Tome IT. | À a
370 | L'ART forme et ses dimensions. M. Després s'armoit du
forceps pour l’extraire, lorsquele succés de la nou-
velle opération, obtenu récemment sur la femme Souchot, se retrace fortement à sa mémoire, et le porte à préférer cette opération à l'instrament. Il l'exécute à l'instant, et presque en un seul coup de bistouri, quoique dans un lieu obscur, dans une soupente ou espèce d’armoire ; qui servoit de chambre ou de lit à la femme. Il lexécute aussi promptement et aussi sûrement, quoique la mère, attirée par les cris de sa fille, se soit jetée préetpitammentsur le bras de ce Chirurgien au moment où il tranchoit la symphyse. À peine la section estelle faite, que l'enfant, poussé par la douleur, franchit en entier le passage; mais 1l étoit déjà mort. Sa mère, plus heureuse, se lève dès le premier jour, sort de sasoupente au troisième, et surprise alors au coin de son feu par M. Després qui venoit la panser, elle y remonte promptement et sans aide, quoiqu'’elle fùt élevée de douze ou treize échelons au-dessus du foyer (1), et elle se remet au lit pour le quitter de nouveau aprés le départ de ce Chirurgien. Les partisans de la section du pubis, moins prévenusaujourd’hui que dans les premiers temps, n’oseroient sans doute avouer un pareil fait, et se feroient un devoir de le retrancher de la liste de ceux qu'ils ont publiés, surtout s'ils avoient connoissance des détails que l’Académie de Clururgie en a recus dans la suite (2).
(x) Voyez ces détails dans les Recherches historiques et pratiques sur la section du pubis, par M. /e Roy. (2) La femme qui ne s’est soumise à l'opération quæ
2102. La femme de Batigny opérée par M. G.
el accouchée à linstant même au moyen du forceps, a fourni également, depuis, la preuve la plus complète de linutilité de cette opération , et de l'abus qu’on en a fait à son égard, puisqu'elle est accouchée si promptement l’année suivante, que la Sage-femme n'a pu se rendre assez tôt aupres d'elle pour recevoir son enfant. Il ÿ a lieu de présumer que celle qui fat opérée sous les yeux du Vice-Président du Collége de Chirurgie de Cadix, en 1700, par un Elève de ce Collége, aura donné depuis les mêmes marques de fécondité , et ne se sera pas moins heureusement délivrée; car les suites de l'opération nous confirment dans l’opinion que son bassin n’étoit pas plus mal conformé que celui des autres femmes,
2103. D'aprés les preuves éclatantes de l'inutilité de la secüon du pubis chez la plupart des femmes dont nous venons de parler, et de l’abus qu'on en a fait dans le cours de trés-peu d'années; d'aprés celles que nous avons déjà données de son insuffisance et de ses dangers, dans le cas’ où la défectuosité du bassin rend l'accouchement im possible, sur quelle base ses défenseurs en établiront-ils la prééminence sur l'opération césa : rienne? Citeront-ils le fait de la ville d'Arras;
PT
dans l'espoir d’une récompense pécuniaire , ét qu’elle obtendroit une pension comme la femme Souchot, a de-claré n’avoir gardé le lit aucun instant ; et bien d’autres circonstances encore qu'on voit dans les Mémoires qui ont été envoyés par les Médecins et Chirurgiens de la marine de Brest.
Autre fait.
Fait de Ca-
dix.
OPUS ART publié par M. Retz (1) ; celui de M. Siébold dont nous avons parlé plus haut (2); celui de M. Nagel (5), de M. Guérard(4), de M. Bonnard (5), de M. Duret(6),de M. du Chaussoi(7),deM. Riollay(8), de M. Lavaguigno (9), de M. #. (10), etc. etc. ? Personne n'ignore que dans presque tous ces ‘cas la mère ou l'enfant en ont été les tristes vicümes, et que ces faits fournissent le complément des preuves que nous cherchons.
