‹ L'art des accouchemens (volume 3)Chapitre 46 sur 62 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

du pubis, et que cette sympliyse étoit très-régulière en dedans. Comme ce n’est pas selon cette ligne que passe le petit diamètre de la tête du fœtus, mais en suivant celle qui descendroit de l’un des côtés de la saillie du sacram à la même symphyse, on peut assurer que ce n’est pas un bassin de deux pouces cinq lignes que M. Roy a désymphysé, mais d'environ trois pouces relativement à l'accouchement : ce qui explique déjà très-bien le succès qu'a eu la nouvelle opération chez Julie Collet.

2075. On ne s’est pas moins trompé dans l’estimation des diamètres de la tête du fœtus ; puisque le lendemain de l’accouchement M, /e Roy ne l'a trouvé que de trois pouces huit lignes (1). Une erreur bien plus impardonnable sans doute, est celle qui a rapport à l'écartement des os aubis. qu'on assure avoir été porté presque à trois pouces, L'importance de ce point méritoit bien qu'on apprit au public comment on avoit mesuré cet écartement ; quelle est celle des cinq personnes qu’on avoit pour témoins du fait, qui l’a mesuré, M. {e Roy n'ayant pu le mesurer lui-même dans le moment où il a été jusqu à trois pouces, puisqn 1 étoit aceupée comme il le dit, à tirer de la main gauche sur la face et le menton de l'enfant, qu'il essayoit d’abaisser, tandis que de l'autre main il relevoit le corps qui étoit au-dehors. Si l’écartement n’a pas été porté aussi loin qu'on l'annonce, bien des gens

(x) On se rappellera que celle de l’enfant de la femme Souchot avoit aussi diminué d'épaisseur dès les premiers jours ; on peut voir nos réflexions à ce sujet au $. 2061.

croiront pouvoir le faire, et ne ménageront pas leurs efforts pour l'obtenir ; comme d’autres auroient cru manquer leur but s'ils ne l’eussent pas étendu jusqu'à deux pouces et demi juste. En conservant l'enfant au moyen d'un écartement aussi extraordinaire, ils peuvent être assurés qu'ils sacrifieront la mère, comme l'ont fait ceux qui se sont contentés de le porter à deux pouces et demi, et même un peu au-dessous (1). | 2073. Encouragé par un succès aussi extraordinaire, sept jours après avoir opéré Julie Collet, M. æ Roy pratiqua la même opération sur une femme du Gros-Cailiou, bien plus contrefaite, selon Jui, à l'égard du bassin ; puisqu'il ne l’estima que de dix-huit à dix-neuf lignes (2) de petit digmètre au détroit supérieur ; et les suites en sont plus simples encore que chez la première, Cette femme, d’ailleurs d’une taille de quaire pieds neuf pouces, étoit accouchée six fois auparavant, et chaque fois, dit-il, par /es moyens extrêmes de l'art, La section de la symphyse fut difficile , et ne put être achevée qu'à plusieurs reprises ; parce que cette symphyse fort épaisse, étoit si longue, qu’on se vit contraint d'aller couper sa partie supérieure et l’inférieure au-dessous des tégumens, dont l’incision étoit néanmoins de deux pouces et demi ou environ (3). La D TS Prat (x) Voyez l'Observation qui fait le sujet du $. 2086. (2) M. Goubelly , D. M. P. à jugé quelques jours après l’opéfation,, que ce diamètre étoit d’un pouce trois-quarts.

(Voyez M. Alph. le Roy.)

(3) Cette symphyse devoit done avoir trois pouces DL? L L 0 S e ° d’étendue , ce qui seroit un fait bien extraordinaire, et peut-être l’unique de son espèce,

DDX

Oo . L'ART section en. étant faite, on ouvrit la poche des eaux, on dégagea les pieds de l’enfant, qui se présentoient, et on en obtint Ja sortie entière sans de grandes difficultés , moyennant le soin d’ engrener la partie postérieure de la tête lorsqu'elle s° approcha du détroit , dans l’écartement des os pubis , qui étoifalors de trois pouces (1). Le diamètre transversal de cette tête se trouva de trois pouces huit lignes immédiatement après l'accouchement.

