‹ L'art des accouchemens (volume 3)Chapitre 49 sur 62 · Tome If · texte numérisé non relu

Tome If

Il n'évalue qu’à deux travers de doigts l’écarment qu'il en obtint, et il suffit, puisque la tête sortit ensuite par l'effet d’une seule douleur , et que le tronc fut expulsé un quart d'heure après : l’enfant étoit mort; la femme éprouva beaucoup d’accidens , dont ( uns , au moins, paroissoient dépendre essentiellement de l’opération, tels qu’une incontinence d'urine qui subsistoit encore un an après ; l’ engourdissement de la cuisse et de la jambe gauches, qui dura plusieurs semaines ; un dépôt sous les née fessiers de la cuisse droite, qu’on fut obligé d'ouvrir un mois après, qui rendit audelà d’une pinte d’un pus séreux et très-fétide, et qui paroissoit venir de la symphyse sacro- laqué droite, etc. Cette observation fait naître une foule de réflexions qui ne déplairoient pas à M. Mansuy , d’après la candeur avec laquelle il expose le fait (1).

2118. La femme qui fut opérée à l'Hôtel-Dieu de Paris, dans le mois de thermidor an xr, fut moins heureuse que celle dont parle M. Mansuy. On ignoroit depuis quel temps elle étoit en travail, lorsqu'elle se rendit dans cet hospice; on apprit seulement qu'elle venoit de Melun ou de ses environs. Son bassin ne parut avoir que deux pouces: de petit diamètre ; un anse de cordon ombilicalk et un des bras de l'enfant étoient sortis. Elle fut opérée presque de suite; on retourna l'enfant, on l’amena par les pieds; il mourut dans l'opération, et sa mère ne lui survécut qu'un. instant. L’ouver-

ne se

(1) Journal de Médecine , tom. V, page 111. Bramaire an. XI.

DES ACCOUCHEMENS. 387 ture du cadavre de celle-ci fit voir, entre autres choses , que le diamètre du bassin n'avoit réellement que deux pouces, que le vagin étoit amplement déchiré, et le corps de la matrice ecchymosé (1). 2119. Une femme de Poni-Saint-Maxence étant redevenue grosse à la suite de deux accouchemens , dont l’un surtout avoit été excessivement laborieux, vint me consulter vers le troisième mois , craignant que cette grossesse n’ait pas une issue plus heureuse que les précédentes, et éspérant quelques conseils utiles. Malgré l'assurance que je lui donnai d’un accouchement ordinaire, cédant aux alarmes que lui inspirèrent d’autres personnes à mesure qu'elle approchoit du terme, elle se rendit à Paris de nouveau vers les premicrs jours de mai 1803, pour s'y soumettre à la section du pubis, qu'on lui avoit présentée comme une opération très-simple, et dont on lui garantissoit le succès. Les petits accidens qu’on avoit regardés comme les symptômes avant-coureurs du travail de l’enfantement s’étant évanouis , énnuyée d'être loin de ses foyers après plusieurs jours d'attente : et se rappelant les consolations qu'elle avoit reçues chez moi, cette femme vint me «

onsulter une seconde fois,

me laissant ignorer les motifs qui l’avoient ramenée danscette ville set sur l’assurance bien plus positive encore que je lui donnai, après l'avoir examinée de nouveau , qu’elle accoucheroit nalurellement, et au plus tôt sous trois semaines, elle repartit de suite : c’étoit le 7 ou le 8 de mai.

(1) Journal de Médecine , tome VI » pag. 624. Fructidor an XI,

Elle accoucha le 29, à cinq heures du matin, à {a suite d’un travail si court, qu’on eut à peine le temps de préparer un bain, d’y entrer et d’en sorür. M. éry, Chirurgien de Pont-Saint-Maxence x qui lassistoit alors, me fit part à l'instant même de cet événement , et m'instruisit de tous ses détails en même temps qu'il me fit connoître les motifs qui l’avoient déterminé à conduire la femme à Paris au commencement du mois. L’enfant est né vivant et bien portant; il étoit du poids de sept livres deux onces ; la grosseur de sa tête se trouvait telle , que le diamètre occipito-fronial étoit de quatre pouces sept lignes ; le diamètre bi-pariétal de trois pouces cinq : l’une de ses circonférences de treize pouces trois lignes , et l’autre de dix pouces onze lignes : ce qui dénote un enfant un peu au-dessus de la grosseur la plus ordipaire. J'avois évalué le diamètre sacro-pubien du détroit abdominal, chez cette femme, le seul qu’on Soupçonnoit en défaut, au moins de trois pouces et demi. C’étoit sans doute un de ces cas où la section du pubis devoit avoir du succès, même pour l'enfant ; et ce fait, si l'opération eût été pratiquée, n’auroit pas manqué d’être recueilli, publié, et de soutenir le zèle du petit nombre des personnes qui se sont vouées à sa défense, sans l'avoir bien examinée ; et qui la préconisent encore sans trop savoir pourquoi.

