II
rience. Onne pourra pas nous objecter que la tête de tous les enfans qui ont servi à ces expériences auroit pu être réduite davantage que nous l'avons fait entreles serres du forceps ,puisquedans toutes nous avons rapprochéles branches de cet instrument jusqu’à ce qu'elles se touchassent à l’extrémité opposée à ces mémesserres, etqueles forces que nous y employâmes, tantôt avec les mains seules, et tantôt au moyen du ruban qui servoit à rapprocheret à lier ces branches, furent telles que les trois forceps d'élite que nous nous étions procurés se trouvèrent faussés et déformés au point de ne pouvoir servir sans être retouchés par l’ouvrier. Voici le résultat de ces expériences.
1628. La tète du premier enfant, qui étoit de trois pouces et un quart d'épaisseur d’une protubérance pariétale à l’autre, n’a pu être comprimée que de trois lignes selon cette direction ; et loin de s'atlonger du front à l'occiput, quoiqu’ellefüt libre sur une table, elle perdit plus d’uve ligne dans ce sens, et trois autres lignes depuis le menton jusqu'au-dessus de la fontanelle postérieure. Les pariétaux se croisérentsupérieurement d’uneligne et demie, et parurent s’avancer d'autant sur le bord du coronal et de Foccipital. Cette même tête prise du front à l'occiput, fut comprimée de huit lignes; et les branches du forceps, alors écartées d’un pouce trois quarts, ne purent étre rapprochées qu'à la distance de six lignes, malgré la force que nous y employämes. À ce degré de compression la suture sagittale s’est ouverte, les tégumens sesont déchirés vers le milieu de cette suture, et une portion du cerveau s'est échappée.
1629. Une autre tête de la même épaisseur n'a pu être réduite que de deux lignes, et sa longueur, qui étoit de quatre pouces, n’a point varié. Prise selon cetté dernière dimension , nous n'avons pu la comprimer que de trois lignes ; et pour y parvenir, lesforcesque nousemployämesfurenttelles que l'instrument perdit quatrelignes de ses courbures, c’est-à-dire que les cuillers , après l’expérience, offrirent quatre lignes d’'écartement de plus que celui qu'elles laissent à leur extrémité.
1630. Une troisième tête, de trois pouces deux lignes d'épaisseur, n’a pu être réduite que de deux lignes dans ce sens, et de cinq ensuite selon sa lon gueur. Ces trois têtes n’ont rien acquis en longueur pendant qu'on les comprimoit transversalement, et ne se sont pas augmentées selon cette dimension, quelle que füt la réduction qu’elles éprouvérent du front à l’occiput.
1631. Üne quatrième, de trois pouces quatre lignes d’une bosse pariétale à l’autre, mais plus molle que les précédentes, et ayant les sutures et les fontanelles plus lâches , fut comprimée de quatre lignes avec plus de facilité que la seconde et la troisième ne l’avoient été de deux seulement, et sa longueur s’en trouva plus grande d’une demiligne. Prise entre les serres du forceps, suivant cette dernière dimension elle a pu être réduite de huit lignes, mais son épaisseur n’en devint pas plus grande.
1632. La cinquièmetête,aussi molle que la quatrième, etayant deux lignes d'épaisseur de moins, étant comprimée avec le même degré de force, ne perdit égalementque quatre lignes, etn’augmenta
nullement selon sa longueur. Prise du front à l’occiput , elle perdit un demi-pouce, mais son épaisseur resta la même.
1633. La sixième , qui étoit de l'épaisseur de trois pouces seulement, fut réduite de quatre lignes et demie , et ne s’allongea en aucune manière. Pressée dans la direction du front à l'ociput, elle se réduisit de huit lignes, et son épaisseur en devint plus grande d’une seule, Dans ce degré de réduction, la région de la fontanelle antérieure est devenue très saillante, et une ouverture de six lignes faite avec le bistouri donna issue à l'instant à une portion de cerveau de la grosseur d'un œuf de poule.
1634. Uné septième tête, de l'épaisseur de trois pouces et un quart, n'a été comprimée que de trois lignes ; et une huitième, de trois pouces huit lignes, n’a pu l'être que de trois et demie (1).