"2074. La femme du Belloy ressentit de vives douleurs après cette opération ; mais elles se calmèrent dès le même jour, et le lendemain elle se portoit assez bien pour remuer librement dans son lit, même se faire transporter dans un autre, ce qu elle fit tous les jours sans exception d’un seul. La plaie extérieure ( et la symphyse sans doute ), étoit cicatrisée dès le cinquième ; la femme commença à marcher au dixième ; sortit de sa chambre au dix-septième ; ; fut à l’église le vingtième, le vingt-unième à 1 Faculté de Médecine ; et reprit ses pénibles occupations de RARE à .

huit jours après cette dernière époque, jouissant alors , dit M. Ze Roy, de la santé la plus robuste. Parmi les Médecins qui ne purent voir cette femme sans une sorte d’admira!ion au cinquième jour de l'opération, on cite M. Chaptal, de la Fa-

(x) M. Ze Roy auroît dû nous instruire du motif qui la déterminé à engrener le derrière de la tête du fœtus dans l’écartement des os pubis, et non pas la protubérance pariétale comme chez la femme Souchot ; pourquoi il n’a pas eu besoin d’user de cette précaution à l’égard de Julie Collet, dont enfant éloit bien plus gros, etc.

culté de Médecine et de l'Académie des Sciences

de Montpellier (1).

2075. Si le succès qu’on avoit obtenu sur Julie Collet a dû surprendre la multitude, celui qui le suivit de près chez la femme du Belloy devoit bien plus l’étonner, et paroissoit bien plus propre à augmenter le nombre des partisans de la section du pubis. Jusque-là on pouvoit croire que l'utilité de cette opération étoit bornée, et qu’elle ne pouvoit frayer un chemin assez large au fœtus qu’à travers des bassins médiocrement resserrés. M. /e Loy avoit même publié qu'il n’y auroit peut-être que l’opération césarienne qui pût sauver l'enfant dans le cas où ce canal ne présenteroit que vingtune Jignes de petit diamètre supérieurement ; quoique cette dimension de vingt-une lignes et au-dessous lui parût alors imaginaire; et M. 4 gault, comme on la déjà remarqué, n’auroit pas fait la section du pubis sur la femme V'espres, si on ne Jui eût pas assuré que le bassin avoit deux pouces et demi de petit diamètre, s’il ne se le fût persuadé d’après ses recherches, et s’il n’eût cousidéré que ses propres intérêts. Si on mettoit avant ce temps des bornes à son utilité, l'exemple de la femme du Belloy devoit la faire adopter dans. tous les cas de mauvaise conformation : car si le

(1) M. Chaptal , qui suivoit alors mes leçons sur l'Art des Accouchemens, me permit de publier qu'il doutoit que l’opération eût été faite, et plus encore, qu’une femme d’une aussi belle conformation extérieure eût un bassin aussi resserré qu’on le lui avoit annoncé, Le succès ne lui. en a point imposé.

bassin de cette femme n'offre pas Pempreinte de la plus grande défectuosité (1), l’écartement de trois pouces, obtenu si facilement et avec aussi peu d’inconvéniens, ne paroîtra peut-être pas le plus grand terme où on puisse le porter.

