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(1) Nous en conservons nn qui n’a que quatorze lignes. Voyez la seizième planche, et il en existe de plus resserrés,
laremarqueen estimportante, qu’on fit la section du pubis , ayantdécouvertla symphyseau moyen d'une incision de deux pouces et demi, conservant en en-bas la commissure antérieure des grandes lèvres, et supérieurement une étendue de dix-huit à vingt lignes au-dessous de l'angle inférieur de la plaie résultante de l'opération césarienne,
2077. Malgré l'espèce de coin que formoit le corps du fœtusfortementengagéetcomprimédans le bassin, les os pubis ne s'écartèrent d’abord que de neuf lignes ; on augmenta ensuite cet écartement le plus graduellement possible jusqu’à vingt et une, en éloignant les cuisses de la femme, et il fallut alors tirer en même temps sur les hanches, pour le porter à deux pouces et demi, Borné à ce dernier point, on essaya de faire passer la tête de l'enfant qui s’étoit placée d’elle-même dans la position la plus avantageuse, puisqu’une des bosses pariétales répondoit à l’écartement des os pubis, et l’autre à la partie latérale gauche de la saillie du sacrum, l’occiput étant tourné de ce côté, Plusieurs personnes de l’art y employèrent successivement leurs forces, en tirant sur le tronc, et sur la mâchoire inférieure au moyen de deux doigts introduits dans la bouche, sans la faire avahcer d’une seule ligne: elle ne traversa le détroit qu'au moment où je secondai ces efforts en appuyant sur la tête même, d’unemain placée dans le ventre du cadavre de la femme, et en la comprimant fortement selon son épaisseur.
2078. À l'instant ou elle franchit ce détroit, l'ngle inférieur de la plaie des tégumens se déchira jusqu'à la vulve, et cette plaie se prolongea
tellement vers celle de lopération césarienne, qu'il s’en fallut peu que ces trois ouvertures n'en fissent qu’une. Lessymphyses sacro-iliaques,déjà entr'ouvertes avec rupture des ligamens et du périoste , au terme de vingt et une lignes d'écartement entre les os pubis, se déchirèrent complétement , et le firent avec assez de bruit pour que chacun desassistansl’entenditbiendistinctement:; de sorte qu’on put y placer aisément le pouce en travers. Les os pubis, après la sortie de la tête, se trouvérent encore écartés de trois pouces, et l’avoient été un peu plus , sans doute, à l'instant où elle franchit le détroit, L’angle du pubis droit étoit distant de deux pouces six lignes, du centre de la saillie du sacrum, et l'angle du pubis gauche de deux pouces trois lignes seulement; de sorte que le diamètre du bassin considéré dans ce dernier sens, s'étoit augmenté de sept lignes , et de dix selon l’autre.
2079. Quoiqu’on ne puisse pas déterminer avec toute la précision possiblele produit que donnera la section du pubis sur tel ou tel bassin, par celui qu’elle a donné sur un autre, puisqu'il diffère un pewdans chaque individu, par rapport à la forme particulière du détroit supérieur, à la longueur respective de ses diamètres, et à la courbure plus ou moins grande des os, il nous semble cependant que l'expérience dont nous venons de rendre compte fait assez bien connoiître le peu d’'avantage qu’il y auroit à espérer de cette opération, dans le cas où le bassin n'offriroit que-dix-huit à dix-neuflignesd’'ouverturesupérieurement,même vingt et une lignes, comme celui de la femme
du Belloy (x). Si on rapproche ces deux faits, on sera frappé du contraste que présentent leurs résultats. Chez la femme qui servit à notre expérience, il fallut de grands efforts pour écarter les os pubis de trois pouces ; on ne put obtenir cet écartementsans opérer un délabrementaffreux du côté des symphyses sacro-iliaques, et sans séparer les os des iles, pour ainsi dire entièrement, du sacrum ; les angles de la plaie extérieure se déchirèrent au loin tant supérieurement qu'inférieurement; l’on ne put faire passer la tête à travers le détroit ainsi agrandi, qu’en y employant les plus grandes forces, et en les combinant comme on l’a dit, quoiqu'elle n'eût que trois pouces cinq à six lignes de petit diamètre, Chez la femme du Belloy toutes ces choses se sont opérées tout bonnement: l'écartement de trois pouces s’est fait sans violence et sans peine; l'incision extérieure à laquelle ilsemble qu'on avoit donné peu d’étendue,nes’estnullementallongée parle déchirement de ses angles, etune tête de trois pouces huit lignes a passé librement à travers le bassin ; l’on a conservé l’enfant, et la mère a éprouvé si peu d’accidens, etse portoit si bien des lelendemain de Popération, que son accoucheur ne la vit que rarement après les premiers jours. Au jugement des personnes instruites qui assistérent à notre expé-
(1) “On n’a pas oublié que M. Goubelly, D.-M.-P,, à reconnu, quelques jours après l’opération, que le diamètre de ce bassin étoit d’un pouce trois quarts. Voyez M. Alph. le
Roy.
340 L'ART rience (1), un seul enfant sur dix mille n’auroit pu survivre un instant à de moindres efforts que ceux qu'il a fallu faire pour extraire du sein du cadavre celui quiservoit à cette mêmeexpérience, et aucune femme ne pouvoit manquer d’être victime des désordres intérieurs que nous a présentés le bassin. Le fait de la femme du Belloy paroiïtra sûrement moins étonnant d'apres les observations suivantes. en
2080. Cette femme étoit accouchée six fois avant qu'on ne lui fit la section du pubis, et chaque fois, dit M. Ze Roy, on avoit eu recours aux moyens extrêmes de l'art; M. 4zeron (9) l’avoit secourue dans les trois derniers de ces accouchemens. On seroit tenté de croire que c’est sur la bonne foi de cechirurgien que M. /e Roy a déclaré que le bassin n'avait que dix-huit à dix-neuf lignes de petit diamètre, comme il paroît n’avoir jugé de celui de Julie Collet que d’après le témoignage d'une sage-femme, car on ne voit nulle part dans ses écrits qu'il en eut fait lui-même l'examen. S'il a pu croire que le bassin de Julie Collet n’avoit que deux pouces cinq lignes, comment s'est-il persuadé que six enfans avoient traversé un bassin de dix-huit à dix-neuf lignes? Ne pourroit-on pas lui demander quels sont ces moyens extrêmes que M. Æzeron a mis en usage
ere
(1) M. Morcau, chirurgien - major de l'Hôtel - Dieu, MM. Deleurye, Coutouly, Trainel, l'Héritier, maîtres en chirurgie, et un grand nombre d'élèves.
(2) M. Azeron, chirurgien privilégié, inconnu dans l'art des accouchemens,
pour délivrer la femme du Belloy des trois derniers de ses enfans? comment ce chirurgien a pu se décider à donner la préférence à de pareils moyens, sur l'opération césarienne, qui étoit si clairement et si exclusivement indiquée? en combien de lambeaux il a été force de diviser ces innocentes victimes, pour les faire passer à travers une filière aussi étroite? enfin, comment sa main elle-même a pu y pénétrer pour diriger les instrumens?
2081. La femme du Belloy étoit accoûchée six fois avant la section du pubis, c’est un fait, et n’avoit pu conserver un seul de ses enfans; mais d’après le rapport du père et de la mère, aucun de ces six enfans n’a été mutilé: plusieurs sont venus naturellement, à la suite d’un travail fort long, et les autres ont été tirés entiers avec le crochet. M. Maritaine , et après lui M. Æzeron, ont été les accoucheurs de la femme du Belloy. Ces enfans sont nés à terme, el tous étoient plus gros que celui qu’on obtint vivant après la section du pubis. D’après le témoignage des parens mêmes , ce dernier, loin d’être d'une grosseur telle que l'annonce M. {e Roy, étoit si petit aux yeux de ces mêmes parens, qu'ils craignirent longtemps de ne pouvoir l’élever ; et il mourut en effet à l'âge, de quatorze mois. La femme du Belloy en eut trois autres depuis ; M. /e Roy fut témoin de la naissance du premier, et madame du Sellier, sage-femme, reçut les deux autres, qui n'ont encore donné que quelques foibles signes de vie après leur sortie. Oseroit-on affirmer aujourd’hui, contre tant de preuves , que le bassin n’a que dix-huit à dix-neuf
lignes, mème vingt et une lignes de diametre? Achevons de le fiire connoître tel que nous Favons trouvé en 1785.
2082. La femme du Belloy étant venue nous consulter aussi à l'occasion d’une descente de matrice presque complète, pour laquelle nous lui placimes un pessaire, comme à Julie Collet, qui nous l’avoit adressée, nous examinämes son bassin, mon frère et moi. La descente de matrice ne nous permettant pas de développer intérieurement le pelvimet de M. Coutouly, nous employàmes le compas d'épaisseur, qui nous donna un résultat de trois pouces moins un quart, en l’évaluant au plus bas, l'épaisseur du bassin, prise du milieu du mont de Vénus au haut du sacrum postérieurement, étant de six pouces moins un quart, la femme des plus maigres, et ayant les os très grèles.,Le doigt introduit dans le vagin, et à plusieurs reprises, confirma parfaitement ce résultat; mesurant pres de trois pouces et un quart du milieu de la saillie du sacrum au bord inférieur de la symphyse du pubis, qui n’est pas plus longue que chez les autres femmes de même stature.
D'après ces découvertes, et beaucoup de détails que nous passons sous silence, le succès obtenu sur la femme du Belloy ne nous parut plus aussi extraordinaire ; nous ne vimes en lui qu’une nou: velle preuve de l’inaptitude de son auteur à bien juger des dimensions du bassin, et non l'intention cachée d’en imposer à la crédulité de ceux dont l'opinion étoit encore chancelante sur le fait de la section du pubis, Ce succès se place de lui-même à côté de celui que nous offre l'exemple de Ja
DES ACGOUCHEMENS. 349 femme Souchot, et à quelque chose encore de moins merveilleux.
2083. Trois autres femmes ont été également opérées par M. le Roy, savoir:la nommée Auguer, dont le fait a été publié, sous le nom de M. de Mathis, dans le Journal de médecine du mois d'avril 1785 (1); une dame inconnue, chez madame Morlai, sage-femme, le 12 mars 1785(9); et une troisième , sous nos yeux, le 24 avril de la même année (3). Le bassin de la femme Aucuet n'avoit encore que deux pouces et un quart de petit diamètre d’après l’estimation du médecin qui Ja opéré , et de plusieurs qui ont signé le procesverbal sans avoir examiné cette femme (4). Celui de l’inconnue n’offroit que deux pouces; dix personnes l’attestent encore, sans qu'aucune s’en füt assurée par le toucher (5). Quoique l’écartement des os pubis eût été au-delà de deux pouces et demi chez la femme Huguet, les suites en furent si simples, qu'il existoit au plus un peu de fièvre pendant les premiers jours; que la plaie extérieure, agglutinée dès le lendemain, n’offroit que l'aspect
(1) M. de Mathis, chirurgien des armées du roi de Naples, alors éleve de M. £e Roy.
(2) Le précis de ce fait a été inséré dans la feuille du Jour nal de Paris du 17 avril 1785, avec une lettre de l'auteur, des plus injurieuses pour les chirurgiens.
3) Ce dernier fait n’est pas encore publié,
(4) M. Asdrubal, pensionnaire du pape et élève de M. Le Roy ; M. de Mathiis et autres.
(5) Dans ce nombre se trouvent M. Philipp, D.-M.-P., MM. de Mathiis et Asdrubal, et madame Morlai, chez la- quelle étoit la femme,
d'une légère égratignure ; que les symphyses étoient déjà boursouflées ; que la femmeenfn s'est trouvée parfaitement rétablie au dix -septième jour. L'enfant étoit bien portant, et sa tête avoit troispoucesneuf lignes de petit diamètre, La dame opérée chez madame Morlai ne fut pas moins heureuse. Je la vis le sixième jour ; aucunes femmesen couches ne pouvoient être mieux portantes à ce terme ; les os pubis me parurent écartés au plus de deux lignes. Le procès-verbal de ma visite, rédigé à l'instant même, fut envoyé le lendemain à M. le premier chirurgien du roi, qui avoit reçu l’ordre du ministre, le baron de Breteuil, de faire suivre cetie femme par l’un des
membres de l’Académie, et de l’instruire du ré-
sultat de cetteopération , pour qu'il pûtenrendre compte lui-même au chef du gouvernement (1).
2054. L'espoir de se délivrer d’une descente de matrice considérable me procura l’occasion encore d'examiner la femme //uguet, dans le cours de mai 1785 (2), quoiqu'on äit publié un mois auparavant que la section du pubis avoit guérie
de cet accident qui la fatiguoit depuis ses pre
mieres couches. Ce fut M. «de Mathiis même qui me l’adressa, après m'avoir prévenu que je trou-
(1) Le ministre à qui ce procès-verbal fut communiqué |
donna l’ordre au lieutenant de police de me faire représenter l’enfant, qu'on avoit placé sans doute à l'hôpital, et que je ne pouvois voir qu'au moyen de .cet ordre; mais il étoit déjà mort, et Je ne pus Juger de sa grosseur, . . LE . *\ , (2) Al est bon de noter ici que.c'étoit la quatrième qui venoit implorer mes suins pour cette incommodité,
DES ACCOUCHEMENS. 251 verois son bassin beaucoup plus grand qu'on ne l’avoit estimé au temps de Popération ; etje puis assurer, sans crainte d être démenti par le fait, qu'il l'est en effet ; il m'assura également qu'il ee l'avoit examiné qu après la parfaite consolidation des os. Mesuré avec le compasd'épaisseur, ce bassin ést de six pouces et demi, extérieurement , ce qui donne un résultat au moins de trois pouces et un quart pour le diamètre qui va du pubis à la saillie du sacrum, la femme w'étant pas d’un grandembonpoint. Le doigt, Imtroduit dans le vagin, ne peut toucher la saillie du sacrum qu'avec üne extrème difficulté, et mesure un'espace de plus de trois pouces huitlignes, du milieu decette saillie au bord inférieur de la : sym physe du pubis; ce qui dénote de même un diametre de plus de trois pouces, au lieu de deux pouces et un quart. Le tableau des accidens quiont suivi l'opération, d’après d° exposé de la femme, et de M. de Mathis encore, qu'on avoit abusé j jusqu alors, ne ressemnbleroitpas davantage àcelui qu'on ena publié, que Jélbassin de cette femmeneressemble à celni qu'on acru désymphyser, si nousendonnionsles détails tels que nous Ée recueillis et conservés,
2085. On nes’est pas moins trompédans l'estimation des diimetres du bassin de cette femme inconnue , opérée chez matlame Horlai. En ren- ‘dant témoignage au premier chirurgien du roi , du bonétatou jelavois trouvée au sixième jour de ses couches, je saspendis mon jugement sur Ja nécessité de l'opération fusqu'aprés l'examen de ce bassin , qui n'eut lieu que le 16 avril stivant. M. le Roy l'examina d’abord en ma présence,
puis M. Philipp, déjà cité; ils assurèrent de nouveau qu'il n’avoit que deux pouces comme au temps de l'opération ; ce que madame Aforlur répéta d'aprés eux, plutôt sans doute que d'apres ses propres lumières. Mais je l’estimai de suite au-dessus de trois pouces, d’après la difficulté que j'éprouvai à toucher la saillie du sacrum. Pour confirmer ce premier résultat,je meservissuccessivement du compas d'épaisseur et de celui de M. Coutouly. Le premier mesura un espace de sept pouces moins un quart extérieurement, du haut du sacrum au milieu du mont de Vénus ; et le second se développa intérieurement, et dans la même direction, jusqu'à trois pouces deux lignes, sans la moindredifficulté, M. le Royet M. Philipp parurent convaincus que ce bassin avoit la mesure que je lui assignois , et il fut arrêté qu'on en dresseroitun procès-verbal dansle jour, pour être envoyé, comme le premier, à M. Ændouillet, qui devoit le remettre au ministre, le temps ne permettant pas aux deux médecins de le rédiger surle-champ. Je l'annonçai de suite à M. le premier chirurgien , qui l’attendit aussi vainement que moi, car je ne pus l'obtenir (1).
2086. De nouveaux faits vinrent bientôt nous éclairer sur ces succès , trop exagérés pour ne pas inspirer quelque méfiance. Des le 24 avril 1585, huit jours apres la visite dont je viens de rendre compte, nous fûmes invités par M. £ Roy, mon | frère et moi, de l'accompagner chez une femme
(1) Je l’annonçai le mème jour à M. le premier chirurgien du roi par une lettre contenant les détails dont je viens de faire part,
DES ACCOUCHEMENS. 353 qu'il devoitopérer, rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain. J'examinai cette femme, et je me coutentai d'assurer que le bassin étoit plus étroit que celui de la dame qui fait le sujet de l’obser vation précédente; que l'enfant couroit le plus grand danger, soit qu'on l’amenât par les pieds ou autrement. M. Z Xoy avoit estimé le diamètre de ce bassin à trois pouces ou environ; et le compas de M. Coutouly appliqué dans un moment de douleur et d’agitation, donna, à une ou deux lignes près, le même résultat. Dans l’opinion que ce bassin étoit aussi peu resserré, nous aurions observé pendant quelque temps l'effet des douleurs, si le cordon ne se fût pas présenté au-dessous de la tête , au point de former une anse dans le vagin ; mais sa présence rendoit la circonstance des plus pressantes, et il falloit opérer l’accouchement sans trop de délai. Je voyois des inconvéniens pour l'enfant à la suite de toutes les méthodes connues, excepté de l'opération césarienne : M. Ze Roy étoit certain de le conserver, ainsi que la mère, par la section du pubis, et sembloit regretter que la circonstance ne fût pas plus favorable pour nous convaincre de ses grands avantages, c'est à-dire que le bassin ne fût pas plus étroit. li conserva l'enfant ; mais la mère mourut des suites de l'opération même, avant la fin du huitième jour. ;
2087. L'incision extérieure fut assez courte d'abord , et ne parut , après l'accouchement, que de six à huit lignes d'étendue. La symphyse fut coupée de haut en bas, mais la section s’en fit tres difficilement; il fallut s’ÿ reprendre à plu-
354 HMÉABART | sieurs fois, aller comme en sciant, et appuyer fortemerit de la main droite sur le dos du scalpel, qu’on tenoit de la gauche. La résistance qu’elle offrit me fit présumer que l'instrument pertoit sur Pun des os, et en effet la section fut faite sur le pubis gauche à deux lignes ou environ de cette symphyse ; comme on le remarque fig. Z, lanche XVII, que j'ai fait graver sur la pièce même, telle qu'on la voit encore aujourd'hui dans mon cabinet. À peine cette section fut-elle achevée que les os s'écartérent un peu , et que leur écartement s’annonça par un foible bruit semblable à celui de la détente d’un ressort, A linstant même, on en vit jaillir le sang en forme d'ondes noirâtres et assez grosses pour se répandre en nappes sur les parties voisines, de sorte qu’en moins de deux minutes il s’en écoula de quatre à cinq palettes au moins : c'étoit un sang veineux.