Conséquences qu'on doit tirer des cxpériences et observations qui font le sujet des sections précédentes.

2120. Le but de la section de la symphyse du pubis étant le même que celui de l'opération césarienne , à laquelle on a cru pouvoir la substituer sans danger, dans tous les cas de mauvaise conformation du bassin où l'accouchement. est: évidemment impossible par la voie naturelle , elle n’a dû avoir de succès qu’autant qu’elle a rempli complètement ce but. S'il suffsoit, pour en attribuer à l’une ou à l’autre, de conserver la mère ou l’enant, l'opération césarienne, dans un nombre égal, en auroit obtenu bien plus que la section du pubis ; comme 1l est aisé de s’en convaincre par les observations recueillies sur ces deux opérations.

2121. Avant de lui substituer la dernière , les circonstances étant les mêmes et parfaitement connues, il falloit examiner si elle peuvoit en remplir l’objet. Il ne suffit pas pour la préférer qu'elle paroisse plus simple dans son exécutionet entourée de moins d’inconvéniens pour la mère, il faut encore qu’elle soit utile à l’enfant , et telle pour lui qu’on soit assuré de le conserver. Fût-elle d'une exécution plus facile encore qu'on ne l’a dit, et environnée de beaucoup moins de dangeïs pour la ferme, si elle n’ouvre pas une voie libre et sûre à ce dernier, elle ne peut suppléer à l'opération césarienne, la remplacer, ni lui être substituée ar

bitrairement dans tous les cas où le bassin est vicié dans sa forme et ses dimensions : car ces deux individus ont le même droit à la vie, exigent les mêmes attentions , les mêmes soins, et réclament les mêmes secours.

2122. Ên exagérant, comme on l’a fait, les dangers de l’une et les avantages de l’autre , on s’est éloigné du but qu’on se promettoit, celui de servir l'humanité, de perfectionner l’art , et d'augmenter le domaine de nos connoissances. On a détourné des Praticiens timides, ou peu éclairés , d’une opération qui pouvoit être salutaire à la mère et à l’enfant, au point que les uns ont mieux aimé ne rien faire que de la tenter , et que les autres lui en ont substitué une qui ne devoit et qui ne pouvoit avoir aucun résultat heureux.

2123. Si la section du pubis a obtenu des succès ; en quelques cas où l'opération césarienne n’auroit procuré les mêmes avantages qu'en exposant beaucoup plus la vie de la femme, c’est qu'on a peutêtre abusé de cette dernière , et qu’elle n’étoit pas rigoureusement nécessaire : c’est que le bassin de la femme n’étoit pas très-défectueux. Jusqu'au moment actuel cette nouvelle opération n’en compte encore aucun , dans ces cas de grandes difformités, qui rendent l’accouchement absolument impossible par la voie ordinaire, les seuls pour lesquels l'opération césarienne ait été indiquée, tandis que celle-ci pourroit en offrir beaucoup. Si des hommes se sont rendus coupables en la pratiquant, quoiqu'avec les plus grands avantages, sur des femmes qu'ils auroient pu délivrer autrement et avec le même succès , pour elles et pour leurs enfans, bien

DES ACCOUCHEMENS. 301 plus se sont exposés aux mêmes reproches en y substituant la section du pubis , en de semblables circonstances, ou bien en lui donnant la préférence dans les cas où elle étoit la seulé admissible comme la seule qui fût indiquée.

2124. Pour apprécier les avantages et les inconvéniens respectifs de ces deux opérations , établir la préférence que l’une semble mériter sur l'autre, ou fixer les cas dans lesquels chacune d'elles peut convenir le mieux, ce n’est plus aujourd'hui, comme on l’a fait autrefois, l'opération en eltemême qu'il faut considérer, c’est-à-dire, les difficultés qu’en présente l'exécution, l’étendue de l’incision, la nature et l'importance des parties qu'elle intéresse, la voie par laqueile vient ensuite l'enfant, c’est le but qu’on se propose, et s’il peut-être atteint par cette opération ; 1l faut comparer Îles suites heureuses ou malheureuses de lPune et de l'autre sur un nombre égal de femmes opérées dans les mêmes circonstances ; il faut consulter les faits.