2076. N'ayant rien de bien positif à opposer à M. le Roy sur Vétat de la femme du Belloy dans le temps de la première édition de notre ouvrage, nous nous étions contenté de rapporter le résultat d'une expérience faite à l’Hôtel-Dieu de Paris le 25 août 17709, sur une femme morte le onzième Jour après l'opération césarienne pratiquée à la ligne blanche : cette femme étoit infiltrée, ce qui rendoit la circonstance bien plus favarable. Placée sur ke bord d’une table , les jambes écartées et soutenues comme le recommandent les partisans de la seetion du pubis, nous enlevâmes la matrice afin d'engager dans le bassin les pieds d’un enfant qu'on avoit placé dans le ventre. Ce bassin n’avoit que vingt lignes de petit diamètre, et quatre pouces et un quart de diamètre transversal. Celui de la tête de l'enfant, mesuré d’une protubérance pariétale à l'autre, n’étoit que de trois pouces cinq à six hgnes ; le tronc en étoit maigre, et nous en avions en quelque sorte pétri toutes les parties pour leur rendre la souplesse que la mort avoit pu leur enlever. On entreprit de faire passer cet enfant à travers le bassin , en tirant sur les pieds, et malgré la force qu’on y mit, on ne put l'engager qu’à la hauteur de la poitrine : ce fut dans ce moment , et

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(1) Nous en conservons un qui n’a que quatorze lignes. Voyez la seiième planche, et il en existe de plus resserrés.

DÉS ACCOUCHEMENS. ‘343 la remarque en est importante , qu'on fit la section du pubis : ayant découvert la symphyse au moyen d’une incision de deux pouces et demi; conservant en en-bas la commissure antérieure des grandes lèvres , et supérieurement ane étendue de dix-huit à vingt lignes au-dessous de l'angle inférieur de la plaie résultante de l'opération césarienne.

2077. Malgré l'espèce de coin que formoit le corps du fœtus fortement engagé et comprimé dans le bassin , les os pubis ne s’écartèrent d’abord que de neuf lignes: on augmenta ensuite cet écartement le plus graduellement possible jusqu'à vingt et une, en éloignant les cuisses de la femme, et il fallut alors tirer en mème temps sur les hanches, pour le porter à deux pouces et demi. Borné à ce dernier point, on essaya de faire passer la tête de l’enfant qui s’étoit placée d'elle-même dans la position la plus avantageuse, puisqu'une des bosses pariétales répondoit à l'écartement des os pubis, et l’autre à la partie latérale gauche de la saillie du sacrum , l’occiput étant tourné de ee eôté. Plu- sieurs. personnes de Part y employèrent successivement leurs forces, en tirant sur le tronc, et sur la mâchoire inférieure au moyen de deux doigts introduits dans la bouclie, sans la faire avancer d’une seule ligne : elle ne traversa le détroit, qu'au moment où je secondai ces efforts en appuyant sur la tête même, d’une main placée dans le ventre du cadavre de la femme, et en la comprimant fortement selon son épaisseur.

2078. À Finstant où elle franchit ce détroit, Pangle inférieur de ta plaïe des tégumens se dechira jusqu'à la vulve , et cette plaie se prolongea

tellement vers celle de l'opération césarienne, qu'il s’en fallut peu que ces trois ouvertures n’en fissent qu’une. Les symphyses sacro-iliaques , déjà entr'ouvertes avec rupture des ligamens et du périoste, au terme de vingt et une lignes d’écartement entre les os pubis, se déchirèrent complètement, et le firent avec assez de bruit pour que chacun des assistans l’entendit bien distinctement ; de sorte qu’on püt y placer aisément le pouce on travers. Les os pubis, après la sortie de la tête, se trouvèrent encore écartés de trois pouces, et l’avoient été un peu plus, sans doute, à linstant où elle franchit le détroit. L’angle du pubis droit étoit distant de deux pouces six lignes, du centre de la saillie du sacrum , et l’angle du pubis gauche de deux pouces trois lignes seulement; de sorte que le diamètre du bassin considéré dans ce dernier sens, S'étoit augmenté de sept lignes et de dix selon l’autre. | 2079. Quoiqu'on ne puisse pas déterminer avec toute la précision possible, le produit que donnera la section du pubis sur tel ou tel bassin, par celui qu'elle à donné sur un antre, puisqu'il diffère un peu dans chaque individu, par rapport à la forme particulière du détroit supérieur, à la longueur respective de ses diamètres , et à la courbure plus ou mains grande des os, il nous semble cependant que l’expérience dont nous venons de rendre compte , fait assez bien connoître le peu d’avantage qu'il y aurait à espérer de cette opération, dans le cas où'le bassin n’offriroit que dix-huit à dix-neuf lignes d'ouverture supérieurement, même vingt et une lignes, comme celui de la femme