2088. Placé sur le côté gauche de la femme, je suivis du doigt et des yeux l'écartement des os , qui se fit graduellement pendant lintroduction de la main de l’accoucheur dans la matrice, et brusquement à l'instant où les fesses de l’enfant traversèrent le détroit : on entendit de nouveau dans ce dernier moment un bruit de détente et de déchirement vers la symphyse sacroiliaque gauche. Cet écartement ne s’augmenta nullement pendant le passage de la tête, et resta le même après l’accouchement, jusqu'au moment où on releva et où l’on rapprocha les genoux de la femme, Occupé de ce seul point de l'opération, je puis assurer que l'écartement n'a pas êté
au-delà de deux pouces moins une ligne, Pavyant mesuré avec le pied de roi, apres la sortie de l’enfant , sous les yeux de Fopérateur, et étant bien certain qu'il n’avoit pas varié. Il fut presque en entier le produit du déplacement du pubis gauche qui se retira profondement sous les tégumens, tandis que le pubis droit ne s'éloigna que de quelques lignes , et en parut plus saillant. Quoi-
ue bien inférieur à celui qu’on m'assuroit avoir obtenu dans les cas précédens ou les suites en furent si simples, je ne pus dissimuler mes craintes sur le danger auquel on exposoit cette femme : mais le médecin ne négligea rien pour me rassurer.
2089. Une douleur aiguë s’étoit fait sentir dans le derrière du bassin et de la cuisse gauche, en s'étendant jusqu'au jarret, à l'instant même où se° fit le plus grand écartement , et continua jusqu’à la mort. Une autre, non moins aiguë et pongitive, s’annonça dès le Jour même vers la région iliaque droite ; le ventre se tuméfia presque aussitôt , et parut aussi élevé avant la révolution des vingtquatre premières heures qu'il Péloit dans l’état de grossesse ; la fièvre parvint bientôt à son plus haut période, etc., etc. |
2090. Le désordre parut extrême à l'ouverture du cadavre (1). La grande lèvre du côté gauche étoit très tuméfiée et livide; les symphyses sacroiliaques étoient d’une couleur brunâtre dans l’étendue d’un pouce au moins, à cause du sang épanché sous le périoste qui s’en étoit détaché;
tonnes anses
(1) H fallut recourir à l'autorité publique pour parvenir à examiner ce cadavre,
elles étoient inondées d’une matiere purulente et ichoreuse, plus abondante du côté gauche que du côté bit. et qui Jaillissoit de Lu fond à l’extérieur, par plusieur s ouvertures quéétoient autant de déchirures , lorsqu'on remuoit les os des iles et qu'on les rapprochoit du sacrum ; la symphyse gauche parut ouverte de cinq lignes, et la droite de trois seulement; un dépôt gangréneux se manifestoit du côté dci derrière et au-dessus de la cavité cotyloïde , et s'étendoit vers la partie antérieureet inférieure de la matrice, ouil y avoit une escarre de méme nature; un ulcère également gangréneux et en forme de fente se remarquoit dans la partie postérieure de ce viscère, depuis le dessus du col jusqu'à l'insertion du ligament de l'ovaire, et pénétroit dans sa cavité, re qui ont assisté à l'ouverture de ce cadavre ne nous reprocheront pas d'avoir surchargé le tableau de ces désordres intérieurs (1).
2091. Le diamètre du bassin étoitdedeux pouces et demi, du pubis à la base du sacruni ; de cinq pouces d’un côté à l’autre, et de quatre et demi en passant d’une cavité cotyloïde : à la 1 Jonction sacro- iliaque opposée. La section avoit été faite sur le pubis gauche, qui est net et sans la plus petite Ladhie (2).
2092. Nous avons annoncé que l'enfant étoit
(1) Neuf personnes, du nombre desquelles étoit M. Le Roy, en ont signé le procès-verbal, savoir : MM. Petit-Radel, Désormeaux, Sentex, de l'Epine, Assaliny, Audiberty, Baudelocque jeune et n‘oi,
(2) Je conserve ce bassin dans ma collection,
venu vivant, mais foible et fatigué «abord ; il n’offroit rien de remarquable dans sa grosseur : satête,flexibleetsouple, n'avoitquequatre pouces deux lignes de diamètre, du milieu du front au tubercule occipital, et trois pouces cinq lignes d’une bosse pariétale à l'autre.
2093. M. de Mathiis, dont il a été fait mention précédemment, venoit de nous fournir l'occasion
d'observer à peu pres les mêmes désordres à la:
suite de la section du pubis, chez une femme qu’il avoit opérée le 17 avril, sept Jours avant celle dont nous venons de parler;et.ce fait fut encore plus malheureux, puisqu'on perdit la mère et l'enfant. La femme (1) qui fait le sujet de cette observation avoit eu précédemment trois enfans. Elle étoit accouchée naturellement de son premier, qu'elle ne perdit qu’à l’âge de quinze mois : mais le second avoit été tiré par les pieds, et le troisième au moyen du crochet ; celui-ci par un étudiant en chirurgie, et celuilà par un chirurgien à qui l'art des accouchemens étoit, de son aveu, absolument étranger. M. de Mathis, qu’une sage-femme fit appeler lors du quatrième accouchement, n’évaluant le diametre du bassin qu'à trois pouces moins un quart, se persuada que fa section du pubis étoit la seule ressource quil dût employer, et la pratiqua, apres avoir attendu pendant quelque temps M. {e Roy , mon frère et moi, qu'il avoit appelés en consultation, un plus long délai lui paroissant $
(1) Marie Rouillé, rue Plumet, faubourg Saint Germain. !
Fait de M. de Mathis,
devoir la rendre infructueuse pour l'enfant, parce qu'une anse du cordon ombilical étoit audehors. 11 éprouva dans ce cas combien cette nouvelle opération pouvoit offrir de difficultés , et devenir dangereuse. L’instrument ayant quitté la ligne verticale de la symphyse, soit avant, soit après que la section en fut faite, tomba sur la branche descendante de l'os pubis droit, et la coupa transversalement, de la manière la plus nette, à six lignes ou environ au-dessous de la symphyse même , comme on le remarque fig. 11, pl XVII. Mais pour la couper ainsi, il fallut \ employer la plus grande force, et il paroit que ce n'est encore qu'après avoir haché longtemps en d'autres endroits qu’on crut y être parvenu; car l'instrument, recommencçant à scier à une demi-ligne de cette section, s’ébrécha profondément en deux endroits, et laissa ses fragmens implantés dans l'os, où ils se remarquent encore. Croyant l'opération achevée (1), M. de Mathiis introduisit sa main pour prendre les pieds, pendant que deux aides écartoient les cuisses avec tant de force, et surtout la droite, qui étoit confiée
à une personne robuste, que la tète de quelques
uns des muscles attachés à la branche du pubis et de l'ischium en fut déchirée partiellement, N'ayant pu dégager que le pied: gauche, il tira dessus, et, moyennant beaucoup d'efforts, il
(1) Nous aurions quelques raisons de croire que la section de la symphyse n’étoit pas faite entièrement alors , et ne l’a été qu'après la mort. Les partisans de cette opération ne seroient peut-être pas fâchés que M. de Mathiis en fit l’aveu.
obtint la sortie de l'enfant. Une suite de méprises singulières, sans lesquelles cet enfant auroit échappé à notre connoissance, le fit déposer chez moi, où je l’examinai en présence de plusieurs personnes, qui jugèrent à propos qu'on en dressât procès-verbal, Il étoit du poids de cinq livres et un quart; Sa tête n’avoit que trois pouces et un quart de petit diamètre; mais ayant été en quelque sorte écrasée en traversant le bassin, on pouvoit aisément la réduire de l'étendue de six lignes, en la comprimant entre les branches du compas d'épaisseur. La cuisse droite étoit fracturée dans son milieu, etle bras gauche au-dessous de l'insertion du muscle deltoïde (1). Get enfant, qui étoit très animé à l'instant ou l’on en dégagea le pied, ne donna aucun signe de vie aprés sa sortie. À peine la mère fut-eile délivrée qu’elle tomba dans un état de suffocation alarmante ; qu’elle éprouva de légères convulsions (9), et qu'elle se plaignit de vives douleurs dans les lombes et la cuisse gauche, qui continuèrent jusqu’à la mort : ce fut au neuvième jour. L’ouverture du cadavre (3), faite en présence de plu-
(1) M, de Mathiis et M. Rossignol, chirurgien qui Pavoit aidé, ne sachant pas que l’enfant avoit été porté chez moi, ne convinrent de ces faits que lorsque j'offris de leur en donner la preuve,
(2) Ce fut dans ce moment que M. /e Roy et mon frère arrivèrent chez cette femme. Je ne la vis que le lendemain , et je continuai de lui donner mes soins jusqu’à sa mort.
(3) Elle fut commencée clandestinement dans la nuit, et suspendue par l’arrivée d’une personne inattendue qui ne permit pas de la continuer ; mais on y procéda ensuite de Ja manière la plus authentique,
Faits de M.
de Cambon,
sieurs médecins et chirurgiens (1), démontra incontestablement qu'elle étoit mor té des suites de l'opération. Il seroit trop long d'en faire connoiître les détails; nous dirons seulement que M. de Mathiis, à la vue de tant de désordres, fut tellement ému, qu'il s'en trouva mal et tomba en syncope: sila douleur qu’il en témoigna n'a pas été feinte , On peut assurer qu ïl ne pratiquera pas de sitôt cette nouvelle opération, sur lecompte de laquelle on l’avoit, nous dit-il, étrangement trompé. Nous observerons que le diametre du bassin n'’étoit que de deux pouces six lignes. Je conserve ce bassin avec celui de la cinquième femme opérée par M. 4 Roy, et un autre qui me fut envoyé par M. Riollay (2).
2094. Après MM. Sigault et Alphonse le Roy , M. de Cambon (3) est celui qui a pratiqué é le plus de fois la section du pubis, et qui paroit l’avoir faite avec le plus d'avantage : mais, comme ceuxci,iln a pu conserver tous les ealshé ni toutes les femmes qu'il avoit entrepris de sauver. L'une de: ces femmes y fut soumise deux fois; savoir, le 28 mars 1770,et en janvier 1 780. M. de Cambon ne détermine pas l’écartement qu'il obtint dans ce dernier cas, et se contente de dire qu'il fut assez
(x) MM. Chopart, Petit-Radel, Assaliny, Audiberty, Afzélius, Rossignol, Decourbiac, de Mathiis, Baudelocque jeune et moi.
(2) L'observation de M. de Mathiis doit exister dans les archives de la ci-devant Académie royale de chirurgie.
(3) Ecuyer, premier chirurgien de feu S. A. S. la duchesse de Lorraine et de Bar, à Mons.
grand pour que la femme püt se délivrer seule et en peu de minutes d’une grosse fille pleine de santé ; mais il assure qu'il a été de deux pouces ou environ la premiere fois, quoiqu'iln’ait pu assurer Ja vie de l'enfant. M. Krap(1),quia communiqué de bonnes réflexions sur ces deux faits à l’Académie royale de chirurgie, assure qu'il avoit délivré cette femme de son premier enfant au moyen du forceps, quoiqu'il fût très gros, et qu'il l’a fait en présence de M. de Cambon même; que M. #'itlam, son confrère, n’a pas éprouvé plus d'obstacles à accoucher du second , et ne s’y est décidé que parce que le cordon ombilicalétoit sorti. Rien en cela ne dénote une grande difformité dans le bassin, et l'exposé de M. de Cambon ne fait que nous affermir dans l’opinion qu’il n’en existoit pas de remarquable. Une autre femme, grosse de son premier enfant, fait lesujet de la troisième observation du même auteur. Ici, c’est l'impossibilité de porter la main à travers le détroit inférieur, resserré par le rapprochement des os pubis et ischion, qui détermine à recourir à la section du pubis. On en obtient deux bons pouces d’écartement; la tête de l'enfant se plonge aussitôt dans le bassin, en présentant la face vers l’un des côtés, et, ne pouvant en sorlir, on en opère l'extraction avec le forceps : on conserve cet enfant et la mère. M. de Cambon nedit rien de plus sur la difformité du bassin, et n’en détermine l'étendue que par l'impossibilité d’y introduire la main. Mais le fait Suivant, qui n'a pu être compris dans le même
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(1) Chirurgien-accoucheur à Mons.
faisceau d'observations (1), semble bien propre à
prouver que ce bassin n’étoit pas très difforme, et que l’écartement des os pubis n’a pas été aussi grand que l'annonce l’auteur, puisqu'il a eu des suites aussi peu fàcheuses. |
2095. La femme qui fait le sujet de cette quatrième observation étoit contrefaite, et de la hauteur de trois pieds de France. Une sage-femme et deux accoucheurs, M, Knap et son éleve, avoient déjà tenté vainement de porter la main dans la matrice pour retourner l'enfant, dont la tête, précédée d’une anse de cordon, se présentoit;onavoit appliqué le forceps avec aussi peu de succès : la cause qui s’opposoit à l'introduction de la main ne permettant pas à la tête de descendre , on avoit laissé l'instrument en place en attendant de nouveaux consultans qui ne purent en tirer meilleur parti; et certain de Ja mort de l'enfant, comme on l’étoit de la mauvaise conformation du bassin, M. Xnap venoit de proposer l'usage des crochets, lorsque M. de Cambon arriva et voulut qu’on y substituât la section du pubis, espérant en obtenir Je même succès que chez les premieres femmes. Plus laborieuse qu'on ne s’y attendoit, le scalpel passa successivement entre les mains de trois per:
sonnes avant qu'elle füt achevée. On n’évaiua:
d'abord l’écartement qu'à deux travers de doigt;
maisils’étendit brusquement jusqu’à quatre, etse
ES
(1) Ge fait est postérieur à la lette qui contient les trois premières observations de M. de Cambon, adressée à M. Brambilla, premier chirurgien de sa majesté l’empereur Joseph Il.
DES ACGOUCHEMENS. 363
fit avec un bruit de déchirement remarquable, à l'instant où la tête, entrainée par le forceps qu’on avoit réappliqué, franchit le détroit supérieur. L'on ne fut pas étonné de ne voir naître qu’un enfant mort, bien convaincu qu'il l'étoit auparavant; mais on ne pensoit pas que la mère succomberoit avant la révolution du sixième jour, aux suites inévitables d’un écartement aussi grand que celui qu'on venoit d'obtenir. Un dépôt de matière sanieuseetichoreuse, prenant sa source dansla symphyse sacro-iliaque droite, entr'ouverte de sept à huit lignes, inondoit toute la fosse iliaque de ce côté, de même que la cavité du petit bassin, et s'étendoit au-dessous de l'arcade crurale jusque sur l'articulation du fémur; la symphyse gauche n'avoit souffert qu’une violente distension ; le bassin, régulier dans sa forme et son pourtour intérieur, n'offroit que deux pouces et quelques lignes de diamètre du pubis à la saillie du sacrum, etc. (1).
2006. Les succès obtenus par M. 7an-Damme, chirurgien à Saint-Omer (2), par M. Damnen, à la Haye (3), M. Ferdier-Duclos, médecin à la Ferté-
(x) Ce bassin a deux pouces sept lignes de petit diamètre au détroit supérieur ; Je l’ai eu sous les yeux pendant une douzaine de jours , dans un voyage que M. Xzap fit à Paris peu de se maines après la mort de la femme, et peut-être l’aurois-je encore, si M. Brambilla ne l’eût pas demandé pour le cabinet de l'Académie impériale de Vienne.
(2) Le 30 juin 1779, sur une femme du village de Racquenghen, à deux lieues de Saint-Omer.
(3) Le 20 octobre 1783 et le 11 août 1785.
364 IS ART Bernard (1), M. Després de Menmeur, près Saint- Pol-de-[.éon en Bretagne (2), celui dont fait mention la Gazette de Madrid, du 24 novembre 1780 (3), un autre cité par M. Lauveryat (4), et plusieurs encore qui nous sont sans doute inconnus, doivent être rangés dans la même série que les précédens : car on ne trouve que de foibles marques de mauvaiseconformation du bassin chez les femmes qui font le sujet de ces observations, presque toutes étant accouchées naturellement avant l'époque ou elles furent soumises à l'opération, ou l’ayant fait depuis très heureusement, Partout, comme dans les observations précédentes, c'est l’événementde quelquesaccouchemens difficiles, ou lapplication infructueuse du forceps, qui détermine à recourir à ce nouveau procédé; on n’en obtient ce qu’on n’avoit pu obtenirduforcepsappliquéd'abord,que parcequ'elle rend le bassin naturellement assez grand, plus grand encore, et que cet exces de largeur dispense de toute méthode. Les personnes peu instruites la jugent préférable, parce que l'exécution en est souvent plus facile pour elles que Fapplication des autres moyens, qui exige généralement une grande étendue de connoissances.
