Tome IE
Observations en preuves.
Autre observation sur le même sujet,
l'extraire avec le forceps. J’y rencontrai autant de difficultés que dans les accouchemens précédens, et l’enfant n'eut pas un sort différent de celui des autres. Qu'aurois-je donc éprouvé, si le bassin de cette femme qui avoit, selon l'estimation que ] ’en ai faite, environ tit pouces moins un quart de petit diamètié supérieurement , n’eût eu que deux pouces, et même moins , comme nous en Conservons plusieurs?
2015. Une autre femme à qui l’on avoit fait avec succès l’opération césarienne lors de sa première grossesse, est accouchée quatre fois depuis sous nos YEUX , mais au plus tard au terme de sept MOIS ; et quoique les enfans fussent petits, même pour ce terme, les accouchemens ont -été constamraent très-longs et très-pénibles. Le troisième de ceux-ci se fit dans mon amphithéâtre en présence de quarante-cinq Elèves au moins, après un travail de plus de quinze heures et des plus soutenu : la femme se croyoil à terme, parce que les règles étoient supprimées depuis plus de neuf mois. En lui annonçant son accouchement quelques jours auparavant , J'ajoutai qu'elle n'étoit tout au plus qu’au septième mois de sa grossesse, et l'événement le fit bientôt connoître. L'enfant, au moment de sa naissance , ne pesoit que deux livres huit onces et demie ; sa tête n’avoit que deux pouces huit lignes de diamètré. d' une bosse par iétale à l’autre, c’est-à-dire, dans sa plus g orande épaisseur et restituée dans son état us car au moment de sa sortie, elle étoit déprimée sur un de ses côtés, au moins de la profendeur de deux lignes, à Fendroit qui avoit touché la saillie
DES ACCOUCHEMENXS. 29 f
du sacrum. Cet enfant ne vécut que deux jours et demi ; J'en conserve le squelette dans mon cabinet. Le quatrième accouchement fut encore plus long, quoique l'enfant fût aussi petit : ce dernier mourut presque aussitôt après sa naissance (x).
2016. D’après ces tristes fruits de l’accouchement prématuré, quand la nature a mis quelques bornes encore à la mauvaise conformation du bassim, que pourroit-on en espérer lorsque l'entrée de cette cavité ne présente de diamètre que douze à quatorze lignes, comme on le voit sur un des bassins qui forment ma collection, ou lorsqu'elle est encore plus étroite ?
SECTION IV
Du régime, considéré comme moyen de prévenir les difficultés de l'accouchement, quiproviennent de la mauvaise conformation du bassin.
2017. Si la grosseur de l'enfant étoit en raison de la quantitéet de la qualité desalimens que prend la femme pendant le cours de la grossesse, comme le pense le vulgaire, le régime que quelques-uns ont recommandé de lui faire garder dans les vues de modérer ou de borner l'accroissement de son enfant , seroit très-louable en quelques cas ; mais l'on ne voit que trop souvent le contraire. Des femmes nourries dans le sein de l'abondance, et | |
(x) Ces observations doivent justifier M. Millot aux yeux de ceux qui l’ont accusé d’avoir opéré la femme dont il s’agit ; sans nécessité : le bassin n’avoit que deux pouces et demi de petit diamètre, comme ün l’a remarqué à l’examen du cadavre de cette femme , morte en 1701.
292 L'ART qui trouvent à peine dans la variété des alimens que leur procure l’aisance de la fortune, de quoi se rassasier , accouchent dun enfant très-petit et très-délicat ; tandis que d’autres, épuisées par la maladie, où la diète forcée la plus sévère, ont souvent des enfans très-gros et très-forts. Nous en avons secouru quelques-unes consumées de marasme , et conservant à peine un souffle de vie, qui ont donné le jour à des enfans du poids de neuf à dix livres; d’autres, qui avoient acquis de la force, de l’embonpoint, et dont la masse s’étoit accrue pendant la grossesse du poids de trente à trente-cinq livres, quoique leurs enfans ne pesassent que de six , six livres et demie.
Du peud'u- 2018. Le peu de différence que présente la char-
tilité qu'on ’ peut alors re- pente osseusé, COMpare dans un grand nombre
VHS
0) du rési- d’enfans à térme, montre évidemment que le régime qu’observeroit Ja inère , quand même il pourroit modérer leur accroissement , ne pourroit être salutaire qu'à ceux qui n’ont à traverser qu'un bassin peu difforme et dont les dimensions sont presque dans l’état naturel. Quelle que soit linfluence du régime de la femme grosse sur le développement de son enfant, on ne peut lé compter parmi les ressources de notre art, dans le cas de
l'extrême difformité du bassin.
ARTICLE TEL
De la section du pubis.
His Let L'usage des crochets et autres instrumens 10on du puDIS. \ . .
publs. 4 cette espèce toujours dangereux , et meurtriers
DES ACCOUCHEMENS, 203 pour l'enfant, ainsi que les accidens formidables qui ont moissonné la plupart des femmes à la suite de l'opération césarienne, ont porté de tout temps à la recherche d’un moyen qui pût nous dispenser de recourir à ces ressources faiales. Des hommes sensés s’étoient déjà lassés de s'en occuper, voyant que leurs efforts seroient inutiles, et se côntentoiént de gémir sur la destinée des femmes et des enfans qu'ils ne pouvoient épargner , lorqu'un étudiant en Chirurgie (1) conçut, en 1705, le projet d'agrandir le canal du bassin en séparant les os pubis au moyen de la section de leur symphyse, et le mit en pratique quelques années ensuite ; quoique le jugement de l’Académie de Chirurgie, auquel il l’avoit soumis , ne lui eût pas té favorable ; le titre qu'il venoit d'acquérir dans la Faculté de Médecine , lui paroissant su fisant pour l’autoriser à entreprendre une opération nouvelle, qui avoit alors peu de partisans et beaucoup d’adversaires.
2020. M. Sigault n'est pas le premier qui ait conçu l’idée d'agrandir le bassin de la femme dans la vue de le rendre accessible au fœtus. Severin Pineau Vavoit recommande près de deux cents ans auparavant, d'après lopmion où il étoit que ce seroit en vain que se dilateroient l'ormice de la matrice et l’ouyerture des parties extérieures , si les os pubis ne s’écartoient pas pour le passage de enfant. Mais il n’avoit proposé, pour favoriser cet écartement, que des bains, des lotions émol- ME , des corps gras et mucilagineux , parce qu'il
crôvoit qu'il suffisoit de relâcher la symphyse des
(1) M. Sigauli » depuis Médecin de la Facnité de Paris.
