CHAPITRE HI
De P usage du Forceps, et de la manière de s'en servir dans chacun des cas oîi il convient.
\ 754- -Lm plupart de ceux qui ont parlé de l'usage du forceps , n'ont donné à ce sujet que des règles vagues et incertaines ; de sorte qu'on seroit tenté de croire que son application ne peut être réduite en méthode , et que ses succès ne dépendent que d'un hasard heureux. C'est pour n'avoir pas fait assez d'attention à la position de la tête , à sa hauteur dans le bassin 7 ainsi qu'à la marche qu'elle doit suivre dans telle ou telle situation , que nombre d'Accoucheurs n'ont pas toujours obtenu de ce moyen les avantages qu'ils en attendoient , et que beaucoup aujourd'hui l'emploient vainement encore, même dans des cas très-simples. Nous avons déjà dit que la manière de l'appliquer n'étoit pas arbitraire , mais subordonnée à des règles fixes , qui sont fondées sur la connoissance du bassin de la femme ; sur celle de la structure , de la forme et de la situation de la tête de l'enfant ; sur celle du rapport des dimensions de toutes ces parties ; du mécanisme de l'accouchement ; de la forme , enfin , et de la manière d'agir de l'instrument même.
1 34 l'art
ARTICLE PREMIER
Des règles générales concernant l'usage du Forceps.
Règles con- i^SS. Parmi les règles qu'il faut observer dans cernant l'ap- l'emploi de cet instrument, les unes regardent la forcent.11 situation de la femme , et les autres la manière d'opérer.
Section première.
De la situation de la femme.
De la situa- 1756. Une seule et unique position convient ticm que doit dans tous les cas. La femme doit être couchée à la avoir a iem- renverse sur l'extrémité de son lit , de sorte que les fesses le débordent un peu , comme nous l'avons conseillé pour l'accouchement contre nature : on prendra d'ailleurs les mêmes précautions pour la fixer dans cette attitude. Toute autre position nous paroît incommode , soit pour la femme % soit pour l'opérateur même; et surtout celle où la femme est appuyée sur les coudes et sur les genoux , ayant le ventre tourné vers le lit et offrant le derrière à l'Accoucheur (i).
(i) Nous avons réuni pendant long-temps entre mon frère et moi une pratique que celle d'aucun autre Accoucheur ne sauroit surpasser ; et. nous n'avons rencontré aucun cas où il ait fallu mettre la femme dans cette attitude , soit pour favoriser l'expulsion de l'enfant , soit pour le retourner et l'amener par les pieds , soit enfin pour l'extraire avec le forceps.
DES A.CCOUCHEMENS. I 35
t 757. Il y a cependant des circonstances plus favorables où l'on peut accoucher la femme avec le forceps, quoique couchée sur le petit lit ordinaire comme dans l'accouchement naturel, pourvu qu'elle ait seulement les fesses un peu élevées , les cuisses et les jambes fléchies: c'est lorsque la tête occupe entièrement le fond du bassin, et que l'occiput ou le front se présente à i'arcade du pubis.
1 768. Les règles qui concernent la décence ne doivent pas non plus être négligées : tout homme honnête les devinera aisément. Quoique les femmes les plus scrupuleuses sur ce point ne nous astreignent pas à détourner les veux du lieu où nous portons l'instrument, il ne faut cependant pas les découvrir sans nécessité, et les exposer aux regards des assistans.
Section IL
Des règles qui concernent l'application du Forceps:
I75q. Les règles qui ont rapporta l'application , Pre'cautions
]/ 1 • 1 • 1J rr , a prendre à
du torceps, bien plus importantes que ces der- i'égarddu formeras, ne sont connues que du praticien éclairé. cePs mênie- Il faut observer , iQ. de chauffer un peu l'instrument, d'en séparer les branches et de les enduire de beurre ou de pommade; i°. de les insinuer séparément, et d'une manière différente, selon la position de la tête de l'enfant, et le lieu du bassin qu'elle occupe (i).
(1) On est assez dans l'usage de cacher le forceps à la femme dans la crainte de l'effrayer; mais nous croyons
1 36 l'art
Des régions ] nÇ>o. Les branches du forceps doivent toujours
delà tête sur k:. ' - "' "i- / i a., 3 ri .» ,., J ,
lesqnelles on etre appliquées sur les cotés de la tête; s il y a des doitplacer le exceptions à cette règle, elles sont en très-petit 1 ' nombre et nous les ferons connoître dans la suite. Quelquefois il est à propos de commencer par introduire la branche mâle, c'est-à dire, celle qui porte le pivot; et d'autres fois la branche femelle. S'il faut, en bien des cas, les insinuer vers les parties latérales du bassin , souvent aussi l'on doit en placer une sous le pubis, et l'autre au-devant du sacrum ; ou bien elles doivent répondre aux espaces moyens entre ces quatre principaux: parce que chaque position de la tête exige un manuel différent à quelques égards.