1035.0n peut conclure d'après ces expériences, 1° que la réduction qu'éprouve la tête de l'énfant entre les serres du forceps est différente à quelques égards, selon que les os du crâne presentent plus ou moins de solidité au terme de la naissance, et que les sutures, ainsi que les fontanelles, sont plus ou moins serrées; 2° que cette réduction ne sauroit être, en aucun cas, aussi grande que des
RD 7 RP PV
(1) IT n'est peut-être pas inutile de faire observer que nous avions pris les dimensions de toutes ces têtes avant l’expérience , au moyen d’un compas d'épaisseur , et que nous avions marqué avec de l'encre les points où portoient les branches de cet instrument, afin de les:mesurer de nouveau entre ces mêmes points, dans l’état de la plus grande réduction que nous pourrions obtenir,
accoucheurs l'ont annoncée, et qu’elle ira difficilement et bien rarement au-delà de quatre à cinq lignes, lorsque l'instrument agira sur les côtés de la tête; 3° qu'on ne doit jamais évaluer son étendue, d’après l'écartement des branches de l’instrument, à l'extrémité opposée à celle des serres, et le degré de rapprochement qu'on leur fait éprouver avant d'extraire la tête, ni d'après les forces qu'on emploie pour les rapprocher ainsi; 4° enfin, que les diamètres qui croisent celui suivant lequel on comprime la tête, loin de s'augmenter dans les mêmes proportionsquecelui-ci diminue,nes’augmentent pas même pour l'ordinaire d’un quart de ligne , et en deviennent quelquefois plus petits.
1636. On objectera peut-être qu'une tête plus volumineuse que celle des enfans dont nous venons de parler et que nousavions prise au hasard parmi beaucoup d’autres, éprouvera une plus granderéductionquenousnelavonsobtenuedans nos expériences, si l'on emploie assez de force pour rapprocher l’une contre l'autreles branches du forceps, alors plus écartées à l'extrémité qui leur sert de poignée. La réduction seroit plus grande, en effet, si la tête plus volumineuse étoit en même temps plus molle ; mais par cela même qu'elle seroit plus considérable, elle n’en deviendroit que plus dangereuse pour l'enfant , puisqu'elle ne peut avoir lieu, en aucun cas, que la capacité du crâne n’en soit diminuée à peu près de la même étendue. A moins que l'enfant nesoit hydrocéphale, si la tête est plus grosse que celle des enfans qui ont servi à nos expériences, elle sera généralement aussi plus solide, et bien moins
susceptible d’être comprimée. Une tête de quatre pouces deux lignes d’une protubérance pariétale à l’autre (il en existe peu de plus grosses au terme de la naissance), n’a pu être réduite que de deux lignes, et la force qu’on y a mise a été si grande, quel'instrument s’en est déformé, et ouvert d’un pouce à l'extrémité des cuillers.
1637. Les partisans du forceps, et noussommes de cenombre, pourront objecter également quele cercle osseux que décrit le bassin vicié à travers lequel on s'efforce de faire passer la tête engagée entre les serres de l'instrument, doit agir sur ses mêmes serres, comme l’anneau qu’on faitavancer sur le corps de certaines tenailles pour en rapprocher les mächoires et fixer davantage ce qu'elles embrassent, puisquele forcepsainsidisposéforme uneespèce d’ellipse dont le ventre estau-dessus de ce cercle osseux. L’on ne peut disconvenir de la force de cette objection :il est bien certain que la résistance du cercle osseux dont il s’agit produiroit sur le forceps le même effet que l'anneau sur les branches de la tenaille et en rapprocheroit les serres, si le diamètre de la tête déjà comprimée surpassoit encore celui du bassin, et si l'on employoit assez de forces pour lui faire franchir ce canal, Mais comme la pression que l'instrument exerce alors sur les parties de la femme, interposées entre le dos des cuillers et les os du bassin, est égale à celle qu'en éprouve la tête même de l'enfantsurlaquelleonagit,quellessuitesfacheuses n'en doit-on pas attendre? Toutes les fois que la
-maiu ne peutréduire convenablement le diametre de la tête au moyen du forceps, dans le cas de
DES ACCOUCHEMENS. 23 disproportion, cet instrument cesse d’être recommandable,
1638. S'il paroît impossible de déterminer le degré de réduction qu'éprouve la tête entre les serres de l’instrument, d’après l'écartement que laissententreelles les branches decedernier,àlextrémité qui leur sert de poignée, et le rapprochement qu'on leur fait éprouver pour les mettre en contact, parce que cetle réduction est subordonnée, comme on vient de le dire, à la solidité des os du crâne, à l'état des sutures et des fontanelles, à la maniere dont la tête est prise par Pinstrument, à la longueur des branches de celui-ci, à sa trempe plus ou moins forte, etc.,il n’est pas moins impossible de fixer le terme au-delàäduquel on nesauroit porter cette réduction sans donner atteinte à la vie de l'enfant, ce qui seroit bien plus important à savoir; car ceseffets relativement à cetenfant sont égalementdifférensselonces mêmes circonstances et beaucoup d’autres encore qui peuvent naître de la durée des efforts du travail auquel il a été exposé avant l'application de linstrument. Ce qui nous paroiït hors de doute, c’estqu’une réduction d'une étenduedonnée, lorsqu'elle se fait naturellement, estmoins fâcheusequ'une pareilleréduction qu'on obtiendroit avec le forceps, parce qu’elle s’opèré par des gradationsinfinies , au lieu que la dernière se fait beaucoup plus vite, malgré toute la lenteur avec laquelle laccoucheur puisse agir.