Origine de la section üu pabis.
os, pour les écarter ; au lieu que M. Sigault a pensé qu'il étoit plus expédient de trancher ce nœud que de le délier. Il faut convenir que ce dernier auroit eu raison si l’écartement de ces os étoit aussi nécessaire à l'accouchement que les adversaires même de sa nouvelle opération l'ont publié ; parce que la section de leur symphyse seroit le seul migyen de l'obtenir. M. Sigault n’a suivi que limpution que lui avoit donnée la lecture de Pineau et des Auteurs qui en avoient adopté l'opinion, comme il le dit lui-même (1). Il paroîtroit bien étonnant d’après cela, que deux siècles se fussent écoulés, depuis l’époque où vivoit le premier, sans que personne n’eût osé trancher la symphyse dont il s'agit, si l’on ne supposoit assez de lumières à ceux qui ont exercé l’art des accouchemens, pour avoir entrevu l’inutilité, et le danger, tel qu'il soit, d’une pareille "opération, dans le cas de défectuosité extrême du bassin.
2021. Non-seulement Severin Pineau avoitconcu l’idée d'agrandir le bassin, comme on vient de le dire, mais on pourroit croire qu'il avoit connu aussi la possibilité de couper avantageusement la symphyse du pubis : du moins peut-on linférer du passage faivant de son ouvrage. Après avoir parlé des précautions que la nature semble avoir prises dans la construction de la tête du fœtus, pour favoriser l'accouchement, il ajoute que son travail est bien plus admirable dans l’écartement des os du bassin de la mère ; que ces parties non-seulefitent
mt mt ae
(1) Poyez la Thèse de ce Médecin , soutenue aux écoles d'Angers en 1779.
peuvent se dilater, mais encore qu'elles peuvent être coupées sûrenient. St exim natura ossa CApitis non perfecerit in utero, neque suturas ullas his ef- Jfinxerit, ut deflexis ossibus et ul cumque compresso capite fœtus in enixu Jaciliès expellantur utero , exeantque foras : quanto magis in dilatandis maternis ossibus sagax et provida eadem erit, conira eorum opinionem qui ista ossa dilätari negant. Prœtereaignobiliores partes nobilioribus semper ministrant et obsequuntur, nec non continentes seu externæ, non tantüum dilatari, sed etiam secari tuto possunt, ut internis succurratur, ut Galenus ait. At nemo sanè est mediocriter in Medicinà ver- Salus , qui non noveril puero$ in utero contentos ul nobiliores esse maternis ossibus, pelvim , ut vulso loquimur , Constituentibus (x).
2022. Si on'‘eatrevoit dans ce passage l’idée de la section du pubis, l’on ne peut refuser au Médecin de Paris de l'avoir mise au grand jour , et d’avoir exécuté ce projet le premier (2). Presque le seul défenseur de cette nouvelle opération avant 17977, le succès qu'il en obtint alors sur la femme Souchot, lui valut un grand nombre de partisans (3) qui la pr'atiquèrent ensuite, pour
(x) Sever. Pineau , cap. X , Opuscul. et Physiolog. et Anatom. , lib. IE
(2) M. A/ph. le Roy, D. M. P. , a cependant publié qu'un Médecin Français l’avoit pratiquée à Varsovie dans le dix-septième siècle. ( Voyez sa brochure intitulée : Examen de V Art des Accouchemens de M. B., ext. de la Gazette de Santé , année 1781.)
(1) Nulle découverte dans Part de guérir n’a été accueillie plus universellement que la section du pubis ;.
ainsi dire comme à l’envi ies uns des autres , mais la plupart avec un succès si différent que M. S:gault s’aperçut bientôt, et éprouva lui-même, combien cette RTE étoit peu certaine POUF l’enfant et pour la ruère quand le bassin est trèsdifforme (1).
2023. M. Sigault n'avoit proposé cette opération que pour les cas extrêmement rares, où la mauvaise conformation du bassin ne laissoit d’autres ressources que l'opération césarienne ; mais ayant franchi, pour ainsi dire, dès le premier pas, les bornes étroites dans lesquelles il l'avoit circonscrite, ses partisans ne lui en assignèrent aucune, et on le vit, ainst ‘qu'eux, la pratiquer sur ‘des femmes qui étoient accouchées précédemment par les seuls «efforts de la nature, et sur bien
elle eut presque autant de partisans qu'il y avoit alors d'individus dans la société, même étrangers à la Médecine , parce qu'elle intéressoit ce que nous avons tous de plus cher. Un grand nômbre de Médecins et de Chirurgiens , tant en France qu'ailleurs , se déclarèrent en faveur de cette opéralion ; à peine l’eut-on pratiquée une seule fois «avant même qu’en ne sût bien quel en seroit l’événement, que l’Europe entière retentit du nom de son auteur , que la Faculté de Paris fit frapper une 'mé- - daille en son honneur , et. que le Gouvernement lui accorda une pension , ainsi qu’à la femme qui venoit d’être opérée, D'un côté de la médaille est leffigie du Doyen de cette Faculté, et de l'autre linscription suivante : Sectio symphis. oss. pub. lucina nova, ann. 1768 , invenit , proposuit , 1797, fecit feliciter. J.- À. Sigault. D. M.P. juvit. Alph. le Roy, D. M.-P.
(x) Voyez les observations de l’Auteur , que nous rapporterons succinctement dans la suite de cet article.
d’autres qui l’ont fait depuis. Les uns la substituèrent à la patience dont ils auroient dû s’armer , et les autres à l’application méthodique des doigts; ceux-ci à l'extraction de l'enfant par les pieds, et ceux-là à l’usage du forceps ou des crochets. Tous, dès-lors, ne virent que de grandes difficultés à lPacconchement, et de moyens de Îles vaincre, que dans la section du pubis; de’sorte qu’on la fit plus de fois dans l’espace de quatre à cinq années, qu'on n’avoit fait la césarienne dans le cours de vingt à vingt-cinq, et peut-être même d’un demi-siècle. Pendant ce trop long instant de délire, il sembloit que Part des accouchemens se réduisit à la dextérité nécessaire pour bien exécuter cette opération ; encore osa-t-on publier qu’elle étoit peu de chose en elle-même, et que le traitement à sa suite faisoit tout.
