Tome If
Faits qui concernent
M. Sigault.
aa L'ART
physe , il a dû augmenter la largeur de ce passage ; c’est un fait incontestable : mais de combien l’a t-il élargi dans le sens où ii se trouvait primitivement trop étroit ? C’est ce point qu'il est important de discuter ; et la solution du problème deviendroit facile, si lon connoissoit aussi bien les dimensions du bassin de la femme Souchot, qu'on a connu celles de la tête de son enfant. D'après l’estimation qu’en ont faite lee Médecins qui ont opéré cette femme, le diamètre de ce bassin n'avoit que deux pouces et demi dans la direction du pubis au sacrum supérieurement (1), et celui de la tête de l’enfant étoit de trois pouces et demi juste. L’excédent de ce dernier se trouvait conséquemment d’un pouce, ainsi que l’amplitude à procurer au premier. Un écartement de deux pouces et demi entre les os pubis , le plus grand qu’on croyait alors pouvoir obtenir, ne pouvant donner au plus que six lignes au diamètre du bassin dans le sens indiqué , on imagina d’engréner un des côtés de la tête, dans l’écartement même des os , et de faire passer ensuite successiment les protubérances pariétales à travers Île
(1) MM. Sigault et Alph. le Roy s'appuient du témoignage de Levret et de plusieurs autres Accoucheurs connus. Mais si ces deux Médecins n’ont mesuré, comme ils le disent, que deux pouces et demi juste depuis la saillie du sacrum jusqu’au bord inférieur de la symphyse du pubis, ils ne devoient pas accorder la même étendue au petit diamètre du détroit supérieur, qui est constamment de quelques lignes plus court que Ja distance de l’un de ces poinis à l’autre. ( F’oyez notre
premier volume , 8, 132.
détroit ; pour se ménager une autre ligne en sus: de sorte que dans ce système, la section du pubis a produit un résultat de treize lignes au moins , en le considérant respectivement à laccouchement. Malgré cette ingénieuse combinaison , et ce grand produit qui surpassoit déjà , comme on le voit, lexcédent du diamètre de la tête sur celui du bassin , la voie se trouva néanmoins assez étroite encore pour apporter de grands obstacles à la sortie de l'enfant , et mettre sa vie en danger (1). Ç É
2058. Il paroît évident que ce plan n’a été rédigé qu'après coup, et qu’on n’a cherché qu’à expliquer ce qu'on a dû faire, dans l’opinion où l’on étoit qu'il y avoit un pouce d’excédent de la part du diamètre de la tête du fœtus sur celui du bassin, et non pas ce qu'on à fait et observé : 1°. parce que personne n'avoit encore déterminé le produit d’un écartement de deux pouces et demi entre les os pubis , à l'égard des différens diamètres du bassin, et spécialement de celuiqui va de devanten arrière: 2°. parce qu'on n’a pas mesuré cet écartement , comme on assure l’avoir mesuré (2), ni dans ie cas de la femme Souchot ni dans aucun autre ; 3°. parce que ies Accoucheurs de cette femme
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(1) On a oublié sans doute de publier ces petits détails, que M. Ze Roy nous a communiqués verbalement dans le temps , ainsi qu’à beaucoup d’autres personnes.
(2) C’est en présentant, à l’écartement, la tête du métacarpe , les doigts étant fléchis , que M. Z Roy en détermine l'étendue, comme tout le monde le sait d’après ses écrits : laissons à chacun à apprécier ce procédé.
étoient alors énus, et très-émus, comme ils en ont publiquement fait l’aveu ; 4°. enfin ; parce que ce grand produit et ces sages combinaisons qu’on admire dans leurs observations, n’étoient alors pas nécessaires.
