LES DENTS APRÈS LA MORT
Les altérations que subissent les dents après la mort n'ont pas été jusqu'ici l'objet d'études spéciales. Leur extrême densité leur donne une durée pour ainsi dire indéfinie. Cependant elles doivent, dans certaines conditions, subir des changements qui peuvent être rapprochés de ceux que subissent les os.
En l'absence de documents, nous résumerons donc sommairement ce qu'on connaît des différentes phases par lesquelles passe le squelette après la mort.
Les parties dures du corps humain présentent des modifications tellement variables, et la plupart du temps si peu importantes, même après un nombre d'années considérable, que les documents sont peu nombreux sur leur destruction. Orfila et Lesueur, qui ont si bien étudié les changements physiques éprouvés par les cadavres dans les différents milieux ne font que signaler leur extrême résistance. {Traité des Exhumations juridiques, 1831.)
Dans la terre et sous des conditions variables de température, d'humidité, d'aération, etc., Orfila et Lesueur indiquent ainsi les altérations du système osseux.
Les os, disent-ils, subissent à peine de l'altération, même au bout de plusieurs centaines d'années. On a trouvé à Saint- Denis ceux du roi Dagobert, mort il y a près de douze cents ans; à la vérité ils étaient dans un coffre de bois, placé lui-même dans un tombeau de pierre.
Ilaller dit, dans les premières pages de ses Eléments de Physiologie, que la gélatine des os s'est conservée pendant deux mille ans dans des momies, tandis qu'à l'air ou dans des terrains humides quelques siècles suffisent à sa destruction. Alors les os se convertissent en poussière et disparaissent.
Nous verrons les conditions capables de retarder ou de précipiter la disparition du squelette. Disons pour le moment que les os, que les cadavres aient été inhumés dans des fosses communes
OU dans des tombeaux particuliers, ne se désagrèg-ent que très lentement. En général, ils deviennent d'un jaune nankin, striés quelquefois de rouge.
Des os humains, enterrés depuis six cents ans, ont encore fourni à l'analyse 27 0/0 de gélatine et 10 de graisse à peu près, comme s'ils eussent été frais; on sait, en effet, que la gélatine ne forme guère que les 30/100 (Orfila et Lesueur).
Dans certains cas, cependant, les os subissent un genre d'altération remarquable-, les auteurs précédents font remarquer à ce sujet l'extrême friabilité des os qui pouvaient avoir sept cents ans et qu'on trouva dans le sol de l'église de Sainte-Geneviève, à Paris.
Une légère pression du doigt suffisait pour les briser; ils étaient pourpres, à peu près comme la lie de vin desséchée, et leur surface était recouverte d'une grande quantité de cristaux blancs et brillants de phosphate acide de chaux.
Ces os étaient remarquables par l'absence de substance animale et de carbonate de chaux, et par la présence de la matière pourpre et du phosphate acide de chaux; cette couleur pourpre était vraisemblablement le résultat de la décomposition de la partie gélatineuse des os .
Telles sont les altérations observées quand les cadavres sont réduits à leurs ossements.
Mais, dans d'autres cas, les cadavres subissent des transformations toutes différentes.
2° Ils peuvent être changés en gras, c'est-à-dire qu'ils éprouvent une véritable saponification.
3° Ils peuvent être changés en momies sèches.
Ce sont là, d'après Orfila et Lesueur, les trois états les plus communs qu'on peut observer, mais non pas les seuls. Fourcroy et Thouret, dans leur mémoire sur les Exhumations du cimetière des Innocents (1789), les ont observés et décrits.
Quand le cadavre est saponifié^ les os sont englobés dans une masse de graisse et se conservent ainsi pendant longtemps. Nous laissons de côté toutes les circonstances qui influent sur la formation du gras des cadavres dans la terre. Disons seulement que les jeunes sujets se transforment plutôt en gras que les vieillards.
Le gras peut disparaître, et le cadavre réduit à l'état de squelette présente alors les modifications que nous avons signalées.
Dans une dernière catégorie de faits, les cadavres sont momifiés naturellement.
Fourcroj en a trouvé dans les fouilles du cimetière des Innocents (1789).
Un certain nombre de crânes de ce cimetière, placés d'abord dans les Catacombes, en ont été retirés par MM. Broea et Manouvrier, et sont actuellement au Musée d'Anthropologie. Nous avons pu les voir, et après cent ans, aussi bien les os que les dents, sont dans le même état que Fourcroy a signalé. M. Manouvrier nous a déclaré que ces crânes, au moment où il les a retirés des Catacombes, étaient ramollis par l'humidité, mais que, exposés à l'air, ils étaient desséchés au bout de vingt-quatre heures.
Mais déjà avant lui, AI. de Puymaurin fils (1787) et Vicqd'Azyr (1779) avaient décrit les cadavres momifiés dans la terre.
Dans cette transformation, les os sont très légers mais conservent leur solidité ordinaire.