2125. Si l’on a pu croire d’ailleurs que la section da pubis étoit plus sinple dans son exécution et plus sûre dans ses effets que l'opération césarienne, préférable conséquemment dans tous Îes cas où le bassin étoit mal conformé, avant que l'observation n'eût fait connoître ses difficultés, ses dangers, son insuffisance même, l’on né peut actuellement en avoir une telle opinion sans être en contradiction avec ces faits, sans se refuser à l'évidence même. Combien de fois, après lincision des tégumens, qui n'offre rien de difficile , 1l est vrai, ne s'est-on pas trouvé dans l'impossibilité de

392 L'ART couper la symphyse du pubis, et n’a-t-on pas porté la scie ou le scalpel sur ces os mêmes , soit que eur symphyse füt réellement ossifiée, comme on l’a dit (1), soit qu’on n’ait pu la rencontrer, ce qui est plus vraisemblable ; comme cela est arrivé chez l’une des femmes opérées par M. Æ{phonse le Roy, et chez une autre qui le fut à Lyon par M. du Chaussoi (2)? Combien de fois ne s’est-on pas vu dans impossibilité d’écarter les os convenablement après cette section plus ou moins laborieuse, et la voie qu’on se proposoit d'agrandir n'est-elle pas restée trop étroite encore pour la libre sortie de j'enfant? Combien de fois ce dernier n’a-t-il pas été victime des efforts qu'il a fallu faire pour l’extraire après cette opération , ou la mère ne l’at-elle pas été du trop grand écartement des os ? 21206. Les faits énoncés nous apprennent que sur quarante et une femmes (3), quatorze sont mortes à la suite de cette nouvelle opération , et que vingt-sept seulement ont été conservées ; que st quelques-unes des premières ne paroissent en avoir été victimes que parce qu’elles ont étéopérées très-tard, et après l'emploi de beaucoup de moyens qui avoient pu nuire au succès de l'opération, il s’en trouve un bien plus grand nombre dans les dernières, qui avoient eu précédemment un ou plusieurs enfans, et dont les unes étoient accouchées naturellement, les autres au moyen du

(x) Voyez $. 2049—2106.

(2) Voyez $. 20g1—2108.

(3) On n'y comprend pas celle qui fut opérée par M. Bonnard , chirurgien d’Hesdin : voyez $. 2106.

forceps, ou de la main seule; et qu'un plus grand nombre encore, depuis lPopération, ont été délivrées de même : ce qui prouve au moins que leur bassin n’étoit pas bien défectueux.

2127. Ces mêmes faits nous instrusent également que dans le nombre des enfans de ces fenimes, treize seulement sont venus vivans, et que vingthuit sont nés morts ; car il faut regarder comme tels ceux qui n’ont donné que quelques signes de vie très-équivoques. Si quelques-uns de ces derniers étoient morts avant l'opération, les autres n’ont perdu la vie qu'en traversant le bassin désymphysé.

2128. Si on excepte le’bassin de la femme Vespres, qui n'avoit qu'un pouce dix lignes de petit diamètre (1), celui de la femme opérée à Lyon par M. du Chaussoi, qui n’étoit que d'un pouce sept lignes (2), il ne s’en est pas trouvé un seul parmi ceux que l’ouverture du cadavre a bien fait connoître, qui offrit l’image d’une très-grande difformité : les uns avoient deux pouces cinq lignes, les autres deux pouces six ,septet même dix lignes, et plusieurs ont offert jusqu'à trois pouces. L'écartement des os, sur aucun de ces bassins , n’a été porté au-delà de deux pouces et demi, et dans la plupart il a paru s'être borné à deux pouces, même à deux pouces moins quelques lignes.

2120. L'identité des accidens qui ont suivi l'opération chez toutes ces femmes, et celle des désordres qu'on a observés à l’ouverture de leurs cadavres , ne permettent pas de croire qu'il en soit

(x) Voyez $. 2066. — (2) $. 2108.

une seule des vingt-sept autres dont le bassin fût au-dessous de deux pouces et demi de petit diamètre au détroit abdominal, ni chez laquelle l’écartement des os pubis ait été porté au-delà de deux pouces, loin de l'avoir été à deux et demi, même à trois pouces, comme on l’a publié tant de fois ; puisque la plupart de ces femmes ont pu quitter le lit dès le lendemain de l'opération, se lever et marcher après les premiers jours.