2097. La femmequifaitlesujet del’observation
de M. f’an-Damme étoit mère de trois enfans à
l'instant où elle fut soumise à la section du pubis, (1) Le 20 janvier 1786.
(2) Le 21 février 1778.
(3) Le 9 août 1780.
(4) Nouvelle méthode de faire l'opération césarienne, page 292,
et ces trois enfans se portoient bien, quoique leur naissance, d'apres le rapport de ce chirurgien, eût été un peu laborieuse, Celle du quatrième ne le devint davantage encore que parce que la tête de cet enfant ne se présentoit pas aussi favorablement que celle des autres, étant située de manière que la face, tournée de côté, regardoit le pubis droit, M. Y’an- Damme la trouvant fixée, et se persuadant qu’elle ne pouvoit descendre au-delà, (’apres le temps que la femme avoit employé à faire des efforts infructueux, essaya plusieurs fois de la saisir et de F'extraire avec le forceps, ensuite de la refouler pour aller prendre les pieds: ce que firent également avec aussi peu de succès deux de ses confrères qu’il alla chercher lui-même à Saint-Omer. La section de la symphyse ayant procuré un pouce et demi d'écartement, on réappliqua le forceps, et plus heureux, uniquement parce que la voie étoit alors plus large, on amena l'enfant, dont la tête offroit de toutes parts les marques du mauvais usage qu'on avoit fait auparavant de cet instrument. Il mourut des suites de ces mêmes blessures trois semaines après sa naissance ; mais la mére se rétablit après avoir donné de vives alarmes,
2008. M. J’an-Damime ne sauroit se disculper d'avoir fait un mauvais emploi du forceps dans le cas dont il s’agit; et ce qu'il y a d’affligeant, c’est qu'ilnest pas le seul de ceux qui ont eu recours à la section du pubis à qui on puisse faire le même reproche. Il ne dit pas comment il le plaça sur la tête de l'enfant; mais cette plaie, qu'il remarqua sur le côté du coronal d'une part, et celle qu'il vit
Fait
de
Van-
Damme.
de l’autre côté. près l’occiput, et au-dessous de laquelle il se forma une grosse tumeur qu'il fallut ouvrir après quelques jours, dénotent clairement que les cuillers embrassoient la téte obliquement du front à l’occiput, et du côté droit au côté gauche. Ce rapport entre elles et avec la tête devient inévitable d’ailleurs dans la situation où étoit cette tête, toutes les fois qu’on les insinuesur les parties latérales du bassin. Ce cas, qui n’est pas fort rare, est un de ceux où la plupart des accoucheurs, moins instruits que guidés par la routine, substituent celle-ci à la méthode, et augmentent les obstacles en raison des forces qu'ils emploient pour les vaincre; de manière qu'une tête quiauroit franchi librement le bassin, étant mieux dirigée, ne sauroit le traverser s'il n’est pas très vaste. C’est une vérité quenous avons soumise plusd’une fois à la démonstration, sur le mannequin, pour la graver plus profondément dans la mémoire de nos éleves, et l’un d’eux nous assura en avoir convaincu M. Van-Darmme son compatriote, peu de tempsapresl'opération dontnousvenonsde parler.
2099. La section du pubis ne nous paroit pas avoir été plus nécessaire chez la femme qui y fut soumise deux fois par M. Damen, parce que la mauvaise conformation du bassin n’est pas mieux démontrée dans ce double fait que dans celui de M. Van-Damme. Le chirurgien de la Haye évalue à trois pouces seulement le diamètre qui va d'un ischium à l’autre, et à quatre pouces le plus grand qui aille du pubis au sacrum. Il n'y avoit done de défaut de largeur qu’au détroit intérieur; encore ce défaut existeroit-il dans le sens où il est
le plus difficile de apprécier, méme de le reconnoître, dans le sens d’ailleurs qui seroit le plus favorable au succés de la nouvelle Opération. Ce vice dépendant da peu d'intervalle que laissent entre elles les tubérosités des os ischions, est trop rare pour croire que M. Damen l'eût rencontré, et ses nuances trop difficiles à calculer pour se persuader qu’il l’eüt fait avec précision. Pourquoi MM. Camper et Van-de-Laar n'ont-ils donc trouvé ce bassin resserré que dans sa partie supérieure ? Il paroît encore que c’est l'événement seul dedeuxaccouchemensopérésprécédemmentavec le crochet , qui a décidé en faveur de la section du pubis, lors du troisième; comme le succés qu'elle a eu dans ce cas a déterminé à la pratiquer de nouveau, pour assurer la vie du quatrième enfant. C’estau moyen d’unécartement assez large seulement pour admettre le doigt, qu’on procure ce précieux avantage à l'un des enfans, et d’un écartement une fois plus grand, que l’autre l’obtient : il n’en coûte chaque fois que peu de douleurs à la mère, et elle se rétablit promptement, 2100. Le fait du médecin de la Ferté-Bernard paroîtroit bien plus extraordinaire, s’il n’étoit précédé ici de l'analyse de celui de la femme 44 Belloy, dont le bassin n’avoit été également évalué qu'à dix-huit ou vingt lignes de petit diamètre: si l'exemple de la femme V’espres, celui de la cinquième femme opérée par M. /e Roy, et Pévénement qui suivit depuis la même opération chez celle qui fait le sujet de la quatrième observation de M. de Cambon, ne démontroient déjà sans réplique le danger de la section du pubis, dans le
Fait de M.
Verdier - Duclos.
cas où la mauvaise conformation du bassin rend véritablementl'accouchementimpossible parcette voie. M. ’erdier-Duclos, qui n'admet qu’un diamètre de vingt-une lignes , assure que la tête de l'enfant s’y trouvoit engagée au point qu’il ne put l’ébranler avecle forceps appliqué à deux reprises vers les côtés du détroit, ni la refouler avec la main pour aller prendre les pieds, quelque force qu'il y mit. Un écartement de deux pouces deux lignes entre les os pubis procure à ce diamètre assez détendue, et la femme se délivre seule d’un enfant dont la tête avoit douze pouces six lignes de circonférence en passant sur les protubérances pariétales, et conséquemiment un diamètre de quatre pouces deux lignes de l’une de ces protubérances à l'autre. M. f’erdier-Duclos ne se seroit pas contenté, sans doute, d'annoncer un écartement aussi borné, s’il eut connu les observations de M. /e Roy ; car il auroit été prévenu qu’il falloit le porter au-delà de trois pouces pour rendre un pareil bassin accessible à un enfant dont la tête auroit été beaucoup plus petite que celle dont il parle, puisque celle de l'enfant de la femme du Belloy n’avoit que trois pouces huit lignes. Ce dernier vécut, il est vrai, pendant quatorze mois, et celui de M. J’erdier mourut aussitôt qu'il fut né, Les praticiens qui n’oseroient porter de jugement sur ce fait, d'aprés les détails qu’en donne l’auteur et l'analyse des précédens, pourront consulter les savantes et judicieuses réflexions de M. Desgranges (1).
{1) Journal de médecine de Paris, mai 1788. M. Des-
DES ACCOUCHEMENS. 305 2101. La femme qui faitlesajet de l'observation Fait de M. de M. Després de Menmeur présenteroit l’exem- Si ple d’un succès bien plus extraordinaire encore ; que celui de M. F’erdier, et de M. le foy même chez la femme du Belloy, S'il v’étoit démontré par deux accouchemens postérieurs à l’époque ou la section du pubis a été pratiquée, que l'opération étoit moins nécessaire encore que chez ces fem mes (1);ctpar le faitlui-même, qu'elle n’a pas été faite complétement. Comme les deux praticiens que nous venons le citer, le chirurgien de Saint- Pol-de-Léon ne trouve qu'un bassin de dix-huit à vingtlignes dediamètre supérieurement,et le rend assez vaste pour le passage d’un gros enfant, sans que la mère en éprouve le moindre accident. Ce qu'il y a de plus étonnant encore que dans le fait de M. Verdier, c’est que malgré ce peu d’ouverture, la tête de l'enfant, précédée d’une main, s’étoit avancée au point de paroître à la vulve (275 non pas en s’allongeant comimne dans ce dernier, mais sans éprouver la moindre altération dans sa
TE
Sranges n'a pas manifesté moins de savoir dans la discussion d’un grand nombre d’autres faits relatifs à la section du pubis, dans un petit ouvrage intitulé : Réflexions sur La section de la symphyse des os pubis, suivies d'observations sur ! ‘emploi de l'alcali volatil dans le traitement des maladies vénériennes, imprimé en 1781,
(1) Cette femme, opérée le 21 février 1778, est accouchée palurellewent le 10 juiilet 1779, et plus naturellement encore l’année suivante,
(2) Cette assertion est prise d’une lettre de M. Després de Menmeur à un chirurgien de ses amis , qui l’a fait commu niquer à l’Académie,
forme et ses dimensions. M. Després s'armoit du forceps pour extraire, lorsque le succès de la nouvelle opération obtenu récemment sur la femme $Souchot se retrace fortement à sa mémoire, et le re a préférer cette opération à l'instrument. Il ‘exécute à l'instant, et presque en un seul coup de bistouri, quoique dans un lieu obscur, dans une soupente ou espèce d'armoire, qui servoit de chambre ou de lit à la femme. Il l’exécute aussi promptement et aussisürement, quoique la mere, attirée par les cris de sa fille, se soit Jetée précipitamment sur le bras de ce chirurgien aumoment où il tranchoitla symphyse. A peine la section estelle faite, que l'enfant, poussé par la douleur, franchit en entier le passage; mais il étoit déjà mort. Sa mère, plus heureuse, se lève des le premier jour, sort de sa soupente au troisième, et surprise alors au coin de son feu par M. Després qui venoit la panser, elle y remonte promptement et sans aide, quoiqu’elle füt élevée de douze ou treize échelons au-dessus du foyer (1), et elle se remet au lit pour le quitter de nouveau après le départ de ce chirurgien. Les partisans de la section du pubis, moins prévenus aujourd'hui que dans les premiers temps, n'oseroient sans doute avouer un pareil fait, et se feroient un devoir de le retrancher de la liste de ceux qu'ils ont publiés, surtout s'ils avoient connoissance des détails que l’Académie de chirurgie en a reçus dans la suite (2).
{1) Voyez ces détails dans les Rech. hist. et prat. sur la! section du pubis, par M, 1x Roy.
(2) La femme, qui ne s'est soumise à l'opération que dans :
2102. La femme de Batigny opérée par M. G.
et accouchée à linstant même au moyen du forceps, à fourni également, depuis, la preuve la plus complète de l'inutilité de cette apération , et de l'abus qu’on en a fait à son égard, puisqu'elle est accouchée si promptement l'année suivante, que la sage femme n’a pu se rendre assez tôt auprès d'elle pour recevoir son enfant. Il y a lieu de présumer que celle qui fut opérée sous les yeux du vice-président du Collége de chirurgie de Cadix, en 1780, par un élève de ce Collége, aura donné depuis les mêmes marques de fécondité, et ne se sera pas moins heureusement délivrée; car les suites de l'opération nous confirment dans lopinion que son bassin n’étoit pas plus mal conformé que celui des autres femmes.
2103. D'après les preuves éclatantes de l’inutilité de la section du pubis chez la plupast des femmes dont nous venons de parler, et de l'abus qu'on en a fait dans le cours de très peu d'années; d'après celles que nous avons déja données de son insuflisance et de ses dangers, dans le cas où la défectuosité du bassin rend l'accouchement im- . possible, sur quelle base ses défenseurs en établiront-ils la prééminence sur l'opération césarienne? Citeront-ils le fait de la ville d'Arras,
nn
l'espoir d’une récompense pécuniaire, et qu’elle obtiendroit une pension comme la femme Souchot, a déclaré n'avoir gardé le lit aucun instant ; et bién d’autres circonstances en
core qu'on voit dans les méinoires qui ant été envovés par ls
médecins et chirurgiens de la marine de Brest.
Autre fait |
Fait de Ca-
dix.
379 L'ART publié par M. Retz (1); celui de M. Siéboli dont nous avons parlé plus haut (2); celui de M. Vagel{3), de M. Guérard (4), de M. Bonnard (5), de M. Duret(6)},deM. du Chaussoi(7),deM.Riolluy(3), de M. Lavaguigno (9), de M. 7. (10), etc., etc.? Personne n'ignore que dans presque tous ces cas la mère ou l'enfant en ont été les tristes victimes, et que ces faits fournissent le complément des preuves que nous cherchons.
ur 2104. La femme opérée dans Ja ville d'Arras ville d'Arras, Mourut vers la fin du troisième jour, et plusieurs de M. Sé- jaurs avant que les papiers publics annonçassent LE M: Ce nouveau succès : son enfant donna si peu de signes de vie,qu’on n'oseroit assurer qu'ileüt été ondoyé vivant. Celle de Wisbourg éprouva les suites les plus fâcheuses, quoiqu’on n'eût porté l'écarte-
(1) A Arras, le 24 avril 1778.
(2). Wisbourg, le 24 février 1758.
(3) Chirurgien du prince-évèêque de Spire, le 5 avril 1578, et annoncé dans la Gazette de Francfort du 11 da même mois.
(4) À Dusseldorp , le 10 mai 1778.
(5) Chirurgien à Hesdin, le 12 février 1778.
(6) Chirurgien de l'hôpital de la Marine à Brest, le 12 février 1779.
(7) Chirurgien en chef du grand Hôtel-Dieu de Lyon, le 5 décembre 1781.
(8) Chirurgien-accoucheur à Paimpol en Bretagne, le 11 février 1783,
(9) Chirurgien collégié à Gênes, et en fonctions alors à l'hopital, le 29 décembre 178.
(io) M. F.., chirurgien à .…., qui suivoit mes leçons en 1786, ma communiqué le fait dont il s’agit, en me priant de ne pas le faire connoïître pour en être l’auteur,
ment des os qu'à quinze ou dix-huit lignes, et ne dut sa conservation qu’àla prudence et à lasagacité de M. Siébold, qui n'osa étendre cet écartement au-delà, étant assuré, d’après de nombreuses ex-
ériences, qu'il deviendroit infailliblement mortel (1). Malgré ces quinze à dix-huitlignes ajoutées à un bassin qui en avoit déjà trente-trois de diametre, il fallut comprimer fortement la tête de l'enfant, et même l’écraser en quelque sorte pour en obtenir la sortie. Dans le fait de M. Nagel, c’est une exostose de la saillie du sacrum, qui s'avance de quelques pouces dans le bassin, qui détermine à pratiquer la section du pubis. On ne fait pas connoîtrele degré d'écartementqu’elle produisit; mais il paroît qu’on ne l’a porté qu’à un pouce et derni. Onretournal'enfant,etonenfit promptement l’extraction, malgré les difficultés qu’on eut encore à surmonter : il ne donna des signes de vie que pendantun quart d'heure, et la mère mourut avant la fin du huitième jour. Ce fut le lendemain de la mort de cette femme, et huit jours après celle de l’enfaut,que la Gazette de Francfort annonça que l'opération avoit eu le plus heureux succès. On ne retrouva point, à l'ouverture du cadavre, Pexostose qui avoit déterminé à opérer ; mais on vit un bassin detrois pouces de diametre seulement. Les symphyses sacro-iliaques étoient très mobiles, les parües extérieures de la génération, les lèvres de la plaie, le vagin et la partie postérieure de la matrice gangrenées, et le tissu cellulaire circonvoisin
{1) Voyez 8 20/49.
Fait de Dusseldorp.
rempli d'un ichor tres fétide, M. Franck, médecin, conseiller intime du prince-évêque de Spire, qui a publié cette observation, fait remarquer que la femme étoit accouchée depuis peu de son dernier enfant, et qu'elle en avoit eu plusieurs VIVaDs.
2105. Celle qui fait le sujet de observation de M. Guérard étoit bien plus contrefaite, puisqu'on ne trouva son bassin, à louvertnre du cadavre, que de deux pouces six lignes. Ne pouvant s’accorder sur la nécessité de l'opération, et l’un des consultar.s se persuadant qu'on pouvoit extraire
l'enfant sans ce secours extraordinaire, on alla
chercher un des pieds qui se présentoit dans le voisinage du col de la matrice, mais on ne put l'amener que très difficilement dans le vagin; et apres beaucoup d’effortsinutiles, soit pour le faire descendre au-delà, soit pour aller prendre le second pied, on pratiqua la section du pubis. Quoiqu'elle eût donné un pouce et demi ou environ d’écartement, l'extraction de l'enfant n’en devint pas plus aisée; nn mit à contribution toutes les ressources de l’art. et toutes furent infructueuses. On arracha d’abord lajambe gauche, et on repoussa le tronçon dela cuisse dans la matrice, pour se frayer une route vers la seconde extrémité qu'on ne put dégager, quoique M Guérardet deux consultans y travaillassent tour à tour. La tête paroïssant vouloir se rapprocher, on attendit, espérant qu'elle s'engageroitsettrompédans cettenouvelleattente, on ouvrit le crâne, on en évacua le cerveau, et on appliqua successivement le forceps et le crochet. On ne put en détacher que quelques pièces, au
moyen d’une sorte de tenaille; et quoique le reste
parüt inébranlable, la nature.cependant, parvint à l'expulser après cinq heures de repos. Cette opération, commencée à une heure après midi, ne fut terminée que sur les neuf heures du soir, et la femme y survécut onze jours.
2106. La conduitede M. Bonnard paroîtra sans
Fait de M.
doute plus sage : n'ayant pu couper com plétement Bonnard,
la symphyse du pubis, qui lui parut ossifiée, et imaginant bien que ce seroit en vain qu’il le feroit, par rapport à l’état des symphyses sacro-iliaques, qui devoient être, dit-il, également endurcies, il aima mieux abandonner ce premier projet, et recourir de suite à l’opération césarienne, qu'il assure avoir faite en deux minutes. Il conserva l'enfant qui étoit très gros; mais la femme mourut quelques jours après : peut-être faute de soins, M. Bonnard n'ayant pu la revoir. Si l’on ne peut attribuer sa mort à la section du pubis, qui n’a été que commencée, il n’est pas moins certain que la conservation de l'enfant a été le fruit de l'opération césarienne : le bassin n'ayant été évalué qu’à deux pouces de diamètre , et l’histoire de la section du pubis n’offrant pas encore aucun exemple de snccès en pareil cas.
