CHAPITRE PREMIER
Des insirumens qui sont. nécessaires dans la pratique des Accouchemens | spécialement du Forceps et du Levier.
1602. Lis instrumens dont on a fait usage dans la pratique des accouchemens, se sont tellement multiphés qu'ils formeroient un arsenal presque aussi grand que l’ensemble de tous ceux quisontdestinés aux nombreuses opérations de chirurgie, et chaque jour en produit encore de nouveaux. Soit le désir de s’acquérir quelque célébrité, soit celui d'augmenter les richesses de l'Art, autant il y a eu d'Accoucheurs un peu en vogue, autant il y en à eu qui ont produit quelques-uns de ces instrumens, comme sil eût fallu moins de génie pour en créer, que pour perfectionner ceux des autres ou pour s’en servir tels qu'ils étoient. Si la raison et l'étude mieux approfondie des principes de l’art ne viennent tempérer l’ardeur que trop de Praticiens témoignent encore pour ces sortes de productions, 1l est à craindre que cet art, aussi simple en lui-même que salutaire, ne paroisse un jour le plus difficile et le plus incertain de tous les arts, où qu'on ne reproche aux Auteurs de notre siècle de l'avoir bien moins connu que ceux qui les ont précédés. |
1603. Malgré la réforme que plusieurs Accou-
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cheurs distingués par leur savoir ont fait sur ce point, il est encore beaucoup de ces instrumens dont l’uulité n’est pas aussi évidente que le danger qui paroît inséparable de leur application, et l’on peut de nouveau en réduire considérablement le nombre. Ceux dont les effets plus ou moins salutaires ne peuvent être contestés diflérent entre eux autant par leur matière que par leur forme et leur manière d'agir. On peut les ranger sous les quatre chefs sulvans.
1604. Le premier chef comprendra les lacs seulement ; le second, le forceps, le levier, et la pince à faux germe ; le troisième, les crochets, diftérentes espèces de tire-tête , et autres instrumens tranchans ou piquans applicables sur l'enfant encore contenu dans le sein de sa mére; le quatriéme , tous ceux qui sont destinés à l'opération césarienne , ou à d’autres opérations qui ne se font que sur les parties de la femme, dans la vue de favoriser l'accouchement.
1605. Cette division desinstrumens déterminera celle que nous suivrons pour l'exposition des cas qui en exigent l'emploi. Nous commencerons par les plus simples, pour arriver aux plus difficiles ; par ceux qui ne demandent que les plus doux de ces instrumens, ceux qui agissent sans altérer la continuité des parties sur lesquelles on les applique, et dont les effets sont presque toujours aussi salutaires pour la mère que pour l'enfant, tels que les lacs, les forceps et le levier; et nous passerons ensuite à l'usage de ceux qui sont renfermés sous le troisième et le quatrième chef.
1606. Soit quenous considérions ces instrumens
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relativement à leur matière, à leur manière d'agir, aux parues sur lesquelles on les applique, et à leurs eflets, aucun ne paroîtra plus simple ni plus doux que les lacs; mais nulnesemblera moins uule, si l’on ne fait atiention qu'aux circonstances qui exigent l'emploi de chacun d'eux; car 1l n’en est peut-être pas une seule où l’on ne puisse terminer l'accouchement sans ce moyen. Son utilité dans presque toutes celles pour lesquelles nous l'avons recommandé n’est que relative, au lieu que Îles autres sont trop souvent d’une nécessité absolue. Nous ne ferons que retracer succinctement 1c1 ce que nous avons dit de l usage du lacs, dans le cours de la seconde et de la troisième parte de cet ouvrage.
1607. Celui que nous employons quelquefois, n’est qu'un ruban de fil, de soie, ou de laine, selon qu'il se présente sous ki main à linstant où le besoin s’en manifeste. Il ne sert qu’à fixer certaines parties de l'enfant aprés q qu on les a dégagées de la matrice, pendant qu'on va chercher les autres; comme on le remarque aux $. 1169, 1315 et suvans : ou bien à tirer sur ces mêmes parties qu’on ne sauroit tenir avec la main, ou accrocher des doigts, si ce n’est très-difficilement, ainsi qu'on Fobserve encore aux . 1255 ; 1268, 1514, etc. On ne peut appliquer les Jos qu'aux pieds de l'enfant , à la main, sur les aisselles, au ph des jarrets, gt des aines. Quoiqu il soit rarement in dispensable, des Praticiens y ont recours assez fréquemment dans les accouchemens contre nature ; mais presque toujours l’homme instruit nes 'épargne qu'un peu de peine et d’embarras, en se servant de ce moyen.
6 L'ART ARTICLE PREMIER
Du Forceps , et de sa manière d'agir en général.
Composition 1608. Le nom seul de cet instrument peut don- ?” ner, à ceux qui en connoissent la véritable significauon, une idée générale de sa forme et de sa manière d'agir : il est d’ailleurs d'un usage si commun, que nous pourrions nous dispenser d’en faire la description. C’est une espèce de pince ou de levier, composée de deux branches parfaitement semblables ; à la réserve du lieu de leur jonction, où l’on remarque aujourd’hui sur l’une d'elles un pivot mobile, et sur l’autre , une ouverture propre à le recevoir (1).
1609. De cette différence vient le nom de Branche mâle et celui de Branche femelle, qui servent à disunguer les deux parties du forceps : celle qui porte le pivot s'appelle Branche mâle, et l'autre Branche femelle.