Dans l'eau, les phénomènes qui se passent du côté des os sont les suivants, d'après Orfila et Lesueur {loc. cit.) :
« Presque toujours les os ont une tendance marquée à passer au rose • nous les avons vus d'un rouge lie de vin peu foncé dans certaines parties, après quatre mois cinq jours; quelquefois cependant ils deviennent verdâtres et même noirâtres. Ces changements de couleur, qui sont en général plus manifestes dans les os longs que dans les autres, ne s'observent guère plus longtemps après la submersion, lorsque déjà les os ont été en contact immédiat avec l'eau. »
Un séjour prolongé dans ce liquide rend aussi les os beaucoup plus friables.
Les résultats des expériences successives faites par ces auteurs sur la rapidité de la putréfaction dans différents milieux, les ont amenés aux conclusions suivantes.
La putréfaction marche beaucoup plus rapidement, tout étant égal d'ailleurs, dans le fumier que dans l'eau, dans la matière des fosses d'aisances que dans la terre.
De ces différents milieux la terre est celui qui retarde le plus
la putréfaction, si rinliumation a eu lieu à la profondeur de quelques pieds et si l'on n'a pas arrosé le terrain.
Dans les fosses d'aisances la putréfaction fait moins de progrès que dans l'eau, quoiqu'elle ait lieu plus rapidement que dans la terre. Ce retard est probablement dû à la présence du sulfhydrate d'ammoniaque et autres produits qui s'opposent à la fermentation.
Après le fumier, aucun de ces milieux ne fevorise autant la décomposition que Teau, surtout si elle est souvent renouvelée.
L'air humide enfin hâte encore plus que tout autre agent la putréfaction des matières animales \ tandis que celle-ci s'arrête au bout d'un certain temps, si l'atmosphère est sèche.
Par sa composition, la dent n'est que peu sujette aux phénomènes de destruction qui doivent cependant l'atteindre comme toutes les parties du squelette. Sa richesse en combinaisons inorganiques fait que sa résistance est encore plus grande que celle des os. Les ouvrages spéciaux ne consacrent que quelques mots aux altérations dentaires et Orfila et Lesueur se contentent de ces lignes : « Les dents résistent longtemps, leur émail est presque indestructible. »
Il nous semble pourtant nécessaire de connaître ce que deviennent les dents après la mort.
Les exhumations d'ossements ne sont pas rares, et dans certains cas, leur résistance aux divers agents fait qu'elles sont l'unique moyen d'identification.
Paltauf, dans le traité de Julius Scheff {loc. cit.), consacre un chapitre entier à cette intéressante question.
Si nous ne regardons plus les phénomènes cadavériques euxmêmes, mais les différentes façons dont un organisme peut être détruit, la carbonisation, par exemple, nous aurons à citer les travaux d'Hoffmann et Zillner à propos de la catastrophe du Ringtheater, à Vienne.
Enfin, plus récemment, lors de l'incendie de l'Opéra-Comique de Paris, notre maître M. le P^ Brouardel a pu faire des observations du même genre.
Citons enfin la catastrophe de la rue Jean-Goujon (Paris, 1897-)
qui a donné lieu à d'intéressantes constatations Sur la résistance des dents aux températures élevées.
Les tissus mous qui composent l'org-anisme humain peuvent avoir disparu complètement, et les dents n'ont encore subi aucun changement. Cependant, si à cause de sa constitution la dent elle-même n'est pas altérée, les tissus mous qui la retiennent et contribuent à la fixer sont attaqués.
La dent perd alors de sa solidité et vacille plus ou moins, suivant la fermeture de la cloison alvéolaire et la disposition des racines.
A cet ég-ard, il faut distinguer les deux cas bien différents : ou bien il s'agit d'une dent de lait, ou bien d'une dent permanente.
Dans le premier cas, suivant l'âge du sujet, nous savons que la racine est plus ou moins résorbée. Par conséquent, il pourra arriver que la destruction des parties molles qui retiennent la dent entraîne la chute de celle-ci. Enfin, sous ce rapport, les dents qui n'ont qu'une seule racine, droite ou conique, sortiront très facilement de leurs alvéoles. Chacun sait combien sur les squelettes les incisives et les canines se perdent facilement. Au'contrairé, s'il s'agit d'une dent permanente en général, elle présente des racines plus fortes et sa solidité dans l'alvéole est plus grande. Mais là encore l'âge joue un grand rôle et les dents des vieillards, chacun le sait, s'ébranlent sur le vivant. A plus forte raison doivent-elles facilement quitter leurs alvéoles après la mort.
Il résulte de ce fait que ce sont les crânes des jeunes sujets ou des vieillards qui perdent le plus vite leurs dents, et l'anatomie suffit seule à expliquer ces différences.
Nous avions pensé qu'il serait peut-être possible de déterminer a combien de jours remontait la mort d'un sujet par la putréfaction de la pulpe dentaire.
Mais vu la difficulté du sujet, nous avons abandonné cette idée.
Paltauf, d'ailleurs, dit sur ce point « que le noyau mou et putréfiable de la dent est si petit qu'on ne peut arriver à l'étudier »;
Combien de temps les dents, sorties ou non de leurs alvéoles, peuvent-elles se conserver?
Ici nous avons des données certaines à apporter, bien qu'elles ne soient pas précises.