DES ACCOUCHEMENS. 345 du Belloy (1). Si on rapproche ces deux faits, on

sera frappé du contraste que présentent Bars résultats. Chez la fenime qui servit à notre expérience , il fallut de grands efforts pour écarter les os pubis de trois pouces ; on ne put obtenir cet écartement sans opérer un délabrement affreux du côté des symphyses sacro-iliaques , et sans séparer les os des iles, pour ainsi dire entièrement, du sacrum ; les angles de la plaie extérieure se déchirèrent au loin, tant supérieurement qu'inférieurement ; l’on ne put faire passer la tête à travers le détroit ainsi agrandi, qu’en ÿ employant les plus grandes forces, et en les combinant comme on l’a dit, quoiqu'elle n’eût que trois pouces cinq à six lignes de petit diamètre. Chez la femme du Belloy toutes ces choses se sont opérées tout bonnement : l’écartement de trois pouces s’est fait sans violence et sans peine; lincision extérieure à la aquelle il semble qu’on avoit donné peu d’étendue, ne s’est nullement alongée par le déchirement deses angles, et une tête de trois pouces huit lignes a passé hbrement à travers le bassin ; l’on a conservé l'enfant, et la mère a éprouvé “ peu d’accidens, et se portoit si bien dès le lendemain de l’opéttion ; que son Accoucheur ne la vit que rarement après les premiers jours. Au jugement des personnes insiruites qui assistèrent à notre expé-

oo

(x) On n’a pas oublié que M. Goubelly, D. M. P., a reconnu ; quelques jours après l’ opération , que le diamètre

de ce bassin etoït d’un pouce trois-quarts. Fe M. Alph. Le Ror.

rience (1), un seul enfant sur dix mille, n’auroit pu survivre un instant x de moindres efforts que ceux qu'il a fallu faire pour extraire du sem du cadavre, celui-qui servoit à cette même expérience, et aucune femme ne pouvoit manquer d'être victime des désordres intérieurs que nous à présentés le bassin. Le fait de la femme du Belloy paroîtra sûrement moins étonnant d’après les ebservations suivantes.

2080. Cette femme étoitaccouchée six fois avant qu’on ne lui fit la sectjon du pubis; et chaque fois, dit M. /e Roy, on avoit eu recours aux moyens extrêmes de l’art ; M. 4zeron (2) l'avoit secourue dans les trois derniers de ces aecouchemens. On seroit tenté de croire que c’est sur la bonne foi de ce Chirurgien, que M. le Roy a déclaré que le bassin n’avoit que dix-huit à dix-neuf lignes de petit diamètre ; comme 1l paroît n'avoir jugé de celui de Julie Collet, que d'après le témoignage d’une Sage-femme : car on ne voit nulle part dans ses écrits, qu'il en eût fait lui-même l'examen. S'il a pu croire que le bassin de Julie Collet navoit que deux pouces einq lignes, comment s'est-il persuadé que six enfans avaient traversé un bassin de dix-huit:à dix-neuf lignes ? Ne pourroit-on pas lui demander quels sont ces moyens extrêmes que M. 4zeron a mis en usage pour déli-

er ere re ER

(1) M. Moreau, Chirurgien-Major de l’'Hôtel-Dieu ; MM. Deleurye , Coutouly, Trainel, l’Héritier, Maîtres en Chirurgie , et un grand nombre d'Elèves.