: ‘is 1610. Chacune d'elles représente, dans le tiers ‘de sa longueur ou à peu près, une espece de cuiller fenêtrée ou à jour, dont le bord intérieurement forme un filet en espece de vive-arète un peu aplatie, qui pourroit en être effacé avec utilité ; car si ce filet affermit un tant soit peu la prise de l'instrument sur la tête de l'enfant, quelquefois 1l en meurtrit les tégumens, les écrase et les déchire de maniere à laisser les os à nu. Le reste des
nt: (1) On présumera bien que nous ne parlons ici que du U ! Forceps des Français, et spécialement de celui de Zevret.
branches constitue comme la queue ou le manche de l'instrument, et lextrénnté en est terminée par un crochet mousse , long d’un pouce, et légerement recourbé. On a déjà vu Je paru qu'on pouvoit retirer de ce crochet dans quelques cas paruculiers(FoyezS,. 1272), etqu'l deviendroitencore bien plus propre à l'usage que nous en avons fait »« dans ces mêmes cas, s’1l ne décrivoit qu un léger croissant, même un angle presque droit avec le corps de l' instrument, s1l présentoitun peu moins de largeur dans sa ou gueur , sil étoit un peu plus arr ri et terminé par une sorte de bouton olivaire. (Forez S: déjà cité)
1611. L’invenuon du forceps n’est pas très-an- er cienne, Sans en assigner l’époque, nous ferons "7" remarquer que cet instrument fut à peine connu, que chaque Accoucheur s'empressa d'y faire des changemens ; mais que tous ne le firent pas avec le même succés. S1 les uns ont travaillé réellement à sa perfection, les autres ne l'ont rendu que plus imparfait. Personne ne s’en est occupé plus uulement que Smellie et Levret : on pourroit même dire qu'ils en sont les auteurs, tant ils en ont changé Ja forme et étendu les avantages. Parmi les D . qu'ils y ont faites, aucune ne l’emporte, sans contredit, sur la Dont courbure qu'ils y ont ajoutée : mais il seroit difhicile de prouver à qui de ces deux hommes, également célèbres, l’art doit le plus à cet égard.
1612. Le forceps de Smellie diffère cependant beaucoup de celui de Levret. Ce dernir nous paroit plus parfait et nous offre des avantages qu on rechercheroit peut-être vainement dans le: premier,
Néanmoins il y auroit encore quelques changemens à y faire : mais peut-être , et nous l’entre= voyons, qu'en le perfectionnant d'un côté on le rendroit plus imparfait de l’autre. Comme ce n'est as l'instrument qui opère , maïs la main qui le dirige, l'intelligence peut suppléer facilement aux - petits défauts que nous y trouvons; et ils nous paroîtroient plus grands qne nous laïisserions à ceux qui mettent quelque gloire à inventer de nouveaux instrumens , à les corriger.
1613. Quelques-uns ont fait allonger le forceps de Levret de plusieurs pouces, et d'autres en ont effacé le filet qui borde intérieurement les cuillers; ceux-ci l’ont rendu beaucoup plus courbe sur le champ, c'est-à-dire sur le bord, et ceux-là, en altérant la forme de ces branches, en les brisant, et en substituant un assemblage de pièces au pivot simple et unique qui les affermissoit dans leur jonction, en ont fait un instrument des plus compliqués sans le rendre plus recommandable. Si les premiers ont angmenté les avantages du forceps, en y faisant des correcuons vraiment uules, les derniers en ontrendu l’usage plus difficile et moins sûr en quelques occasions.
Forcepsque 1014. Celui que nous préférons est de deux sous 80P- pouces plus long que celui de Levret : ce qui rend | sa nouvelle courbure beaucoup plus douce (1).
On verra dans la suite la raison qui nous porte à
(1) On doit entendre par nouvelle courbure du forceps , celle qui est placée sur le bord : c’est ainsi que Levret lexprime. L’addition en longueur n’est pas de notre mvention; on la doit à M. Péan.
le choisir tel. L'expérience nous a démontré, contre les vaines clameurs de l'ignorance, qu :] n'avoit pas plus d'inconvéniens entre des mains instruites, qu'un forceps plus court, et qu'il offroit, en plusieurs cas , des ressources qu'on ne sauroit obtenir de ce dernier.
1615. Le forceps pourroit passer pour le plus, De utilité utile de tous les instrumens de chirurgie, nul autre He n'ayant comme lui le double avantage de conserver à la vie plusieurs individus à la fois, sans nuire à aucun d'eux ; mais par cela même, aucun autre instrument ne parotir a peut- -être plus fecond en inconvémens. Quand il seroit prouvé, et nous ne sommes pas éloignés de le croire, qu 1l a été plus funeste qu utile : à la société, qu 1] a fait plus de victimes qu'il n’en a soustrait à une mort inévitable, nous ne le regarderions pas moins comme la plus importante des découvertes qu’on ait faites -dans l’art des accouchemens. Ceux qui se persuadent encore que c’est un instrument dangereux et entiérementinuüle, sont de mauvaise foi, ou bien ils ne connoïssent ni sa manière d'agir, ni les difficultés de notre art, et ne l'ont jugé sans doute que d'aprés l'abus qu'ils en ont fait eux-mêmes : ils ont oublié que l'instrument le plus salutaire devient souvent meurtrier entre les mains de l'ignorance ou de la prévention.
10106. L'usage du forceps a des bornes au-delà l'usage dm desquelles 1l devient muule , même dangereux; 1l un.