2059. S'ils n'ont accordé que deux pouces et demi de petit diamètre au détroit supérieur, des Accoucheurs également instruits lui ont assigné six lignes de plus, et ils ne se sont trompés que de bien peu de chose, s'ils ont considéré ce diamètre en suivant la ligne diagonale à laquelle se présente constamment le plus petit des diamètres de la tête du fœtus, dans son passage à travers ce détroit ; c’est-à-dire , de l’un des côtés de la saillie même que forme la base du sacrum , à la symphyse du pubis. M. /e Roy, que nous citerons plus souvent que M. Sigault, dans la suite, a fait cette observation comme nous, quoiqu'il ne s’exprime pas aussi clairement, puisqu'il dit, que « le diamètre ». transverse de Îa tête qui répond à celui de » devant en arrière de l’ouverture supérieure da » bassin , ne passe point comme le grand diamètre » qui s'avance d'une manière oblique qui s’appro- » che presque de la perpendiculaire : qu’il est vrai » qu'une bosse pariétaie descend avant l’autre et » un peu sur le coté du sacrum, de cette sorte, » ajoute-il, qu’un bassin qui dans son diamètre de » devanten arrière, a une à deux lignes de moins » que le diamètre transverse de la tête, peut » livrer passage au moyen de ce mécanisme (1) ».
(x) Voyez M. Æ/ph. le Roy, Rech. hist. et prat. sur la sect. de la symph. du pubis, pag. 69 et suiv.
5060. Nous avons examiné le bassin de la femme Souchot à plusieurs reprises , et en présence d’un grand nombre d'élèves. Les pelvimèêtres de MM. Couéouly et Trainel y ont été développés successivement : l’un et l’autre de ces instrumens ont donné le même résultat, et n’ont fait que confirmer celui que nous avions obtenu de l'application du doigt, et du compas d'épaisseur. Appuyé sur la grande convexité de la saillie du sacrum , nous n'avions pu les développer librement que de deux pouces six à sept lignes; mais inclinés vers le côté gauche de cette saillie aut est très-déjetée sur le côté droit ae la femme, leur développement a été jusqu’à trois pouces. Comme c’est selon cette ligne que se présente communément le diamètre transverse de la tête du fœtus, ou qu'on doit le diriger dans les cas difficiles, on peut assurer, comme quelquesuns l'ont déjà fait, et sans crainte de se tromper, que Île petit diamètre du bassin de la femme Souchot a près de trois pouces relativement à l’aceouchement. Nous remarquerons de plus que ce bassin est très-vaste inféricurement, et qu'aucun autre ne nous paroît mieux conformé dans son détroit périnéal. Il est aisé maintenant de déterminer de combien se trouvoit l'excédent du diamètre de la tête du fœtus sur celui de ce bassin, ainsi que le degré d'amplitude à procurer à ce dernier , et quel a dû être l’écartement qui l’a procuré.
2061. La tête de cet enfant n’offrant, au quatrième jour de la naissance, que trois pouces quatre. lignes d'épaisseur d’une protubérance pariétale à l’antre, excédent de cette épaisseur sur le diamètre du bassin de la mère, ne devoit être que de
326 L'ART quatre lignes. Ce n’est qu’au mépris de la vérité, qu’on a osé publier que lépaisseur de cette tète étoit plus grande de deux lignes à l'instant mème de l’accouchement (1). Le casque osseux change constamment de forme en traversant un détroit un peu resserré; il s’aplatit plus ou moins d’un côté à l’autre, selon le resserrement de ce détroit, et le fait plus facilement ou plus difficilement, selon que les os pariétaux et autres ont plus ou moins de solidité, et sont liés entre eux d'une manière plus lâche ou plus serrée. La tête ne présente jamais moins d'épaisseur qu'à l'instant où elle vient de traverser ce détroit, et elle reprend ensuite plus tôt ou plus tard celle qu’elle avoit perdue dans son passage. Si la face de l'enfant se flétrit et maigrit dans les premiers jours, le casque osseux ne perd rien de ses dimensions , comme on l’a supposé gratuitement dans le fait que nous examinons (2). Nous n'avons vu ect enfant qu’au treizième jour de sa naissance, et sa tête nous a paru présenter éminemment les conditions requises à la facilité de ce changement de forme. Toute l’habitude extérieure de cet enfant offroit un caractère d’immaturité qui ne se remarque généralement que chez les enfans du terme de huit mois ,etil n’étoit pas plus gros que ne le sont la plupart de ceux-ci, sans qu’on puisse l’attribuer au dépérissement-dans lequel on le disoit tombé. 2062. Pour accorder qu'il y eût quatre lignes
(x) Voyez Alph. le Roy , broch. déjà citée, pag. 61. (2) M. le Roy paroît dans l’epinion contraire. ( ’oyez
page 61.)