(2) M. Azeron , Chirurgien privilégié , inconnu dans l'Art des Accouchemens.

vrer la femme du Belloy, des trois derniers de ses enfans? comment ce Chirurgien a pu se décider à donner la préférence à de pareïls moyens, sur l'opération césarienne qui étoit si clairement et si exclusivement indiquée? en combien de lambeaux il a été forcé de diviser ces innocentes victimes , pour les faire passer à travers une filière aussi étroite? enfin, comment sa main, ellemême , a pu y pénétrer pour diriger les instrumens ? à

2081. La femme du Belloy étoit accouchée six fois avant la section du pubis, c’est un fait, et n’avoit pu conserver un senl de ses enfans ; mais d’après le rapport du père et de la mère, aucun de ses six enfans n’a été mutilé : plusieurs sont venus naturellement, à la suite d’un travail fort long; et les autres ont été tirés entiers avec le crochet. M. Maritaine, et après lui M. 4zeron, ont été les Accouchenrs de la femme du Belloy. Ces enfans sont nés à terme, et tous étoient plus gros que celui qu’on obtint vivant après fa section du pubis. D’après le témoignage des parens mêmes, ce dernier , loin d'être d’une grosseur telle que Pannonce M. e Roy, étoit si petit, aux yeux de ces mêmes parens , qu'ils craignirent long-temps de ne pouvoir élever ; et il mourut en effet à l’âge de quatorze mois. La femme du Belloy en eu: trois autres depuis ; M. /e Roy fut témoin de la naissance du premier, et madame du Seller, Sage-femme , reçut les deux autres, qui n’ont encore donné que quelques foibles signes de vie après leur sortie. Oseroit-on affirmer aujourd’hui, contre tant de preuves, que le bassin n’a que dix-huit à dix-neuf

lignes, même vingt et une lignes de diamètre ‘# Achevons de le faire connoïître tel que nous l'avons trouvé en 1785. |

2082. La femme du Belloy étant venue nous consulter aussi à l’occasion d’une descente de matrice presque complète, pour laquelie nous lui placles un pessaire, comme à Julie Collet qui nous l'avoit adressée, nous.examinämes son bassin, mon frère et moi. La descente de matrice ne nous permettant pas de développer intérieurement le pelvimètre de M. Coutouly, nous employämes le compas d'épaisseur qui nous donna un résultat de trois pouces moins un quart, en l'évaluant au plus bas ; l'épaisseur du bassin, prise du milieu du mont de Vénus au haut du sacrum postérieurement, étant de six pouces moins un quart; la femme des plus maigre, et ayant les os trèsgrêles. Le doigt introduit dans le vagin, et à plusieurs reprises, confirma parfaitement ce résultat, mesurant près de trois pouces et un quart du milieu de la saillie du sacrum, au bord inférieur de la symphyse du pubis qui n'est pas plus longue que chez les autres femmes de même stature, D'après ces découvertes, et beaucoup de détails que nous passons sous silence, le succès obtenu sur la femme du Belloy ne nous parut plus aussi extraordinaire ; nous ne vimes en lui qu'une nouvelle preuve de l'inaptitude de son Auteur à bien juger des dimensions da bassin , et non l'intention cachée d’en imposer à la crédulité de ceux dont l'opinion étoit encore chancelante sur le fait de la section du pubis. Ce succès se place de lui-même à côté de celui que nous offre l'exemple de la

femme Souchot, et a quelque chose encore de moins merveilleux.

2083. Trois autres femmes ont été également opérées par M. Roy; savoir, la nommée Huguet, dont le fait a été publié sous le nom de M. de Mathis, dans le Journal de Médecine du mois d'avril 1985 (1); une Dame inconnue, chez madame Morlai, Sage-femme, le 12 mars 1785 (2); et une troisième, sous nos yeux, le 24 avril de la mème année (2). Le bassin de la femme Huguet n'avoit encore que deux pouces et un quart de petit diamètre d'apres l'estimation du Médecin qui l’a opérée, et de plusieurs qui ont signé le procèsverbal sans avoir examiné cette femme (4). Celui de l’inconnue n'offrait que deux pouces ; dix personnes l’attestent encore, sans qu'aucune s’en füt assurée par le toucher (5). Quoique l’écartement des os pubis eût été au-delà de deux pouces et demi chez la femme Æuguet, les suites en furent st simples , qu'il existoit au plus un peu de fièvre pendant les premiers jours; que la plaie extérieure, agolutinée dès le lendemain , n’offroit que l’aspect

(1) M. de Maihiis , Chirurgien des Armées du Roi de Naples, alors Elève de M. Z Roy.