Les momies égyptiennes ont des dents dans un état admirable de conservation.
Nous avons pu voir au IMusée d'Anthropolog-ie des crânes remontant aux différents âges des époques préhistoriques et conservant encore toutes leurs dents.
Il faudrait ici rappeler toutes les découvertes que les archéologues ont faites dans les dijïérents pays. La première mâchoire humaine de l'époque quaternaire fut trouvée par Boucher de Berthes; puis de nombreuses cavernes, dolmens et palafittes furent fouillés. Rappelons pour mémoire le cadavre de l'homme écrasé de Laugerie-Basse, dont la mâchoire portait encore ses dents.
En somme, les fouilles des paléontologistes ont montré que dans certaines conditions de milieu de terrain, les os et les dents se conservaient indéfiniment.
Les dents les plus anciennes qu'on possède remontent à la fin de la période tertiaire. Telles sont celles du Pithécanthropus erectus trouvé à Java en 18U4 par M. Dubois. Les crânes de Brux, du Xéanderthal, de l'Olmo suivent comme ancienneté.
Dans les terrains quaternaires, qu'il s'agisse de l'époque paléolithique ou de l'époque néolithique, les documents abondent.
Rares aux époques de Saint- Acheul et de Chelles, peu nombreux encore à l'époque de ]\[oustier (station de la Naulette, Belgique), Arcy-sur-Cure (Yonne);, etc., les ossements humains deviennent très abondants aux époques du Solutré et de la Madeleine (stations de Solutré, de Menton, du Cro-Magnon, de Laugerie-Basse).
Sans entrer dans le détail de ces fouilles si intéressantes, disons qu'au point de vue spécial qui nous occupe, partout leS' dents sont pour la plupart du temps fort bien conservées. Elles portent une usure spéciale due probablement au régime alimentaire végétarien de ces peuples. Quant à leur volume, nous ayops pu constater qu'en général elles ne sont pas sensiblement plus volumineuses que les dents des hommes de notre époque, , r. .
Nous avons pu voir ,diins la collection particulière de, notre ami M. Michaëls des dents provenant des fouilles. 4e Lau^ejie-
Basse et ne se différenciant en rien ni par le volume, ni par la forme des dents actuelles. Elles sont admirablement conservées et leur émail est encore d'une blancheur éblouissante.
Quant aux dents du Pithécanthropus erectus trouvé à Java dans un terrain tertiaire, nous ne les avons pas vues, mais leurs moulag-es se trouvent au Musée d'Anthropologie et nous le» décrivons autre part.
Leur volume est considérable, mais leur forme est bien celle des dents humaines.
Le Musée d'Anthropologie renferme de nombreux spécimens de crânes de toutes les époques, des âg-es de pierre, du bronze, du fer, etc. Les uns portent encore des dents, et elles sont la plupart du temps dans un état admirable de conservation.
On peut y voir entre autres toute une série de crânes appartenant aux dolmens et dont les dents sont absolument intactes.
Nous rapportons plus loin (voir Obs. XLVI) la curieuse observation des fouilles qui ont amené la découverte des restes de Guillaume le Conquérant. Bien qu'à une époque beaucoup plus rapprochée de nous, les dents étaient intactes et n'offraient aucune altération.
En somme, les dents de ces différentes époques ne présentent la plupart du temps, au point de vue macroscopique, aucune altération x^ost-mortem.
Si l'on pénètre dans l'architecture intime de là dent, on ne trouve plus la même conservation parfaite. Les unes sont cependant intactes. C'est ainsi qu'on possède des dents de mammouth' antédiluvien, des objets fabriqués avec des dents et datant des époques préhistoriques, très bien conservés.
Cette extrême résistance des tissus de la dent donne à cet organe une grande valeur dans les recherches médico-légales, et aussi dans celles où en présence d'un squelette détruit presque en entier, les dents seraient le seul moyen de savoir, s'il s'agit d'un homme ou d'un animal. •>
Nous donnons ailleurs ; de nombreuses observations dans l^s-: quelles, longtenips après lia mort,; les. dents opt 'servi à établir l'ideiltitéi.d'un .squelette,r0^i|-^bg>, X^II, X^XIII,. XXIV, Î^XV,,
XXVI, etc., etc.)» ,]^.l -^^^ --.yj-,:, ' , ^^^y--.];,,
Devergie {loc. cit.) raconte, de son côté, qu'un squelette trouvé douze ans après son enfouissement fut reconnu par la conformation de la denture.
Casper, dans un cas de prétendu empoisonnement connu onze ans après la mort, put établir l'identité du cadavre par l'examen de la denture exhumée.
Il existe cependant des variations nombreuses dans cette résistance de la dent, et, en général, on peut dire que comme pour les os les conditions de l'âge, de la constitution individuelle, des terrains, de la température sont susceptibles de retarder ou d'accélérer les phénomènes de la destruction.
1° Age. — Les dents des jeunes sujets et des vieillards sont plus fragiles que celles des adultes.