2107. Le fait de Brest, communiqué à l’Aca-démie par M. Duret,n’est pas moinsalarmant que celui de Spire, de Dusseldorp, et de plusieurs autres encore dont nous ferons mention quoique la femme n'eût pas succombé aux suites excessivement fâcheuses de l’opération. Un travail déjà tres long, une exostose de la grosseur d’une noix, située à la partie latérale droite du sacrum, au-
Fait de M.
Duret.
dessus de son union avec le coccyx, et plusieurs applications infractueuses du forceps(1),quoique la tête allongéefüt engagée jusqu’au milieu du bassin, furent les motifs qui déterminérent à faire cette opération. On en obtint à l'instant même un écartement d'un pouce, et il s’étendit jusqu’à trois travers de doigt lorsque la tête, reprise de nouveau avec le forceps (2), traversa le détroit su- périeur. Dans ce moment la plaieextérieurese prolongea tellement vers la vulve, qu’elle ne s’en trouva séparée que par une espèce de pont de la largeur de deux à trois lignes , et qui se détruisit
dés les premiers jours ; de sorte qu'après ce temps, #
ces deux ouvertures n’en firent qu’une, que la déchirure du périnée rendit plus grande encore. L'enfant ne donna aucun signe de vie : mais la femme subsiste, accablée d’infirmités qui proviennent de l'opération. Conduite à l’hôpital des pauvres aprés soixante jours de traitement chez elle, elle y passaunautremoisaulit.etensortit sans être guérie, Lesos pubis,dontl’extrémités’estexfoliée, ne se sont pas réunis,etse trouvent écartés de plus d’un demi-pouceencore;lavessie, dont lagangrène a détraitune grande portion de la partieantérieure,et autant de celle du vagin, forme entreeux uue
{1} Une plaie contuse à la partie latérale droite du coronal et une autre à la partie postérieure de la région temporale gauche démontrent trop clairement que le forceps a été mal appliqué chaque fois, pour qu'il soit nécessaire d’en donner d'autres preuves,
(2) Ce ne fut encore que par des applications réitérées de cet instrument, et au moyen des plus grands efforts, qu’on parvint alors à extraire la tête,
sorte de hernie, de la surface de laquelle les urines distillent continuellement par deux ouvertures qui paroissent celles des uretères. La femme a de plus une descente de matrice et de vagin de la grosseur du poing (1).
2103. Si tousles praticiens dontnous venonsde pair 4e M. parler ont eu pour objet de conserver la mère et du Chaussoi. l'enfant, en pratiquant la section du pubis, M. du Chaussoi semble ne l'avoir préférée à l'opération césarienneque parce qu'il avoit la plus grande certitude de la mort du fœtus, la dernière lui paroissant trop dangereuse pour la mère : l'événement lui prouva bientôt que la nouvelle opération ne l’étoit pas moins, quand la mauvaiseconformation du bassin est extrême. Elle fut difficile, parce que l'instrument ne rencontra point la sym physe, et tomba surle pubis droit à deuxlignes delà,comme M. Roy le porta sur le pubis gauche. Il n’y eut d'abord qu’un écartement de dix lignes, qu’on augmenta graduellement jusqu’à deux poucessept lignes.Onappliqualeforcepsà plusieurs reprises,et inutilement chaquefois, et l'on finit par retourner l'enfant, qui parut mort depuis longtemps, pour extraire par les pieds. La mere le suivit au tombeau cinquante-deux heures après l'opération, et l'ouverture deson cadavre fitremarquer les mêmes désordres que chez celles qui avoient succombé avantelle àla section du pubis. Lepetitdiamètredu
TRS mr
(1) Ces détails, ultérieurs à l'observation que M. Duret à envoyée à l'Académie de chirurgie, ont été communiqués par M. de Rougemont, alors chirurgien aide-major, démonstrateur à l'Hôpital militaire de Brest,
détroitsupérieur n’étoit que d’un poucesept lignes.
FaitdeM. 2109. La femme qui fut opérée par M. Riolluy
Riollay. ysurvécut beauconp moins qu'aucuneautre peut-
être, et surtout que celle de M. du Chaussot, quoi-
que l'opération et l'extraction de Penfant eussent
été plus faciles ; car elle mourut une heure et de-
mie après, dans un troisième accès de syncope (+).
Le chirurgien n'avoit estimé le petit diametre du
détroit supérieur que deux pouces huit à neuf
lignes, d’après l'application du pelvimetde M. Cou-
touly, etil s’est trouvé de trois pouces à Fouver-
ture du cadavre : tandis que le détroit inférieur,
qu'ilne soupconnoit pas être défectueux, l'étoit
au point que la distance dela pointe du coccyxau
bord inférieur de la symphyse du pubis n’étoitque
de deux pouces quatre lignes. L'écartèement des
os fut porté à deux pouces et demi; l'enfant, re-
tourné etamené par les pieds, étoit mort, et sans
doute depuis quelque temps, se trouvant déjà cou-
vert de phlyctènes : sa tête avoit trois pouces neuf
lignes de petit diamètre, Depuis Finstant où s’est
fait le plus grand écartement des os, jusqn'à ce-
lui de la mort, la femme n'a cessé de se plaindre
d’une douleur des plis aignés vers les reins, et sur-
tout du côté gauche, où lasymphyse sacro-iliaaue
s’est trouvée déchirée et entr'ouverte de quatre
à cinq lignes, tandis que celle du côté droit ne l'étoit que de trois à quatre.
(1) M: Riollay m'en envoya observation dans le temps, pour être remise à l’Académie de chirurgie, ainsi que le bassin de la femme, qui fait aujourd’hui partie de ma collection,
2110. La section du pubis pratiquée dans l'HÔpital de Gênes par M. Lavaguigno (1) n'eut pasun succès différent.Se persnadant que l'enfant étoit mort, on en fit extraction avec le crochet : on Famena vivant, et il survécut plusieurs heures ; la femme, opérée le 2y décembre, ne mourut que le 10 janvier suivant, A l'examen du cadavre, on remarqua que les os pubis étoient encore écartés de deux travers de doigt; que les parties extérieures de la génération, le vagin et la matrice étaient gangrenés, et que le petit diamètre du détroit supérieur n’avoit que deux pouces cinq lignes.
2111. Une exostose qui s'étoit élevée sur la première fausse vertébre du sacrum, au point de ne laisser que dix-huit à vingt lignes de petit diamètre au détroit supérieur, détermina M. 7... à pratiquer la section du pubis, dans le cours de novembre 1553, sur une femme qui étoit accouchée naturellement, quelques années auparavant, d'un enfant mort et putréfié. Mais il ne fit cette opéralion qu'apres plusieurs applications du forceps; aprés avoir été chercher les pieds de l’enfant, l'avoir retourné et dégagé le tronc, cet enfant étant mortet la mére expirante. N'ayant pu se procurer les instrumens les plus convenables, parce qu'il étoit dans une campagne éloignée de chez lui, il se servit d’abord d’un rasoir, puis, pour couper la symphyse, d’un couteau ordinaire qu'il aiguisa sur une pierre. À peine les os
(1) Voyez Journal dé médecine, tom, LXIIT, pag. 210, année 1785.
Fait de M.
Lavaguigno.
380 L'ART furent séparés, qu’ils s’écartérent ; que la tête du fœtus, laseule partie qu’on n’avoit pu extraire, fut expulsée, etque la femmemourut. L'ouverturedu cadavre auroit appris, sans doute, à M. 7... que l'exostose qui lui avoit servi de prétexte pour opérer n'existoit pas plus que dans le fait de M. Vagel, rapporté au $ 9104; et en effet comment M. V... a-til pu supposer une pareille tumeur dans un bassin qui lui permit encore d'appliquer le forceps à plusieurs reprises, d’introduireensuite la main, de retourner l'enfant et d’en extraire le tronc sans de grandes difficultés ?
.. 2112. M. Brodthlag jeune fournit un autre exemple de l’abus qu’on a fait de cette nouvelle Opération, exemple surlequel nous ne nous permettrons aucuneréflexion, ayant déjà surpassé de beaucoup les bornes dans lesquelles nous aurions voulu pouvoir resserrer cet article. La femme avoit eu précédemment deux enfans, et c’est après avoir amputé le bras du troisième, qu'on croyoit mort, qu'on eut recours à la section du pubis. Les 08 s’écartèrent de deux pouces à l'instant même, l’accouchementsetermina une demi-heure aprés, sans plus de secours, et la guérison fut complète le vingt-deuxième jour. Nousn’avons pu nous procurer de renseignemens bien positifs sur l’opération qui a été faite à Naples à peu pres dans le même temps, et pendant laquelle on assure que la femme est morte d'hémorragie (1). | 2119. Telssontles faits quenous avions recueil- |
(1) M. Lauverrar, Nouvelle méthode de faire l'opération césarienne , pag. 252, s
lis avant la publication de la seconde et de la troisième éditions de cet ouvrage: il en existoit un plus grand nombre sans doute à cette époque, quelques unsayant pu échapper ànos recherches, d'autres n'ayant pas été publiés. On voit qu'ils s'étoient assez muitipliés dans un court espace de temps, puisque le premier date du mois d'octobre 1777,etle dernier du commencementdemai15785.
Pres de quinze années se sont écoulées depuis, Sans que nousayons pu en ajouter un seul à ce tableau, soit que les occasions de faire cette nouvelle opération fussent devenues plus rares, soit que le zèle de ses partisans se fût refroidi, ou qu'ils en eussent reconnu les inconvéniens, le danger, l'insuffisance même dans ces cas de grandes défectuosités du bassin pour lesquels on l’avoit d'abord recommandée, et qui ne paroissoient laisser de ressources que dans l'opération césarienne, Ce n'est que vers le milieu de 1801 fi) quelle semble avoir été remise en pratique.
2114. La femme Rogeau, âgée de 30 ans, srosse de son premier enfant, haute de quatre pieds trois pouces six lignes, n'ayant aucune difformité apparente, fut opérée par M. Dufuy le 19 floréal an 1x, ou le 2 mai 1801, après douze beures de travail ou environ, parce que son bassin ne parut offrir que deux pouces huit lignes de petit diametre au détroit supérieur. L'opération fut commencée par ce médecin, qui ne put rencontrer la symphyse , et achevée par M. Z{/ph. le Roy, qu'il avoitappelé en consultation. On retourna l'enfant
(1) 12 floréal an 1x.
aussitôt, eton l’amena par les pieds : il parut mort au moment de sa naissance; mais au moyen des secours qu'on lui donna, il se ranima tellement, qu'il ne laissoit aucune inquiétude quelques in- stans après. En faisant part de ce nouveau fait à la Société de l'Ecole de Médecine, et en l'invitant à nommer des commissaires pour examinerla femme, le treizième jourdel'opération, M. Ze Ro assura que l’écartement des os pubis avoit été de deux pouces trois quarts, que la réunion en étoit faite, et la femme presque guérie; en effet, quelques jours ensuite, on apprit qu'elle s’étoit fait transporter à l’hospice des Enfans abandonnés, ou le sien avoit été déposé, afin de lui faire partager pendant quelques semaines au moins, avec un de ceux de cet hospice, le peu de lait qu’elle avoit, et de pouvoir l'en retirer plus aisément. Loin d'être guérie, comme on le disoit, dés le treizième jour de l’epération, cette femmg ne l'étoit pas même à la fin de juillet suivant, lorsqu'elle vint me demander des secours, etqu’eile me permit de l'examiner :elle ne l’est pas même complétement encore aujourd hui, apres plus de cinq années révolues. Au moment ou je la vis, elle marchoit avec la plusgrande difficulté, en boitantetenéprouvant les plus vives douleurs dans les symphyses du bas: sin , elle ne pouvoit s'asseoir, se coucher, nisereleverseule;ses urines couloient le plus souventinvolontairement; les os pubis étoient vacillans, et leursymphyseconséquemment non réunie;toutes les parties molles environnantes étoient infiltrées | et tres douloureuses. Nous nous sommes assuré | que le diametre du bassin, qui n’avoit été évalué
qu'à deux pouces huit lignes, étoit au-dessus de trois pouces. Cette femme, dont l'état est peu différent en ce moment (1), est redevenue grosse deux fois depuis la section da pubis, et est accouchée chaque fois quelques mois avant le terme ordinaire, tant à cause de sa mauvaise santé que de sa misere, et peut-être de son inconduite.
2119. Une autre femme aussi peu contrefaite, pm pu. et moins encore que Ja précédente, fut également far. soumise à cette opération Îors de son second accouchement, le 1ofloréal an x, ou 30 avril 1802, quoiqu'elle füt accouchée naturellement et sans beaucoup de difficulté de son premierenfant, qui étoit à terme et assez gros (2), parce qu'on l’assura, aprés quelques applications infructueuses du forceps, que son bassin étoit vicié, et qu'on neporvoitl’accoucherautrement.Moins heureuse alors qu’elle ne l’avoit été la première fois entre les mains d’une sage-femme, elle ne put sauver son enfant, malgré tant de peine et tant de soins. S'il étoit mort avant l'opération, comme on s’est efforcé dele lui faire croire, l'empreinte des deux branches du forceps, tant sur la partie antérieure et latérale gauche dela tête que sur sa partie postérieure et latérale droite, semble prouver au moins qu'il vivoit au moment où l’ona eu recours à cet instrument, Quoiqu’elle n'eut éprouvé que peu d'accidens à la suite de cette opération, on ne lui permit cependant de quitter le lit qu'au vingt-
(1) Décembre 1803.
(2) Elle eut pour sage-femme madame Mailliard , demeu= rant rue de Cléry.
deuxieme jour, et desortir de chez elle qu’au bout deneufsemaines. Nousignoronsjusqu'aquelpoint le bassin étoit resserré, quelest celui de ses détroits qui manquoit de développement, et de combien on a écartéles os pubis; peut-être le saura-t-on un jour : mais d’après la manière dont s’est opéré le premier accouchement, etle peu d’accidens qui ont eu lieu à la suite du second, il est permis de croire que ce bassin n’est pas très défectueux, et que l’écartement des os n’a pas été très grand.
2116. Celui dela femme Boulotte, de la commune de Sceaux près Paris, opérée par M. 4[phonse le Roy dans le cours de 1804, sembleroit bien plus difforme et plus resserré, puisqu'on avoit employé les crochets pour la délivrer de ses deux premiers enfans : aussi ne la-t-on estimé que de deux pouces et demi au plus de diamètre. Aussi, soit que l'opération eût été faite trop tard, soit que l’écartement des os n'eut pas été assez grand pour donner à ce bassin tout le développe ment nécessaire au libre passage de l’enfant, n’eut-on encore qu'un cadavre à offrir à cette mère infortunée, quoique digne d’un meilleur sort, comme on va le voir. À peine fut-elle rétablie qu'elle redevint grosse ; et, cette fois, livrée en quelque sorte à elle-même, elle acccucha sans secours et au terme ordinaire d’un enfant vivant etassez gros, qu'une maladie aphtheuse ou le muguet lui enleva au bout de quinze jours, et auquelelle ne survécut elle-même que six semaines, rien n'ayant pu la consoler de cette nouvelle perte.
2117. Le Journal de Médecine, rédigé par MM. Corvisart, le Roux et Boyer, présente deux
DES ACCOUCREMENS. 389 autres exemples de l'opération dontil s’agit, faite avec aussi peu de succès que dans les Cas précédens, et peut-être l’une des femmes a-t-elle donné depuis quelques preuves qu'elle n'étoit pas dans l'impossibilité d'accoucher sans ce secours extraordinaire: l'un de ces faits a été comm uniqué par M. Mansuy, chirurgien à Saint-Michel: l'autre par M. Graud, chirurgien en chef, adjoint de l'Hôtel-Dieu de Paris. La femme opérée par M. Mansuy étoit âgée de trente-six ans; elle avoit eu précédemment un enfant qu’on avoitété obligé d'extraire, après être resté plusieurs jours au passage; mais on ne dit pas comment, ni s’il est né vivant. Elle étoit en travail depuis trente heures, lorsque M. Mansuy fut appelé: la tête de l'enfant s'étoit engagée dans la position la plus ordinaire, et tellement enclavée, que les pariétaux, dit-il, sempioient contigus au pubis et au sacruim sans l'intermède d'aucunesparties molles, tantelleétoit serrée entre ces os : le cordon ombilical pendoit au-dehors de la longueur de six pouces; les tégumens du crâne étoient très tuméfiés , et les pares de la femme plus tuméfées encore par les suites d'attouchemens peu ménagés d'un chéirurgten-visneron dont les doigts étoient cornés. M. Mansuy essaya d'extraire cette tête au moyen du forceps placé sur les côtés du bassin, et ne pouvant la faire descendre ni la repousser, il se décida, apres quelques heures de repos, à pratiquer la section delasymphyse. Ayant ouvert d’abordsuccessivement deux artères assez grossesqui donnoient du sang, comme auroit pu le faire une radiale, il en fit Ja ligature avant d'achever son opération.
il n'évalue qu’à deux travers de doigt l'écartement qu'il en obtint, et il suffit, puisque la tête sortitensuite par l'effet d’une seuledouleur, etque le tronc fut expulsé un quart d'heure après : l’enfant étoit mort; la femme éprouva beaucoup d’accidens. dont les uns, au moins, paroissoient dépendre essentiellement de l'opération, telsqu'une incontinence d'urine qui subsistoit encore un an après ;l'engourdissementde la cuisse et dela) ambe gauches, qui dura plusieurs semaines ; un dépôt sous les muscles fessiers de la cuisse droite, qu'on fut obligé d'ouvrir un mois aprés, qui rendit audelà d’une pinte d’un pus séreux et très fétide, et qui paroissoit venir de la symphyse sacro-liaque droite, etc. Cette observation fait naître une foule de réflexions qui ne déplairoient pas à M. Hansuy, d'après la candeur avec laquelle il expose le fait (1). È
2118. La femmequifutopérée à l’'Hôtel-Dieu de Paris, dans le mois de thermidor an xt, fut moins heureuse que celle dont parle M. Hansuy. On ignoroit depuis quel temps elle étoit en travail lorsqu'elle se rendit dans cet hospice; on apprit seulement qu’elle venoit de Melun ou de ses environs.Son bassin ne parut avoir que deux pouces de petit diamètre; une anse du cordon ombilical et un des bras de l'enfant étoient sortis. Elle fut opérée presque de suite ; on retourna l'enfant, on l’amena par les pieds; il mourut dans l'opération, et sa mère ne lui survéeut qu'un instant. L’ouver-
(1) Journal de médecine, tom, V, pag, 117, brumaire an XI:
ture du cadavre de celle-ci fit voir, entre autres choses, que le diametre du bassin n'avait réellementque deux pouces, que levagin étoitamplement déchiré, et le corps de la matrice ecchymosé (1). 2119. Une femme de Pont-Saint-Maxence étant redevenue grosse à la suite de deux accouchemens, dont l’un surtdüt avoit été excessivement laborieux , vint me consulter vers le troisième mois, craignant que cette grossesse n'eut pas une issue plusheureuse queles précédentes,etespérant quelques conseils utiles. Malgré l'assurance que je lui donnai d’un accouchement ordinaire, cédant aux alarmes que lui inspirèrentd’autres personnes a mesure qu'elle approchoit du terme, elle se rendit à Paris de nouveau vers les premiers jours de mai 1803, pour s’y soumettre à la section du pubis, qu’on lui avoit présentée comme une opération très simple, et dont on lui garantissoit le succès. Les petits accidens qu’onavoit regardés comme les symptômes avant-coureurs du travail deJ’enfantement s'étant évanouis, ennuyée d’être loin de ses foyers après plusieurs jours d’attente, et se rappelant les consolationsqu’elleavoitreçues chez moi, cette femme vint me consulter une seconde fois , me laissant ignorer les motifs qui l’avoientramenée danscette ville;etsur l’assurance bien plus positive encore que je lui donnai, après lavoir examinée de nouveau, qu’elle accoucheroit naturellement, et au plus tôt sous trois semaines, elle repartit de suite : c’étoit le 7 ou le 8 de mai.