2024. Quoique le temps eût opéré ce que n’avoient pu faire les écrits multipliés qui ont paru dès les premiers momens, contre cette opération, quoiqu'on la pratique beaucoup plus rarement depuis que la vérité s’est fait entendre au mépris de la prévention, nous nous en occuperons cependant, et nous ajouterons mème à ce que nous en avons déjà dit dans nos premières Editions, parce que le nombre de ses partisans nous paroît encore trèsgrand, et que la plupart ne sont pas assez instruits, et ne peuvent acquérir Ja connoïssance des faits les plus propres à dissiper leur erreur, où à ieur inspirer au moins la méfiance qui sembloit retenir M. Sigault dans les dernières années de sa vie (1).
(1) La confiance de M. Srgault dans ce nouveau pro-
208 | TÉGRE
2025. Nous suivrons la même voie d'analyse que dans la première de ces éditions ; quoiqu'on puisse rassembler aujourd’hui assez d'observations pour étayer son jugement sur cette nouvelle opération. Le but que se proposoit son Auteur étant d'augmenter la capacité du bassin, dans tous les cas de mauvaise conformation, au point de le rendre d’un libre accès au fœtus, et spécialement dans la circonstance où l'opération césarienne étoit indiquée exclusivement, nous nous attacherons d’abord à faire connoître l’ampliation qu’en reçoit ce canal, d’après des expériences multipliées sur le cadavre; nous examinerons ensuite si le résultat des nombreuses observations que nous avons recueillies, est différent de celui que ces expériences annoncoient ; enfin, si la section du pubis, non-seulement procure momentanément au bassin le degré d'ouverture nécessaire à l’accouchement, mais encore si l'exécution en est aussi facile, et si les suites en sont aussi simples qu'on l’a publié.
——————— cédé étoit tellement diminuée dans ces derniers temps , qu'il se refusoit à la tenter lorsque le bassin ne lui offroii pas au moins deux pouces et demi de petit diamètre dans son entrée. Nous l’avons vu proposer l'opération césarienne chez une femme pour laquelle il nous appela en consultation , et que nous opérâmes en sa présence au mois de juillet 1785; et peu de jours avant sa mort , chez une autre , dont le bassin avoit au moins deux pouces et demi, et qui accoucha cependant naturellement d’un enfant privé de la vie. (Foyez d’ailleurs son observation co:1cernant la femme Vespres.)
DES ACCOUCIEMENS. 209
SECTION PREMIÈRE
Des expériences qui annonçoient le degré d’ouverture que la section de la symphyse des os pubis devoit procurer au bassin, et les accidens qui
devoient suivre cette opération sur la femme vivante.
2026. Les écrits se sont tellement multipliés à l'occasion de la section du pubis , dès les premières années, soit pour la recommander, soit pour la défendre, qu’ils composent plusieurs volumes , et qu'il semble qu’on ne sauroit rien dire de plus que ce qu'ils renferment. Nous avions essayé, dans une thèse soutenue aux Ecoles de Chirurgie en 1776, de détruire lopinion avantageuse qu’en avoient déjà quelques personnes dans un temps où son Auteur n’avoit encore osé la pratiquer (1). Après avoir combattu le sentiment des anciens, adopté par la plupart des modernes , sur l’écartement spontané des os du bassin dans l’accouchement soit naturel ou contre nature , et avoir démontré l'inutilité de cet écartement chez les femmes bien conformées, son insuffisance chez celles dont le bassin est vicié, et ses inconvéniens dans les unes et dans les autres , nous nous sommes
oo
(x) Cette thèse à pour titre : An in partu , propter angusliam pelois , impossibili, symphysis ossium pubis secanda ? Elle est du 5 novembre 1776 , onze mois avant
qu'on ne soumit la femme Souchot à cette nouvelle opération,
300 L'ART attaché surtout à prouver que celui qu'on obtiendroit de la section de la symphyse du pubis , quoique beaucoup plus grand , et que M. Srgault sembloit alors n’évaluer encore qu’à douze ou quinze lignes au plus, ne pourroit rendre le bassin assez spacieux pour le passage de l'enfant, quand sa mauvaise conformation exigeoit exclusivement l'opération césarienne. |
2027. Nous n’avons établi aucun parallèle entre ces deux opérations considérées du côté de leurs accidens ; parce que l’observation n’avoit pas encore fait connoître ceux dont la section du pubis seroit susceptible. Nous avons pensé qu'il suffroit de faire voir que cette nouvelle méthode ne pourroit ouvrir une voie suffisante et assez libre pour mettre la vie de l'enfant en sûreté, et que de tous les accidens qui paroissent devoir la suivre, celuiei étoit le plus grand , puisque le but qu’on se proposoit étoit de couserver l'enfant, en épargnant les jours de ka mère, L'expérience n’a pas tardé à confirmer notre jugement ; chaque essai qu'on a fait de cette méthode-ayant pour ainsi dire manqué ce but. ?
Ecartement 2028. M. Sigaul{ ignoroit encore à l'instant où qu'on PO :] opéra la femme Souchot, de combien les os après La de pubis pouvoient s’écarter après la section de leur D see. à symphyse ; vien ne prouve au McIns qu il en fût
alors instruit; quelques essais sur le cadavre, avant qu'il soutint sa thèse aux Ecoles de Médecine d'Angers , ne lui ayant montré qu'un écartement d’un pouce et quelques lignes On Comme il
(1) Quo facto, dit-il (iSymphyse secté ), ossa pubis
avoit établi sur ce foible produit tous les avantages de sa nouvelle méthode et la préférence qu'elle lui paroissoit mériter sur l'opération césarienne, nous avons borné l’écartement au même point dans nos premières expériences, et ce fut également d’après le peu d’accroissement qu’en recurent les diamètres du bassin , que nous nous prononçämes contre cette nouvelle opération, et que nous conclûmes qu’elle ne pouvait être substituée à la première. |
2029. On a publié depuis qu'on en obtiendroit constamment , sans efforts et sans danger , un écartement de deux pouces et demi; et c’est à ce terme même qu’on a dit lavoir porté sur la plupart des femmes à qui l’on a tranché la symphyse du pubis. M. Z/phonse le Roy , qui avoit annoncé ce degré d’écartement, a soutenu peu de temps après , qu'il l’avoit porté à six lignes au-delà, sur deux femmes qu'il venoit d'opérer avec succès (1). Mais de nouvelles expériences, dont le resultat n’a été que trop confirmé par le fait même de la section du pubis, nous ont démontré à quel prix on pouvoit y prétendre, même à celui de deux pouces.
2030. Dansle temps oùlespapiers publics annon-
subütù plusquam pollice à se invicem recedunt , tuncque fœtus naturæ artisque viribus sollicitatus per canalem ampliatum in lucem incolumis educetur. ‘Thèse soutenue aux Ecoles d'Angers , en 1773.