d’excédent de la part du diamètre transverse de la tète du fœtus sur celui du bassin de la mère, il faudroit supposer en même temps que cette tête füt incapable de changer de forme et de dimensions, et ne püt éprouver la réduction que nous venons d'annoncer ; il faudroit , ainsi que l'ont fait les partisans de la section du pubis , la considérer sous laspect d'un corps véritablement solide. Comme on ne peut déterminer au juste le degré de compression dont elle étoit susceptible d’une bosse pariétale à l’autre, ni celle qu’elle a éprouvée en passant à travers le détroit quoique interrompu dans sa partie antérieure par la section de la symphyse et l’écartement des os, on ne nous taxera pas d’exagération en ne la supposant que de deux lignes. Dans cette supposition, l’excédent de son diamètre ne devoit plus être que de deux lignes, de mème que le dègré d'amplitude à procurer à celui du bassin.
2063. Un écartement d’un pouce entre les os pubis devoit paroître plus que suffisant pour faire cesser cette disproportion ; et nous en appellerons sur ce point au témoignage même de ceux qui assurent l'avoir porté jusqu'à deux pouces et demi sur la femme Souchot. À un pouce, disent-ils, les pubis divergent en devant de deux lignes (1); et ailleurs, si le bassin ne se fût ouvert en devant que d'un pouce, il ne @ fût engréné qu’une petite portion de la tubérosité pariétale, ce qui n’eût pas opéré plus de trois lignes de diminution au dia-
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(4) Rech. historiq. et pratiq, sur la sect. de la symph. pag. 71.
mètre transverse de la tête (1). N'est-ce pas con venir d'un résultat de cinq lignes ou environ, dans le sens où ils prétendent en avoir obtenu treize d’un écartement de deux pouces et demi? En n'admettart qu'un résultat de deux lignes, dans le cas d’un seul pouce d’écartement, tel qu'on la généralement obtenu dans D les expériences qu’on a faites, ces deux ligne devoient suffire au passage de l nee sans qu'il fût nécessaire d’ engager une bosse Dariétale entre les os, et que la tête éprouvât au-delà de deux lignes de réduction selon son diamètre transversal. Un plus grand écartement chez la femme Souchot auroit été inutile, ou bien il auroit procuré plus de facilité qu’on n’en a eu à extraire l’enfant. 2064. Si l’on ne peut inférer de ces nouvelles réflexions que la section du pubis n’a eu de succès sur la femme dontil s’agit, que parce que le bassin étoit primitivement assez grand pour le passage du cinquième enfant, comme on l’a répété de toutes parts, dans te premiers temps, du moins serviront-elles à faire apprécier ce succès et tous ceux de son espèce : car il n'existe pas un seul fait où l’on ait conservé la mère et l'enfant, auquel on ne puisse les appliquer. Ces succès n’en imposeront à l'avenir qu'à la multitude qui ignore encore que le danger de la section du pubis, pour la femme , ne provient que du ge écartement des os, et qu’on peut éloigner cé@x-ci jusqu’au terme d’un pouce sans qu'il en résulte de lésions mor-
(x) Rech. historiq. et pratiq. sur la sect. de la symph., pag. 70.
telles dans les parties circonvoisines. Mais que produira se Qu écartement dans un bassin resserré au poift de n’avoir aucune proportion avec la tête du fœtus, comme dans le cas où il exige l'opération césarienne ?