Laits de Ie 2104. La femme opérée dans la ville d'Arras Lu se mourut vers la fin du troisième jour, et plusieurs bold, etde M. jours avant que les papiers publics n'annonçassent Le ce nouveau succés : son enfant donna: st peu de siones de vie, qu’on n’oseroil assurer qu'il eût été on-
doyé vivant. Celle de Wisbourg éprouva les suites
(x) À Arras, le 24 avril 1778.
(2) Wisbourg , le 24 février 1778.
(3) Chirurgien du Prince-Evêque de Spire, le 5 avril 1778, et annoncé dans la Gazette de Francfort, du 11 du même mois. | |
(4) À Dusseldorp, le 10 mai 1778.
(5) Chirurgien à Hesdin, le 12 février 1778. .
(6) Chirurgien de l'Hôpital de la Marine à Brest, le 12 février 1779.
(7) Chirurgien en chef du grand Hôtel-Dieu de Lyon, le 5 décembre 1751. |
(8) Chirurgien-Accoucheur à Pimpol en Bretagne, le 11 février 1753.
(9) Chirurgien collégié à Gênes; et en fonctions alors à l'Hôpital , le 29 décembre 1782.
(10) M. #7... Chirurgien à... , qui suivoit mes leçons en 1786, m’a communiqué le fait dont il s’agit, en me priant de ne pas le faire connoître pour en être l’auteur.
les plus fâcheuses, quoiqu’on n’eût porté l’écartement des os qu'à quinze ou dix-huit lignes, et ne dutsa conservation qu'à la prudence et à la sagacité de M. Siébold, qui n’osa étendre cet écartement au-delà, étant assuré, d’après de nombreuses expériences, qu'il deviendroit infailliblement mortel(r). Malgré ces quinze à dix-huit lignes ajoutées à un bassin qui en avoit déjà trente-trois de diamètre , 1l fallut comprimer fortement la tête de l'enfant, et même l’écraser en quelque sorte pour en obtenir la sortie. Dans le fait de M. Nagel, c’est une exostose de la saillie du sacrum , qui s’avance de quelques pouces dans le bassin , qui détermine à pratiquer la section du pubis. On ne fait pas connoître le degré d’écartement qu’elle produisit; mais 1l paroît qu'on ne l’a porté qu’à un pouce et demi. On retourna l'enfant, etonen fit promptement l’extracuon , malgré les difficultés qu’on eut encore à surmonter : 1l ne donna des signes de vie que pendant un quart d'heure, êt la mère mourut avant la fin du huitième jour. Ce fut le lendemain de la mort de cette femme, et huit jours aprés celle de l'enfant, que la Gazette de Francfort annonça que l'opération avoit eu le plus heureux succès. On ne retrouva point , à l'ouverture du cadavre, l’exostose qui avoit déterminé à opérer ; mais on vit un bassin de trois pouces de diamètre seulement. Les symphyses sacro-1liaques étoient trés-mobiles, les parties exérieures de là génération, les lèvres de Ja plate, le vagin et la partie postérieure de la matrice gangrenés, et le tissu cellulaire circonvoisin,
(x) Voyez $. 2049.