(1) Journal de médecine, tom. VE, pag, 024, fructider an x!, :
Elle accoucha le 29, à cinq heures du matin, à la suite d’un travail si court, qu’on eut à peine le temps de préparer un bain, d'y entrer et d'en sorür.M. éry, chirurgien de Pont-Saint-Maxence, qui l’assistoit alors, me fit part à l’instant même de cet événement, et m'ipstruisit de tous ces détails,en même temps qu'il me fit conuoître les motifs qui l’avoient déterminé à conduire la femme à Paris au commencement du mois. L’enfant est né vivant et bien portant; il étoit du poids de sept livres deux onces ; la grosseur de sa tête se trou voit telle, que le diamètre occipito-frontal étoit de quatre pouces sept lignes; le diametre bi-pariétal de trois pouces cinq ; l’une de ses circonférences de treize pouces trois lignes, et l'autre de dix pouces onze lignes : ce qui dénote un enfant un peu au-dessus de la grosseur la plus ordinaire. J'avois évalué le diamètre sacro-pubien du détroitabdominal, chez cette femme,le seulqu'on soupçonnoit en défaut, au moins de trois pouces et demi. C'étoit sans doute un de ces cas où la section du pubis devoit avoir du succès, même pour l'enfant; et ce fait, si Popération eut été pratiquée, n’auroit pas manqué d'être recueilli, publié, et de soutenir le zèle du petit nombre des personnes qui se sont vouées à sa défense, sans lavoir bien examinée, et qui la préconisent encore sans trop savoir pourquoi. |
SECTION IV
Conséquences qu'en doit tirer des expériences et observations qui
font le sujet des sections précédentes,
2120. Le but de la section de la symphyse du pubis étant le même que celui de l'opération césarienne, à laquelle on a cru pouvoir la substituer sans danger dans tous les cas de mauvaise conformation du bassin où l'accouchement est évidemment impossible parla voie naturelle, elle n’a dû avoir de succès qu’autant qu’elle a atteint complétement ce but. S'il suffisoit, pour en attribuer à l’une ou à l’autre, de conserver la mère ou l’enfant, l'opération césarienne, dans un nombre égal, en auroit obtenu bien plus que lasection du pubis; comme 1l est aisé de s'en convaincre par les observations recueillies sur ces deux opérations.
2191. Avant de lui substituer la derniere, les circonstances étant les mêmes et parfaitement connues, il falloit examiner si elle pouvoit en remplir l'objet. 11 ne suffit pas pour la préférer qu'elle paroisse plus simple dans son exécution et entourée de moins d’inconvéniens pour la mère, il faut encore qu’elle soit utile à l'enfant , et telle pour lui qu’on soit assuré de le conserver. Fût-elle d'une exécution plus facile encore qu'on ne l'a dit, et environnéedeheaucoup moins de dangers pour la femme, si elle n’ouvre pas uue voie libre et sûre à ce dernier, elle ne peut suppléer à l'opération césarienne, la remplacer, ni lui être substituée ar-
bitrairement dans tous les cas où le bassin est vicié dans sa forme et ses dimensions : car ces deux individus ont le même droit à la vie, exigent les mêmes attentions, les mêmes soins, et réclament les mêmes secours.
2192. En exagérant, comme on l’a fait, les dangers de l’une et les avantages de l’antre, on s’est éloigné du but qu’on se promettoit, celui de servir l’humanité, de perfectionner l’art, et d'augmenter le domaine de nos connoiïssances. On a détourné des praticiens timides, ou peu éclairés, d’une opération qui pouvoit être salutaire à la mère et à l'enfant, au point que les uns ont mieux aimé ne rien faire que de la tenter, et que les autres lui en ont substitué une qui ne devoit et qui ne pouvoit avoir aucun résultat heureux.
2123. Sila section du pubis aobtenudes succès, en quelques cas où l'opération césarienne n'auroit procuré les mèmesavantages qu’en exposant beaucoup plus la vie de la femme, c’est qu'on a peutêtre abusé de cette dernière, et qu'elle n’étoit pas rigoureusement nécessaire : c'est que le bassin de la femme n’étoit pas très défectueux. Jusqu'au moment actuel cette nouvelle opération n’en compte encore aucun, dans ces cas de grandes difformités, qui rendent l'accouchement absolument impossible par la voie ordinaire, les seuls pour lesquels l’opération césarienne ait été indiquée, tandis que celle-ci pourroitenoffrir beaucoup. Sides hommes se sont rendus coupables en la pratiquant, quoiqu'avec les plus grands avantages, sur des femmes qu'ils auroient pu délivrer autrement et avec le même succès, pour elles et pour leurs enfans, bien
plus se sont exposés aux mêmes reproches en substituant la section du pubis, en de semblables circonstances, ou bien en lui donnant la préférence dans les cas où elle étoit la seule 4âdmissible comme la seule qui füt indiquée.
2124. Pour apprécier les avantages et les inconvéniens respectifs de ces deux opérations, établir la préférence que l’une semble mériter sur l'autre, ou fixer les cas dans lesquels chacune d'elles peut convenir le mieux, ce n'est plus aujourd’hui, comme on l’a fait autrefois, l'opération en ellemême qu'il faut considérer, c'est-à-dire les difficultés qu’en présente l’exécution, l’étenduede l’incision, la nature et l'importance des parties qu’elle intéresse, la voie par laquelle vient ensuite l’enfant, c’est le but qu’on se propose, et s’il peut être atteint par cette opération; il faut comparer les suites heureuses ou malheureuses de l’une et de l'autre sur un nombre égal de femmes opérées dans les mêmes circonstances ; il faut consulter les faits,
2195. Si l’on a pu croire d’ailleurs que la section du pubis étoit plus simple dans son exécution et plus sûre dans ses effets que l'opération césarienne, préférable conséquemment dans tous les cas où le bassin étoit mal conformé, avant que l'observation eût fait connoître ses difficultés, ses dangers, son insuffisance même, l’on ne peut actuellement en avoir une telle opinion sans être en contradiction avec ces faits, sans se refuser à l'évidence même. Combien de fois, aprèsl'incision des tégumens, qui n'offre rien de difficile, il est vrai, ne s'est-on pas trouvé dans l'impossibilité de
392 L'ART couper la symphyse du pubis, et n’a-t-on pas porté la scie on le scalpel sur ces os mêmes, soit que leur symphyse füt réellement ossifiée, comme on l'a dit (1), soit qu’on n’ait pu la rencontrer, ce qui est plus vraisemblable, comme cela est arrivé chez l'une des femmes opérées par M. 4/phonse le Roy, et chez une autre qui le fat à Lyon par M. du Chaussoi (2)! Combien de fois ne s’est-on pas vu dans l'impossibilité d’écarter les os convenablement apres cette section plus ou moins laborieuse, et la voie qu'on se proposoit d'agrandir n'est-elle pas restée trop étroite encore pour la libre sortie de l'enfant! Combien de fois ce dernier n’a-t-il pas été victime des efforts qu’il a fallu faire pour l'extraire après cette opération, ou la mère ne l'at-elle pas été du trop grand écartement des os!
2126. Les faits énoncés nous apprennent que sur quarante et une femmes (3), quatorze sont mortes à la suite de cette nouvelle opération, et que vingt-sept seulement ont été conservées ; que si quelques unes des premières ne paroissent en avoirété victimesqueparcequ'ellesontétéopérées trés tard, et après l'emploi debeaucoup de moyens qui avoient pu nuire au succès de l’opération, il s'en trouve un bien plus grand nombre dans les dernières, qui avoient eu précédemment un ou plusieurs enfans, et dont les unes étoient accouchées naturellement, les autres au moyen du DR def es PPS 7 Le ne ot 2 à)
(1) Voyez & 2049-2106.
(2) Voyez & 2091-2108.
(3) On n'y comprend pas celle qui fut opérée par M. Bon nard, chirurgien d'Hesdin, Voyez $ 2106.
DES ACCOUCHEMENS. 303 forceps ou de la main seule; et qu’un plus grand nombre encore, depuis l'opération, ont été délivrées de même : ce qui prouve au moins que leur bassin n’étoit pas bien défectueux.
21927. Ces mêmes faits nous instruisent égalementquedans lenombredes enfansdeces femmes, treize seulement sont venus vivans, et que vingthuit sont nés morts, car il faut reuarder comme tels ceux qui n'ont donné que quelques signes de vie trés équivoques. Si quelques uns de ces derniers étoient morts avant l'opération, les autres n'ont perdu la vie qu’en traversant le bassin désymphysé.
2128. Si on excepte le bassin de la femme Vespres , qui n’avoit qu'un pouce dix lignes de petit diamètre (1), celui de la femme opérée à Lyon par M. du Chaussoi, qui n’étoit que d’un pouce sept lignes (2), il ne s’en est pas trouvé un seul parini ceux que l'ouverture du cadavre a bien fait connoitre, qui offrit l'image d’une trés gran<e difformité : les uns avoient deux pouces cinq lignes, les autres deux pouces six, sept et même dix lignes, et plusieurs ont offert jusqu'à trois pouces. L'écartement des os, suraucun de ces bassins. n’a été porté au-delà de deux pouces et demi, et dans la plupart il a paru s’être borné à deux pouces, même à deux pouces moins quelques lignes.
2129. L'identité des accidens qui ont suivi l’opération chez toutes ces femmes, et celle des désordres qu’on a observés à l'ouverture de leurs cadavres, ne permettent pas de croire qu'il en soit DR 560 T0 bison a oi home De
(1) Voyez $ 2066, — (2) 82108.
une seule des vingt-sept autres dont le bassin fût au-dessous de deux pouces et demi de petit diamètre au détroit abdominal, ni chez laquelle l'écartement des os pubis ait été porté au-delà de deux pouces, loin d’avoir été à deux et demi, même à trois pouces, comme on l’a publié tant de fois, puisque la plupart de ces femmes ont pu quitter le lit dès le lendemain de l'opération, se lever et marcher après quelques jours.
2130. Nousavons déjà fait observer qu'on avoit mis beaucoup d’exagération dans tout ce qu'on avoit dit de l’état du bassin de toutes ces femmes, en supposant beaucoup moins d'ouverture qu'il n'en existoit réellement, et qu'on ne s’étoit pas moins abusé sur la grosseur de la tête de leurs enfans (1). Un chirurgien de Saint-Pol-de-Léon annonce, en février 1778, qu'il vient d'en opérer une dont le bassin n’a que dix-huit à vingt lignes de petit diamètre ; on publie cefait ; on y croitou l’on feint d'y croire, et on ne paroït pas même surpris de voir cette femme accoucher l’année suivante , et devenir mère successivement de plusieurs enfans avec la plus grande facilité (2). Un médecin de Paris, vers la fin de juillet 1770, se persuade que le bassin de la femme du Belloy n’a que ce degré d'ouverture, quoiqu’elle eût accouché six fois précédemment par cette voie, qu'aucun de ses enfans n'eüt été mutilé, et l'opère de même, lui qui avoit publié quelques années
() Voyez $ 2060 , 2067 et suivans, 2071, 2082, 2081, 2089 , etc.
(2) VoyezS$ 2107.
auparavant qu'à ce terme de mauvaise conformation il n'y auroit peut-être que l'opération césarienne qui püt sauver l'enfant. Trois autres accouchemens subséquens à la section du pubis ne peuvent le détromper : il est vrai que ces trois derniersenfanssontvenusmortscommelessix premiers, et que celui qu’on a extrait au moyen de l'opération dont il s’agit est né vivant. Ce succes prouveroit au plus que cette opération a été utile, non pas qu'elle étoit indispensable, et que le bassin n'avoit réellement que dix-huit à vingt et une lignes. S'il n’avoit eu que ce diamètre, la section du pubis l’auroit-elle agrandi suffisamment pour mettre la vie de ce septième enfant en sûreté, ou la mére en auroit-elle éprouvé si peu d’accidens (1 )? On a ditégalement quele bassin de la femme //uguet n'avoit que deux pouces et un quart, et dix mois après nous l'avons trouvé de trois pouces et un quart à trois pouces et demi (2) ; que celui d’une autre femme opérée chez madame Morlay, sage-femme, n’étoit encore que de deux pouces et quelques lignes , tandis qu'il surpassoit trois pouces et un quart (3), etc., etc.
2131. Sil'on ne peut conclure, comme on l'a déjà fait, que la section du pubis n’a eu desuccès que chez les femmes oùelle n’étoit pas rigoureusement nécessaire, il paroîtcertain au moins qu'elle n'a été exemptede grands accidens que chezcelles dontle bassin n’étoit pas tres défectueux. que parce que l’écartement desos n’a pas été porté aussi loin qu'on l’a cru ou qu’on l’a publié, et qu’elle a eu RE
(1) Voyez $ 2073, — (2) 2083. — (3) 2083 et suivans.
des suites constamment fâcheuses pour la mère et pour l'enfant, toutes les fois que le diamètre du bassin s’est trouvé au-dessous de deux pouces et demi,et que l’'écartement des os a été aussi grand.
2132. Il est également démontré, d’après les mêmes faits, que la section du pubis, si dangereuse pour la mère et pour l’enfant, dans tous ces cas de grande difformité du bassin, a été substituée tantôt au forceps, tantôt aux crochets ou au perce-crâne, ou à la version méthodiqre de l'enfant, même à la patience, qui ne suppose pas moins de connoissance de la part de laccoucheur, qu'il n’en faut pour opérer à propos et pour le bien faire.
2133. Les accidens qu’on avoit remarqués plusieurs fois à la suite de l’écartement des os desiles et du sacrum, même des os pubis, dans quelques cas d'accouchemens extrêmement pénibles , sembloient annoncer depuis longtemps ceux qu'on devoit craindre d’un plus grand écartement encore, inséparable de la nouvelle opération, et l'expérience n'a pas tardé à faire connoître que cette crainte étoit fondée. Combien d’accidens n’a-t-on pas eus à combattre, en effet, chez la femme Souchot(1),avanitqu'onnepütespérer delaconserver! quoique bien plus heureuse quela femme Fespres, opéréequelque tempsapres (2}, que celles qui font le sujet de la cinquième observation de M. 4/phonse le Roy(3), de la quatrième de M. de Cambon (4) ; que celles qui furent opérées à Dussel-
(1) Voyez $ 2056. — (2) 2066. — (3) 2086. — (4) 2095.
DES ACCOUCHEMENS. 397 dorp (1), à Arras (2), à Spire (3), à Lyon (4), à Gênes (5), à Paimpol (6), à Paris par M. de Mathits (7), à Brest (8), à Wisbourg (9), etc., etc. 213%. La contusion, le déchirement des parties extérieures, inflammation, la suppuration de ces mêmes parties, et de la substance ligamentocartilagineuse même qui constituoit la symphyse des os pubis; la dénudation de lextrémité de ces os, leur carie, leur défaut de réunion; la lésion du canal de l’urètre, l’'ulcération de la vessie, sa destruction partielle, sa hernie à travers les os non réunis, et l’incontinence d'urine; l’écartement, le déchirement des symphyses sacroiliaques ; l’inflammation, la gangrène, la rupture même dela matrice ; des dépôts de matières purulentes et ichoreuses dans le lieu même des symphyses déchirées, dans tout le tissu cellulaire du bassin, et le long des muscles psoas, etc., l’inflammation du péritoine, des intestins, etc., présentent l’ensemble des accidens qui ont eu lieu à la suite de cette opération, dans les cas où la mauvaise conformation du bassin sembloit rendre l’accouchement impossible par la voie naturelle. 2199. En exposant constamment la vie de Ja femme dans ces sortes de cas, l'opération n’a pas toulours été plus salutaire pour l'enfant, comme on l'a vu également, puisqu'elle n’en a sauvé que quelques uns. L'opération césarienne, sans être plus fâcheuse pourla mère quene l’a été la section du pubis, auroit pu les conserver tous , et il est (1) Voyez $ 2105. — (2) 2104. — (3) 2104. — (4) 2108. — (5) 2110, — (6) 2109. — (7) 2093. — (8) 2107. — (9) 2049.