(2) Le précis de ce fait a été inséré dans la feuille du - Journal de Paris , du 17 avril 1785 , avec une lettre de l’Auteur , des plus injurieuses pour les Chirürgiens.

(5) Ce dernier fait n’est pas encore publié.

(4) M. Asdrubal , pensionnaire du Pape et Elève de M. Ze Roy ; M. de Mathis et autres.

(2) Dans ce nombre se trouvent M. Philipp, D. M. P.,

-MM. de Mathis et Asdrubal, et madame Morlai chez laquelle étoit la femme. |

d’une légère égratignure; que les symphyses étoient déjà boursoufflées ; que la femme enfin s'est trouvée parfaitement rétablie au dix-septième jour. L'enfant étoit bien portant, et sa tête avoit trois pouces neuf lignes de petit diamètre. La Dame opérée chez madame Morlai ne fut pas moins heureuse. Je la vis le sixième Jour ; aucunes femmes en couches ne pouvoient être mieux portantes à ce terme ; les os pubis me parurent écartés au plus de deux lignes. Le procès-verbal de ma visite, rédigé à l'instant même, fut envoyé le lendemain à M. le premier Chirurgien du Roi, qui avoit reçu l’ordre du ministre, le baron de Breteuil, de faire suivre cette femme par l'un des membres de l’Académie, et de l'instruire du r'ésultat de ceite opération, pour qu'il puisse en rendre compte lui-même au chef du gouvernement (1).

2084, L'espoir de se délivrer d’une descente de matrice considérable, me procura l’occasion encore d'examiner ia femme Huguet, dans le cours de mai 1785 (2), quoiquon eût publié un mois auparavant que la section du pubis l’avoit guérie de cet accident qui la fatiguoit depuis ses premières couches. Ce fut M. de Mathus même , qui me l’adressa, auprès m'avoir prévenu que je trou- RER LRRER

(x) Le ministre à qui ce procès-verbal fut cominupiqué, donna l’ordre au lieutenant de police de me faire représenter l'enfant, qu'on avoit placé sans doute à l'Hôpital , et que je ne pouvois voir qu'au moyen de cet ordre : mais il étoit déjà mort, et je ne pus juger de sa oTrosseur.

(2) ILest bon de noter ici que c’étoit la quatrième qui venoit implorer mes soins pour cette incommodité.

DES ACCOUCITEMENS. 3b1

verois son bassin beaucoup plus grand qu’on ne l’avoit estimé au temps de l'opération ; et je puis assurer, sans crainte d’être démenti par le fait, qu’il l’est en effet : il m’assura également qu'il ne l’avoit examiné qu'après la parfaite consolidation des os. Mesuré avec le compas d'épaisseur, ce bassin est de six pouces et demi, extérieurement, ce qui donne un résultat au moins de trois pouces et un quart pour le diamètre qui va du pubis à la saillie du sacrum : la femme n’étant pas d’un grand embonpoint. Le doigt introduit dans le vagin, ne peut toucher la saillie du sacrum qu'avec une extrème difficulté, et mesure un espace de plus de trois pouces huit lignes, du milieu de cette saillie, au bord inférieur de la symphyse du pubis; ce qui dénote de même un diamètre de plus de trois pouces , au lieu de deux pouüces et un quart. Le tableau des accidens qui ont suivi l’opération, d’après l'exposé de la femme, et de M. de Mathis encore, qu'on avoit abusé jusqu'alors, ne ressembleroit pas davantage à celui qu'on en a publié, que le bassin de ceite femme ne ressemble à celui qu’on a cru désymphyser, si nous en donnions les détails tels que nous les avons recueillis et conservés. :