Les notions que nous possédons sur la calcification et sur l'envahissement progressif parles tissus durs de la chambre pulpaire (et cela en dehors de tout phénomène pathologique : dentine secondaire) nous permettent de penser que les cellules de l'émail et de l'ivoire acquièrent avec l'âge plus de résistance.
C'est ainsi que chez les enfants enfouis depuis un certain temps les dents peuvent se désagréger elles-mêmes rapidement.
Pour la même raison, les dents des vieillards, usées par la mastication, et dont la couche d'émail a disparu sur les faces triturantes, offriront moins de résistance aux agents destructeurs.
2° Sexe. — A moins qu'on puisse établir qu'au point de vue de la constitution chimique et physique les dents de la femme diffèrent de celles de l'homme, nous ne voyons pas comment on peut expliquer les différences notées sous ce rapport par certains observateurs. Mais peut-être le tempérament seul agit-il dans ce cas, et la femme étant plus fréquemment de constitution lymphatique, ses tissus présenteront une moindre résistance.
3° Le genre et la durée de la maladie à laquelle le sujet a succombé est une des conditions qui peuvent influer le plus sur la marche de la destruction de la denture.
La pathologie nous a appris combien sont nombreuses les maladies qui, sans attaquer directement le système dentaire, agissent cependant sur lui.
Nous ne voulons pas ici passer en revue toutes ces perturbation» de l'organisme. Citons cependant pour mémoire les fièvres éruptives, les diathèses, les infections microbiennes, etc.
Sans ent rer dans le détail des changements que ces maladies doivent faire subir aux dents (et ces troubles ne sont pas bien connus), nous pouvons affirmer que leur constitution physique et chimique doit être modifiée.
Il résulte de ce fait que la dent aura une plus ou moins grande résistance en face des agents destructeurs suivant que le sujet est mort d'accident ou d'affection générale.
Quant à préciser ces différences, cela est impossible, car outre la variation dans les maladies, il faudrait tenir compte aussi de la résistance du sujet et de sa constitution propre. Ce que nous avons dit des tempéraments pourrait d'ailleurs servir utilement pour l'objet présent, et si les individus vivants offrent, d'après leurs te mpéraments, de telles variations dans la forme et la structure de leurs dentS;, nous sommes en droit de penser que la même différence persistant après la mort entraîne une plus ou moins grande résistance aux agents de la désagrégation des matières animales.
Mais outre les circonstances que nous venons de passer en revue et qui dépendent du sujet lui-même, il en est d'autres extérieures qui modifient aussi la durée de la destruction.
Les conditions dans lesquelles s'est trouvé le cadavre, l'influence atmosphérique, les terrains dans lesquels il a été placé, la profondeur de l'enfouissement, tout cela influe considérablement sur la rapidité de la désagrégation.
Il est évident qu'un cadavre abandonné à l'air dans la campagne subira rapidement tous les phénomènes de la putréfaction, et que son squelette et ses dents disparaîtront aussi dans un bref délai.
La désagrégation la plus rapide — et les expériences d'Orfila et Lesueurl 'ont établi nettement — résulte de l'accès de l'air combiné à une humidité suffisante et à l'action simultanée de certains organismes.
Aussi les influences atmosphériques jouent-elles un rôle considérable dans la destruction des matières animales. L'air est, en
effet, le véhicule d'une quantité immense de germes, et si la chaleur et l'humidité viennent favoriser leur action, nul doute qu'un tissu même dur comme la dent ne soit rapidement altéré.
Si le cadavre a été enseveli, les circonstances de cette inhumation, sa plus ou moins grande profondeur, sont encore susceptibles de retarder ou de hâter la disparition des organes.
C'est ainsi que les cadavres enfouis à une faible profondeur sont détruits bien plus rapidement que ceux qui sont recouverts d'une couche de terre. Il faut en chercher la raison dans la possibilité de l'accès de l'air et de l'humidité, conditions éminemment favorables a la pullulation des moisissures.
Au contraire, Orfila et Lesueur il oc. cit.) ont montré que les cadavres enterrés profondément se putréfiaient moins rapidement et ils expliquent ce fait et par l'absence d'air et aussi par la pression que subissent les organes, pression qui jouerait un rôle conservateur.
Les terrains enfin prêteraient à eux seuls à une longue et intéressante étude.
La situation élevée ou en pente du terrain, son degré d'humidité, sa constitution chimique sont des conditions susceptibles de faire varier la durée de la conservation des dents.
Orfila et Lesueur ont fait a ce sujet, mais pour les cadavres en général, d'intéressantes expériences qu'on trouvera dans leur Traité des Exhumations juridiques.
La situation du terrain (terrain en pente ou élevé) n'agit probablement que d'une façon indirecte en produisant dans le sol une plus ou moins grande sécheresse.
Quant à la constitution chimique, elle doit jouer un rôle considérable, mais encore peu connu. Sous ce rapport, il y aurait d'intéressantes, études à faire, car les faits sont nombreux dans lesquels on a observé que les cadavres disparaissaient plus rapidement dans un terrain que dans un autre.