(x) Observations et Réflexions sur l’opération de la Symphyse et les Accouchemens laborieux , par M. 4/ph. le Roy , Médecin de Paris , 1780.
Résultat des expériences faites,à ce sujet.
coient chaque jour quelques nouveaux suceës de cette opération , une maladie épidémique qui enlevoittà la Société beaucoup de ces fammes que la misère oblige d'aller faire leurs couches dans les hospices , procura de fréquentes occasions de faire les mêmes expériences, surtout à l’Hôtel-Dieu de Paris , et chacun s’empressa d’en communiquer le résultat à l’Académie de Chirurgie : ce résultat ayant été assez constamment le même , nous ne rapporterons que quelques-unes de ces expériences.
2031. Le sujet étant placé sur le bord d’une table , les cuisses médiocrement écartées et soutenues par des aides , les os pubisse sont éloignés de trois à six lignes , à l'instant où la section a été faite. Ce n’est qu’en portant les cuisses fortement en dehors et jusqu’à leur faire décrire sur plusieurs femmes des angles droits avec le tronc ,ou la forme de la lettre T, que nous avons pu obtenir un écartement de deux pouces et demi ; encore at-1l fallu tirer sur les hanches, dans le même sens qu'on écartoit les extrémités inférieures. Cet écartement n'a eu lieu sur aucune femme, sans que les symphyses sacro-iliaques ne se fussent déchirées ; et ce déchirement , qui a commencé plus tôt ou plus tard, a été plus ou moins considérable , selon la forme particulière du bassin sur lequel nous opérions, et que les symphyses même présentoient plus ou moins de souplesse.
2032. Sur un bassin dont le détroit supérieur navoit que trois pouces et un quart de petit diamètre, et cinq pouces transversalement , les os pubis étoient à peine écartés d’un pouce, qu'une des symphyses sacro-iliaques parut ouverte d’une
ligne et demie , et l’autre d’une ligne seulement. 1 écartement de la première s’est augmenté jusqu'à cinq lignes, et celui de la seconde jusqu’à trois et demie; L périoste s’en est détaché assez au loin , et Fe. ligamens antérieurs se sont déchirés bien auparavant que l’éloignement des os pubis ne fût de deux pouces et demi. Dans une autre expérience sur un bassin de quatre pouces sept lignes de diamètre, du pubis au sacrum, et de quatre BOACES trois quarts dans l’autre sens, les os pubis n’ont pu s "écarter de vingt-une ligues sans que le périoste ne se füt également détaché des symphyses sacro-ilaques , et déchiré un.pouce au-devant d’elles. Ces symphyses entr'ouvertes au point d'admettre le bout du doigt , sécartèrent dans la suite de manière à recevoir l'hfotiént? extrémité du pouce.
2033. Nous avons remarqué pareillement dans ces expériences , répétées sur un grand nombre de femmes , que les os pubis parcouroient rarement un chemin égal en s’éloignant ; ce qui a donnéune ampliation différente au bassin, considérée du centre de la saillie du sacrum à l’angle de chacun de ces os. C’est aussi pour cette raison que les symphyses sacro-iliaques ne se sont pas toujours déchirées également. La différence que nous avons observée de l’écartement de l’ une à celui de l’autre, a été depuis deux lignes j jusqu'à sept.
2034. La piaie extérieure , qui étoit de deux pouces et demi, s’est déchitéë , dans tous ces cas, tant du côté de af angle supérieur que de l’inférieur , et quelquefois de l’étendue de plusieurs travers de doigt.
De l’ampliation qu’a donnée un écartement de deux pouces et demi.
2035. L'accroissement des diamètres du: bassin n'a pas été non plus le même dans ces diverses expériences , quoique l’écartement des os pubis füt de deux pouces et demi : il à paru différent selon la forme particulière qu’affectoient primitivement les détroits , l’étendue respective de leurs diamètres , et le chemin qu’avoit parcouru chaque os pubis.
2036. Dans le premier bassin cité au $ 2632 , la distance naturelle de l'angle du pubis droit au centre de la saillie du sacrum , s’est augmentée de cinq lignes et demie ; celle du pubis gauche, de deux hgnes seuiement , et le diamètre transversal en.est devenu de dix lignes plus grand. Dans le second bassin , l'angle de chaque os pubis s’est éloigné de cinq lignes du centre de la saillie du sacrum , et l’accroissement du diamètre transversal a été le mêine que dans le premier. Nous avons remarqué à peu près la même chose dans toutes les expériences que nous avons faites.
2037. Le diamètre transversal du détroit inférieur s’est augmenté beaucoup plus que celui du détroit supérieur ; et le haut de l’arcade du pubis s’est élargi presque toujours dans les mêmes proportions que les os se sont écartés.
2038. La forme intérieure du bassin étant la même partout, à de légères modifications près , et pouvant éprouver les mêmes altérations chez toutes les femmes, quel que soit le pays qu'elles habitent , ceux qui ont cherché comme nous à déterminer Île produit de la section de la symphyse du pubis , ont dû trouver le même résultat. On remarque , dans les expériences de M. Ripping ,
DES ACCOUCHEMENS. 305 faites à l’Hotel-Dieu de Paris, dans le temps où il suivoit mes leçons sur l’art des accouchemens , qu'un écärtement d’un pouce entre les os pubis, n'a donné qu’une ligne et demie de plus au petit dizmètre du détroit supérieur ; qu’il a fallu, dans un autre cas, porter cet écartement à neuf lignes en sus, pour en obtenir le même produit; tandis que six lignes d'ouverture sur un troisième bassin ont donné ce résultat, et qu'un écartement de deux pouces et un quart ne produisit que trois lignes et demie chez une autre femme encore.
M. Serin, Chirurgien - Accoucheur à Strasbourg, nc trouva également que trois lignes de plus dans la direction du petit diamètre du détroit supérieur, quoiqu'il eût porté successivement l’écartement des os pubis à deux pouces et un quart: et trois pouces ne lui donnèrent sur ce même bassin , que six lignes. M. Chevreul n'eut que deux lignes pour résultat d'un écartement de deux pouces, et n'en obtint pas davantage en le portant jusqu’à trois pouces (1); tandis que deux pouces huit lignes produisirent, sous les yeux de M. Des. granges (2), six lignes et demie à sept lignes : dans ce dernier cas, le bassin n’avoit prinntivement que denx pouces deux lignes de diamètre du pubis au sacrum, etc. etc. Tous ces Auteurs font mention également de l’altération et du déchirement des symphyses sacro-iliaques, quoique quelques-unés de leurs expériences eussent été faites à
(1) M. Chevreul, chirurgien à Angers : Expériences communiquées à l'Académie de Chirurgie.
