoire.

Elle est caractérisée par la présence, au milieu de la dentine saine, de globules dentinaires et d'espaces interglobulaires. Ces globules sont de volume variable tantôt régulièrement sphériques, tantôt ovoïdes et très réfringents.

§ 3. — ÉTIOLOGIE.

La recherche de l'étiologie de cette lésion a suscité de nombreux travaux, et l'accord sur ce point n'est pas encore fait.

Les opinions émises parlesauteursanciens et modernes peuvent se grouper sous trois chefs :

1° L'opinion qui attribue la production de l'érosion aux affections quelconques de l'enfance •

2° Celle qui considère l'érosion comme signe constant de syphilis héréditaire;

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