Aa 5
374 L'ART | rempli d’unichortrés-féuide. M. Franck, Médecin, Conseiller intime du Prince-Evêque de Spire, qui a publié cette observation, fait remarquer que la femme étoit accouchée depuis peu de son dernier enfant, et qu'elle en avoit eu plusieurs vivans. FaitdeDas- 2105. Celle qui fait le sujet de l'observauon de SHOP M, Guérard étoit bien plus contrefaite, puisqu'on ne trouva son bassin, à l'ouverture du cadavre, que de deux pouces six lignes. Ne pouvant s'accorder sur la nécessité de l'opération , et Fun des consultans se persuadant qu'on pouvoit extraire l'enfant sans ce secours extraordinaire, on fut chercher un des pieds qui se présentoit dans le voisinage du col de la matrice, mais on ne put l'amener que trés-difficilement dans le vagin; €t après beaucoup d'efforts inuules, soit pour le faire descendre au-delà, soit pour aller prendre le second pied , on pratiqua la section du pubis. Quoiqu’elle eùt donné un pouce et demi ou environ d’écartement, l’extracuon de l'enfant n’en devint pas plus aisée; on mit à contribution toutes les ressources de l’art, et toutes furent infructueuses. On arracha d’abord la jambe gauche, et on repoussa le tronçon de la cuisse dans la matrice, pour se frayer une route vers la seconde extrémité qu'on ne put dégager, quoique M. Guérard et deux consultans y travaillassent tour à tour. La tête paroissant vouloir se rapprocher, on attendit, espérant qu'elle s'engageroit; et trompé dans cette nouvelle attente, on ouvrit le crâne, on en évacua le cerveau, et on appliqua successivement le forceps et le crochet. On ne put en détacher que quelques piéces, au moyen d'une sorte de tenaille , et quoique le reste
parût inébranlable, la nature, cependant, parvint : à l'expulser après cinq heures de repos. Cette opération , commencée à une heure après midi, ne fut terminée que sur les neuf heures du soir, et la femme y survécut onze jours.
2106. La conduite de M. Bonnard paroîtra sans
doute plus sage : n'ayant pu couper complétement la symphyse du pubis qui lui parut ossifiée, et imaginant bien que ce seroit en vain qu’il le feroit, par rapport à l’état des symphyses sacro-iliaques, qui devoient être, dit-il, également endurcies, il aima mieux abandonner ce premier projet, et recourir de suite à l'opération césarienne, qu'il assure avoir faite en deux minutes. Il conserva l'enfant qui étoit très-gros; mais la femme mourut quelques jours après, peut-être faute de soins, M. Bonnard n'ayant pu la revoir. Si l’on ne peut attribuer sa mort à la section du pubis, qui n’a été que commencée, il n’est pas moins certain que la conservation de l'enfant a été le fruit de l'opération césarienne, le bassin n’ayant été évalué qu'à deux pouces de diamètre, et l’histoire de la section du pubis n’offrant pas encore aucun exemple de succès en pareil cas.
2107. Le fait de Brest, communiqué à l’Aca- Fait de M. démie par M. Duret , n’est pas moins alarmant que be celui de Spire, de Dusseldorp, et de plusieurs autres encore dont nous ferons mention, quoique la femme n’eût pas succombé aux suites excessivement fâcheuses de l'opération. Un travail déjà très-long, une exostose de la grosseur d’une noix, située à Ja parue latérale droite du sacrum, audessus de son union avec le coccix , et plusieurs
apphcations infructueuses du forceps(r), quoique la tête allongée füt engagée jusqu’au milieu du bassin , furent les moufs qui déterminérent à faire cette opérauon. On en obunt à l’instant même un écartement d’un pouce, et il s’étendit jusqu’à trois travers de doigt lorsque la tête, reprise de nouveau avec le forceps (2), traversa le détroit supérieur. Dans ce moment la plaie extérieure se prolongea tellement vers la vulve, qu'elle ne s’en trouva séparée que par une espèce de pont de la largeur de deux à trois lignes, et qui se détruisit dés les premiers jours ; de sorte qu'après ce temps, ces deux ouvertures n’en firent qu'une, que la déchirure du périnée rendit plus grande encore. L'enfant ne donna aucun signe de vie : mais la femme subsiste, accablée d'infirmités qui proviennent de l'opération. Conduite à l'Hôpital des pauvres aprés soixante jours de traitement chez elle, elle y passa un autre mois au lit,eten sortitsansêtre guérie. Les os pubis, dont l'extrémité s’estexfoliée, ne se Sont pas réunis, et se trouvent écartés de plus d'undemi-pouce encore; la vessie, dont la gangréne a détruitune grande portion de la partieantérieure, et autant de celle du vagin, forme entre eux une
MARAIS SSSCRÉRRRRR —
(x) Une plaie contuse à la partie latérale droite du coronal, et une autre à la partie postérieure de la région temporale gauche, démontrent trop clairement que le forceps a été mal appliqué chaque fois, pour qu'il soit nécessaire d’en donner d’autres preuves.