En résumé, les conditions les plus favorables à la conservation de la dent sont celles où les cadavres sont cachés dans des caveaux et conservés inaccessibles à l'air et aux agents chimiques, comme aux organismes. L'uniformité du milieu doit jouer aussi un grand rôle, puisque même dans la terre humide des agglo-'
mératioDS lacustres on a trouvé des dents admirablement conservées après des milliers d'années.
Cependant, bien qu'en apparence la dent soit intacte, l'examen microscopique découvre des altérations.
Signalées par Wedl, Roux, Paltauf, Galippe, Michaëls, elles sont actuellement bien connues.
Paltaufles résume ainsi : putréfaction de la substance organique et par la même solution de continuité, action dissolvante des sucs de la terre, dissolution de la substance inorganique, croissance d'organismes végétaux très petits dans la substance dentaire.
Les dents altérées de cette manière sont devenues cassantes. Sur des coupes transversales ou longitudinales on remarque que la dentine a perdu son éclat mat, sa translucidité et les qualités reposant sur la double diffraction de la substance fondamentale.
Elle est devenue blanchâtre, opaque, crayeuse, plus dense en apparence; mais c'est le contraire qui est vrai, puisque avec un couteau on peut couper et gratter la dentine. La dent fraîche, on le sait, oppose une grande résistance à la scie; la dent ainsi altérée s'use très facilement et se montre très cassante. Une lame de dent fraîche incrustée dans de la laque est entièrement translucide et montre, suivant la direction de la lumière incidente et la forme de la taille, la direction très nette des fibres de la dentine.
Cette translucidité n'existe plus quand la dent est altérée.
L'examen microscopique montre les raisons de ces changements.
Dans les endroits blancs et opaques que nous venons de signaler, la substance dentaire est sillonnée de canaux rangés en un réseau a mailles serrées, et se répandant dans toutes les directions. Ces canaux suivent la dent dans le sens de la longueur avec quelques ondulations et se terminent souvent par un élargissement noueux. Leur diamètre est généralement de quelques p-. et contiennent parfois de l'air, mais le plus souvent une substance striée en longueur semblable à un ruban. De temps a autre en faisant agir les couleurs révélatrices, on trouve des bacilles filiformes.
Ces canaux existent dans les parties de la dent qui avoisinent l'alvéole, traversent le cément et entament la dentine, mais Paltauf ne les a jamais trouvés dans l'émail.
Suivant la durée de ces actes de désagrégation, les phénomènes
de destruction sont plus ou moins intenses. Une molaire provenant d'un crâne découvert dans une sépulture païenne près de Stettin avait son émail intact, mais les autres parties de la dent (cément, ivoire) étaient attaquées, et l'émail se détacha comme une calotte.
Quant aux ag^ents qui produisent ces altérations, ce sont des vég-étaux, des espèces d'alg-ues, d'après Paltauf.
Galippe, qui a étudié les mêmes altérations sur des dents provenant des ossuaires des îles Marquises, pense qu'il s'ag-it de microorganismes.
Ils pénètrent par l'apex et envahissent les tissus de la dent. Les galeries qu'ils creusent — et Galippe attire l'attention sur ce point — ne sont pas orientées dans le sens des canalicules delà dentine, ce qui prouve la puissance des moyens d'action mis en œuvre.
Ces micro-organismes agissent probablement en sécrétant une substance acide qui leur permet de cheminer k travers des tissus si résistants au point de vue physique, mais si fragiles au point de vue chimique.
Wedl a décrit ces canaux en 18G4-, puis Roux, qui ne connaissait pas ces travaux, les a signalés à son tour, d'où leur nom de canaux de Roux ( 1887) .
Mais Schaffer qui leur a consacré plusieurs et importants travaux, revendique pour Wedl l'honneur de la découverte et propose de les appeler canaux de Wedl.
Mais ces phénomènes de désagrégation présentent, comme nous l'avons dit, de nombreuses variations dépendant du milieu, de la température, etc.
Wedl constata artificiellement que dans une dent après treize jours le cément et la dentine étaient tachés, et qu'après trente et un jours il s'y montre quantité de petites végétations.
Schaffer croit avoir observé que pour les dents plongées pendant quinze jours dans l'eau il se produit une infiltration chlorophyllienne dans la couche de cément.
Les dents de l'adulte, plus denses que celles de l'enfant et du vieillard, offrent plus de résistance et sont souvent indemnes de ces lésions.
La marche de la putréfaction a aussi une grande influence. C'est ainsi qu'une dent provenant d'un cadavre renfermé depuis
plus de cent ans dans un caveau, ne portait pas la moindre trace de végétations. Au contraire, une dent provenant du squelette d'un homme exécuté cinquante ans auparavant et enseveli au lieu du supplice était sillonnée de canaux.
En résumé, la désagrégation du corps, commencée par les animaux dont M. Megnin nous a indiqué les espèces différentes, est continuée pour les parties dures par des êtres inférieurs, des végétaux (algues, protozoaires, moisissures^.