2065. Toutes les femmes opérées par M. Sigault n'en ont pas retiré le même avantage que celle dont nous venons de parler; quoique leur bassin, excepté celui de la femme Vespres, parût aussi favorable au succès de l'opération. Si elles en éprouvèrent des suites moins fâcheuses, que la femme Souchot, elles perdirent leurs enfans dans les efforts qu’il fallut encore faire pour les extraire, malgré le développement qu’avoit dû procurer l'écartement des os pubis. La femme Blandin, opérée en 1778, ainsi que la nommée Y’erderais , accouchèrent les années suivantes ; l’une des plus naturellement (1); et l’autre par le ministère
(x) Madame Bellami , Maîtresse Sage-femme , a publié en 1780 , la relation de cet accouchement , qui est du 7 octobre 177q. Elle assure que M. (Sigault, appelé avant elle, ne s’étoit retiré que parce que la femme Blandin ne voulut pas se soumettre une seconde fois à une opération qui avoit été laborieuse l’année précédente, et sans succès; que le dernier accouchement s’est fait assez promptement ; que l'enfant étoit plus gros que d’autres qui se trouvèrent en même temps à l’église pour y recevoir le baptême ; enfin, que le bassin ne lui à paru ni des plus vastes, ni des plus petits, et que les os pubis sont très-rapprochés. M. Sigault , qui avoit ce bassin dans sa collection depuis la mort de la femme , nous à fait pressentir qu’il étoit d'environ trois pouces de petit diamètre.
330 L'ART d'une Sage-femme (1) qui fut obligée de retourner l'enfant, parce qu'il présentoit une ain avec la tête. Celui-ci expira peu de temps après sa naissance; mais celui de l’autre femme donna, dès l'instant où il parut, des signes de la plus grande force et de la meilleure constitution. On ne sait encore aucun détail sur ce qui est arrivé depuis la section du pubis, à l’égard de la nommé /a Forest ; mais 1} y a toute apparence qu’elle sera redevenue enceinte comme les premuères, et accouchée de même ; ayant eu bien moins à se plaindre encore des suites de l'opération, puisqu'elle à commencé à marcher dès le quinzième jour.
2066. Aucune de ces femmes n’a été aussi malheureuse que la nommée l’espres ; parce qu'aueune d'elles n’étoit aussi contrefaite, et dans la même lnpossibilité d’accoucher : elles perdirent leurs enfans , mais elles se rétablirent, les unes plus tôt, les autres plus tard, et se virent en état de redevenir grosses. La femme V'espres ne survécut au sien que cinq jours qu’elle passa dans les plus vives angoisses , et fut manifestement victime de cette opération ; quoiqu’on eût publié dans le temps qu’elle étoit morte de toute autre cause (2).
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(4) Madame Æidé , Maîtresse Sage-femme , qui à communiqué ce fait à l'Académie de Chirurgie en 1762 , observe que le bassin est resserré de devant en arrière : sans er déterminer la largeur , à cause de la grande saillie de la base du sacrum, qui est, dit-elle , déjetée sur le côté gauche.