(2) Ge ne fut encore que par des applications réitérées de cet instrument, et au moyen des plus grands efforts qu'on parvint alors à extraire la tête.
DES ACCOUCHEMENS. 377 sorte de hernie, de la surface de laquelle les urines distillent continuellement par deux ouvertures qui paroissent celles des uretéres. La femme a de plus une descente de matrice et de vagin de la grosseur du poing (1).
2108. Si ious les Praticiens dont nous venons de parler ont eu pour objet de conserver la mère et l'enfant, en pratiquant la section du pubis, M. du Chaussoi semble ne l'avoir préférée à l'opération césarienne, que parce qu'il avoit la plus grande certitude de la mort du fœtus, la dernière lui paroissant trop dangereuse pour la mère: l'événement lui prouva bientôt que la nouvelle opération ne l’étoit pas moins, quand la mauvaise conformation du bassin est extrême. Elle fut difficile, parce que instrument ne rencontra point la symphyse et tomba sur le pubis droit à deux lignes de là, comme M. le Roy le porta sur le pubis gauche. I n’y eut d'abord qu’an écartement de dix lignes, qu'on augmenta graduellement jusqu’à deux pouces sept lignes. Onappliqualeforcepsà plusieurs reprises,et inutilement chaque fois, et l’on finit par retourner l'enfant, qui parut mort depuis longtemps, pour l'extraire par les pieds. La mére le suivit au tombeau cinquañte-deux heures aprés l’opérauon , et l’onverture de son cadavrefit remarquer les mêmes désordres que chez celles qui avoient succombé avant elle à la section du pubis. Le petit diamètre du
(1) Ces détails ultérieurs à l’observation que M. Duret a envoyée à l’Académie de Chirurgie, ont été communiqués par M. de Rougemont, alors Chirurgien Aide-major Démonstrateur à l'Hôpital militaire de Brest.
Fait de M.
du Chaussor.
Fait de M.
Riolla Ye
détroitsupérieur n'étoit que d’un pouce septlignes.
2109. La femme qui fut opérée par M. Æiollay y Survécut beaucoup moins qu'aucune autre peutêtre, et surtout que celle de M. du Chaussoi, quoique l'opération et l’extracuon de l'enfant eussent ele plus faciles ; car elle mourut une heure et demie apres, dis un troisième accés de syncope (1 }. Le Chirurgien n’avoit estimé le petit diametre du détroit supérieur que de deux pouces huit à neuf lignes, d aprés l apphcation du pelvimet de M. Coutouly , et 1l s’est trouvé de trois pouces à l'ouverture du cadavre : tandis que le détroit inférieur qu'il ne soupçconnoit pas être défectueux , l’étoit au point que la distance de la pointe du coecix au bord inférieur de la symphyse du pubis n'étoit que de deux pouces quatre lignes. L'écartement des os fut porté à deux pouces et demi; l'enfant, retourné et amené par les pieds, étoit mort, et sans doute depuis quelque temps , se trouvant déjà couvert de phlyctènes : sa tête avoit trois pouces neuf lignes de petit diamètre. Depuis l'instant où s'est fait le plus grand écartement des os, jusqu’à celui de la mort, la femme n'a cessé de se plaindre d’une douleur des plus aigugs vers les reins, et surtout du côté gauche, où L symphyse sacro-iliaque s'est trouvée déchirée, et entr'ouverie de quatre à cinq lignes, tandis que celle du côté droit ne l'étoit que de irois à quatre.
(x) M. Riollay m'en envoya l'observation dans le temps, pour être remise à l’Académie de Chir urgie , ainsi que le bassin de la femme , qui fait aujourd'hui partie de ma collection.