Remarque 1 76 1 . Cette remarque n'a pas échappé au célèbre
de Levret à ce r ' x 1 . , . *,, , l, l . ,
sujet. Levret : car après avoir fait 1 enumeration des cas
où l'on est obligé d'appliquer le forceps, il dit que chacun d'eux semble exiger une méthode particulière , mais qu'il en a inventé une générale applicable à tous. Il donne comme préceptes invariables de ne jamais appliquer le forceps sur la face de l'enfant, et de ne l'introduire par d'autres endroits que les cotés du bassin , parce que c'est là, ajoute-t-il, où il y a le plus de vide. Nous exposerons brièvement la méthode générale, qui a pour base ces deux grands principes, afin qu'on puisse en juger et la comparer avec celle que nous
que rien ne peut la rassurer davantage que de le lui faire connoître avant et de le lui laisser examiner , puisqu'on ne peut s'en servir sans qu'elle s'en aperçoive. Nous ne l'avons jamais employé que nous ne l'eussions en quelque sorte reçu des mains de la femme même.
DES ACCOUCHEIUENS. 187
décrirons dans la suite pour chaque cas en particulier.
1762. Il faut, selon Levret, chercher l'endroit du bassin où il y a le plus de vide, et où la tête est le moins serrée: c'est, dit-il, sur les côtés. Si c'est du côté gauche, par exemple, on y insinue la branche femelle du forceps de manière que son bord convexe soit en-dessus et sa nouvelle courbure en-dessous, ou tournée vers la fourchette; avec la précaution d'en tenir le bout extérieur très-bas, jusqu'à ce que l'extrémité de la cuiller soit parvenue dans l'échancrure de l'ilium, ou à la hauteur du détroit supérieur. On lui fait alors décrire, comme en cernant, la moitié d'un cercle, en la faisant passer sous la tête de l'enfant et audevant du sacrum , pour la conduire du côté opposé à celui par où elle a pénétré; mais de sorte que sa nouvelle courbure y soit en-dessus et son bord convexe en-dessous. On insinue ensuite la seconde branche du même côté , c'est-à-dire vers le côté gauche, dans le cas supposé; mais de manière que son bord concave soit en-dessus, ou tourné vers le pubis. D'après le précepte que donne également Levret de ne jamais porter les branches du forceps sur la face , on ne seroit plus le maître de commencer par tel ou tel côté du bassin dans le cas où la tête se trouve située en travers, ou obliquement; puisqu'il faudroit le faire vers celui où répond l'occiput. Examinons d'abord cette méthode , relativement aux positions dans lesquelles l'occiput se présente au pubis et au sacrum ; la tête occupant en partie ou en totalité la cavité du petit bassin.
idée qu'on 1763. En se rappelant ce que nous avons dit'
doit avoir de , , ' / 1 1 1 f> ? • \ 1» • 1
}a méthode de «e la méthode ne Roontiuisen , a 1 occasion de son Levret. levier, il n'est personne qui ne reconnoisse le
défaut de celle que nous examinons en ce moment. Elle est évidemment impraticable dans le cas d'enclavement, de quelque espèce qu'il soit, et ne peut s'exécuter lorsque la tête est volumineuse relativement au bassin , sans néanmoins y être enclavée. Elle ne conviendrait au plus que quand la tête est petite et très-libre dans cette cavité : mais alors pourquoi faire parcourir à la première branche du forceps les deux tiers de la circonférence intérieure du bassin, pour parvenir dans un lieu où elle peut être introduite d'abord avec bien moins de peine que de l'autre côté? Ceux qui compareront la pratique de Levret à ce sujet, et à l'égard de beaucoup d'autres points , avec les grandes vues qu'il annonce d'ailleurs sur l'art d'accoucher, seront frappés du contraste singulier qu'on y remarque.
Méthode 176A. La plupart des Accoucheurs ne connois-
trop gênera- J ^ • jn ■ ' 1
lement adop- sent encore aujourd nui , qu une seule manière d'appliquer le forceps : mais bien différente de celle que nous venons d'exposer. C'est d'en insinuer les branches sur les côlés du bassin, sans avoir égard à la situation de la tête, de sorte qu'une d'elles se trouve quelquefois appliquée sur le haut du front, et l'autre sur l'occiput; d'autre fois sur le* oreilles , ou bien de manière qu'elles embrassent la tête diagonalement selon sa longueur, c'est-à-dire, d'un coté du front et de la face à l'autre côlé de l'occiput.
Précautions I76Ô. Nous a>ons fait remarquer au §. 1760,
tee
DES ACCOUCHEMEtfS. l3ç)
que les deux branches de cet înstrument dévoient nécessaires toujours être placées sur les côtés de la tête, excepté S^i,re le for^ peut-être dans un seul cas que nous exposerons ceps. dans la suite ; mais en quelque endroit du bassin qu'on les introduise, chacune d'elles doit y être précédée de l'extrémité d'un ou plusieurs doigts , pour les diriger plus sûrement dans le lieu qu'il convient, et sous le bord de l'orifice de la matrice. Il y a bien peu de cas où il faille introduire toute la main dans le vagin pour les guider ainsi , quand même il y auroit assez d'espace pour le faire.