De quelque façon qu'on explique leur mode d'action, ces micro-organismes pénètrent la dent et la parcourent dans toutes les directions. Seul Témail leur oppose une barrière infranchissable, si bien que du corps humain entier il restera, dernier vestige. Mais toutes les dents ne sont pas susceptibles d'être attaquées ainsi, et plusieurs résistent, soit que le milieu dans lequel elles se trouvent ne soit pas favorable au développement des agents destructeurs, soit que les tissus de l'organe offrent une plus grande densité.
Malgré les différents travaux que nous venons de citer, la désagrégation ultime des parties dures du corps humain, et en particulier des dents, est encore peu connue.
Notre ami M. Michaëls, qui a poussé très avant les études sur ce point et qui s'est occupé des organismes inférieurs microphytes et thallophytes, ainsi que des protozoaires microscopiques, en tant qu'agents destructeurs du squelette, a bien voulu nous donner quelques renseignements.
Il a mis généreusement à notre disposition sa riche collection d'ossements préhistoriques, et nous a permis de prendre dans son laboratoire privé quelques notes que nous transcrivons ici en le remerciant de son extrême bienveillance.
Nous espérons d'ailleurs que son ouvrage, en préparation, sur les moisissures et les protozoaires, en relation avec la destruction des os et des dents, comblera les lacunes que sur ces sujets présentent nos connaissances actuelles.
Nous avons vu chez lui des maxillaires et des dents de différentes époques préhistoriques de l'âge paléolithique, néolithique, bronze et fer. i
Ces ossements ont été recueillis dans différentes stations telles
que la Madeleine (Dordogne), Villeneuve-Saint-Georges (Seineet-Oise), Beausemblant iDrôme), pour Tâge paléolithique;. — tumulus de Vaux (commune de Lussac, Vienne), cimetière de Maupas (Saint-Martin-la-Rivière, Vienne), fouilles de Belleau (Meurthe-et-Moselle), dolmen Saint-César (Alpes-Maritimes), grotte sépulchrale de Rousson (Alais, Gard), dolmen des Causses (Aveyron), station lacustre de Sainte-Biaise (lac de Neuchâtel), pour l'époque néolithique (tumulus et cavernes) -, — Larzac (causses de Pougol, Aveyron), station d'Auvernier (Neuchâtel), ■pour l'époque de bronze; — cimetière gaulois de Beine (Marne), cimetière gallo-romain de Hermès (Mouzy-sur-Oisej, station lacustre de la Tène (lac de Neuchâtel). Dents des Mounds-Bilders des Etats-Unis; Maxillaires et dents des momies égyptiennes, etc., etc., pour l'âge de fer.
Si nous exceptons quelques rares spécimens comme les dents du Pithécantropus et quelques autres des stations chelléennes, Acheuléennes, Moustériennes, Solutréennes, nous sommes là en présence des plus anciennes dents qu'on ait rencontrées jusqu'ici.
Les dents humaines de ces différents âges ne diffèrent pas, macroscopiquement, des dents de nos jours quant à la forme, quant à la grandeur et quant à la structure.
Selon le terrain dans lequel elles ont séjourné, elles offrent un aspect différent de vétusté et de coloration.
Leurs tissus sont attaqués d'une façon toute différente suivant le terrain dans lequel elles ont été enfouies, terrains secs des cavernes, terrains vaseux des stations lacustres, terrains exposés ou non à l'air qui facilite le développement des germes.
Dans un cas, ce sont les protozoaires qui ont détruit la matière organique, dans un autre, ce sont les moisissures qui trouvant un milieu favorable pour leur germination, ont évolué et désagrégé les tissus dentaires. Enfin les vers de terre eux-mêmes peuvent attaquer l'émail et le cément.
Tels terrains^ comme les sables, comme les vases des stations lacustres, conservent indéfiniment les os qui y sont enfouis. De même, les momies égyptiennes ne présentent aucune altération dans leurs tissus osseux et dentaires.
Mais c'est le microscope qui décèle différents modes de destruction d'un très grand intérêt.
Avec un grossissement de 260 diamètres on constate bien distinctement ces altérations diverses. On voit les vacuoles creusées par les protozoaires sans direction déterminée, et indiquant la nature acide du principe qu'ils émettent pour détruire la matière inorganique et pouvoir digérer la matière organique qui est nécessaire à leur vitalité. Ces organismes attaquent le cément, la dentine, et même l'émail, et au bout d'un certain temps toute la matière organique a disparu. Ces phénomènes se passent dans les terrains permettant la vitalité de ces animalcules : monériens, rhizopodes, grégarines, infusoires.
Pour les micophytes, l'observation macroscopique nous montre une altération toute différente.
Suivant la nature des terrains (secs et stériles, ou terrains humides), les unes tendent à la fossilisation des tissus, les autres à la réduction en poussière impalpable.
Le microscope nous montre les prothalles des mycéliums, infiltrant la dentine dans toutes les directions.
Le microphyte, par sa viscosine envahit la matière de la dent, dissout les tissus, et végète suivant la direction des vacuoles ainsi préformées.
Nous avons pu constater dans les microphytes et thallophytes différentes espèces morphologiquement caractérisées.
Grâce à quelques cultures que M. Michaëls a faites par raclage des dents et des ossements des différentes stations, il a pu cultiver entre autres le pénicillium et l'aspergillus niger.