2110. La section du pubis pratiquée dans l'HÔ- Fait de M, pital de Gênes par M. Lavaguigno (1), n'eut pas un te succès différent; se persuadant que l'enfant étoit mort, on en fit l'extraction avec le crochet; on l'amena vivant, et 1l survéeut plusieurs heures : la femme, opérée le 29 décembre, ne mourut que le 10 janvier suivant. À l'examen du cadavre, on remarqua que les os pubis étoient encore écartés de deux travers de doigt; que les parties extérieures de la générauon , le vagin et la matrice étoient gangrenés, et que le peut diamètre du détroit supérieur n’avoit que deux pouces cinq lignes.
2111. Une exostose qui s'étout élevée sur la premiére fausse vertèbre du sacrum, au point de ne laisser que dix-huit à vingt lignes de peut diamètre au détroit supérieur, détermina M. 7... à pratiquer la secuüon du pubis, dans le cours de novembre 1783 , sur une femme qui étoit accouchée naturellement, quelques années auparavant, d’un enfant mort et putréfié. Mais 1l ne fit cette opération qu'après plusieurs applicauons du forceps; aprés avoir été chercher les pieds de l'enfant, lavoir retourné et dégagé le tronc, cet enfant étant mort et la mère expirante. N'ayant puse procurer les instrumens les plus convenables, parce qu'il étoit dans une campagne éloignée de chez lui, il se servit d'abord d’un rasoir, puis, pour occuper la symphyse, d’un couteau ordinaire qu'il aiguisa sur une pierre, À peine les os
(1) Voyez Journal de Médecine, tome LXITT, page 210, année 1785. -
furent séparés, qu'ils s’écartérent; que la tête du
fœtus, la seule partie qu'on n’avoit pu extraire , fut expulsée, et que la femme mourut. L'ouverture du cadavre auroit appris, sans doute, à M. 7... que l'exostose qui lui avoit servi de prétexte pour opérer, n'existoit pas plus que dans le fait de M. AVagel, rapporté au $. 2104; et en effet, comment M. PF... a-t1l pu supposer une pareille tumeur dans un bassin qui lui permit encore d’a ppliquer le forceps à plusieurs reprises, d'introduire ensuite la main, de retourner l'enfant et d’en extraire le tronc sans de grandes difficultés ?
2112. M. Brodihlag jeune, fournit un autre exemple de l'abus qu’on à fait de cette nouvelle Opération, exemple sur lequel nous ne nous permettrons aucune réflexion, ayant dejà surpassé de beaucoup les bornes dans lesquelles nous aurions voulu pouvoir resserrer cet article. La femme avoit eu précédemment deux enfans, et c’est après avoir amputé le bras du troisième, qu'on croyoit mort, qu'on eut recours à la section du pubis. Les os s'écartèrent de deux pouces à l'instant même, l'accouchement se termina une demi-heure aprés, sans plus de secours, et la guérison fut complète le vingt-deuxième jour. Nous n’avons pu nous pro curer de renseignemens bien positifs sur l'opération qui à été faite à Naples à peu près dans Île même temps, et pendant laquelle on assure que Ja femme est morte d’hémorragie (x).
2115.Tels sont les faits que nous avions recueil- RE 2 ne dé RS
(1) M. Lauverjat, Nouvelle Méthode de faire l’'opération césarienne , page 252.
lis avant la publication de la seconde et de la troisième édition de cet ouvrage : il en existoit un plus grand nombre sans doute, à cette époque, quelques-uns ayant pu échapper à nos recherches, d'autres n'ayant pas été publiés. On voit qu'ils s’étoient assez mulupliés dans un court espace de temps, puisque le premier date du mois d'octobre 1777,etledernier du commencementdemai 1785.