(2) Chirurgien très-connu du Coilève de Lyon. Tone If. 20
“ss +
306 L'ART l'instant de la mort, et sur des femmes infiltrées, ou qu’on venoit de délivrer au moyen de l’opération césarienne. à
2039. Excepté ce désordre dans les symphyses sacro-iliaques , les partisans de la section du pubis ont reconnu ét admis les résultats dont nous venons de parler ; quoiqu'il ne dût pas leur paroître suffisant pour la plupart des cas dans lesquels ils croyoient cette opération recommandable. Les os pubis, dit M. Leroy, se portent d'autant plus en devant qu’ils sont plus éloignés l'un de l’autre après la section de leur symphyse. À un pouce d’ouverture, ils divergent en-devant de deux lignes ; à deux pouces, d’après les observations de M. Lauverjat, ils divergent de cinq lignes; et à deux pouces et demi, ils se portent en devant de huit lignes ;.…. ils divergerotent en-devant d’un pouce au moins, dans le cas d’un écartement de trois pouces (1). |
2040. Il paroît clairement, d'après le résultat de tant d'expériences, que le petit diamètre du détroit supérieur, qui est celui qui met le plus constamment obstacle à l'accouchement, ne peut s’accroître que de quatre à six lignes, au moyen d’un écartement de deux pouces et demi de la part des os pubis; ce qui ne sauroit , dans tous les cas, faire cesser la disproportion qui existe entre ce diamètre et celui que la tête de l’enfant doit y présenter, quand même on pourroit obtenir, sans inconvéniens, cet écartement de deux pouces et
a ——— (x) Rech. hist. et prat. sur la sect. de la sywph. du pub., pag. 71 et 72.
demi sur la femme vivante. Deventer et Roederer
avoient annoncé cette importante vérité, que l’ob-
servation a confirmée tant de fois depuis la dé-
couverte de M. Sigault. Ce west pas de Pécarte-
ment des os du pubis, dit le premier, qu'on doit
attendre l’ampliation nécessaire à l'accouchement,
mais de la rétrocession du sacrum, soit en totaliié,
soit en partie (1): Roederer ajoute que l'écarte-
ment des os pubis ne peut augmenter que le dia-
mètre transversal du bassin (2). re 2041. Quelques partisans de la section du pubis + se
objectent que les expériences qui ont donné ce ire les expé-
résultat, ne pouvoient faire connoître au juste le [Pme
roduit d’un écartement de deux pouces et demi à
chez la femme vivante et sur des bassins mal con-
formés, soit qu’on le considère du côté de l’amplia-
tion du canal, ou de l’altération des symphyses
sacro-iliaques ; parce qu’elles ont été faites sur le
cadavre, et presque toutes sur des bassins de gran-
deur naturelle, et bien canformés. Une observa-
tion funeste a dû leur démontrer peu de temps
après que les symphyses dont il s’agit n'étoient pas
exemptes de rupture sur la femme vivante, et que
l'opération qu'ils préconisoient tant, ne pouvoit
rendre le bassin très-défectueux , assez large pour
le libre passage de l'enfant , puisqu'on a remarqué
sur la femme f’espres, où l’écartement des os pubis
n’a été que de dix-huit lignes, à peu près les mêmes
désordres qu'on avait observés sur les cadavres qui
ont servi à ces expériences. C'est par erreur , ou
eo % + + ,
pe
(x) Deventer, Novum lumen exhib. obstet. , pag. 18. (2, Rœderer, Element. obst. $K, 28 , pag. 8.
308 L'ART par modération, qu’on a inséré dans le procèsverbal de visite après la mort de cette femme , que les symphyses postérieures é/oient intactes, que le périoste en étoit seulement détaché de l'étendue de sept lignes, et les os désunis (1). Ces symphyses déjà manifestement altérées, quoique l’écartement des os pubis n’eût été que de dix-huit lignes , seroient-elles restées aussi ntactes si ces mêmes os se fussent éloignés de deux pouces et demi / 2)? Seconde ob 2042. Le produit de la section du pubis, consido ‘Een re déré dans la direction du petit diamètre du détroit ces. supérieur, doit être d'autant plus grand, selon l’opinion des plus zélés défenseurs de cette opération, que ce détroit sera naturellement plus resserré dans cette direction : ce qui est généralement vrai. Mais s'agit-il ici de déterminer un prodüit géométrique avec la plus grande précision ? N’estce pas relativement à l'excédent du volume de la tête de l'enfant sur les détroits du bassin de la mère , qu'il faut considérer celui de la section du pubis ; et sur ce produit relatif qu’il falloit établir les avantages de cette nouvelle opération? Admettons que Île petit diamètre du détroit supérieur s’augmente de huit lignes dans le bassin où il n’a primitivement qu'un pouce et demi d’étendue , au lieu de quatre à cinq lignes d’ampliation qu'un
(1) Voyez les Remarques de M. Lauverjat , au sujet de cette opération, intitulées : Examen d’une brochure quia pour litre : Procès-verbaux et Réflexions à l’occasion de la Section de la Symphyse, etc.
(2) Nous rapporterons dans la suite beaucoup d’autres faits à l’appui de celui de la femme F’espres.
pareil écartement lui procure dans un bassin de trois pouces, qui offre à peu près le terme moyen de la mauvaise conformation , que pourra-t-on en conclure ? Lequel de ces des bassins deviendra le plus propre à l'accouchement ? Sera-ce le premier, parce qu'il aura reçu huit lignes d’ampliation 4. pubis au sacrum, ou celui qui n'aura obtenu que quatre à cinq lignes? En accordant aux partisans de l'opinion que nous combattons, que l’accroissement du petit diamètre du détroit supérieur soit d'autant plus grand après la section du pubis qu'il aura primitivement moins de longueur, ils seront encore forcés de convenir que cette opéralion fera cesser d'autant moins le défaut de rapport de dimensions qui s'oppose à l’accouchement, que le bassin sera plus resserré. Un exemple va mettre cette vérité hors de doute. 20/3. Supposons un bassin dont l'entrée n’a de petit diamètre que quatorze à quinze lignes, tel qu’on le voit sur la seizième planche, et qu’au moyen d'un écartement de deux pouces et demi, les angles des os pubis s’éloignent de neuf lignes au-delà de leur distance naturelle du centre de la saillie du sacrum, ainsi qu'on le remarque sur la même planche ; admettons même que le petit diamètre de ce Dan: prolongé” dans l’écartement des os pubis, jusqu’ “ point où l’on assure avoir engagé la tête de l'enfant, s’accroisse d’un pouce , au lieu de sept à huit lignes (1), quel sera le rapport qui existera alors entre ce diamètre et le plus petit que la tête puisse y présenter ? Si l’on accorde
(x) Voyez l'explication de la planche indiquée.