2136. Nous avons déjà fait observer qu’on avoit mis beaucoup d’exagération dans tout ce qu’on avoit dit de l’état du bassin de toutes ces femmes, en supposant beaucoup moins d'ouverture qu'il n’en existoit réellement, et qu'on ne s’étoit pas moins abusé sur la grosseur de la tête de leurs enfans (1). Un Chirurgien de Saint-Pol-de-Léon annonce en février 1778, qu'il vient d’en opérer une dont le bassin n’a que dix-huit à vingt lignes de petit diamètre ; on publie ce fait ; on y croit ou l’on feint d'y croire, et on ne paroiît pas même surpris de voir cette femme accoucher l’année suivante, et devenir mère successivement de plusieurs enfans avec la plus grande facilité (2). Un Médecin de Paris, vers la fin de juillet 1779, se persuade que le bassin de la femme dx Belloy n’a que ce degré d'ouverture, quoiqu'elle eût accouché six fois précédemment par cette voie, qu'aucun de ses enfans n’eût été mutilé, et l’opère de même, lui qui avoit publié quelques

(x) Voyez $$. 2000 , 2067 et suivant; 2071, 2082, 2084 , 2085 , etc.

(2) Voyez $. 2104.

DES ACCOUCHEMENS. 399 années auparavant, qu'à ce terme de mauvaise conformation 1l n’y auroît peut-être que l’opération césarienne qui püt sauver lenfant. Trois autres accouchemens subséquens à la section du pubis ne peuvent le détromper ; il est vrai que ces trois derniers enfans sont venus morts comme les six premiers , et que celui qu’on a extrait au moyen de l'opération dont il s’agit, est né vivant. Ce succès prouveroit au plus que cette opération a été utile, non pas qu’elle étoit indispensable, et que le bassin n'avoit réellement que dix-huit à vingt et une lignes. S'il n'avoit eu que ce diamètre , la section du pubis lauroit-elle agrandi suffisamment pour mettre la vie de ce septième enfant en sûreté, ou la mère en auroit-elle éprouvé si peu d’accidens (1)? On a dit également que le bassin de la femme Huguet n'avoit que deux pouces et un quart, et dix mois après nous l'avons trouvé de trois pouces et un quart à trois pouces et demi (2); que celui d’un autre femme opérée chez madame Morlay ; Sage-femme , n’étoit encore que de deux pouces et quelques lignes, tandis qu'il surpassoit trois pouces et un quart (3), etc. etc.

2131. Si l'on ne peut conclure, comme on l’a déjà fait, que la section du pubis n’a eu de succès que chez les femmes où elle n’étoit pas rigoureusement nécessaire , il paroït certain au moins qu’elle n a été exempte de grands accidens que chez celles dont le bassin n’étoit pas très-défectueux, que parce que l’écartement des os n’a pas été porté aussi loin qu'on l’a cru ou qu’on l’a publié, et qu’elle a eu

(1) Voyez $. 2073.— (2) 2083. —(3) 2083 et suivans.

des suites constamment fâcheuses pour la mère et pour l'enfant, toutes les fois que le diamètre du bassin s’est trouvé au-dessous de deux pouces et demi, et que l’écartement des os a été aussi grand.

2192. Îl est également démontré, d’après les mêmes faits, que la section da pubis, si dangereuse pour la mère et pour l'enfant, dans tous ces cas de grande difformité du bassin, a été substituée tantôt au forceps, tantôt aux crochets ouau percecrâne, ou à la version méthodique de l'enfant | même à la patience, qui ne suppose pas moins de connoissance de la part de lAccoucheur ; qu'il n'en faut-pour opérer à propos et pour le bien faire.