(2) Voyez les procès-verbaux rédigés ayant ei après celle Opération , et celui de l'ouverture du cadavre ; les
DES ACCOUCHEMENS. DO On avoit évalué, avant l'opération, le diamètre du bassin à deux pouces et demi ou environ; et l'ouverture du cadavre fit voir qu’il n’étoit que de vingt-deux à vingt-trois lignes. Deux Chirurgiens-Accoucheurs (1) avoient prononcé sur l'indispensable nécessité de l'opération césarienne, et l'événement les confirma ainsi que bien d’autres, dans l'opinion où ils étoient que la section du pubis ne pouvoit la remplacer, Quoiqu'on n’eût obtenu, d’après les procès-verbaux, qu'un pouce et demi d’écartement ou environ, les symphyses sacro-iliaques en étoient visiblement altérées, ainsi que les parties voisines. On a vu, à l'inspection du cadavre, que ces symphyses étoient entr'ouvertes, que le périôste en étoit détaché, qu'il existoit un foyer de matière purulente d'un gris foncé, qui s’étendoit fort au loin dans le tissu cellulaire de la fosse iliaque gauche, etc, etc. Quelles preuves veut-on de plus, que la mort de l'enfant et celle de la mère, sur l'insuffisance et le danger de cette nouvelle opération , dans le cas pour lequel on l’avoit exclusivement proposée ?
2067. Si ce fait confirme l'insuffisance et le danger de la section du pubis dans le cas où la mauvaise conformation du bassin est extrême, celui de la@ffemme Blandin offre déjà l’exemple de lPabus qu’en avoit fait son Auteur, et qu'il en auroit fait une seconde fois sur cette même femme, si elle eût voulu s’y soumettre le 7 octobre 1770.
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réflexions critiques de M. Lauverjai , et la réplique de M. Srgault à ces mêmes réflexions.
(x) M. Lawerjat et M. Coutouly.
332 L'ART Loin de détruire la bonne opinion qu’il avoit de: cette nouvelle opération, croira-t-on que M. S:gault, d'après ces deux faits, en concçût de plus grandes espérances encore ? « Cet événement, dit- » il, parlant de celui de la femme 7’espres , prouve » jusqu'à quel point peuvent s'étendre les avan- » tages de la section du pubis, puisque par cette » opération j'ai extrait un enfant très-volumineux » et vivant, d’un bassin très-étroit et très-vieié ». Et à l’occasion de la femme Blandin, on lit dans le Journal de Paris du 21 octobre 1779, que cette femme à à laquelle on avoit fait l'opération dont il s’agit, l’année précédente, venoit d’accoucher natureilement d'an enfant qui se portoit bien, ainsi que la mère ; qu'on doit résumer de ce fait que la section du pubis une fois faite, peut n’ètre plus nécessaire pour les accouchemens laborieux provenans ou d’un vice de conformation de la part de la femme, ou du volume trop considérable de da tête de l’enfant. La fenime Blandin , ajoute-t-on, ayant eu, lors de son sosie précédent: un enfant dont la tête avoit quatorze pouces de circonférence, et celle da nouveau n'étant que de douze pouces, l'opération ne s’est plus trouvée nécessaire, 2668; On excuseroitsans doute M. Srgault d'avoir franchi, dès le second pas qu'il fit danfBla nouvelle carrière qu'il sembloit ouvrir aux Accoucheurs, les limites qu'il s’étoit imposées , s'il eût conservé l'enfant dont la tête avoit quatorze pouces de circonférence ; s'il eût reconnu dans la suite que le bassin, trop petit pour le passage de cet enfant, étoit assez grand pour celui dont la tête n’étoit que de douze pouces, et s’il n’eût pas insisté dans.