1639. Quelques praticiens sont dans l’opinioti qu'on peut la porter, avec le forceps, bien au-delà de ce que nous l’avons fait dans nos expériences, et assurent qu'elle peut aller non seulement à six
lignes, mais encore à un pouce, et méme à un pouce et un quart, sans être très fâcheuse pour l'enfant. Ces pr aticiens nous par oissent ég: alement dans l'erreur sur ces deux points : nous pensons que s’ilexistoit un instrument avec lequel on püt comprimer la tête de l'étendue d’un pouce, il faudroit le rejeter comme devant étre un instrument meurtrier. Si la réduction de la tête devoit être portée à ce point pour donner la mort à l'enfant, jamais on neseroit en droitd’attribuercetaccident au forceps; car il n’en est pas qui puisse la réduire autant, quelles qu’en soient la trempe et la forme. En supposant qu'il yen eüt un, il ne sauroit être recommandable pour le casou l'enfant est vivant: le but de l’art n'étant pas moins de ie conserver que de l'extraire du sein de sa mere.
16/40. Pour assurer qu'on a comprimé la tête de l'enfant jusqu’à tel ou tel point sans lui donner la mort, il faudroit qu’on en eùt mesuré le diamètre dans le sens où le forceps aété appliqué, avant de la comprimer ,et qu'on l'eût fait de nouveau apres la sortie de la tête, dans l’état de réduction ou elle étoit entre, les serres de cet instrument : ce que personne n'a fait,etne fera sans doute. L’échelle de graduation que quelques uns ont fait adapter aux branches du forceps à dessein de faire connoitre l'étendue de cette réduction, ne serviroit au plus qu’à marquer le degré d’écartement et de rapprochement de ces branches. L’on ne doit accorder aucune confiance à tout ce qu’on a publié sur ce point, parce que l’on n'a que des données
énérales, et des plus incertaines.
1641. Le comparantle degré d’écartement qu'ont
présenté les branches du forceps dans toutes nos expériences, à celui que nous avons observé dans le cours de notre pratique, toutes les fois que - nous avons placé cet instrument sur le côté de la tête ; les forces que nous avons employées dans l’un et l'autre cas, pour rapprocher ces mêmes branches et les mettre en contact, nous-pouvons assurer que la réduction peut aller de deux à quatre lignes sans donner atteinte à la vie de l'enfant; mais il n'est pas aisé de déterminer de combien elle peut être portée au-delà sans que la mort en soit la suite.
1642. Ces réflexions paroitront d'un tres grand prix aux personnes qui se sont déclarées ouvertement contre l'usage du forceps, et qui se sont fait un devoir de le proscrire, sous le vain prétexte de défendre la cause de l’humanité : car, selon leurs principes, le forceps ajoutant nécessairement l'épaisseur de ses deux branches, qui est de trois lignes, à celle de la tète du fœtus, il faut une réduction detroislignes de la part de cette tète pour compenser cetteaddition, et cetteréductionqu’on pe sauroit regarder comme exempte de toutes espêces d’inconvéniens, est alors en pure perte pour l'accouchement, puisquel’épaisseur dela tête ainsiréduite, y compris celle de l'instrument, reste la même relativement au diamètre du bassin. Ce raisonnement seroit en effet sans réplique, si l’on necomprimoitréellement la tête de l'enfant que de trois lignes, si la plus grande épaisseur des cuillers répondoit exactement aux protubérances pariétales, si ces protubérances ne s’engageoient pas elles-mêmes dansla fenêtre de cescuillersau point,
Des avan-
souvent, de se trouver à fleur de la suface externe des jumelles, et si le plus grand diametre du ventre de l’ellipse que décrit l'instrument ainsi chargé de la tête, correspondoit exactement au petit diamètre du bassin : mais les choses se passent autrement que ne l'ont annoncé les détracteurs du forceps , surtout à l’égard de quelques uns de ces points, quand l'instrument est dirigé ar une main habile.