2193. Les accidens qu'on avoit remarqués plusieurs fois à Ja suite de l’écartement des os des iles et du sacrum, même des os pubis, dans quelques cas d’accouchemens extrêmement pénibles, sembloient annoncer depuis long-temps ceux qu'on devoit craindre d’un plus grand écartement encore, inséparable de la nouvelle opération, et l’expérience n’a pas tardé à faire connoître que cette crainte étoit fondée. Combien d'accidens n’a-t-on pas eu à combattre, en effet, chez la femme Sos chot(1), avant qu'on ne pût espérer de la conserver ; quoique bien plus heurense que la femme f’espres, opérée quelque temps après (2), quecelles qui font le sujet de la cinquième observation de M. Alphonse le Roy (3), de la quatrième de M. de Caïnbon (4) ; que celles qui furent opérées à Dusseldorf (5), à

ne mens pme

(r) Voyez $. 2056.—{2) 2006,—(3) 2086.—(4) 20q5. (5) Mon:

DES ACCOUCHEMENS. 397 Arras (1) , à Spire (2), à Lyon (3), à Gênes (4), à Paimpol (5), à Paris par M. Mathis ge eeut Brest (7), à Wisbourg (8), ete. etc.

2154. La contusion , le déchirement des parties extérieures , l'inflammation , la suppuration de ces mêmes parties , et de la substance ligamentocartilagineuse même qui constituoit la symphyse des os pubis : la dénudation de l'extrémité de ces os , leur carie , leur défaut de réunion, la lésion du canal de Purètre , l'ulcération de la vessie, sa destruction partielle, sa hernie à travers les os non réunis , ct l’incontinence d’arine ; l’écartement, le déchirement des symphyses sacro-iliaques ; l'inflammation , la gangrène, la rupture même de la matrice; des dépôts de matières purulentes et ichoreuses dans le lieu même des SvInphyses déchirées , dans tout le tissu cellulaire du bassin , et le long des muscles psoas, etc. , l’inflammation du péritoine , des intestins , etc. , présentent l’ensemble des accidens qui ont eu lieu à la suite de cette opération, dans les cas où la mauvaise conformation du bassin sembloit rendre l'accouchement impossible par la voie naturelle.

2135. En exposant constamment la vie de la femme dans ces sortes de cas, l’opération n’a pas toujours été plus salutaire pour l’enfant , comme ou l’a vuégalement , puisqu'elle n’en a sauvé que quelques-uns. L'opération césarienne ) Sans être plus fâcheuse pour la mère que ne l’a été la section du pubis , auroit pu les conserver tous, et 1] est

po

(1) Voyez$: 2104.—{2)2104. — (3) 2108. eus 2110. — (8) 2109: — (6) 2093. — (7) 2507: — (8) 2049.

vraisemblable que dans le nombre des femmes qui ont succombé aux suites de celle-ci, elle en auroit soustrait plusieurs à la mort.

2156. Presque tous les enfans ayant été extraits par les pieds après cette nouvelle opération, les Praticiens instruits des dangers attachés à cette méthode, dans le cas où le bassin est un tant soit peu défectueux, se persuaderont peut-être qu’on auroit pu en conserver davantage, en livrant leur expulsion aux soins de la nature , où en employant le forceps ; et quelques-uns pourront le proposer , sans faire attention que s’ils affoiblissent le danger qui menace l'enfant , ils augmenteront celui qui n'est déja que trop certain pour la mère. D'ailleurs, dans ce cas comme en beaucoup d’autres, est-on le maître de choisir entre telles où telles méthodes d’opérer l'accouchement proprement dit, et n'est-il pas des circonstances où il faut nécessairement retourner l'enfant et l’améner par les pieds ?

2137. Les accidens dont on a présenté le tableau au . 2134, n'ayant eu d'autres causes que le trop grand, écartement des os pubis, et l’altération des symphyses sacro-iliaques, l’on ne peut espérer de es prévenir qu'en bornant cet écartement : maïs alors , par cela même que l'opération en deviendroit moins fâcheuse , elle seroit inutile , puisqu'elle laisseroit subsister presque dans son entier, tout l'excédent du diamètre de la tête du fœtus sur celui du bassin de la mère. Quelque grand qu’ait paru cet écartement dans les cas rapportés ci-dessus, on ne peut reprocher à qui que ce soit de l'avoir porté trop loin une seule fois ; la sortie de

l'enfant ayant été constamment assez difficile encore pour le mettre en danger; tandis que souvent , il auroit failu l’étendre bien au-delà de ce qu'on l’a fait, pour atteindre le but qu'on se proposoit à l'égard de cet enfant.