Les vers de terre (lombrics et nais) venant en contact immédiat avec les dents, émettent des acides qui détruisent également leurs tissus. Le contact de ces vers par exemple des lombrics, se fait par un seul point de leurs corps l'extrémité buccale et produit aux endroits touchés des érosions cupuliformes qui marquent nettement leur empreinte.
Quant aux haïs, genre d'amélides sétigères, dans leur contact immédiat avec les dents ou ossements des cadavres, ils sécrètent par toute leur surface un principe acide, et impriment leur corps en sillon à la surface de la dent ou des ossements.
M. Michaëls plaçant expérimen talement des ossements recueillis dans les cimetières, dans des récipients avec un peu d'eau, et recouvrant le tout d'une cloche, a vu au bout d'une quinzaine de jours se développer des quantités prodigieuses de protozoaires, dont il a pu étudier et classer une vingtaine de familles différentes.
Ces saprophytes et saprophyles sont donc le terme final de la matière organique de quelque nature qu'elle soit; et ces organisme inférieurs, qui sont les causes de cette destruction, trouvent eux-mêmes dans ces tissus les conditions nécessaires k leur vitalité.
Mais il est d'autres agents capables de détruire la dent, ou du moins de la détériorer gravement en peu de temps. Nous voulons parler de la carbonisation.
Les incendies de théâtre surtout ont permis d'étudier l'effet des hautes températures sur les dents. Lors de la célèbre catastrophe du Ringtheater de Vienne en 1881, Hoffmann et Zillner ont pu faire d'intéressantes constatations. Schjerning a publié sur le même sujet, dans le Vierteljakrsschrift fllr gericJUUclte Meclicin de 1884 et 1885, une intéressante étude basée sur plus de 80 cas de morts par brûlures.
L'incendie de l' Opéra-Comique de Paris, en 1887, a permis de constater les lésions de l'organe dentaire, et M. Brouardel les a consignées dans son étude.
Enfin, plus récemment, la terrible catastrophe du Bazar de la Charité, tout en donnant aux médecins-légistes l'occasion de signaler les particularités de la mort par brûlures, et la résistance des dents au feu, a mis en évidence tout ce que l'étude du système dentaire pouvait apporter d'utile dans la recherche de l'identité. Xous-même avons insisté sur ce dernier point dans une communication au Congrès international de médecine de Moscou (1897).
Dans tous ces incendies, les dents étaient plus ou moins atteintes, suivant que les parties molles qui les protégeaient étaient détruites ou non.
Or, par le fait même de leur situation profonde, les dents étaient en général mieux conservées que les autres parties du
corps, et les observations que nous rapportons plus loin montrent quel rôle elles ont joué dans l'identification des cadavres. La haute température que subissent les corps rendent en effet ceux-ci méconnaissables, et les particularités caractéristiques du système dentaire, qu'elles soient naturelles (anomalies, etc.), qu'elles soient artificielles (appareils protbétiques, dents en porcelaine), sont du plus grand secours.
Les matériaux qui ont servi à obturer les dents résistent plus ou moins à l'action du feu, et, dans certains cas, on les a retrouvés intacts et l'identité a pu ainsi être établie.
Nous ne décrirons donc pas ici l'action du feu sur les tissus du corps hamain-, le squelette seul et la denture en particulier nous occupent.
Les catastrophes signalées plus haut ont montré quelles étaient dans ces cas les altérations du système dentaire.
Hofmann, qui les a étudiées lors de l'incendie de Vienne, les décrit de la façon suivante :
La calcination des dents existait à différents degrés. Au degré le plus avancé, coïncidant presque toujours avec une carbonisation bien prononcée ou une calcination plus ou moins complète du crâne, les dents se présentaient sous forme de petits tronçons blanchis par le feu et friables, qui se détachaient facilement de leurs alvéoles ou en étaient déjà sortis.
Dans d'autres cas, on retrouvait la dent encore fixée dans son alvéole et recouverte des débris de l'émail calciné. Le plus souvent, les dents avaient conservé leur forme, quoique la tête fût notablement carbonisée, mais elles étaient altérées d'une manière spéciale.
Dans une série de ces cas, les dents paraissaient tout à fait normales, et il fallait y regarder de près pour constater que le reflet de l'émail était moins brillant, et que sa couleur tournait au gris ; l'émail était en outre complètement fissuré.
Les dents se cassaient à la racine lorsqu'on les saisissait avec les doigts ou la pince, ou bien l'émail, complètement blanchi, se laissait détacher de l'ivoire plus ou moins carbonisé et se brisait en fragments et en éclats. Sur la cassure, la couche blanche de l'émail contrastait d'une manière frappante avec l'ivoire devenu
moins dur et tout à lait noir. Ceci s'explique en partie par la structure bien plus dure de l'émail, mais principalement par la petite quantité de substances org-aniques et carbonisables qu'il contient, tandis que l'ivoire en renferme presque autant que l'os. Enfin l'on rencontra des dents dont les couronnes paraissaient comme recouvertes par une masse noire ou brunâtre, le plus souvent à reliet métallique. Ces dents se trouvaient évidemment au premier degré de la carbonisation, et la substance en question se composait soit de charbon, soit de produits semblables au goudron, provenant de la distillation sèche comme il s'en dégage lors de la combustion des matières organiques, principalement des tissus à chondrine. Ces produits étaient, ou bien encore renfermés dans la dent, ou bien avaient transsudé en quelque sorte et s'étaient déposés à sa surface.