ce dernier temps sur la nécessité de la même opération. À ce mot de circonférence , bien des gens ont dû se demander comment on l’avoit prise, et de quelle circonférence on entendoit parler : car bien peu, parmi nous, ignorent qu'on doit en considérer deux sur la tête du fœtus, relativement à l'accouchement ; savoir, une de treize pouces et demi à quatorze pouces, et une autre de dix à onze au plus, chez un enfant dont la tête est de trois pouces et demi d'épaisseur d’un côté à l’autre. C’est celle-ci que la tête présente aux ouvertures du bassin en s’avançant dans l’accouchement naturel, et c'est elle également que l’Accoucheur doit y faire présenter, dans tous les cas où les choses se passent autrement : c'est en cela que consiste son art. Si l’Auteur de la note que nous venons de rapporter a entendu parler de cette petite circonférence , il faut convenir que la tête du dernier enfant de la femme Blandin étoit très-grosse, et celle du premier plus grosse encore, puisque l’une devoit avoir quatre pouces de petit diamètre, ce qui se voit rarement ; et l’autre quatre pouces huit lignes, ce qui se rencontre bien plus rarement encore : elles prouveroient toutes deux que le bassin de la femme étoit au moins d’une grandeur naturelle. Si l’on à voulu parler de la grande circonférence, la première tête n’offroit rien de remarquable dans son volume, et la dernière étoit un tant soit peu plus petite que de coutume, 2009. Personne n’ignore que la grosseur extraordinaire de la tête de l'enfant ne puisse apporter de grands obstacles à l'accouchement , même lorsque le bassin est assez bien conformé pour le passage de
celle qui n'est que d’un volume ordinaire ; mais l'on sait anssi qu'une tête plus grosse, et quiest en même temps plus molle et plus flexible, franchira aisément celui qu'une autre tête plus solide et de quelques ligues plus petite,.ne sauroit traverser, Si M. ,S1gaull a cru qu'il suffisoit pour se disculper d’avoir pratiqué la section du pubis, sans succès, à une femme assez bien faite pour accoucher natureliement l'année suivante, de n’opposer que la disproportion qui se remarquoit entre les deux enfans, il a eu tort ; il falloit encore prouver que la tête de ces enfans avoit la même solidité, ou que celle du dernier étoit plus molle, plus flexible que celle de l’autre. Quelques sectateurs de sa nouvelle méthode ont expliqué le fait du secondaccouchement bien différemment, et n'ont pas craint d’en attribuer la facilité à ce que l'opération mème avoit rendu le bassin plus grand qu’il ne l’étoit auparavant : les os pubis, dans leur opinion, ne pouvant se consolider et se réunir comme les os fracturés, mais seulement par l’intermède d’un calus qui les tient toujours écartés. Cette opinion ridicule, que M. Srgault avoit paru adopter ensuite, nest pas différente de celle que bien des Accoucheurs ont eue des traces que laissoit la tuméfaction qui survient quelquefois aux symphyses du bassin dans le cours de la grossesse ; puisqu'ils ont également publié que les hanches en restoient plus évasées après l’accouchement, et que le bassin en demeuroit plus vaste dans toutes ses parties. Ceux qui ont admis cette opinion dans le cas de la section du pubis, ignoroient sans doute que madame Bel lamt a trouvé les os très-rapprochés l’un de l’autre
chez la femme Blandin ; que les Commissaires de la Faculté de Médecine ont déclaré que ces mêmes os étoient dans un tel état d’approximation chez la femme Souchot, au vingt-septième jour de l’opération, qu'on ne sentoit plus qu’un trait dans la longueur de la symphyse, et que leur rapprochement étoit si sensible dès le quatorzième, que M. /e Boy les soupconnoit déjà réunis. A quoi se réduiroit d’ailleurs le produit de ce calus pour le petit
diamètre du détroit supérieur, quand on ladmet-
troit ? Un calus de six lignes, qui paroïtroit sans doute extraordinaire par son épaisseur, lui procureroit-il au-delà d’une ligne d'augmentation ? Il faudroit être bien inconséquent, pour assurer qu'une si foible augmentation puisse rendre praticable à l'enfant, un bassin dont l'extrême défectuosité ne laissoit auparavant que la ressource de l'opération césarienne ou de la section du pubis. 2070. L'auteur de cette dernière opération en a obtenu bien moins de succès que M. Ælph. le Roy; etie seul qu’il en ait eu, paroît bien moins éclatant que Île plus foible de ceux qu'a publiés celui-ci, Sur cinq femmes, M. Sigault en à perdu une, et quatre enfans ; et M. {e Roy , sur un nombre égal, en a conservé quatre, et cinq enfans. La première qu’il opéra, étoit âgée de vingt-huit ans , haute de trois pieds trois pouces, dit-il (1), grosse de son premier enfant, et fatiguée de dix-huit heures de souffrances lorsqu'elle le fit appeler, le 18 juillet 1770. Elle fut opérée presque à l'instant, en présence de cinq per- NE CORRE ENTER RL ele ee
(1) Elle avoit en mai 1785, lorsque nous l’examinâmes , quatre pieds trois pouces.
