MORSURES FAITES PAR LES ANIMAUX
MORSUEES
§ 1. — MOESUEES EN GEXEEAL.
Les morsures sont habituellement rangées dans la grande classe des plaies contuses, et cependant il y aurait des raisons de les séparer, puisqu'elles se rapprochent plutôt des plaies par instruments piquants ou même tranchants.
Leurs caractères sont en effet très variables, et dépendent de l'animal qui les a produites et aussi des conditions de leur production. Le bec pointu des oiseaux ne produira pas, assurément, la même lésion que les morsures du cheval et du chien.
Nous ne voulons traiter ici les morsures qu'en tant que leur forme dépend de celle de la denture, dont elles sont pour ainsi dire le moulage, et qu'elles permettent par conséquent de déterminer. Les cas ne sont pas rares, en effet, dans lesquels le médecin-expert a été appelé à donner son avis sur une morsure et a dû déterminer si elle provenait d'une mâchoire humaine ou animale. En outre, il arrive souvent que des réclamations sont portées devant les tribunaux par des individus mordus par des animaux, un cheval, par exemple, et l'expert aura à apprécier la gravité du dommage causé.
Ce sont là les points particuliers que nous nous proposons d'étudier.
Le médecin-expert appelé devra d'abord établir ce premier point : Y a-t-il réellement morsure ?
Les morsures sont des blessures qui présentent les caractères de la plaie pénétrante et de la plaie contuse. C'est la partie pointue et coupante de la dent qui lui donne son premier caractère -, le second est produit par la forme écrasée et conique du même organe. Le diagnostic est assez souvent facile et sûr, mais, dans bien des circonstances, difficile et presque impossible.
La denture qui blesse 'homme, animal), les circonstances de sa production, sont les éléments qui font varier la forme de la morsure. Les incisives, les canines, les molaires produiront des lésions différentes, en effet, de même que la résistance du blessé, ou l'acharnement de l'animal qui mord, entraîneront des modifications dans l'aspect primitif de la solution de continuité. Dans les cas bénins, surtout, le diagnostic de la morsure pourra devenir délicat. S'agit-il d'excoriations, d'égratignures simples, ou y a-t-il eu morsure? Dans ce dernier cas, presque toujours, les lésions, bien que superficielles, comme nous l'avons supposé, auront une certaine profondeur.
Il est rare qu'on ne trouve pas l'empreinte plus ou moins nette de quelques dents. JMais celles-ci ne laissent pas toutes des traces aussi visibles. C'est la canine qui imprime le plus facilement sa forme en raison de sa puissance d'action.
Quoi qu'il en soit, à un point de vue général, les dents produisent de petites ecchymoses bleuâtres à bords dentelés et dont la disposition rappelle celle de la mâchoire. Celle-ci moule donc sa forme par le fait même de la morsure, et les particularités qu'elle pourra présenter se retrouveront dans son empreinte.
Dans les cas où la morsure a une certaine intensité, ces caractères seront plus nets encore et permettront d'une façon assez évidente le diagnostic. Il n'en est plus de même si à la forte pression des dents s'est combiné un mouvement de tiraillement ou de torsion. Alors, des portions plus ou moins considérables de tissus peuvent être arrachées, et ce qui reste est broyé et comme trituré. Mais encore ici l'expert trouvera des éléments de diagnostic. Nous voulons parler des dentelures qu'on voit à la circonférence de la partie arrachée. Ces dentelures représentent le contour des dents qui ont laissé là leur empreinte.
Enfin des parties du corps (nez, oreille) peuvent être enlevées complètement. La forme de la plaie reproduira encore la forme générale des arcades dentaires, et la présence des dentelures sera un élément suffisant de diagnostic. Nous verrons de plus, surtout chez le cheval, l'usure dentaire, si caractéristique de cet animal, marquer son empreinte dans la morsure.
Ces données, qui s'appliquent aux cas où la morsure est fraîche,
perdent évidemment de leur certitude si l'expert a à examiner des. morsures anciennes. Les excoriations légères disparaissent sans laisser de traces. Une couronne de petites cicatrices bleuâtres et jaunâtres sera le vestig-e d'une morsure un peu plus grave. Enfin, dans les cas où elle a été encore plus intense, la disposition générale des cicatrices restera longtemps comme signe de la morsure. Telles sont les notions sur lesquelles l'expert pourra s'appuyer pour établir son diagnostic. Il était nécessaire d'y insister un peu, car si les morsures ont été étudiées au point de vue pathologique et thérapeutique, leur étude médico-légale laisse encore à désirer.
Le diagnostic de la morsure n'est pas d'ailleurs toujours facile et Julius Ssheff (de Vienne) rapporte dans son traité un cas intéressant où des experts étaient hésitants. C'est une communication faite par Skrzecsta :
« Après de longues et inutiles recherches, on désigna comme auteur d'un assassinat un homme qui portait des blessures à deux doigts. Ces blessures, considérées comme des morsureS;, paraissaient un motif suffisant pour le soupçon et peut-être la culpabilité.
« D'après la description résumée de Skrzecska, la blessure de l'index droit était située sur la phalange unguéale, passait sur le bord postérieur de la racine de l'ongle, s'étendait d'un côté au milieu du bord radial de cette phalange, d'autre part, au bord unguéal, jusqu'à la surface antérieure. Les deux extrémités de cette blessure étaient pointues, et la solution de continuité béante s'étendait jusqu'à l'os. A l'endroit indiqué, l'ongle était entièrement détaché et la partie antérieure enlevée, de façon que toute la plaie était à vif.
« De l'autre côté du doigt, la plaie, assez épaisse, présentait une bless-ure légère, linéaire, longue de trois quarts de pouce et allant jusqu'à l'extrémité du doigt.
« Le fait qu'aux bords de cette blessure on ne trouvait pas de traces de dents prises isolément, avait amené les experts à des avis bien différents. Pour Skrzecska, l'absence de traces de dents, isolées aux bords de la blessure ne prouvait nullement qu'il ne s'agissait pas d'une morsure-, ces traces caractéristiques pou-
vaient manquer, en effet, avec des dents peu tranchantes ou serrées. (La victime avait précisément des dents de ce genre.) A la question posée à savoir: s'ag-it-il d'une morsure? la réponse fat affirmative. L'enlèvement de l'ongle, la blessure linéaire de la partie inférieure fut expliquée par un mouvement de retraite fait par l'assassin.
« L'autre blessure intéressait le deuxième doigt et ne présentait rien de caractéristique. »
Cette observation nous montre un fait dont l'expert doit tenir compte dans ses examens. En matière d'expertise médico-légale, on doit toujours s'attendre à voir les règles générales subir des exceptions. C'est ainsi que dans le cas que nous venons de relater, l'absence des traces de dents aux bords de la blessure, fait que nous avions indiqué plus haut comme caractéristique, n'a pas empêché Skrzecska de conclure à l'existence d'une morsure. Les différences entre les arcades dentaires doivent en effet se retrouver dans les empreintes qu'elles laissent, et du foit que la blessure ne répond pas absolument aux données classiques, l'expert ne doit pas se hâter d'éloigner la morsure de son diagnostic, mais rechercher si dans la denture de celui présumé de l'avoir produite ne se trouverait pas la raison des variations observées.
Après ces considérations générales sur les morsures, nous étudierons celles faites par l'homme, et celles produites par les animaux.