L'on pourra facilement se convaincre par des expériences que les choses se passent ainsi, et l'on observera que, pour ces raisons, c'est principalement la couronne qui présente ce rellet métallique, reflet qui, combiné à la coloration brun noirâtre de la substance décrite, a toutes les apparences du miroir arsenical. C'est un fait connu et qui vient confirmer mon dire touchant l'origine de cet enduit qu'en chauffant des matières organiques, surtout des tissus à gélatine, dans un tube effilé, on obtient des anneaux qui offrent quelque ressemblance avec le miroir arsenical. Mais ces anneaux résultent uniquement des produits de la distillation sèche (charbon, etc.), et ce fait ne doit pas être oublié lorsqu'on procédera à l'examen de parcelles suspectes retirées de l'estomac. Lorsqu'il s'agit de reconnaître des cadavres, ces altérations produites par la flamme ne sont pas sans importance. D'une part, l'on pourra confondre l'effritement des dents qui s'opère pendant ou après la calcination avec d'autres lésions, la carie, par exemple, et, d'autre part. Ton sera tenté de prendre la coloration noirâtre des couronnes, surtout lorsqu'elle siège à leur base, pour une altération spéciale qu'on observe si fréquemment sur les dents appelées vulgairement dents noires.
Inversement, la constatation de l'identité peut devenir difficile lorsque des dents antérieurement noires sont blanchies par la calcination, ce qui peut fort bien arriver, puisque l'enduit noi-
râtre de ces dents se compose de substances organiques et calcinables et de tartre mélang-é à ces dernières. Les expériences que j'ai faites dans ce but ont- confirmé mes prévisions.
Zillner, qui publia peu après une autre étude sur le même sujet, mais concernant les cadavres retrouvés ultérieurement en, déblayant les décombres de l'incendie, signale des faits semblables.
Les dents, dit-il, étaient fréquemment vacillantes, même sans autre lésion. Lorsque la destruction de leurs organes protecteurs (lèvres, gencives, alvéoles) avait permis l'accès du feu, les dents carbonisées avaient le brillant éclat de la poix; l'émail brunâtre n'adhérait presque plus que lâchement et se laissait enlever au niveau de la couronne en montrant des fissures longitudinales.
Quand les mâchoires étaient calcinées, toutes les dents étaient privées de leurs couronnes, et leur ivoire tombait en détritus.
Les mêmes altérations signalées en 1885 par Schjerning furent retrouvées en 1887 par Brouardel sur les cadavres des victimes dans l'incendie de l'Opéra-Comique.
Les dents avaient parfois un aspect poisseux, l'émail était brunâtre, tantôt il n'adhérait plus à la dentine et pouvait s'enlever comme un couvercle, tantôt il tombait en poussière.
Les expériences faites ont donné les résultats suivants : au contact direct de la flamme d'un bec de Bunsen, les dents extraites se cassaient comme un morceau de cristal chauffé brusquement.
Quand, au contraire, on les avait échauffées lentement dans une capsule en porcelaine et qu'on les plaçait ensuite dans la flamme d'un bec de Bunsen, elles se carbonisaient, se fendillaient et rémail éclatait en petites écailles.
Si l'on examine au microscope une parcelle de dent calcinée, on remarque que la structure s'est conservée d'une manière générale et l'on reconnaît très bien l'émail, la dentine, le cément, mais la texture n'a plus la même régularité, surtout dans la dentine. Les filaments paraissent plus épais, contournés, disjoints; par l'accumulation de parcelles de charbon ils semblent généralement sombres sur les bords, et partout ailleurs plus ternes que dans l'état frais.
Dans les dents anciennes, par le fait de la calcination, les
canaux que nous avons décrits sont plus larges, plus irréguliers, mais plus prononcés que dans les parcelles de dents fraîches. L'examen microscopique permet donc d'établir s'il s'agit d'une dent fraîche ou d'une dent ancienne.
Les données que les dents peuvent fournir sur la date de la mort du sujet sont donc très vagues. Si les mâchoires sont encore recouvertes de parties molles, l'expert aura là un guide qui permettra un diagnostic large.
Les hautes températures peuvent, dans certains cas, épargner les dents, qui constituent alors, comme nous le verrons dans les observations, d'excellents signes pour l'identification.
Nous conclurons cette étude par ces paroles de Paltauf :
« Comme les phénomènes de destruction des dents se développent lentement, comme d'autre part ils varient beaucoup avec les circonstances données, on devra, dans cet acte de l'examen médico-légal, user de la plus grande circonspection et ne pas resserrer l'indication du temps en des limites trop étroites. Dans tous les cas, l'examen microscopique de la dent pourra fournir d'utiles renseignements, et il ne devra pas être négligé.