1643, Si le forceps conduit le plus sagement et le plus méthodiquement possible n’est pas sans inconvéniens pour l'enfant lorsqu'il existe un défaut de proportion entre sa tête et le bassin de sa mère, à plus forte raison quand cet instrument se trouve entre les mains de ceux, qui, oubliant cet axiome, sat cttù st sat bene, imaginent que leur gloire et leur succes dépendent de la promptitude avec laquelle ils opèrent; car au lieu d’une victime, souvent ils en comptent deux, le forceps dirigé sur de pareils principes n'étant pas moins contraire à la mère qu’à l'enfant. |
1644. Les avantages de cet instrument ne sont
tages qu'on jamais plus évidens que dans le cas oùil ne s’agit
peut retirer du forceps.
que d'ajouter ou de suppléer aux forces de la mere , ainsi que dans celui où l’on n’est sollicité à opérer l'accouchement que par rapport aux accidens qui en compliquent le travail, tels que l'hémorragie, les foiblesses, lés convulsions, la sortie du cordon, etc. Mais nous ne sommes pas toujours assez heureux pour n’avoir à l’'employer que dans de semblables circonstances ; et malgré le danger qui semble attaché à son usage en d’autres Cas, nous nous croyons obligé d’y avoir re-
cours pour éviter des opérations dont le succès seroit encore plus douteux.
1645. Quand le bassin de la mère n'offre que Cas où trois pouces moins quelques lignes de petit dia- Ve ve mètre, l’on ne doit pas se promettre d'amener gant. À enfant vivant au moyen du forceps, et l'usage en est même dangereux lorsque ce diametre n’a que trois pouces. En ne considérant cet instrument que comme une ressource ponr terminer l'accouchement, abstraction faite de l’atteinte fàcheuse qu'il peut donner à la vie de l'enfant et aux parties de la mere, il faudroit encore mettre des bornes à son usage; car il ne convient en aucune maniere lorsque la défectuosité du bassin est telle qu'elle ne laisse pas deux pouces six à huit lignes d'ouverture. Alors, de quelque manière qu'on l’applique, il faudra compter bien moins sur la réduction qu'il opérera, que sur l'avantage qu’il procurera ycomme moyen de tirer sur la tète de l'enfant et de seconder ainsi les efforts qui tendront à l'expulser. |
16/46. La plupart des auteurs ne l'ont employé Gas où ses qu'autant que la tête de l'enfant étoit descendue auteurs l’emdans le fond du bassin, ou qu’elle s’y trouvoit en- PF" gagée au moins d'un tiers , et même de la moitié de sa longueur. Smellie paroît être le premier qui se soit écarté de cette règle, qui en ait fait usage dans le cas où la tête étoit encore au-dessus du détroitsupérieur. Ce fut mème spécialement pour ces sortes de cas qu'il fit construire un sécond forceps plus long que celui dont il se servoit d’abord , et qu'il y ajouta une nouvelle courbure semblable à celle du forceps de Levret. Smellie a
connu non seulement la possibilité de le porter aussi loin, mais encore qu'il étoit plus facile de appliquer alors, que quand la tête est engagée transversalement dans le détroit supérieur et fortement serrée entre le pubiset le sacrum , puisqu'il recommande de la repousser entierement au-dessus du rebord du bassin, pour conduire ensuite plus facilement les branches de l'instrument sur les oreilles de Penfant.
1647. Smellie a su de même apprécier les avantages et les inconvéniens qu'il pouvoit y avoir d'aller saisir la tête au-dessus du bassin avec son nouveau forceps. Ayant remarqué que les derniers l’emportoient souvent de beaucoup sur les premiers , il résolut de ne pas le conseiller ouvertement et de ne pas faire connoitre, même à ses disciples, tout le parti qu'on pouvoit en tirer; crainte, disoit-il, de les rendre trop entreprenans.
1648. Celui d'entre nous qui fait honneur à Roëderer de l'idée d'aller saisir avec le forceps courbe une tête parfaitement libre sur l'entrée du bassin, n'avoit sans doute pas lu les ouvrages de Smellie, qui sont antérieurs à ce que ce dernier nous a transmis sur l'art des accouchemens : il y auroit vu non seulement ce que nous venons de rapporter, mais de plus qu'un nommé Pudecomb avoit extrait heureusement avec le forceps , dès l'année 1743, un enfant dont la tête étoit encore au-dessus du détroit supérieur. £e fait rapporté par loéderer (1) ne peut en outre lui être attribué, car on voit clairement dans son observation qu'il n’en est que l'éditeur.