1766. On ne doit jamais appliquer le forceps Temps où avant que le bord de l'orifice de la matrice ne soit «éùéraîed'apsouple et cette ouverture bien dilatée , ou suscep- pliquerlefortible d'une facile dilatation ultérieure. Les parties ceps' extérieures demandent les mêmes attentions et
les mêmes ménagemens. INous n'eutrevoyons aucun cas où il faille y recourir avant qu'on n'ait disposé toutes ces parties à son application.
1767. Il ne faut jamais pousser les branches de Pes causcs
' ' cfui s oppo-
l'instrument avec force pour les insinuer à la hau- sent àl'introteur requise. Comme les obstacles qui nuisent le /uct10» dtl
1 1 x ■ • - ' i / • 1 forceps.-
plus souvent a leur progression ne dépendent que de certains replis des tégumens du crâne de l'enfant , ou des parties de la mère , on les surmonte presque toujours aisément en variant un peu la direction de l'instrument. S'il s'en présente quelquefois de plus considérables, ils proviennent de ce que le bout de la cuiller porte avec trop de force sur la tête , ou cou»tre les parois du bassin , de sorte que les courbures de cet instrument ne sont pas dans le rapport le plus convenable avec celles de ces deux parties. On évite et on surmonte
1 4° l'art
encore ces difficultés , en changeant la direction qu'on avoit fait suivre jusqu'alors à l'instrument ; soit en élevant ou en abaissant davantage son extrémité qui est au-dehors , soit en l'inclinant vers l'une ou l'autre cuisse, selon les circonstances qui ont lieu et qui ne peuvent bien être saisies que par celui qui opère.
1768. L'Accoucheur quia toujours présentes à l'esprit les différentes courbures de l'instrument, la forme du corps sur lequel il veut l'appliqner , celle du bassin et la direction de son axe , rencontre bien moins de difficultés que celui qui ne fait aucune attention à toutes ces choses , ou qui les ignore.
\uire prtf- 1 7^9* ^es doigts de l'Accoucheur ne pouvant caution fêla- plus pénétrer sous le bord de l'orifice de la matrice twe a l'usage p0Lir y diriger l'instrument quand la tête de Tendu forceps, r r 1 • -r> t 1 • / tant a franchi cet onnce , et remplit toute la cavité
du bassin , il faut observer soigneusement dans l'introduction des cuillers d'en tenir l'extrémité appliquée le plus exactement possible sur la tête , afin que cette extrémité passe d'elle-même sous ce cercle utérin , qu'elle n'en pince pas le bord , plus ou moins saillant , et qu'elle ne porte pas sur l'union de la matrice avec le vagin , qu'on pourroit déchirer si on vouloit plonger cet instrument plus avant en employant plus de force.
De la ma- * 77°* Dans tous les cas j on doit faire en sorte nière dont la que la tête soit prise selon sa plus grande longueur ; Tse ariV c'est"^^re ? de manière qu'une ligne qui partastrument. geroit en deux parties égales le sinus du forceps , en partant du centre de la jonction de deux branches à l'intervalle que les cuillers laissent entre
DES ACCOUCHEMENS. i/jl
elles à leur extrémité , traversât cette tête obliquement de l'extrémité postérieure de la suture sagittale au menton, ou de celui-ci au premier point ; comme on le voit sur la XVIII.e et la XXXV.8 Tables de Smellie, ainsi que sur la VlII.a des nôtres.
1 7 7 1 . La pression que le forceps doit exercer sur Pression la tête de l'enfant pendant qu'on en fait l'extraction, Jjoit éprouver doit être toujours relative au rapport des dimen- <lc la Part du sions de cette partie avec celles du bassin. Quand olcePs* ce dernier est bien conformé , il faut peu serrer la tête entre les branches du forceps, et seulement assez pour qu'il ne la quitte pas en chemin. Lorsquele bassin est vicié , on doit l'embrasser plus étroitement ; parce qu'elle ne peut franchir cette cavité qu'en diminuant de volume, au moins dans un sens, et qu'autant qu'on emploie beaucoup de force pour l'extraire. Il est même souvent nécessaire dans ce dernier cas de rapprocher exactement l'une contre l'autre les branches du forceps, extérieurement , et de les fixer dans cet état au moyen d'un lien, ou d'une serviette roulée dont on enveloppera ensuite le tout jusqu'au voisinage des parties de la femme , afin de le tenir plus sûrement qu'on ne le feroit si l'instrument étoit à nu.
1772. Quand on a porté le forceps sur la tête retenue ou enclavée dans le détroit supérieur, il faut l'extraire sans rien attendre des forces de la mère , et ne pas en commettre l'expulsion aux soins de la nature, après l'avoir entraînée dans le fond du bassin ; comme l'ont recommandé quelques-uns , sous le vain prétexte de ménager les parties de la femme , et de leur donner le temps de se dilater ;