Prés de quinze années se sont écoulées depuis, sans que nous ayons pu en ajouter un seul à ce tableau , soit que les occasions de faire cette nouvelle opération fussent devenues plus rares, soit que le zèle de ses parusans se füt refroidi, où qu'ils en eussent reconnu les inconvémiens, le danger , l’insuffisance même dans ces cas de grandes défectuosités du bassin pour lesquels on l’avoit d’abord recommandée, et qui ne paroïssoient laisser de ressources que dans l'opération césarienne. Ce n’est que vers le milieu de 1801 (1) qu’elle semble avoir été mise en pratique.
2114. La femme Rogeau, âgée de 30 ans, grosse de son premier enfant, haute de quatre pieds trois pouces six lignes, n’ayant aucune difformité apparente, fut opérée par M. Dufay le 12 floréal an 1x, Ou le 2 mai 1801, après douze heures de travail ou environ , parce que son bassin ne parut offrir que deux pouces huit hgnes de peut diamétre au détroit supérieur. L'opération fut commencée par ce médecin quine put rencontrer la symphyse, et achevée par M. Ælph. le Roy quil avoit appelé en consultation. On retourna l'enfant
(1) 12 floréal an 1x.
D D Te, te
aussitôt, et on l’amena par les pieds : il parut mort au moment de sa naissance; mais au moyen des. secours qu'on lui donna, il se ranima tellement, qu'il ne laissoit aucune inquiétude quelques instans après. En faisant part de ce nouveau fait à la Société de l'Ecole de Médecine, et en l'invitant à nommer des commissaires pour examiner la femme, le treizième jour de l'opération, M. le Roy assura que l’écartement des os pubis avoit été de deux pouces trois quarts, que la réunion en étoit faite , et la femme presque guérie ; en effet, quelques jours ensuite, On apprit qu'elle s’étoit fait transporter à l’ hospice des enfans abandonnés où le sien avoit été déposé, afin de hu faire partager pendant quelques semaines, au moins, avec un de ceux de cet hospice, le peu de lait qu’elle avoit} etde pouvoir l'en retirer plus aisément. Loin d’être guérie, comme on le disoit, dés le treizième jour de l’opération, cette es: ne l’étoit pas même à la fin de juillet suivant, lorsqu'elle vint me demander des secours, et qu’elle me permit de l'examiner : elle ne l’est pas même complétement QUE core aujourd'hui , aprés plus de einq années révolues. Au moment où je la vis, elle marchoit avec la plus grande difficulté, en boitént éten éprouvant les plus vives douleurs dans les symphyses du bassin ; elle ne pouvoit s'asseoir, se coucher, ni se à tévér seule; ses urines céuloient le plus souvent in: volBtrertienti ; les os pubis étoient vacillans , et
leur symphyse conséquemment non réunie: tontes
les parties molles environnantes étoient infiltrées et trés-douloureuses. Nous nous sommes assurés que le diamètre du bassin qui n'avoit été évalné
qu'a deux pouces huit lignes, étoit au-dessus de trois pouces. Cette femme, dont l’état est peu différent en ce moment (1), est redevenue grosse deux fois depuis la section du pubis, et est accouchée chaque fois quelques mois avant le terme ordinaire, tant à cause de sa mauvaise santé que de sa misère,set peut-être de son inconduite. 2115. Uné'autre femme aussi peu contrefaite, et moins encore que la précédente, fut également soumise à cetteopération, lors de son secoñd accouchement, le 10 floréal an x, ou 30 avril 1802, quoiqu’elle fût accouchée naturellement et sans beaucoup de difficulté de son premier enfant, qui étoit à terme et assez gros (2), parce qu'on l’assura, après quelques applications infructueuses du forceps, que son bassin étoit vicié, et qu’on ne pouvorit l’accoucher autrement. Moins heureuse alors qu’elle ne l’avoit été la première fois entre les mains d’une Sage-femme, elle ne put sauver son enfant, malgré tant de peines et tant de soins. S'il étoit mort avant l'opération, comme on s’est efforcé de le lui faire croire , l'empreinte des deux branches du forceps, tant sur la partie antérieure et latérale gauche de la tête, que sur sa partie postérieure et latérale droite, semble prouver au moins qu'il vivoit au moment où l’on à eu recours à cet instrument. Quoiqu'elle n'eût éprouvé que peu d’accidens à la suite de cette opération, on ne lui permit cependant de quitter le lit qu'au vingt-
(1) Décembre 1805.