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(1) Opuscula medica. Gocttingæ , 1763, pag. 206, obs. #.
1649. M. Deleurye n’est pas le premier accoucheur français qui ait porté les forceps aussi loin, ni qui ait recommandé de le faire, comme il l'a publié (1) ; car il n’en dit rien dans la première édition de son ouvrage qui parut en 1770, tandis que Solayrès(2), qui le recommandoit dans ses cours particuliers de l’année 1760, a mis luimême ce précepte en pratiqué en présence de plusieurs de ses élèves, en 1770. J'ai employé cet instrument, au moins vingt fois depuis, en de pareilles circonstances; mais le succès n’en a pas toujours été le même pour l'enfant, et ne pouvoit l’être à la vérité, parce que je n'y ai eu recours, en quelques cas, qu'après sa mort. Il paroît que M. Coutouly, qui. avoit également suivi les lecons de Solayrès, n’a pas porté l'usage du forceps aussi loin que d’après les principes de cet accoucheur.
1650. L’utilité du forceps ne se borne pas aux seuls cas où le sommet de la tête se présente à l’orifice de la matrice; on emploie également cet instrument en d’autres circonstances, comme dans celle où la face de l'enfant s’avance en premier, celle où la têteest retenue après la sortie du corps , tel qu'on le voit quelquefois dans les accouchemens où l’on amène l'enfant par les pieds. C'est encore dans les ouvrages de Snellie qu'on trouve les premières traces de l'usage du forceps
pe
S (1) Nous ne savons pas en quelle année il a appliqué le forceps sur la tête au détroit supérieur pour la première fois. (2) Solayrés, mort en 1772, a professé l’art des accouchemens à Paris depuis 1769 jusqu’en 1571 inelusivement,
Forme du levier de Roonhuisen,
dans ce dernier cas. Cet auteur est tant estimé, que nous aimons à croire que c’est par oubli, et non dans le dessein d’en affoiblir le mérite, qu’un de nos confrères a publié qu’il n’avoit fait qu'indiquer cet instrument pour ces sortes de cas, et n’avoit pas décrit la manière de s’en servir (1). Nous détaillerons dans la suite les circonstances où il peut être très utile de se servir du forceps, et la manière de l’employer dans chacune d'elles.
ARTICLE IT
Du levier , vulgairement appele le Roonhuisen.
1651. Le levier dont on se sert encore quelquefois utilement dans la pratique des accouchemens, n’a presque rien conservé de la forme qu'il avoit reçue de Aoonhuisen, son premier auteur, et en a, pour ainsi dire, emprunté une nouvelle de chaque main qui l'a employé.
1652. Ce n'étoit, dans le principe, qu'une lame d'acier, bien trempée, longue de onze pouces ou environ, large d'un seul, et de l'épaisseur d’une ligne et demie. Elle étoit droite dans sa partie moyenne, et recourbée légérement vers ses extrémités dans l'étendue de trois pouces et demie ou à peu pres, ces courbures n'étant estimées qu’à un huitième de pouce de profondeur. Des emplàtres épais, soit de diapalme ou autre, garnissoient le revers de sa partie moyenne ainsi que le bout
(1) M, Deleurye.
de chaque courbure, et le tout étoit recouvert d’une peau de chien, mince et fort douce, artistement cousue , dans les vues de modérer la pression qu’il doit exercer dans l'opération, tant sur la tête de l'enfant que sur les parties de la mère, qui lui servoient de point d'appui. L'épaisseur dn levier ainsi recouvert étoit en quelques endroits de trois huitièmes de pouce (1).
1653. Le levier que les Français ont substitué à celui-ci ressemble assez bien à l’une des branches du forceps de Palfin , si ce n’est qu’il est plus étroit et plus allongé, et que sa courbure est bordée intérieurement d’un filet semblable à celui qui règne autour des cuillers du forceps courbe de Zevret. Pour le rendre plus utile, il faudroit le courber davantage, et lui donner la moitié de sa largeur de plus, comme quelques uns l'ont déjà proposé et fait exécuter (a).