à celle-ci une épaisseur ordinaire, qui est d'en viron trois pouces et demi, il est évident que le défaut de proportion sera encore de seize lignes après la section de la symphyse et l’écartement des os pubis : c'est-à-dire, que le plus petit diamètre de la tête surpassera encore de cette étendue le petit diamètre du bassin. Quel sera donc le fruit de cette opération dans un cas semblable ? Quelles en seront les suites sur un bassin qui seroit beaucoup plus étroit encore , comme il en existe quelques-uns? Les Auteurs de cette opération prouvent clairement , à leur manière, qu'un écartement de deux pouces et demi doit procurer au bassin toute l'amplitude nécessaire au passage de l'enfant, quand le diamètre n’est en défaut que de douze à quatorze lignes.
2044. Dans l’accouchement de la femme Souchot, un des côtés de la tête s’est engagé dans l’écartement des os pubis au point de paroître audehors , si l’on en croit le confrère de M. Sigault ; tandis que chez la femme du Belloy, opérée le 24 juillet 1779, c’est l’occiput que M. le Roy dit y avoir engréné ; mais on n’a rien fait de semblable chez la femme Julie Collet (1), quoique la tête de l'enfant füt beaucoup plus grosse, et l’écartement des os pubis moins grand que chez ces premières. En supposant qu'une partie de la tête puisse s’engager réellement entre les os pubis, ce ne seroit au plus que de quelques lignes, et c’est en l’admettant , quoique rien ne soit moins assuré, que
(x) Cette femme à été opérée également par M. # Roy, sept jours avant la femme dx Bellay.
DES ACCOUCHEMENS. Sri
nous avons accordé un pouce d’accroissement au petit diamètre du bassin, pris pour exemple dans le paragraphe précédent.
SECTION Il.
Sources de l'opinion favorable qu'on a eue, trop prématurément de la section du pubis ; et de l'erreur de ses partisans.
2045. Le but qu’on se proposoit dans la section de ia symphyse du pubis étant de rendre le bassin mal conformé, assez spacieux pour donner un libre passage à l’enfant, l'on ne devoit attendre cet avantage que de l’accroissement des diamètres qui manquoient de l'étendue nécessaire. Le plus souvent un seul des diamètres du bassin est affecté de ce vice, et presque toujours c’est celui du détroit supérieur , qui s'étend du pubis à la saillie du sacrum. Ce n’est pas le contour intérieur du bassin mal conformé qu'il faut augmenter, mais ce diamètre seulement. Dans la plupart des cas, il faudroit faire tourner entièrement à son profit tout le produit de l’écartement des os pubis, pour faire cesser le défaut de proportion qui s'oppose à
Du produit que devroit donner la section du pubis pour remplir son objet..
l'accouchement : encore, un accroissement de
deux pouces et demi ne seroit-il pas toujours snffisant; puisqu'il existe des bassins qui n’ont que quatorze lignes de petit diamètre, d’autres dix seulement, et même six. Qu’arrivera-t-il donc, dans tous ces cas, si ce diamètre, loin de s’accroître de deux pouces et demi, ne reçoit au plus
que la cinquième, la sixième, même la septième.
Source d'er-
reurs.
partie de cet accroissement , et si le reste du produit de l'écartement des os pubis est à l’avantage des diamètres qui sont déjà trop grands, ou tout au moins dont l'étendue est suffisante.
20/6. Ce n'est pas la circonférence, ou le contour intérieur de lespèce d'ellipse que forme le détroit supérieur trop resserré de devant en arrièére, qui manque d’étendue relativement à l’ac- COUCHE es dans la plupart des bassins mal conformés , même dans ceux qui paroissent les plus irréguliers. Un bassin dont l'entrée n'a qu’un pouce et un quart, ou un peu plus, de petit diamètre, et cinq pouces d’un côté à l’autre, comme celui que représente la planche XVI, auroit presque tout le développement nécessaire à l’accouchement, si sa forme irrégulière pouYoit changer et devenir ronde : car il ne faut à la rigueur pour je passage de la tête de l’enfant de volume ordinaire, qu'une ouverture de dix pouces à dix pouces et die de développement. Mais dans l’état où est ce bassin, il s'en faut de deux pouces quatre lignes que le diamètre qui va du pubis au sacrum supérieurement n ‘égale celui de la tête du fœtus, qu'on estime communément de trois pouces et demi, et qui doit passer dans cette direction.
20/47. C'est l'ignorance, ou le mépris de ces vérités, qui a trompé le plus grand nombre des partisans de la section du pubs. Eblouis par les apparences, ils ont cru qu'un écartement de deux pouces et demi feroit cesser un pareil défaut de proportion entre le petit diamètre du bassin’ et celui de la tête de l'enfant; et qu'un moindre écartement conduiroit au même but, quand le détroit
DES ACCOUCIHEMENS. TS
se trouve moins resserré. La source de cette erreur est clairement exprimée dans une observation communiquée à l’Académie de Chrurgie, par M. Siebold, Professeur en Médecine, d’Anatomie, de Chirurgie, et en FArt des accouchemens à l'Hôpital de Wurtzbourg. De nombreuses expériences , bien antérieures au premier succès de la section du pubis faite par M. Sigault , lui avoient appris, dit-il, qu'on pouvoit nbtenir un écartement de dix-huit lignes; savoir , six lignes spontanément après la section, et un pouce artificiellement ou en éloignant les cuisses du sujet : mais que ce dernier devoit être dangereux sur la femme vivante, à cause des déchiremens intérieurs, tant du côté du col de la vessie, que des symphyses sacro-iliaques. D’après ces observations, il crut pouvoir fixer les bornes dans lesquelles dut être circonscrites les trois méthodes suivantes d’accoucher; savoir , l’usage du forceps, la section de la symphyse du pubis, et lopération césarienne; et déterminer en même temps les cas où l’une d’elles seroit indiquée à l’exclusion des deux autres. Voici comment ii s'exprime.
