MOESUEES FAITES PAE l'hOMME
Les morsures faites par l'homme sont, en général, des blessures pratiquées dans le but de se défendre ou d'attaquer -, parfois, cependant, elles constituent de véritables actes de folie ou des aberrations monstrueuses du sens génésique.
Les exemples du premier groupe sont assez fréquents, et les annales de la criminalité en renferment un grand nombre. Dumur,
dans sa thèse^ en rapporte plusieurs qui lui furent communiqués par le P^' Poncet. Dans un cas, le blessé avait perdu son oreille g-auche-, dans l'autre, la moitié du nez avait été enlevée. Plus intéressants encore sont les cas dans lesquels la forme de la morsure sert à découvrir le criminel. Il arrive assez souvent, en effet, dans les assassinats que les victimes, dans un dernier effort de désespoir, mordent les mains ou les bras du meurtrier. Ces blessures ont servi, dans bon nombre de faits, à mettre sur la trace du coupable. La thèse de Montfort en contient plusieurs exemples.
Notre maître M. le P^ Brouardel nous a communiqué le cas de M"^^ Crémieux, à Neuilly. (Obs. XLV.)
Le moulage de sa mâchoire coïncidait exactement avec les traces de morsures constatées sur les mains d'un de ses assassins.
Moore [Dublin médical Press, 1852) en cite deux exemples intéressants. Enfin, dans le Boston médical du 25 avril 1889, nous trouvons un fait curieux, où la morsure d'une pomme a suffi pour faire reconnaître l'auteur d'un vol.
Notre confrère M. le D"" CouUiaux (de Milan) nous a communiqué le cas suivant :
« Des voleurs s'introduisirent dans une maison de campag-ne, et après avoir fait main basse sur tous les objets de valeur, trouvèrent du pain et du beurre qu'ils se mirent a mang-er. Les habitants de la maison rentrèrent à ce moment et les voleurs s'enfuirent. On trouva sur la table un reste de tartine portant très nettement l'empreinte des dents de l'un des voleurs. Le juge confia ce morceau de pain à un dentiste qui en coula un modèle en plâtre. Le contre-modèle s'adaptait parfaitement aux dents de l'accusé et permit d'établir sa culpabilité. »
Hoffmann, enfin, mentionne que dans plusieurs contrées, dans le Tyrol, par exemple^ les morsures sont très fréquentes au cours des rixes.
Quant aux morsures faites dans un but d'attaque, elles sont assez fréquentes chez les idiots et les fous. Dans les rixes, il n'est pas rare de voir des mutilations assez importantes produites par les dents (perte du nez, d'une oreille).
Au point de vue du diag-nostic, les morsures laites par l'homme présentent des caractères en rapport avec la denture humaine, considérée soit dans sa forme, soit dans la puissance de ses moyens d'action.
Pour le premier point, nous n'avons pas besoin d'insister. La conmiissance de la forme des dents sul'lira pour permettre le diagnostic. Si la denture présente des altérations^ comme le cas s'est présenté dans l'assassinat de M""" Crémieux, à Xeuilly (une seule dent à la mâchoire supérieure et trois en bas, séparées par des espaces), la facilité sera encore plus grande. Le médecinexpert devra néanmoins se souvenir, comme nous l'avons montré dans le diagnostic général de la morsure, par l'observation si intéressante rapportée par Scheff, que la forme de )a denture peut présenter de très grandes variétés.
Pour le second point, les morsures humaines ont une bénignité relative, surtout si on les compare aux morsures faites par les grands animaux dont nous parlerons plus loin.
Leur degré de profondeur a donc une limite maximum commandée par la force des muscles masticateurs. Black a inventé un appareil destiné à mesurer la puissance de la mâchoire, le dynamomasticateur. Mais, comme ici les variations indi\ iduelles sont infinies, le médecin-expert devra admettre une très grande étendue dans la gravité des lésions.
Enfin, un dernier point qui est utile pour le diagnostic médicolégal peut être tiré du siège même de la morsure.
Les morsures faites par l'homme siègent aux endroits découverts du corps : visage, nez, oreilles, mains. C'est là un caractère important, car dans les circonstances où ces lésions se produisent (attaque ou défense), le choix du point d'application des dents n'est pas indifférent, soit pour la victime, soit pour le criminel. Les vêtements suffisent, en effet, à protéger les tissus, et les morsures de ce côté sont bien moins considérables.
Nous verrons plus loin qu'au contraire les animaux mordent en n'importe quel endroit du corps, et si dans la majorité des cas leurs morsures se trouvent aux membres supérieurs, elles ne sont pas localisées aux parties découvertes, mais peuvent être observées aussi bien au bras, à l'avant-bras, qu'aux mains. Telles
sont les considérations qu'on peut présenter sur les morsures humaines au point de vue de leur diagnostic.
Mais l'expert aura souvent une autre question à trancher* nous voulons parler de l'appréciation de la gravité de la morsure, de l'incapacité de travail qui peut en résulter.
Les morsures faites par l'homme ont en général peu de gravité ^ cependant elles peuvent offrir les complications ordinaires des plaies, aggravées encore par cette circonstance que la bouche est un lieu riche en microbes, pouvant ainsi être introduits dans la plaie. Nous parlerons plus loin des maladies communiquées par les morsures.
Il résulte de ce fait que l'incapacité de travail occasionnée par une morsure devra être appréciée avec beaucoup de circonspection, des complications étant toujours possibles.
Le siège de la morsure est d'une grande importance dans le cas où les questions précédentes sont posées.
Les morsures des doigts peuvent entraîner des mutilations très graves pour le fonctionnement de l'organe, et cela en dehors des complications septiques qu'elles présentent si souvent. La littérature médicale renferme beaucoup d'exemples de morsures qui ont dû être suivies d'une amputation d'un ou de plusieurs doigts.
Les mutilations de la figure (ablation d'une aile du nez, du pavillon de l'oreille) ont une gravité particulière tenant aux difformités qu'elles créent. L'appréciation du dommage causé devra dans ces cas être très sérieusement examinée; l'expert aura alors à tenir compte d'une foule de circonstances extérieures, sexe du blessé, âge, position sociale, etc. Enfin il n'oubliera pas qu'une opération autoplastique adroite peut souvent atténuer la difformité.
Telles sont les considérations que nous avons cru utiles de présenter au sujet des morsures humaines. Une étude médicolégale complète est encore à désirer sur cette question, et nous n'avons fait ici qu'indiquer des idées générales.