(1} Toutes ces proportions sont rapportées d’après la traduction de la dissertation de Vischer et Van-de- Poll, qui est insérée à la fin des œuvres de Smellie, et celles que lui assigne Camper paroissent les mêmes. Nous n'avons pu les vérifier sur la dissertation originale que nous avons sous les yéux , parce que nous n’entendons pas la langue hollandaise; mais nous assurons que la planche qui représente le-evier, dans cette dernière, a servi de copie à tous les autres, M. Herbiniaux assure que le traducteur de cette dissertation s’est trompé sur ce qui regarde l'épaisseur des extrémités du levier, qui n’est au plus que d’une ligne et demie , au lieu de trois huitièmes de pouce. Voyez Herb., nouv. édit., tom. 1, pag. 46, $ 37.
(i) Goubelly, M.-P., en 1772. C’est sans doute par erreur que l’accoucheur de Bruxelles dont nous venons de parler nous reproche de lui donner deux pouces de largeur, qui est
Levier des Francais.
1654. Les Hollandais avaient fait un très grand usage de cet instrument avant qu'il füt connu parmi nous. C'étoit un secret dans la famille de Roonhuisen, qu’on n’obtenoit qu'à force d'argent, et ce ne fut qu'après la mort de Bruyn, Jun de ses copossesseurs, que deux médecins, de Vischer et f'an-de-Poll, qui l'acheterent environ 5,000 livres de France, le rendirent public et firent connoître la maniere dont on s’en servoit, malgré la condition expresse à laquelle ils avoient souscrit de ne pas divulger ce fameux secret. |
Méthodede 1095. Æoonhuisen et ses partisans ne lappli- Roonhuisen. quoOient que dans le cas, disoient-ils, où la tête de l’enfant étoit enclavée, et dans cette espece d'enclavement surtout où le front étoit si serré
contre le sacrum et l’occiput contre le pubis, que
la tête ne pouvoit être poussée au-dehors par les
efforts de la nature, quoiqu'il ne s’en fallût ordinairement que de la longueur d’un pouce: ce qui
se présentoit sans doute plus fréquemment en Hollande et dans ce temps que parmi nous et atijourd'hui, puisqu’un seul accoucheur de la ville d'Amsterdam (de Bruyn,mort en 1953), assuroit qu'ilavoit délivré huit cents femmes avec cet instrument dans l’espace de quarante-deux ans (1).
cependant celle de son levier fenètré. Nous le préviendrons qu'en augmentant de la moitié de sa largeur un instrument qui n’a que onze ligues, on n’en fait pas un de deux pouces, mais de seize à dix-sept lignes seulement, à (1) Ce grand nombre d’accouchemens opérés par dé Bruyn ne prouve rien, si ce n'est l'abus qu’un seul homme a fait de
1656. Si l’on nous a taxé d’avoir altéré la doctrine des premiers partisans du levier, de celui meme qui passe pour en être l'auteur, on n'en soupçonnera surement pas ledocteur Camper, qui devoit être très versé dans la lansue hollandoise, puisque c'étoit la sienne même. Moici comment il traduit le passage de la Dissertation de F’tscher et de Van-de-Poll, sur ce qui concerne le cas pour lequel on avoit recours au levier du temps de de Bruyn : « L'enfant étant naturellement placé » dans la matrice, présente la tête, .dit-il; mais »elle ne peut être poussée par les forces de la
nature, quoiqu'il ne s’en faille ordinairement » pas plus que la longueur d’un pouce, lors- » qu'elle est dans ces circonstances, et qu'elle » reste enclavée dans le bassin , S'arrêtant sur le » bord des os pubis, el qu'on est persuadé que Ja » nature ne peut la faire avancer davantage: c est
> alors que cet instrument doit être employé. »
Mlèurs : « La tête étant descendue dans le bas- » sin, reste avec l'occiput contre ou sur le bord »supérieur des os du pubis, ce qui est pro-
ce nouvel instrument. Ces occasions fréquentes de l’employer pourroient faire douter du savoir de de Bruyn. Un praticien qui assureroit avoir rencontré autant de têtes enclavées dans le même espace de temps , soit à Paris ou à Londres , villes bien plus grandes qu’Amsterdam, y fût-il seul en possession de l’exercice de l’art des accouchemens , ne mériteroit pas plus de confiance, quoique Camper estime que le nombre en doit être porté à fa cent cinquante dans le cours de chaque année commune dans la ville de Paris. { Voyez la dissertation de ce médecin sur le levier de Roonhuisen, Mém. de l'Académie de chirurgie, tom. V.)