2048. « D'après le résultat de mes expériences, » dit M. Sebold , j'ai cru pouvoir conclure qu'une » connoissance exacte du degré d’étroitesse ac- » tuelle du bassin, de sa proportion avec la gros- » seur de la tête de l'enfant , et de la valeur d’am- » plitude à obtenir pour un heureux passage , pou- » voit devenir un guide infaillible à l'Accoucheur, » pour se décider dans tous les cas à l'emploi » nécessaire et absolu de l’un des trois moyens » indiqués , à l'exclusion des deux autres ; savoir,
Expériences de M. $iebold.
Opinion de M. Siebold.
Section du pubis faite par M. iebold.
314 à L'ART
» continue-t-il, pour six lignes et au-dessous , le » forceps de Levret, de six à dix-huit, et même » vingt lignes, la section du pubis ; et au-delà de » ce terme, l'opération césarienne (1). On remarque ici que l’auteur est dans l'opinion qu’on peut comprimer la tête de l’enfant à peu près de l'étendue de six lignes , avec le forceps de Levret, auquel il donne la préférence; et qu’il seroit extrêmement dangereux de porter l’écartement des os pubis au-delà de dix-huit à vingt lignes. « Je » Sais bien, ajoute-t-il, que M. Siguult et d’autres » prétendent avoir obtenu deux pouces et même » deux pouces et demi passés : mais ici je ne dois » raisonner que d'après mes propres expériences » qui m'ont toujours donné le même résultat, » tant sur fes cadavres, que sur le sujet vivant » que jai opéré ».
2049. Ce fut d’après ce plan que M. Siebold fit la section du pubis à une femme de trente-cinq ans, le 4 février 1778. Elle avoit déjà eu sept enfans, tous nés morts, dont six étoient venus naturellement, et le septième avoit été arraché par morceaux. Le bassin ayant trente-trois lignes d'ouverture du pubis au sacrum, et laugmentation d'amplitude nécessaire au passage de l'enfant se trouvant par-là déterminée 4 un pouce ou quinze lignes au plus (2), il n’hésita pas, dit-il, à faire la
(1) Ce passage est pris de l’observation de M. Sbold , qui est cousignée dans les archives de la ci-devant Académie de Chirurgie.
(2) M. Siebold n’accorde cependant que trois pouces et demi de petit diamètre à la tête de l’enfant : mais it
section du pubis. Elle fut laborieuse, parce qu'il fallut employer la scie pour séparer les os entièrement soudés par l'ossitication de leur symphyse. Il retourna l’enfant, et lamena par les pieds, mais avec tant de difficulté qu'il fut obligé de lui comprimer la tête fortement et sans miséricorde (1); qu'il se crut plus d’une fois au terme de l’art ; qu’il regretta vivement , comme Je m'en repens peut-étre encore, continue-t-il, de s'être laissé séduire aux appas de l'opération nouvelle, et de ne pas lui avoir préféré la césarienne, Malgré les accidens qui suivirent cette opération, et ses suites extrêmement longues, la femme s’en retira très-bien.
2050. On sera sans doute surpris qu’un homme tel que M. Siebold , que le mérite semble avoir élevé aux plus dignes emplois de son art, ait cru pouvoir augmenter de douze à quinze lignes le petit diamètre de l’ellipse que formoit l'entrée du bassin de la femme qui fait le sujet de son observation, en écartant les os pubis seulement de quinze à vingt lignes. Ses expériences auroiïent dû le mettre à couvert de cette erreur, et lui découvrir les vérités importantes que nous venons d’établir, s'il n’eût été déjà prévenu favorablement pour cette nouvelle opération. En accordant une forme circulaire au détroit supérieur , et en sup-
n'ignore pas que quelques-uns l’ont plus grosse : c’est pourquoi il en porte ici l’excédent sur le détroit du bassin , au plus haut.
(1) M. 1S%ebold présuma dans ce moment que l'enfant étoit mort avant l’opération.
posant qu'il la conservät après la section du pubis S M. Szebold ne devoit attendre d’un pareil écartement que six lignes au plus d'amplitude pour le diamètre dont il s’agit : mais il s’en falloit de beaucoup qu'il püt les acquérir , comme on l’a démontré ci-devant. Si un homme véritablement instruit n’a pu résister aux appas de cette nouvelle méthode d’accoucher, malgré les expériences auxquelles ils s’étoit livré avant qu'il n’eût entendu parler des premiers succès de cette opération, faut-il s'étonner du grand nombre de ses partisans , et de ce qu ‘on le a pratiquée tant de fois en si peu de temps ? La plupart r’avoient jamais été à même d'en examiner le produit sur le cadavre, et une Faculté presque entière , d’après le témoignage de quelques-uns de ses membres, assuroit qu’elle étoit aussi sûre dans ses effets que facile à pratiquer.
Le contour 2091. Non-seulement le produit de l’écartement Lis . des os pubis, dans aucun cas, ne peut tourner de toute le- entièrement à l'avantage du petit diamètre du Lors détroit supérieur, mais on seroit encore dans l’er- 05. reur si On pensoit que le contour intérieur du bas-
sin s’augmente exactement de toute l’étendue de cet écartement , comme le feroit un cercle formé d’une seule pièce. Le rapport des trois os qui forment le détroit supérieur, et la manière dont le sacrum est enchâssé entre les os des iles, prouvent évidernment la vérité de cette nouvelle assertion. L'on ne peut écarter les os pubis, que la partie postérieure des os des iles ne presse la base du sacrum de derrière en devant, et ne la porte un peu en dedans. La A rs qu'on donne à la
femme pendant l’opération tend également à produire cet effet, puisque c’est alors la partie postérieure du bassin qui est appuyée sur le bord du lit : la pression qu’exerce l'enfant en dedans, ne pouvant contre-balancer cet effort. Nous avons supposé néanmoins dans toutes nos expériences , que la base du sacrum étoit immobile ; afin de considérer le produit de la section du pubis sous le rapport le plus favorable à l’opinion de ses partisans.