Faits qui concernent M. Alph. le Roy.
336 PLART
sonnes, pour qu'on né puisse pas dire qu'il y avoit eu clandestinité r). Les os pubiss’éloignent de suite au-delà de deux pouces en se retirant sous les tégumens ; on augmente graduellement cet écartement, eton le porte presque jusqu’à trois pouces, en éloignant simplement les cuisses de la femme, au moment où la tête de l'enfant devoit passer ; on retourne celui-ci, dont la tête se présentoit (2); on l'amène en ne tirant que sur le pied gauche, le seul qu’on ait jugé à propos de dégager , et il sort facilement moyennant la précaution qu’on prend d’engrener les fesses obliquement, ou l’une avant l’autre (3). M. le Roy ajoute que cet enfant parut
(1) Parmi ces cinq personnes, on remarque trois femmes , l’Elève de M. Roy, et un homme de considération. Il y aura toujours clandestinité quand on n'aura que de pareils témoins dans une opération qui est entièrement du ressort des Accoucheurs les plus instruits. Pourquoi M. Z Roy n’en fit-il pas venir alors, comme il le fit depuis chez la femme qui fera le sujet de son Observation V ? Tous ceux de la capitale se seroient fait un devoir de profiter de ses lumières, eu de Paider de leurs conseis.
(2) Cette tête étoit située transversalement , ayant Pocciput tourné du côté droit de sa mère ; position que M. % Roy assure être toujours laborieuse , et souvent fâcheuse , même sur les bassins les mieux conformés, à moins , dit-il, qu'ils ne soient très-grands. Une plus longue expérience lui a sans doute appris depuis ce temps , que cette position est une des plus fréquentes et des plus favorables , et que sur dix accouchemens , on la rencontre au moins deux fois.
(3) On ne peut se faire un mérite d’avoir engrené les fesses de cette manière , puisqu'elles ne peuvent s'engager autrement quand on tire l'enfant par un seul pied.
d'abord comme mort , mais qu'il se ranima moyennant les secours ordinaires ; qu’il étoit fort gros, sa tête ayant quagre pouces moins une ligne de diamètre transversal, ou d’une bosse pariétale à Pautre : de sorte que par cette opération il a fait passer, dit-il, un corps de quatre pouces moins une ligre, sur un bassin qui n'avait auparavant que deux pouces cinq lignes. La femme en ressentit si peu d’accidens, qu’elle se leva dès le neuvième jour, marcha au douzième, et fat se présenter à la Faculté de Médecine le vingt-huitième. |
2071. On seroit dans l'erreur, si on se persuadoit que M. Ze Roy n’en a commis aucune dans l'estimation des diamètres du bassin de la femme nommée Julie Collet, et dans celle du diamètre de la tête de l'enfant. Cette femme étant venue, le 26 mai 1785 , réclamer mes soins pour une descente de matrice, portée au point que le col de ce viscère sortoit de plus de deux travers de doigt, et pour laquelle je lui plaçai un pessaire, j’en examinai le bassin avec la plus grande attention, ce que je fis de n@uveau le 11 juin suivant, en présence de plusieurs Médecins et Chirurgiens(1), et je m'assurai par divers moyens employés successivement et par divers procédés pour mesurer l’étendue du petit diamètre da détroit supérieur , qu'il avoit au moins deux pouces six à huit lignes, du milieu de la saillie du sacrum à la symphyse