(2) Elle eut pour Sage-femme madame Maïlliard, demeurant rue de Cléry.
Par M. Due ay.
384 ART deuxième jour, et de sortir de chez elle qu’au bout de neufsemaines. Nousignorons jusqu'a quel point le bassin étoit resserré, quel est celui de ses détroits qui manquoit de développement, et de combien on à écarté les os pubis; peut-être le saura-t-on un Jour : mais d’après là manière dont s’est opéré le premier accouchement, et le peu | ne qui ont eu lieu à la suite du second, test permis de croire que ce bassin n’est pas très-défectueux , et que l’écartement des os n’a pas été très-grand. 2116. Celui de la femme PBoulotte de la com= mune de Sceaux près Paris, opérée par M. 41 phonse le Roy, dans Le cours de 1804, sembleroit bien plus difforme, et plus resserré, puisqu'on avoit employé les crochets pour la délivrer de ses deux premiers enfans : aussi ne l’a-t-on estimé que de deux pouces et demi au plus de diamètre. Aussi , soit que l'opération eût été faite trop tard, soit que l'écartement des os n'eût pas été assez grand pour donner à ce bassin tout le développement nécessaire au libre passage de l'enfant, n'eut-on encore qu’un cadavre à offrir à cette mère infortunée , quoique digne d’un meilleur sort, comme on va le voir. À peine fut-elle rétablie. qu'elle redevint grosse; et, cette fois, livrée en quelque sorte à elle-même, elle accoucha sans secours et au terme ordinaire, d'un enfant vivant et assez gros, qu'une maladie aphtheuse, ou le muguet, lui enleva au bout de quinze jours, et auquel elle ne survécut elle-même que six semaines, rien n'ayant pu la consoler de celte nouvelle perte. 2117. Le Journal de Médecine, rédigé par MM. Corvisart, le Roux et Boyer, présente deux autres
DES ACCOUCHEMENS. 585 autres exemples de l'opération dont il s'agit, faite avec aussi peu de succès que dans les cas précédens , et peut-être l'une des femmes a-telle donné depuis quelques preuvés qu'elle n’étoit pas dans l’impossibilité d’accoucher sans ce secours extraordinaire : l’un de ces faits a té communiqué par M. Mansuy, Chirurgien à Saint-Michel; l'autre par M. Giraud, Chirurgien en chef adjoint de l'Hôtel- Dieu de Paris. La femme opérée par M. Mansuy éton âgée de trente-six ans ; elle avoit eu précédemment un enfant qu'on avoit été obligé d'extraire, après être resté plusieurs Jours au passage ; mais on ne dit pas comment, nisilest né vivant. Elle étoit en travail depuis trente heures, lorsque M. Mansuy fat appeléx la tête de l'enfant s'étoit engagée dans la position la plus ordinaire ; et tellement enclavée, que les pariétaux, dit-1}, sembloient contigus au pubis et au sacrum sans lintermède d’aucunes parties molles, tant elle étoit serrée entre ces os : le cordon ombilical pendoit au dehors de la longueur de six pouces; les iégumens du crâne étoient trés-tuméfiés, et les partes de la femme plus iuméfiées encore par les suites d’attouchemens peu ménagés d'un chirurgien-vigneron dont les doigts éloient cornés. M. Mansuy essaya d'extraire cette tête au moyen du forceps placé sur les côtés du bassin ,et ne pouvant la faire descendre ni la repousser, 1l se décida après quelques heures de repos, à pratiquer la secuon de la symphyse, Ayant ouvert d’abord successivement deux artères assez grosses qui donnoient du sang, comme auroit pu le faire un radiale, il en fit Ja ligature avant d'achever son opérauon.