2085. On ne s’est pas moins trompé dans l’estimation des diarnètres du bassin de cette femme inconnue, opérée chez madame Horlar, En rendant témoignage au premier chirurgien du Roi, du bon état où je l’avois trouvée au sixième jour deses couches, je suspendis mon jugement sur la nécessité de l'opération, jusqu'après l'examen de ceebassin , qui n’eut lieu que le 16 avril suivant. M. {e Roy l'exanina d’abord en ma présence ,

352 L'ART puis M. Phipp, déjà cité; ils assurèrent de nouveau qu'il n’avoit que deux pouces comme au temps de l’opération , ce que madame Morlai répéta d'après eux , plutôt sans doute que d’après ses propres lumières. Mais je l’estimai de suite au-dessus de trois pouces, d’après la difficulté que j'éprouvai à toucher la saillie du sacrum. Pour confirmer ce premier résultat, je me servis successivement du compas d'épaisseur, et de celui de M. Coutouly, Le premier mesura un espace de sept pouces moins un quart extérieurement, du haut du sacrum au milieu du mont de Vénus ; et le second se développa intérieurement et dans la même direction, jusqu’à trois pouces deux lignes, sans la moindre difficulté. M. £ Æoy et M. Philipp parurent convaincus que ce bassin avoit la mesure que je lui assignois , et il fut arrêté qu’on en dresseroit un procès-verbal dans le jour, pour être envoyé, comme le premier, à M. Æ/ndouillet qui devoit le remettre au Ministre : le temps ne permettant pas aux deux Médecins de le rédiger surle-champ. Je l’annoncai de suite"à M. le premier Chirurgien , qui l’attendit aussi vainement que moi: car je ne pus l’obtenir (1). | 2086. De nouveaux faits vinrent bientôt nous éclairer sur ces succès , trop exagcrés pour ne pas inspirer quelque méfiance. Dès le 24 avril 1785, huit jours après la visite dent je viens de rendre compte, nous fümes invités par M. /e Roy, mon

frère et moi, de l’accompagner chez une femme nn mme sa annee mme en nm ane eee mt (x) Je l’annonçai le même jour à M. le premier Chyurgien du Roï , par une lettre contenant les détails dont je viens de faire part. |

qu'il devait opérer , rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain. J’examinai cette femme, etje me contentai d'assurer que le bassin étoit plus étroit que celui de la dame qui fait le sujet de l’observatlon précédente ; que l'enfant courroit le plus grand danger, soit qu’on l’amenât par les pieds ou autrement. M. / Roy avoit estimé le diamètre de ce bassin à trois pouces ou environ ; et je compas de M. Coutouly appliqué dans un moment de douleur et d’agitation , donna , à une ou deux lignes près, le même résultat. Dans l’opinion que ce bassin étoit ausst peu resserré , nous aurions observé pendant quelque temps l'effet des douleurs , si le cordon ne se fût pas présenté au-dessous de la tête, au point de former une anse dans le vagin; mais sa présence rendoit la circonstance des plus pressantes , et il falloit opérer l’accouchement sans trop de délai. Je voyois des inconvémiens pour l'enfant à la suite de toutes les méthodes connues, excepté de l'opération césarienne ; M. /e Roy étoit certain de le conserver ainsi que la mère, par la section du pubis, et ne sembloit regretter que la circonstance ne fût pas plus favorable pour nous convaincre de ses grands avantages, c'est-à-dire, que le bassin ne fût pas plus étroit. Il conserva l'enfant, mais la mère mourut des suites de l'opération même, avant la fin du huitième jour.

2087. L’incision extérieure fut assez courte d'abord, et ne parut, après l'accouchement , que de six à huit lignes d’étendue. La symphyse fut coupée de haut en bas; mais la section s’en fit trèsdifficilement ; il fallut s'y reprendre à plusieurs

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