398 L'ART | vraisemblable que dans le nombre des femmes qui ont succombé aux suites de celle-ci, elle en auroit soustrait plusieurs à la mort.
2196. Presque tous les enfans ayant été extraits par les pieds apres cette nouvelle opération, les praticiens instruits des dangers attachés à cette méthode, dans le cas où le bassin est un tant soit peu défectueux , se persuaderont peut- être qu’on auroit pu en conserver davantage, en livrant leur expulsion aux soins de la nature, ou en employant le forceps; et quelques uns pourront le proposer, sans faire attention que s'ils affoiblissent le danger qui menace l'enfant, ils augmenteront celui qui n’est déjà que trop certain pour la mère, D'ailleurs, dans ce cas comme en beaucoup d’autres , est-on le maître de choisir entre telles ou telles méthodes d’opérer laccouchement proprement dit, et n’est-il pas des circonstances où il faut nécessairement retourner l’enfant et l’amener par les pieds ? |
2137. Les accidens dont on a présenté le tableau au $ 2134, n'ayant eu d’autres causes que le trop grand écartement des os pubis et l'altération des symphyses sacro-iliaques, l’on ne peut espérer de les prévenir qu’en bornant cet écartement : mais alors, par cela même que FPopération en deviendroit moins fâcheuse, elle seroit inutile, puisqu’elle laisseroit subsister presque dans sonentier tout l’excédant du diamètre de la tête du fœtus sur celui du bassin dela mère. Quelque grand qu’ait paru cet écartement dans les cas rapportés ci-dessus , on ne peut reprocher à qui que ce soit de l'avoir porté trop loin une seule fois ; la sortie de
l'enfant ayant été constamment assez difficile encore pour le mettre en danger, tandis que souvent il auroit fallu l’étendre bien au-delà de ce qu'on l’a fait, pour atteindre le but qu’on se proposoit à l'égard de cet enfant. |
2138, Quand on pourroit,sans degrandsinconvéniens, le porter à deux pouces et demi, comme on assure l'avoir fait, il faudroit encore assigner quelques limites à la section du pubis et reconnoître l'indispensable nécessité de l'opération césarienne, dans plusieurs cas où la première en. auroit tous les inconvéniens, sans offrir aucun de. ses avantages. La section du pubis ne pourroit la remplacer qu’autant que le petit diamètre du détroit supérieur seroit au-dessus de deux pouces. et demi, puisqu’au-dessous de ce degré de resser-. rement , elle n’a eu jusqu'ici aucun succès.
2199. Si nous avons suspendu notre jugement sur cette opération dans les premières éditions de cet ouvrage, sur l'innocuité ou le danger d'un écartement de trois pouces, et même de deux pouces à deux pouces et demi; si nous exigions, avant d'adopter cette nouvelle opération , que des hommes qui n’avoient aucun intérêt personnel à la faire valoir au détriment de l’autre, eussent été témoins d’un pareil écartement, sans rupture des symphyses sacro-iliaques et sans‘de très graves accidens, plus instruit en ce moment sur tous ces points, nous ne craignons pas de la rejeter dans tous les cas oùda conformation du bassin est telle que le détroit abdominal n’a pas deux pouces et demi à trois pouces de petit dia-
metre :encoresommes-nous dans l’opinion qu'elle
seroit excessivement fâcheuse à ce terme, s’il falloit un grand écartement pour le libre passage de Penfant.
21/0. L'opération césarienne n ayant été pro-
posée que pour des cas de difformités bien plus grandes encore , et telles que l'histoire de la section du pubis même en offre quelques exemples, elle nous paroit préférable, malgré les écneils in- .nombrables qui l’environnent, puisqu'elle aobtenu des succès entiers là où cette dernière n’a 1 que des victimes.
. 2141. Lasection du pubis auroit sans doute un peu moins d'inconvéniens, si l'obstacle ne provenoit que du peu de longueur du diamètre transversal du bassin, n'importe de quel détroit, mais surtout du détroit périnéal, parce qu'un moindre écartement pourroit alors faire disparoître ce défaut, et procurer le degré d'ouverture nécessaire à la sortie de l'enfant : mais dans ces sortes de cas même, sil falloit un grand écartement encore pour établir ce rapport entre le diametre dont il s’agit et celui de la tête du fœtus,.elle auroit tous les dangers dont nous venons de parler. Ces cas sont sirares, queles faits relatifs à cette nouvelle opération n'en présentent pas un seul exemple qui ne puisse être contesté, ou sur lequel on ne puisse faire de solides objections.
2142: Les avantages de la section du pubis ne par oîtroient jamais plus grands que dans le cas où la tête du fœtus, pr ofondément engagée, seroit enclavée dans le bassin, et dans cette espèce d’enclavement, surtout, dont parle Rœderer, où l’on ne peut, De il, introduire aucun instrument, en quel-
ss
DES ACCOUCHEMENS. 4o1 que endroit qu’on tente de le faire, parce qu’un trés petit écartement suffiroit pour le faire cesser, Mais où sont les preuves de la possibilité de cette espèce d’enclavement, et pourroit-on en citer un seul exemple? Sans doute en l’admettant, la section du pubis sera préférable au percecrâne, aux crochets, et à l'opération césarienne, si l'enfant est vivant; mais comme une telle espéce d’enclavement ne pourroit avoir lieu qu’à la suite d'un travail excessivement long, que de motifs encore n’auroit-on pas pour rejeter l’opération , tant il est difficile de croire que l’enfant ait pu résister à ce travail!
2143. Ce nest plus seulement pour ces cas d'accouchemens difficiles où il existe une grande disproportion entre le volume de la tête du fœtus et le développement du bassin de la mére, qu'on reconimande aujourd'hui la section dn pubis, mais encore pour celui de rétroversion de matrice où ce viscère seroit tellement serré, enclavé entre les deux détroits, que la réduction en deviendroit impossible, comme on le voit dans l’unedes observations de Guillaume Hunter. Lorsque ce médecin y eut recours sur le cadavre, pour mettre la matrice ainsi enclavée à découvert, et pour mieux juger de ses rapports avec les parties circonvoisines, il ne pensoit pas sûrement qu'on la proposeroit un jour pour faciliter la réduction de ce viscére, et que quarante ans plus tard, on recommanderoit de la substituer à la ponction dont il avoit entrevu l'utilité, pour obtenir cette réduction. Malgré tout ce que la section du pubis semble promettre dans le cas
Origine de cette |opératon.
dont il s'agit, nous pensons qu'elle n’auroit pas moins d'inconvéniens que dans la plupart de ceux dont il a été question relativement à l'accouche-
ARTICLE IV. } # : De l'opération césarienne.
2144. On appelle césarienne l'opération par laquelle on ouvre à l'enfant contenu dans le sein de sa mère , une autre issue que celle qui lui étoit destinée par la nature Si l’on n'incise quelquefois que les enveloppes communes et propres du basventre, le plus souvent il faut inciser aussi la matrice, et c'est dans ce dernier cas spécialement que : l'opération a reçu le nom de césarienne, pouvant être désignée simplement par celui de gastrotomie dans le premier. Il nous paroït inutile de la distinguer ici en abdominale et en vaginale, commequelquesunslontfaitdepuis peu d'années; comprenant sous cette nouvelle dénomination toutes les opérations qui se font au col de la matrice, sans intéresser les parties circonvoisines : car il faudroit également appeler césarienne l'incision du périnée , la section des brides, des cicatrices qui rétrécissent le vagin ; celle de l'hymen, des tumeurs, etc., si l'enfant ne pouvoit naître Sals Ces SECOUTS, ;
2145. L'origine de l'opération césarienne est trop obscure pour qu'on puisse en assigner l'époque, c'est-à-dire le temps où elle a éte faite pour la première fois. Quelques uns l'ont fixée à la
DES ACCOUCHEMENS. 4o3
naissance de Jules-César, et d’autres l'ont fait remonter au-delà. Nous avons déjà dit qu'avant le xvii° et même le xvrut siècle, la plupart des chirurgiens n'avoient osé la faire sur la femme vivante, parce qu'ils la croyoient essentiellement mortelle, traitant de fabuleuses les observations dans lesquelles on assuroit en avoir obtenu du succès, comme quelques unes le paroisserit en effet. Mais depuis ce temps on a rassemblé les faits les plus connus, épars çà et là dans les auteurs, et les plus propres à la faireadopter,non comme une ressource assurée pour [a femme dans tous les cas où la mauvaise conformation du bassin peut s’opposer d’une manière insurmontable à l’'accouchement, mais comme la seule qui puisse lui être salutaire, ainsi qu'à son enfant. Le recueil de M. Simon, inséré parmi les Mémoires de l'Académie de chirurgie, contient soixante-dixou douze de ces observations, dans lesquelles on remarque qu'elle a été faite le plus souvent avec succès; et on pourroit y en ajouter un plus grand nombre aujourd'hui, puisqu'elles s'éléveroient au-delà de cent, depuis 1750. La plupart de ces dernières ont été communiquées à l’Académie de chirurgie et aux sociétés actuelles de médecine; les autres sont consignées dans les journaux et ouvrages de médecine tant français qu'étrangers. Sur cent onze, nous observerons que l'opération a été faite quarante-sept ou huit fois avec tous les avantages qu'on pouvoit désirer pour la femme.
2146. Parmi ce grand nombre d'observations il en est quelques unes, il faut l'avouer, où Pen remarque que cette opération a été faite sans né-
Des causes qui exigent l'opération césarienne.
Ao4 L'ART
cessité, puisque les femmes étoient accouchées naturellement auparavant, ou se sont délivrées heureusement dans la suite; mais on y voit aussi que plusieurs de ces femmes y ont été soumises deux fois avec le même succès pour elles et pour leurs enfans : ce qui paroîtra bien moins extraordinaire, sans doute, que les faits rassemblés par M. Séron, qui n'ont rapport qu'à sept ou huit femmes ; les unes ayant été opérées trois ou quatre fois, et les autres cinq, six, et même jusqu’à sept fois. Sans recourir à ces faits trop extraordinaires pour qu’on y ajoute foi, on peut assurer aujourd'hui que cette opération n’est pas essentiellement mortelle, puisqu'il n’est besoin que d'un seul pour en établir la preuve; peut-être même ne paroitra-t elle pas aussi dangereuse que nous l’annonçons, quand les faits nouveaux dont nous venons cle parler seront mieux connus (1).
SECTION PREMIÈRE
Des causes qni exigent l'opération césarienne; des préparations qui
y conviennent; du temps de la faire, et des choses qui y sont
nécessaires.
2147. La mauvaise conformation du bassin n'est pas la seule cause qui puisse rendre l’accouchement impossible par la voie naturelle, et
(1) Nous nous occupons à les recueillir et à les mettre en ordre ; ce travail ne sera pas sans intérêt , Surlout en le joignant à celui que nous nous preposons de donner à la suite sur la section du pubis,
DES ACCOUCHEMENS. ho
qui doive nous déterminer à recourir à lopération césarienne; certaines affections des parties molles, dont nous avons fait mention, telles que ces tumeurs squirrheuses à base très large, qu'on ne peut enlever sans exposer la feuwime à un danger plus imminent encore que celui de lPopération césarienne, comme il s’en est trouvé une chez la femme D****, opérée sous nos yeux, en 1797, par M. Coutouly (1), ainsi que les grossesses extra-utérines, peuvent exiger le même secours; mais ce seroit en abuser que de l’employer dans tous les cas pour lesquels on Pa recommandée. |
2148. Cette opération doit se faire sur la femme précautions vivante, et sur la femme morte. Si elle exige DE beaucoup d'attention à l'égard de la première , L'iot dela lon ne devroit pas s’en dispenser entièrement femme. pour la seconde : tant il est difficile quelquefois de s'assurer à l'instant même, si elle est vérita-
blement morte ou non (9). Si l’on attendoit,
(1) Cette observation n’est encore consignée dans aucun recueil.
(2) On connoit plusieurs exemples de ces funestes méprises. M. Bodin (*) en cite un exemple bien remarquable, La femme de Gauthier, dit-il, du village de la Janvrerie, département de Loir-et-Cher, tomba dans un tel état pendant le travail de l'accouchement, que Pérard, chirurgien à Cangey, dui étoit auprès d'elle, la crut morte, et lui ouvrit le ventre et la matrice avec un rasoir pour sauver l'enfant: qu’elle ne sortit de cet état qu'au moment où on enfonçoit une aiguille dans
() Chirurgien, et membre du corps législatif en l'an v. ( Voy. Essai sur les accouchemens.)
pour y recourir dans ce dernier cas, que les signes les plus certains de la mort se manifestassent, elle deviendroit inutile pour l'enfant, qui ne peut survivre longtemps à sa mére, sil reste dans son sein. D'un outre côté, l’on ne doit pas livrer celle-ci à un trépas inévitable , lorsque sa mort n’est peut-être qu'apparente.
2149. L'on ne sauroit retracer trop souvent à la mémoire de ceux qui sont appelés pour ces sortes d'opérations, l'observation de M. Risaudeaux (1), qui est insérée dans le Journal des Savans, du mois de janvier 1749. En faisant connoître combien il est difficile, en quelques circonstances. de distinguer l’état d’asphyxie d'une mortréelle, elle nous apprend qu'il n'est pas tou-
PE
l’un des bords de la plaie, pour retenir les entrailles par un point de suture, ete. M. Bodin ne fait pas connoitre le temps où ce fait a eu lieu; mais il ajoute que la femme vivoit encore en septembre 17092. Un médecin très connu nous a commu niqué un autre fait de la même espèce, qui ne date que de la fin de l'an vi, Un chirurgien, du voisinage de la ville qu'il habite, ouvrit aussi le ventre de la femme avec des ciseaux; l'enfant présenta aussitôt un des pieds à la plaie de la matrice, et fut expulsé par la voie naturelle avant qu'on eût achevé d'ouvrir entièrement ce viscère. La femme étoit complétement guérie au bout de deux mois. On pourroit rappeler également ici le fait consigné dans l'ouvrage de Peu, où l'on voit que ce chirurgien fut effrayé du grincement des dents de la femme, du tressaillement qu’elle fit au moment où il commenca son incision, et du mouvement de ses lèvres. { Voyez Pratique des accouchemens, liv. IL, pag. 334.)
(1) M. Rigaudeaux , chirurgien aide-major des hôpitaux de Douai et accoucheur,
DES ACCOUCHEMENS. 4o7
jours nécessaire d'ouvrir le sein de la femme qui paroit privée de la vie depuis quelque temps, pour l'assurer à son enfant. Ce chirurgien n'ayant pu serendre auprès d’une femme de la campagne aussitôt qu'il fut appelé pour l'accoucher, apprit, en y arrivant, qu'elle étoit morte depuis deux heures , et qu’on n’avoit pu trouver personne pour lui faire l'opération césarienne. Ayant enlevé le drap qui la couvroit, voyant qu’elle conservoit encore de la chaleur et de la souplesse dans les membres, que lorifice de la matrice étoit dilaté et la poche des eaux assez bien formée, il se décida à l’accoucher par les voies ordinaires . et le fit avec facilité, en amenant l’enfant par les pieds après l'avoir retourné, Quoique cet enfant lui parüt mort, il ne laissa pas que de lui donner quelques soins dès qu'il eut délivré la mère, et de recommander Jun et l’autre aux femmes qui étoient présentes. Leurs soins , infructueux en apparence dans les premiers momens, ne le furent pas dans la suite. Elles ranimèrent cet enfant au point que quelques heures après il crioit aussi fort que s’il füt né des plus heureusement ; ce qui engagea M. Risaudeaux à revoir la femmeavant de s’en retourner chez lui. Il enleva le linge dont on l’avoit enveloppée de nouveau, et lui trouvant les membres aussi souples que la première fois, quoiqu'elle pärût morte alors depuis plus de sept heures, il essaya quelques moyens propres à s'assurer si elle l'étoit réellement, et ne s'en éloigna qu'après avoir fait promettre aux assistans qu'ils ne la remettroient dans son linceul que quand ses membres seroient
408 AB ART roides, S'il avoit été surpris agréablement en apprenant que l'enfant étoit revenu à la vie, il le fut bien plus, dit-il, lorsqu'on vint lui annoncer sur la fin du jour que la mere étoit ressuscitée deux heures après son départ de chez elle. Cétoit le 8 septembre 1745; et au mois d'août 1748, cette femme et cet enfant vivoient encore ; mais la première étoit restée sourde, paralytique et presque muette.
Cas où lou 2190.Si l’on rencontroit, immédiatement après doit se dis- Ja mort de la femme, des dispositions aussi favo- Le be rables à l'accouchement, que celles qu'on remarration sur la que dans l'observation de M. Rigaudeaux, il fau- . mor- droit préférer l'extraction de l'enfant par les voies sé ordinaires, à l'opération césarienne, qu’on ne fera qu'autant que les parties ne seront pas aussi bien disposées, et en y procédant d’ailleursavec autant de soin que si l'on devoit en attendre le plus grand succès pour la mère. Une simple incision dans la direction de la ligne blanche, et de l'étendue d'environ cinq à six pouces, doit être substituée à la section cruciale qu'on a presque toujours faite en pareil cas (1). Ce précepte doit paroître bien important d’après les observations énoncées à la fin du $ 2148, et celle de M. Rigaudeaux.