2138. Quand on pourroit, sans de grands inconvéniens, le porter à deux pouces et demi, comme on assure l'avoir fait, il faudroit encore assigner quelques limites à la section du pubis et reconnoître l'indispensable nécessité de l'opération césarienne , dans plusieurs cas où la première en auroit tous les inconvéniens , sans offrir aucun de ses avantages. La section du pübis ne pourroit la remplacer qu’autant que le petit diamètre du détroit supérieur seroit au-dessus de deux pouces et demi, puisqu'au-dessous de ce degré de resserrement, elle n’a eu jusques ici aucun succès.

2139. Si nous avons suspendu notre jugement sur cette opération dans les premières éditions. de cet ouvrage; sur l’innocuité ou le danger d'un écartement de trois pouces, même de deux pouces à deux pouces et demi ; si nous ex191ons. avant d'adopter cette nouvelle opération , que des hommes qui n’avoient aucun intérêt personnel à la faire valoir au détriment de l’autre , eussent été témoins d'un pareil écartement , sans rUpture des symphyses sacro-iliaques et sans de très graves accidens ; plus instruits en ce moment sur tous Ces points, nous ne craignons pas. de la rejeter, dans tous les cas où la conformation: du bassin est telle que le détroit abdominal n’a pas deux pouces et demi à trois pouces de petit diamètre : encore sommes-nous dans l'opinion qu’elle

seroit excessivement fâcheuse à ce terme, s'il falloit un grand écartement pour le libre passage de l'enfant. |

2140. L'opération césarienne n’ayant été proposée que pour des cas de difformités bien plus grandes encore , et telles que l'histoire de a section du pubis même en offre quelques exempies, elle nous paroît préférable , malgré les écueils innombrables qui l’environnent, puisqu'elle a obtenu des succès entiers, là où cette dernière n’a eu que des victimes.

2141. La section du pubis auroit sans doute un peu moins d’inconvéniens, si l’obstacie ne provenoit que du peu de longueur du diamètre transversal du bassin , n'importe de quel détroit, mais surtout du détroit périnéal; parce qu'un moindre écartement pourroit alors faire disparoitre ce défaut , et procurer le degré d'ouverture nécessaire à la sortie de l'enfant : mais dans ces sortes de cas même, s’il falloit un grand écartement encore pour établir ce rapport entre le diamètre dont il s’agit et celui de la tête du fœtus, elle auroit tous les dangers dont nous venons de parler. Ces cas sont sirares , que les faits relatifs à cette nouvelle opcration n’en présentent pas un seul exemple qui ne puisse être contesté , ou sur lequel on ne puisse faire de solides objections.

2142. Les avantages de la section du pubis ne paroîtroient jamais plus grands que dans le cas où la tête du fœtus profondément engagée , seroit enclavée dans le bassin , et dans cette espèce d’enclavement , surtout , dont parle Roederer , où l’on ne peut, dit-il, introduire aucun instrument, en quel-

DES ACCOUCHEMENS. âot

* qu'endroit qu'on tente de le faire ; parce qu’un trés-petit écartement suffiroit pour le faire cesser. Mais où sont les preuves de la possibilité de cette espèce d'enclavement , et pourroit-on en citer un seul exemple? Sans doute en l’admettant, la section du pubis sera préférable au percecrâne, aux crochets, et à l'opération césarienne, si l'enfant est vivant; mais comme une telle espèce d’enclavement ne pourroit avoir lieu qu’à la suite d'un travail extrêmement long, que de motifs encore n’auroit-on pas pour rejeter l’opération, tant il est difficile de croire que l'enfant ait pu résister à ce travail,

2143. Ce n’est plus seulement pour ces cas d'accouchemens difficiles où il existe une grande disproportion entre le volume de la tête du fœtus et le développement du bassin de la mère, qu'on recommande aujourd’hui la section du pubis , mais encore pour celui de rétroversion de mnatrice où ce viscère seroit tellement serré , enclavé entre les deux détroits, que la réduction en deviendroit impossible, comme on le voit dans l’une des observations de Guillaume Hunter. Lorsque ce médecin y eut recours sur le cadavre , pour mettre la matrice ainsi enclavée à découvert, et pour mieux juger de ses rapports avec les parties circonvoisines , il ne pensoit pas sûrement qu'on la proposeroit un jour pour faciliter la réduction de ce viscère, et que quarante ans plus tard, on recommanderoit de la substituer à la ponction dont il avoit entrevu l'utilité, pour obtenir cette réduction. Malgré tout ce que la section du pubis semble promettre dans le cas

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