2052. Pour exprimer les principales vérités que nous venons d'établir concernant cette nouvelle opération, et les rendre sensibles par la démonstration même aux yeux de ceux qui se refuseroient à l'évidence du raisonnement, nous avons fait dessiner deux bassins dont la mauvaise conformation auroit exigé l'opération césarienne exclusivement à toute autre méthode connue avant la section du pubis, quoiqu'ils ne présentent pas encore l'image de la plus grande défectuosité, puisqu'il en existe de plus étroits que nous eussions préférés, si nous avions pu les obtenir (1). Mais si
(1) M. Camper, Médecin Hollandais , écrivit, il y a quelques années, qu’il venoit de pratiquer l'opération césarienne à une femme qui étoit morle quelques heures après , dont le bassin n’avoit pas uu pouce de petit diamètre. M. Louis fit part de la lettre de ce Médecin à l’Académie de Chirurgie. Le célèbre M. William Hunter en conservoit plusieurs qui ne sont pas moins Contre faits : l’un d’eux n’offrant que cinq huitièmes de pouce , c’est-à-dire , six lignes et demie ou à peu près ; de petit diamètre ; un autre onze lignes ; et il s’en cst trouvé de plus difformes encore depuis la première édition de cet ouvrage.
nous parvenons à démontrer l’inutilité et le danger de la section du pubis dans le cas de semblables bassins (1), il sera facile de prononcer sur sa véritable valeur, à l'égard des femmes chez lesquelles ce canal seroit plus défectueux.
2053. Nous n’espérons cependant pas ramener à notre sentiment tous ceux qui ont été séduits par la nouveauté de cette opération, et par les louanges exagérées qu’on a prodiguées à ses Auteurs ; parce qu'il en coûte trop à quelques personnes pour abjurer leurs erreurs, même lorsqu'elles sont involontaires ; mais nous serons satisfaits si nous pouvons fixer l’opinion des jeunes gens qui n'ont encore pris aucun parti et qui n'attendent qu’une décision éclairée. C’est en leur faveur, et à l'appui de tout ce que nous venons de dire, que nous rapportons ici les faits qu'ils ne pourroient recueillir eux-mêmes : nous les examinerons sans prévention, quoiqu'on nous ait taxé d'y en avoir mis beaucoup dans notre première édition, et d'y avoir même substitué de Ja mauvaise foi.
en
(x) Dans lun de ces bassins , le petit diamètre du détroit supérieur est de deux pouces six à sept lignes , et dans le second , de quatorze à quinze lignes seulement. ( Voyez la quinzième et la seisième planches , et leur
explication. )
SECTION III
Des principaux faits qui concernent la section
de la symphyse du pubis.
2054. Comme l’on ne s’est proposé d'autre but que celui de conserver la mère et l’enfant , en pratiquant cette nouvelle opération , elle n’a eu réellement de succès qu’autant qu’elle l’a rempli parfaitement , et il ne suffisait pas pour lui en accorder, comine l'ont fait la plupart de ses défenseurs , qu’un de ces deux individus eût donné de foibles signes de vie après sa naissance, ou que l'autre eût survécu quelques instans, même quelques jours à cette opération ; car en le prenant dans ur sens aussi peu resserré, la césarienne , sur un nombre égal de femmes , en aurait obtenu bien plus, puisqu’elle met constamment à couvert les jours de l'enfant , et qu’il est excessivement rare que la mère y succombe dès les premiers momens.
2055. Parmi ces succès qu’on attribue à la section du pubis, et qui sont en bien petit nombre encore respectivement, à celui des femmes qu’on a soumises à cette opération, à peine s’en trouvet-il un seul qui ne puisse être justement contesté, ou contre lequel on ne puisse faire de solides objections ; soit parce que leurs Auteurs se sont trompés dans l’estimation des diamètres du bassin de la femme et de ceux de la tête du fœtus , en accordant à ces derniers plus d’étendue qu'ils n’en avoient , etaux premiers souvent beaucoup moins, soit parce qu'ils ont mis la plus grande exagéra-
tion dans l'évaluation de l’écartement qu’ils assurent avoir obtenu de la part des os pubis. Puisque la nécessité d’une pareille opération ne peut être déterminée que par l'excédent des diamètres de
la tête de l’enfant sur ceux du bassin de la mère, qus ses avantages, ses inconvéniens , ses succès enfin, sont subordonnés à ce rapport primitif de dimensions, et au degré d'écartement des os pubis, nous tâcherons de faire connoître quels ont dû être l’un et l’autre, pour apprécier l'emploi qu’on à fait de cette nouvelle méthode, et les succès les plus frappans qu’elle a eus. Nous n'enirerons pas dans le même détail à l'égard de chaque fait, parce que cela nous meneroit trop loin, le nombre de ceux qu’on a recueillis étant déja trèsgrand : nous nous arrêterons spécialement à quelques-uns qui nous sont mieux connus. Îl suffira d’ailleurs d'expliquer pourquoi le succès qu'on se promettoit de l’opération a eu lieu dans un cas, tandis qu'elle à pleinement manqué son-but dans un autre , pour que tous ceux dont nous ferons mention se classent facilement et se rangent dans l’ordre qui leur convient. Nous examinerons par exemple , le fait qui a rapport à la femme Souchor, et celui qui concerne la femme /’espres , toutes deux opérées par M. Sigault ; parce que l'un présente le succès attendu, et l’autre, l’ensemble de tous les désordres qui paroissoient devoir résulter d’une pareïlle opération , dans le cas où la mauvaise conformation du bassin met les plus grands obstacles à laccouchement , et ne laisse véritablement de ressource que dans l’opération césarienne: cas qui est exclusivement celui pour lequel
“on avait d’abord recommandé la section du pubis. Ft | 2056. Ce premier succès, auquel nous nousattachons d’abord, a été vivement discuté par tous les Ecrivains qui se sont élevés contre la nouvelle opération, et quelques-uns n'ont pas craint de publier qu'on ne l'avait obtenu que parce que cette opération n'était pas nécessaire chez la femme Souchot ; inais en s’avançant à'ce point, on n’a rien prouvé, et on a laissé subsister dans toute sa force l'argument que fournissoient en faveur de ce succès la défectuosité du bassin, et les quatre premiers accouchemehs dans lesquels l'enfant a constamment été sacrifié, quelque soin qu on eût donné à sa conservation. Nous n’entreprendrons pas de prouver si cette opération étoit inutile où nécessaire, si la femme Souchot pouvait ètre accouchée de toute autre manière, avec moins d'inconvéniens pour elle, et ie même avantage pour son enfant (1), mais seulement comment la section du pubis qui a été pratiquée, a pu rendre accessible au cinquième enfant de cette femme, un passage qui avoit été si funeste aux quatre premners.
2057. Quel que soit l’écartement qui a eu lieu de la part des os pubis après la section de la sym-
(1) La circonstance n’étoit pas de celles qui laissent le choix entre plusieurs méthodes. L'enfant présentoit les pieds ; il falloit les dégager , et le forceps ne pouvoit être employé qu'après la sortie du corps. On sait que cette espèce d'accouchement est dangereuse pour l'enfant, quand le bassin est mal conformé : celui de la femme Souchot l’étoit réeliement.