Préparations 2151. Avant de soumettre la femme vivante à
Ds PRE" opération semblable , il seroit utile de la pré-
de faire cette x PS ; opération sur parer par les remèdes généraux, tels que la sai-
(1) Le Sénat de Venise avoit ordonné depuis longtemps de faire celte opération avec les mêmes précantions que si la femme
éloit vivante, et défendu lincision cruciale.
gnée, si elle est forte et pléthorique, par quel- la femme viques légers purgatifs, les bains, etc., comme on “ante. le fait à Pégard des autres opérations majeures. Mais, malheureusement, ces précautions, qui en assurerojent peut-être lesuccès en quelques cas,
ne sauroient toujours la précéder, si ce n’est la saignée, parce qu’on est appelé trop tard, et souvent même lorsque les parties de la femme
ont été fatiguées , irritées, contuses ou lacérées
par les manoœcuvres d’une main ignorante et téméraire.
2152. L'opération césarienne a, comme beau- ,;, temps coup d’autres opérations de chirurgie, un temps où l'on doit d'élection et un de nécessité : celui-ci a toujours fre cette lieu après l'évacuation des eaux de lamnios, à “js: moins que des circonstances étrangères à celles qui nous forcent d'opérer ne présentent des indications plus urgentes, L'instant de la mort de la femme, n'importe à quel terme que ce soit de la grossesse (1), et celui du passage de l’enfant dans le bas-ventre, à l’occasion de la rupture de la
(1) L'on ne devroit se dispenser, sous quelque prétexte, surtout après les six premiers mois de la grossesse , d'ouvrir le sein de la femme immédiatement après sa mort, pour conserver l'enfant, qui peut lui survivre de quelque temps, ou lui assurer au moins la vie spirituelle, quoiqu'il y ait peu d'exemples qu’on en eût sauvé par cette opération, la plupart de ces enfans n'ayant donné aucun signe de vie, et les autres n'ayant survécu à leur naissance que peu d’instans, M. Bernardin-Moscatt en cite quelques uns dans un mémoire qu’il a envoyé à l’Académie de chirurgie ; M. Le Prince, chirurgien à Rennes, en a vu un qui a vécu plus de deux heures , quoiqu’on n'eût fait l'opération césarienne que plus d’une heure après la
Opinion de quelques auteurs à ce sujet.
matrice , constituent également le temps de nécessité. Quant au temps d'élection, les uns imaginent qu'on ne devroit opérer qu'après l'écoulement des eaux, et les autres qu'on doit le faire auparavant, et dès que le travail de l'enfantement est bien décidé, que les douleurs en sont fortes et rapprochées , que le col de la matrice est effacé, et l’orifice assez ouvert pour l'écoulement des lochies.
2153. Si on opéroit au commencement dutravail, et avant que les eaux soient évacuées, «on risqueroit dit un auteur moderne, de laisser » la matrice dans l’inertie, en la débarrassant trop » promptement; ce qui procureroit infaillible- » ment une perte, qui conduiroit sans donte la » femme au tombeau» Mais les raisons qu'il en donne ne sont pas assez conciuantes ni-assez conformes aux connoissances actuelles pour émpècher d'opérer dans le premier temps du travail, et le motif qui a déterminé Levret à recommander de le faire avant l'ouverture de la poche des eaux, paroïît bien plus sage : en opérant avant ce moment , dit-il, l'étendue qu'on donne aux incisions, tant des parties contenantes du ventre que du corps de la matrice, se trouvera beaucoup moins grande après la sortie de l'enfant , que si l’on n’avoit opéré qu'après l'écoulement de ce fluide. Il est certain qu’une incision de six pouces intéresse un bien plus petit nom-
mort de la mère; MM. Yarroquier, W° aroux, Levret, Robin, Delaizé, ont cité de semblables faits. Celui qui fut extrait par M, Robin vécut huit heures; celui de M, Delaizé, elnq, et M. Maret en cita un qui vivoit encore,
DES ACCOUCHEMENS. Aa bre de fibres et de vaisseaux lorsque la matrice est encore distendue par les eaux, que quand elle est fortement contractée sur le corps de l'enfant, et réduite d'un douzième, et quelquefois d’un dixième sur elle-même, Dans ce dernier cas, une ouverture de six pouces est beaucoup plus grande respectivement au volume de ce viscere, que dans le moment où il se trouve dans sa plus grande dilatation.
2194. Il paraît avantageux d’avoir deux bistouris pour bien exécuter cette opération, savoir, un droit et un courbe: celui-ci doit étretranchant sur sa convexité, et celui-là doit avoir une lame tres étroite et boutonnée à son extrémité. Il faut aussi des aiguilles courbes et du fil ciré pour la gastroraphie , au cas qu’on la juge convenable; des linges fins, des compresses, un bandage de corps , et quelques liqueurs spiritueuses, comme l'eau vulnéraire, l’eau-de-vie ou l'esprit de vin, qu'onaffoiblitselonles circonstances avecdeleau.
2199. La femme doit être placée sur un lit assez étroit et assez élevé pour que l'opérateur et ies aides puissent agir librement, et avec le moins de gêne possible. Il faudroit que ce fût sur celui où elle doit passer les premiers temps de ses couches, afin qu'on ne soit pas obligé de la transporter et de la déranger aussitôt après l'opération. Dans ce cas, on le garnit de manière que les matelas ne soient pas mouillés par le sang et les eaux, et qu'en retirant les alèzes, la femme s'y trouve à sec. Elle doit y être couchée sur le dos, ayant les jambes et les cuisses allongées pendant lé temps de l'incision, et à demi fléchiés lorsqn'on fera
Des choses nécessaires pour faire cette opéra ton.
De la situation que doit avoir la femme.
l'extraction de l'enfant. On place d’ailleurs un traversin sous ses lombes pour les appuyer, et faire bomber le ventre un peu plus. Il faut aussi, avant de l’opérer, lui passer une chemise de couches, ou demi-chemise, qui soit ouverte par-devant, telle qu’elle est indiquée au $ 1022.
SECTION IL
Du lieu où l’on doit faire l’incision extérieure.
2156. Il n'y a presque aucun endroit du basventre où l’on n'ait pratiqué l'incision extérieure dans l'opération césarienne Les uns l’ontfaitesur les côtés, d’autres transversalement, soit au-dessus ou au-dessous de l’ombilic, et plusieurs sur la ligne blanche. Parmi les premiers, quelques uns ont conseillé de la faire obliquement en descendant de l'extrémité du cartilage de la troisieme des fausses côtes vers le pubis; les autresilui ont donné la forme d’un croissant, et Levret vouloit qu'on la fit parallélement au bord externe du muscle droit du bas-ventre, de manière qu’elle füt également distante de ce muscle, et d'une autre ligne conduite de l'extrémité de la troisième des fausses côtes à l’épine supérieure delos des iles. Les uns et les autres ont prescrit d’inciser sur le côté droit, où sur le côté gauche, selon l'état des viscères intérieurs, afin d'éviter de porter l'instrument sur le trajet d’une tumeur squirrheuse, d'une hernie, etc. Outreces raisons de préférence, Levrel conseilloit encore d’avoir égard à l’attache du placenta, pour se décider à opérer plutôt d’un
DES ACCOUCHEMENS. 4h13
côté que de l’autre, et ne pas ouvrir la matrice dans le lieu où ce corps se trouve en quelquesorte greffé. Nous avons déjà démontré l'incertitude des signes d’après lesquels ce célèbre accoucheur assuroit que le placenta étoit attaché à tel ou tel endroit, et conséquemment le peu d'attention qu'on doit à ce dernier précepte. S'il falloit inciser sur le côté du ventre, ce seroit sur celui où est incliné le fond de la matrice qu'il faudroit le faire, pour que ce viscère se présentât mieux à cette ouverture, et que les intestins et l'épiploon eussent moins de facilité à s'échapper dansle premier moment.
2107. L'incision sur le côté du ventre paroît plus féconde en accidens, et plus difficile à exécuter que celle sur la ligne blanche, Il yasurle côté, comme partout ailleurs , les tégumens et le tissu cellulaire, et on y rencontre de plus trois plans de muscles dont les fibres se croisent de telle manière qu'on ne peut se dispenser de couper la plupart en travers ou obliquement: ce qui donne lieu à leur rétraction, et empêche dans la suite la coaptation de toute l'épaisseur des bords de la plaie, nécessaire à leur exacte réunion. En faisant l’incision obliquement dans cet endroit . On coupe en quelques cas certaines branches des vaisseaux épigastriques,qui serpententau-delà du bord du muscle droit sur lequel lincision s'étend assez souvent,parce que ce m uscie ac uiert beaucoup delargeur dans les derniers temps dela grossesse, et s'écarte égalenient de la ligne médiane du Corps : ce qui donne lieu à une hémorragie quelquefois assez considérable pour inquiéter, et en-
Inconvémens de la section latérale du ventre.
gager à lier ces vaisseaux , ou à toucher leur extrémité coupée avec des médicamens styptiques, comine l’a fait M. Piesich(1). Quand onincise sur le côté, si la matrice n’est pas trés inclinée vers ce point, à peinele péritoine est il ouvert, que les inteslins, pressés dans le bas-ventre, s’'échappent en se dilatant, et viennent s’ajouterauxdifficultés naturelles del’opération. Sil’onn’est pasentièrement à couvert de cet inconvénient en pratiquant l’incision à la ligne blanche , du moins arrive-til bien plus rarement, et s'échappe-t-il toujours bien moins d’intestins. L’axe longitudinal de la matrice n'étant jamais exactement parallèle à l'incision oblique du bas-veutre, l’on ne peut ouvrir ce viscère sans que la plupart de ses fibres soient coupées en travers ou obliquement; ce qui donne lieu à une plus grande rétraction de leur part, rend la plaie plus béante, favorise dans la suite l'issue des lochies par cette voie, et expose la femme à quelques accidens de plus (2) : lincision qu'on fait à ce viscère, s’approchant alors d'un de ses côtés, intéresse davantage de ces vaisseaux, qui sont comme la source de tous ceux qui l'arrosent, et dont la lésion et plus à craindre que celle des
(1) M. Piestch fut obligé de toucher avec un bouton styptique une branche de lartère épigastrique qu'il avoit coupée dans l'opération césarienne, (Voyez Journal de médecine, suppl., 1770, pag. 173.)
(2} On a trouvé à l'ouverture du cadavre d’une femme, peu de jours après l'opération césarienne , une portion d’intestin engagée et pincée dans la plaie, qui s’étendoit au-dessus de Pinsertion de la trompe gauche en se prolongeant vers la partie postérieure de la matrice,
sinus mêmes, ou de ces réservoirs qui aboutissent au placenta. Apres la section à la ligne blanche , l'on ne fait pour ainsi dire que séparer les faisceaux des fibres longitudinales de la matrice, de sorte que sa plaie se rétrécit bien davantage après l'opération.
2158. Les inconvéniens attachés à l’incision latérale et oblique du ventre, disoit Solayrès dans ses leçons sur l'art des accouchemens, engageront un jour les praticiens à la faire sur la ligne
blanche. Æn attendant, je vous conseille d'opérer
en cet endroit, ajoutoit-il; l’éncision est plus facile etinoins douloureuse, parce qu'il y a moins de parties à couper ; la matrices’ y présente à découvert Ë on l’incise dans sa partie moyenne, et parallelement à ses fibres principales. Solayrès auroit eu le mérite de l'avoir recoimmandéle premier, sil’on ne trouvoit aucune trace de cette méthode dans les auteurs qui ont paru avant l’année 1760; mais ilindiquoit ies sources ouilen avoit puisé l'idée : cétoit, disoit-il, dans les /rsiituts de chirurgte de Platner, elles Observations de Guenin, chirurgien de Crépy en Valois (1). S'il n’a point pratiqué ce qu'il enseignoit, c'est qu'il n’a pas eu occasion de faire l'opération césarienne; mais un de ses élèves, dans ce temps même, a fait en province, sans succes à la vérité, ce qu'il auroit exécuté lui-même. Le texte de Platner et celuide Guenin n ont pas été également expliqués par tous les acoh du 05 Pubs sul al ibn png dis à
(1) PLarner , {nstit. de chirurgie, $ 1440. Gueniw, chirurgien, Observation sur deux operations césariennes faites avec succes,
Avantages de
la section à la ligne blanche, et de l'origine de cette section,
Réflexions à ce sujet.
coucheurs. M. Deleurye refuseau premier la gloire d'avoir proposé la section à la ligne blanche, et à Guenin celle de l'avoir faite. L'un parle, dit- d ,de la section des muscles , et l’autre dit en avoir coupé : or, comme il n’y a point de muscles à la ligne blanche, réplique-t-il, celui-ci n'a point incisé sur cette ligne, et re là n’a point conseillé de le faire. Laissons au lecteur à en juger, d’après les notes ci-dessous (1).
2 Ne Si M. ot n Ho LUN blanche,
(1) Zncidantur juxta lineam albam, dit Platner, plagé majori, quæ ab umbilico ad ossa pubis fere descendit, tm abdominis musculi, turn peritonæum , ubi tamen vitandum ne violetur arteria cpigastrica.
« J’incisai les tégumens de la longueur de six pouces envi- » ron, dit Guenin, en ligne droite, commençant à un pouce » au-dessous de Pate. et continuant Jusqu'à un pouce au- » dessus du pubis ; ayant ensuite fait situer la malade droite » sur le dos, au lieu de penchée qu’elle étoit, je continuai » d’inciser la graisse, les muscles et le péritoine pour décou- » vrir la matrice... Je fis l’ouverture de la matrice dans son » corps à un pouce et demi environ de son fond... La méthode » que j'ai suivie dans mon opération diffère en plusieurs points » de celle que les auteurs prescrivent. J'ai supprimé lappareil » effrayant des ligatures, etc. J'ai ouvert la matrice antérieu- » rement dans son corps plutôt que dans son fond... L’ouver- » ture finit à deux pouces de son col... »
Le certificat que les chirurgiens de Crépy ont donné a M. Guenin fournit la preuve la plus complète de lincision à la ligne blanche, « Nous avons trouvé, le sixième jour de l'o- » pération, disent ces chirurgiens, une plaie au ventre, longue » de quatre à cinq pouces, dont le bas étoit éloigné d’un pouce » de laine, montant en droite ligne, partie presque médiante , » jusqu'à l'ombilic, éloigné de deux à trois lignes de la ligne » blanche, » Ils FER qu'ils ont trouvé l’incision même un peu touruante autour de l’ombilic,
que cette ligne étendue en longueurset sans largeur, qui descendroit du centre de Pombilic au milieu de la symphyse du pubis, il a raison d'’avancer que Platner n'a pas conseillé éxpressément de couper dessus, et que le chirurgien de Crépy ne l'a point fait, puisque lun dit auprès, et que l’autre a fait son incision à deux lignes de là, Mais les anatomistes comprennent sous le noîn de ligne blanche cet espace aponévrotique qui sépare les muscles droits au-dessous de l’ombilic. Elle a toujours une largeur plus où moins grande, qui augmente encore, et quelquefois même de beaucoup, dans les derniers temps de la grossesse, parce que les muscles droits s’écartent alors. C'est sur cet espace aponévrotique, que nous avons trouvé de quatre pouces de largeur à la hauteur de lombilic, que Guenin à incisé; c'est là que nous conseillons d’inciser, et nou pas précisément au milieu ou sur cette ligne mathématique, que M. Deleurye semble appeler ligne blanche parce que c’est à précisément où s’entre-croisent Îles fibres aponévrotiques, et où la section ,» Par cette raison, en seroit peut-être un peu plus difficile.
2160, Quand Plutner et Guenin n’auroient PAS. pe queleu l'idée de la section de la ligne blanche, M. De- ques auteurs leurye ne pourroit encore s’en faire honneur , ni Re l'attribuer à M. Faroguier, chirurgien de Lille à ligne blanen Flandre, qu'il cite dans sa Dissertation (1), che. a A DO Pie Ya
(1) M. Deleurye n’avoit aucune idée de cette opéralion en 1770, lorsqu'il donna la première édition de soa ouvrage ni même en 1772, puisqu'il fit l'incision sur le côté du ventre
puisqu'ellegvoitété pratiqnée avant l'année 1779, sans succés il est vrai, par le célèbre Æernche!, professeur de chirurgie à Berlin (1), et qu'il en est encore fait mention dans une dissertation latiue imprimée à Vienne en 1770 (9).
L'opération 2161. En quelque lieu qu’on ouvre le bascésarienne à ventre, quelle qne soit la direction qu'on donne à a l'incision et de quelque maniere qu'on y procède, tons les avan- On ne diminuera jamais de beaucoup le danger tages qu'en «le l'opération césarienne, parce qu'on ne sauroit lui attribue. &carter tout ce qui peut en rendre le succès dou-
teux, ni procurer tout ce qui pourroit l'assurer. Elle doit être faite méthodiquement, c'est un fait incontestable, et le procédé le plus prompt, le plus facile, et le moins douloureux pour la femme, sera préférable à tout autre, si les suites n’en doivent pas être plus fâchenses. En pratiquant la section sur la ligne blanche, la chirurgie sembloit avoir fait un pas vers le bien, mais ce 'étoit pas le plus difbcile. Il faudroit se mettre en garde contre les épanchemens puriformes qui se font dans l'abdomen: défendre les viscères du contact de ces humeurs, et les préserver de l'atteinte dangereuse qu’ils en reçoivent, prévenir l'inflammation et
M. Lauverjat la préféra, en juillet 1777 ou 1778, sur une femme qu'il opéra en présence de MM, Dubertrand père et fils, Coutouly et Ferrand.
(1) Voyez les nouvelles observations et remarques de méde= cine et de chirurgie, par Aenchel, publiées en 1572, en allemand. -
(+) Caroli Franc. Hopfenstock, Bahemo-pragensis Disser= tatio inauguralis medico-chirursico-obstetricia , de hystera= tomid,
ce météorisme intestinal qui arrivent si promptement chez la plupart des femmes qui écartent les lèvres de la plaie malgré les points de suture qui tendent à Îles maintenir rapprochées, qui déchirent ces mêmes points et jettent au-dehors quelques anses d'intestins et quelques portions d'épiploon que les enveloppes du ventre, quoique trés vastes, ne peuvent plus contenir: la section à la ligne blanche ne procure pas tous ces avantages. Elle avoit réussi deux ou trois fois, au temps ou nous avons fait paroitre la première édition de cet ouvrage (1); mais quatre femmes des lors étaient mortes à sa suite; elles avoient éprouvé tous ces accidens dont on vient de parler, et on avoit trouvé chez elles des épanchemens de matières putrides (2). Si elle a eu de nouveaux succès depuis, elle a eu également denouveiles victimes. Nous l'avons pratiquée trois fois, nous avons conservé les enfans ; mais l'une des femmes y à succombé le quatrième jour, la seconde lecinquiemne, et la troisieme au bout de trente heures ou environ. La premiere étoit forte, robuste, et en état de supporter l'opération; nous fümes obligé d'y procéder sans délai, le travail de l'accouchement étant dans toute sa vigueur depuis plus de vinetquatre heures lorsque nous füines appelé, et Les
(1) MM. Delcurye et Waroquier paroissoient les seuls qui
eussent fait la section césarienne à la ligne blanche avec succes.
(2) La femme opérée par Henckel, nue autre en province
par un des élèves de M. Solayres, une par M. Deleurye , et la quatrième par M, Moreau, à l'Hôtel-Dieu de Paris.
eaux de l’amnios écoulées depuis vingt et une ou environ; M. SigaultVayant déjà vueavec plusieurs de ses confrères, et la circonstance ne paroissant pas favorable pour la section du pubis (1). La seconde femme éloit de la plus foible constitution. et atteinte d’une diathèse scorbutique qui ne Jaissoit aucun espoir de la conserver, même si elle eût été dans le cas d’accoucher naturellement; la troisième n’étoit pas dans de meilleures dispositions pour le succès d’une aussi grande opération, qui fut faite encore dix-huit ou vingt heures après le moment qui eüt été le plus favorable , en présence d’un grand nombre de personnes et dans un hospice où chacun put à chaque
(1) Nous ne voyons pas ce qui a pu engager M. Lauverjat à faire mention de ce fait dans l'ouvrage qu’il a publié sur Fopération césarienne, et à dire qu'il avoit été bercé de l'espoir d'opérer la femme, jusqu’à l'instant où il apprit que je venois de le faire, Je ne vis cette femme pour la première fois qu’à l'instant même de l'opération, et M. Lauverjat le savoit très, bien, lui dont elle réclamoit vainement les soins depuis vingtquatre heures, parce qu’il les lui promettoit depuis plus de deux mois; soins que Je sollicitai moi-même, Ce ne fut que sur le refus de ce confrère que j’opérai ; je cédai à la nécessité , et plus de vingt personnes peuvent lattester. Si j'ai été moins rigoriste en opérant cette infortunée chez elle, pour me servir des expressions de M. Lauverjat, on ne me reprochera pas, je pense, d’avoir manqué à ce que l'humanité et la charité exigcoient de moi, Ce n’est pas le seul point contre lequel je pourrois m’élever ; mais cette discussion ne serviroit qu’à faire connoître qu’il à été mal informé des détails de l’opération et de ses suites, Elle n’a pas eu de succès, et loute autre méthode ne lui en eût pas assuré davantage,
instant s'approcher du lit de la malade; la voir, la questionner, etc. !
2162. On sent, dit M. Deleurye, tous les avantages d'avoir, pour aënsi dire, sous les yeux la plaie de la matrice, pendant le cours de la cure, et qu'elle réponde directement a l'incision extérieure; les sucs que fournit la matrice ont par ce moyen une issue libre. Ces avantages seroient tres précieux sans doute et assureroient peut-être quelquefois le succès de l'opération césarienne: mais jusqu'ici on ne les a obtenus que bien rarement, et seulement comme par cas fortuit. Pour Îles assurer un peu plus, il faudroit ouvrir la matrice au haut de sa partie antérieure, presque Jusqu'au centre de son fond, et non pas dans sa partie inférieure, comme on l'a fait le plus souvent, puisque cette région est celle qu’on a constamment trouvée vis-à-vis la plaie extérieure, à l'examen du cadavre des femmes qui étoient mortes des suites de l'opération césarienne, tandis que la plaie de la matrice étoit cachée derrière les tégumens qu’on avoit conservés au-dessus du pubis, et qu'il est presque impossible de ne pas conserver à cause de la vessie, qui favoriseroit également l’épanchement des lochies dans la cavité abdominale, en masquant une partie de la plaie de la matrice, quand même celle des tégumens seroit prolongée jusque sur le pubis.
2163. Si la plaie dela matrice correspond à celle De ce qu'il du bas-ventre dans le moment de l’opération, elle fudroit faire ne peut se trouver vis-à-vis un instant après, et Le es ù bien moins encore pendant le traitement, à moins matrice se
que les bords de l’une ne contractent des adhé- P'ésentét dans la suite
à celle des téguments,
Vice de la méthode ordinaire de faire l’opération dont il s'agit.
Ha L'ART
rences avec ceux de l’autre: ce qui est arrivé plusieurs fois, et spécialement dans le cas où M. Deleurye a obtenu sôn premier succès de l’opération dont il s’agit, ainsi que dans l’un de ceux qui font le sujet des chservations particulières de M. Lauverjat, A fandroit, pour obtenir ce rapport que nous désirerions, prolonger lincision extérieure jusqu’à la hauteur de l'ombilic, et commencer celle de la matrice vers le milieu de cetté incision, l'étenare au-dessus de l'angle supérieur, en coupant sous les enveloppes du basventre, comme nous l'avons fait sur les femmes que nous avons opérées: ces deux plaies deviendroient paralleles dans toute leur longueur , à mesure que la matrice se contracteroit sur ellemême apres la délivrance, et il ne s’agiroit plus, pour conserver ce parallélisme, que de fixer la matrice par un bandage disposé convenablement autour du ventre.
2164. I nous paroît bien plus important de prolonger la plaie extérieure jusqu’à l'ombilic, et même au-dessus, selon les circonstances, que de le faire en bas jusque sur le pubis , parce qu’on découvre le corps de la matrice, qu'il est à propos d'ouvrir le plus haut possible , au lieu qu’en prolongeant l’incision extérieure en en-bas, l'on ne peut mettre à découvert que la partie inférieure de cet organe, celle qüi, dans l'état naturel, en constitue le col, et qu'il fandroit conserver
3 # . »,, . ’ . dans l'opération césarienne (Our Une ouverture
a AFNOR RS ae RATE LICE € .
(Le rot de la matrice h'est pas seulement ce petit hourrelet
pratiquée dans cet endroit de la matrice ne peut d’ailleurs se présenter aux yeux du chirurgien, dans la saite du traitement, quand il anroit divisé les enveloppes du bas-ventre jusque sur le pubis, puisque la vessie en recouvre toujours la majeure partie, même lorsqu'elle ne contient pas d'urine. (foyez la fin du $ 2111.)
21065. En ouvrant la matrice dans sa partie inférieure, on prépare unc voie aux lochies ponr S’épâncher dans le bas-ventre, parce que la cavité du corps de ce viscère, qui sert comme de réservoir à ces fluides, reste presque entiére, ct se trouve au-dessus de lincision, qui ne paroit avoir été faite dans le lieu le plus décline que pour leur égout, Cette incision conservant, d’ailfeurs, apres l'opération, plus de largeur que l'orifice méme de la matrice, et offrant moins d'obstacles au passage des lochies, favorise encore leur épanchement. En incisant la matrice pres de son fond, la partie inférieure de sa cavité reste entiere, et peut servir de premier r'éceptacle à ces fluides, à mesure qu'ils distillent des
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qu'on nomme #useau de tanche, dans l’état ordinaire , et qui fait plus ou moins de saillie dans le vagin ; il forme plus du tiers de la longueur de la matrice. S'il se développé entièrement dans les deux derniers mois de la grossesse, il reprend sa forme après l'accouchement, et revient insensiblement à son premier état, Ce sont les fibres de toute celte partie que nous recommandons de ne pas inciser dans l'opération césarienne; mais pour cela, il faud'oit borner Pincision au moins à deux pouces au-dessus du bourrelet qui constitue le bord de l'orifice,
vaisseaux intérieurs: de sorte qu’ils doivent s échapper plus aisément par le col. En outre, comme la plaie de la matrice se trouvera, dans ce cas, visà-vis celle des enveloppes extérieures , l'épanchement s'en fera bien moins facilement dans le ventre. Si l’on se rappelle ces succès heureux que des homimnes sans connoïissances, mais hardis, ont obtenus de l'opération césarienne, en ouvrant le ventre transversalement à la hauteur de l'ombilic, et la matrice, sans doute, dans son fond (1), l'exemple de M. Guenin, qui étendit l'incision de cet organe jusqu’à un pouce de cette partie, on sentira tout le prix de cette remarque : c’est celle qui a porté M. Lauverjat à
RS
(1) Un chirurgien du village d'Attichi, près Compiègne, qui avoit déjà fait l'opération césarienne avec succes, la pra tiqua une seconde fois sur une autre femme en 1772, el tout aussi heureusement pour la mère, en faisant l’incision extérieure transversalement, entre l’ombilic et le dessous des fausses côtes du côté droit, J'ai eu occasion de voir ce chirurgien quelques mois après, et il ne put me rendre compte des motifs qui l’avoient déterminé à opérer. Ce qu’il y a de posr'if, c'est que la femme est accouchée naturellement depuis {celte époque. M. Tallibon, chirurgien très connu par ses talens, à Dourdan, m'a envoyé, à peu près dans le même temps, la note d’une autre opération césarienne faite de la même manière par le nommé Sanson , à la femme d’un vigneron du village de Roinville-sous-Aunan, diocèse de Chartres. L’incision fut faite transversalement à un demi-pouce au-dessous de lombilic, M. Tuallibon vit la femme le lendemain de l'opération; celle-ci eut tout le succès qu'on pouvoit en attendre. On en trouve un exemple plus surprenant encore dans le Journal de médecine, année 1790; car le chirurgien, ayant fait l’incision trop
DES ACCOUCHEMENS. 425 réduire ce procédé en méthode {1}. Deux ou trois succes ne nous paroissant pas suffisans pour lui accorder la prééminence sûr les autres méthodes, nous ne l'adopterons ni ne la rejetterons, parce que toutes en ont obtenu Plusieurs. En attendant, nous préférerons la section à la ligne blanche.
SECTION TITI
De la manière de faire l'opération césarienne.
2166. Après avoir déterminé l'endroit du bas- pécaution ventre et de la matrice qu'il convient d'ouvrir utile au modans l'opération césarienne, il est nécessaire d’in- La Lo des diquer la manière d'y procéder. Mais, avant tout,
il paroit important de faire observer qu’on doit commencer par vider la vessie au moyen de la sonde, surtout lorsque la femme n’a point uriné depuis quelque temps. Malgré cette précaution, la vessie s’éleve encore quelquefois tellement audevant de la matrice, qu’elle en cache une bonne partie, ainsi que nous l'avons remarqué, après l'incision extérieure , sur une femme qu’on opéroit en notre présence à l'Hôtel-Dieu de Paris. Le bas-fond de la vessie étoit presque à la hauteur
haut, en fit une autre obliquement au-dessous, et pratiqua trois points de suture à la matrice; cette opération eut tout le succès possible,
(1) Voyez son ouvrage intitulé : Nouvelle méthode de pratiquer l'opération césarienne, 1788.
426 ALART de lombilic, et la vessie même, quoiqu’on ait eu le soin d’en évacuer les urines, se présentoit dans toute l'étendue de l'incision des enveloppes du bas-ventre.
De lama- 2107. La femme étant située commeil est ditau d'opé- Ç 2155, on incise profondément les légumens et les graisses, si le sujet a de l'embonpoint, jusqu’à ce qu'on aperçoive les aponévroses qui forment la ligne blanche. On divise celle-ci avec précaution, pour découvrir le péritoine et y faire une petite ouverture, en se conduisant à cet égard à peu près comme on le fait dans l'opération de la hernie (1). On introduit desuite l'index dela main gauche dans le bas-ventre, pour en soulever un “peu les enveloppes, et écarter dy trajet de l'in: strument auquel ce doigt sert de conducteur, les parties qu'il faut ménager; on étend lincision vers l'ombilic, ou le pubis, selon qu’on l’a commencée plus haut ou plus bas, en coupant de dedans en dehors. Si le bistouri convexe sur son tranchant convient dansle premiermomert, nous pensons que le bistouri droit boutonné et à lame étroite est préférable dans le dernier : il dispense de la sonde cannelée, qui seroit nécessaire pour diriger sûrement le bistouri ordinaire.
Etendue que 2100. Cette premiere incision doit s'étendre deitavoirl'in- depuis le dessous de lombilic jusqu’à un pouce et
cision exté- } : ; , SCT ee demi, deux pouces au plus au-dessus de la sym-
a EE (1) On ouvre le péritoine deux fois dans cette opération: une fois en pénétrant dans le bas-ventre, et une autre en in-
cisant la matrice. L'opération césarienne ne peut se faire au trement,
LES AGCOUCHEMENS. 427 physe du pubis.Elle aura un peu plas de longueur
qu'on ne lui en donne ordinairement, il est vrai;
mais on découvrira davantage le haut de la ma-.
trice, et on pourra l'ouvrir pius pres de son fond. 11 nous paroit indifférent d'ouvrir le péritoine de haut en bas, ou de bas en haut; mais on observera de côtoyer un des côtés de la vessie, quand elle s'élève autant qu’on le remarque à la fin du $ 2166.
2169. Pendant qu'on incisera les enveloppes du bas-ventre, un aide fixera la matrice au milieu, en pressant des deux mains sur les côtés, et un autre fera une pression semblable au-dessus de l'ombilic , afin de circonscrire en quelque sorte ce viscère ,. d'en écarter les intestins, et de les empêcher de venir se présenter à la plaie.
2170. Levretrecommandoit de faire un gros pli transversal aux tégumens, dans le milieu de la partie qu'on vouloitinciser, afin de couper, disoitil, plus sûrement : mais, indépendamment de la difficulté qu'on éprouveroit en bien des cas à former ce gros pli,nous le croyonsinutile. On a prescrit aussi, d'apres ce célèbre accoucheur, un procédé particulier pour éviter l'issue des intestins; peut-être a-t-il échappé à notre attention, mais nous ne le trouvons nulle part dans ses ouvrages. M. Deleurye, d'apres lequel nous allons le rapporter, assure en avoir reconnu l'utilité dans la pratique. Levret, dit-il, désiroit, comme Æerster, qu'on n'incisät d'abord que la peau æt la graisse, qu'on pénétrât dans la capacité de l'abdomen par la partie inférieure dela plaie, etqu’on commencät également par le bas l’incision de la matrice, afin
Précaution à observer pendant l’opération.
Opinion de Levretet d'un auteur plus moderne,
qu’elle fût continuée de bas en haut et de dedans en dehors, concurremment avec les muscles, à l’aide du doigt introduit dans ce viscere. Par cette précaution, aussi simple qu'ingénieusement aperçue, ajoutoit-il, le fond de Ja matrice sera toujours soutenu au-dessus de l'angle supérieur de la division des parties contenantescommuneset propres, les intestins ne se présenteront pas pendant l'opération, etc. (1). Ce conseil, loin de nous paroîtreaussiutilequ'on l'annonce, pourroit avoir desinconvéniensqu'onévitera toujours en découvrant la matrice dans toute l'étendue qu’on doit ouvrir, avant d'y plonger l'instrument.
aus PL OITRS Le bas-ventre étant ouvert dans une précantion à étendue convenable, on fera faireune pression un à ou pour peu plus forte au-dessus du fond de la matrice, Ja matrice POur le rapprocher davantage du niveau de l'angle supérieur de la plaie, et on ouvrira ce | viscère au milieu de sa partie antérieure, en se servant du bistouri convexe, jusqu’à ce que l'on aperçoive les membranes. On ne fera à celles-ci qu'une pelite ouverture pour le passage du doigt, et avec assez de précautions pour ne pas blesser l'enfant (2); on plongera l'index de la main gau-
(1) Observation sur l'opération césarienne pratiqnée à la ligne blanche, etc.
(2) On peut conserver ces membranes et ne les ouvrir qu’après avoir donné à l'incision de la matrice toute l'étendue nécessaire, comme nous l'avons fait quelquefois sur le cadavre, et sur la femme même , dans un cas où le placenta se présentoit en plein sous le trajet de l’instrument.
DES ACCOUCHEÈMENS. 429 che dans leur cavité, pour servir de conducteur au bistouri droit, avec lequel on continuera d'ouvrir la matrice en coupant de dedans en dehors, comme on le fait à l'égard des aponévroses et du péritoine ; en prolongeant lincision au moins Jusqu'au niveau de l'angle supérieur de la plaie des tégumens , et en la terminant à un pouce et demi ou environ au-dessus de l'angle inférieur, parce qu'en la continuant davantage vers le pubis , une partiede sa longueurse trouveroit cachée derrière la vessie, quelques heures après lopération, comme nous l’avons déjà fait observer. L'étendue de cette incision doit être déterminée par le volume de lenfant , qu’on suppose tel que sa tête a communément dix pouces à dix pouces et demi de petite circonférence. Une ouverture de cinq à six pouces suffit pour l'ordinaire; mais en général il vaut mieux la faire un peu plus grande que plus petite, pour éviter le déchirement de ses angles, lors du passage de l'enfant. Cette augmentation, dit Levret, est de peu de conséquence , par rapport à la grandediminutionqu’éprouvecette plaie après la délivrance ; surtout si on la faite avant l'ouverture de la poche des eaux, comme nous le recommandons.
2172. Le mème auteur conseille aussi de la faire
un peu plus longue, quand les eaux sont écoulées Levrer et d'un autre cien à Ce SU jets
depuis longtemps ; ce quin'est que trop ordinaire lorsqu'on est obligé d’en venir à l'opération césarienne, parce qu'unetrop petiteouverture peutexposer la vie de la mère et de l'enfant, à cause des difficultés qu’elle oppose à la sortie de celui-ci. M. So/ayrès pensoit, au contraire, qu’on devoit lui