‹ L'art des accouchemens (volume 5)Chapitre 59 sur 88 · DES ACCOUCHEMENS. 589 SRE TION ; LV · texte numérisé non relu

DES ACCOUCHEMENS. 589 SRE TION ; LV

Conséquences qu'on doit tirer des experiences et observations qui font Le sujet des sections preceéderites.

2120. Le but de la section de la symphyse du pubis étant le même que celui de l'opération césarienne , à laquelle on a cru pouvoir la substituer sans danger, dans tous les cas de mauvaise conformation du bassin où l'accouchement est évidemment impossible par la voie naturelle, elle n’a dû avoir de succès qu’autant qu’elle a rempli compiétement ce but. S'il suffisoit, pour en attribuer à l'une ou à l’autre, de conserver la mère ou l’enfant, l'opération césarienne, dans un nombre égal, en auroit obtenu bien plus que la section du pubis, comme il est aisé de s’en convaincre par les observalions recueillies sur ces deux opérations.

2125. Avant de lui substituer la dernière, les circonstances étant les mêmes et parfaitement connues , 1] falloit examiner si elle pouvoit en remplir l'objet, Il ne suffit pas pour la préférer qu'elle paroisse plus simple dans son exécution et entourée de moins d'inconvéniens pour Ja mére, 11 faut encore qu’elle soit utile à Fenfant, et telle pour lui qu'on soit assuré de le conserver. Fût-elle d'une exécuuon plus facile encore qu'on ne l'a dit, et environnée de beaucoup moins de dangers pour la femme, si élle n’ouvre pas une voie libre et sûre à ce dernier, elle ne peut suppléer à l'opération césarienne, la remplacer, ni lui étresubstituée ar- Bb 3

bitrairement dans tous les cas où le bassin est vieic dans sa forme et ses dimensions : car ces deux individus ont le même droit à la vie, exigent les mêmes attentions, les mêmes soins, et réclament les mêmes secours. |

‘2122. En exagérant, comme on l’a fait, des dangers de l’une et les avantages de l’autre, on s'est éloigné du but qu’on se promettoit, celui désstrir l'humanité, de perfecuonner l'art, et d'augmenter le He de nos connoissances. On a détourné des Praticiens umides, ou peu éclairés , d’une opération qui pouvoit être salutaire à be mére et à Venfant, au point que les uns ont mieux aimé ne rien ne que de la tenter, et que les autres lui en ont substitué une qui ne LR et qui ne pouvoit avoir aucun résultat heureux.

2123. Sila section du pubis a obtenu des succés, en quelques cas où l'opérauion césarienne n'auroit procuré les mêmes avantages qu'en exposant beaucoup plus la vie de la femme, c'est qu on a peutêtre abusé de cette dernière, et qu’elle n’étoit pas rigoureusement nécessaire : c’est que le bassin de la femme n'étoit pas très-défectueux. Jusqu au mO= ment actuel cette nouvelle opération n'en compte encore aucun dans ces cas de grandes difformités qui rendent l'accouchement absolument 1m pOssible par la voie ordinaire, les seuls pour lesquels l'opération césarienne ait été indiquée, tandis que celle-c1 pourroit en offrir beaucoup. Si des hommes

se sont rendus coupables en la pratiquant, quoiqu'avec les plus grands avantages, sur des femmes qu ils auroïent pu délivrer autrement et avec le mêne succès, pour elles et pour leursenfans, bien

lus se sont exposés aux mêmes reproches en y

substituant la section du pubis, en de semblables

circonstances, ou bien en ui donnant la préfé-

rence dans les cas où elle étoit la seule admissible comme la seule qui fût indiquée.

2124. Pour apprécier les avantages et les incon- - véniens respecufs de ces deux opérations, établir la préférence que l’une semble mériter sur l’autre, ou fixer les cas dans lesquels chacune d'elles peut convenir le mieux, ce n’est plus aujourd'hui, comme on l'a fait autrefois, l'opération en ellcmême qu'il faut considérer, c'est-à-dire, les difficuliés qu’en présente l’exécution, l'étendue de l'incision, la nature et l'importance des parties qu'elle intéresse, la voie par laquelle vient ensuite l'enfant, c'est le but qu’on se propose: et s'il peut être atteint par cette opération, il faut comparer les suites heureuses ou malheureuses de l’une et de l'autre sur un nombre égal de femmes opérées dans les mêmes circonstances; 1l faut consulter les faits.

2195. Si l’on a pu croire d’ailleurs que la section du pubis étoit plus simple dans son exécution et plus sûre dans ses effets que l'opération césarienne, préférable conséquemment dans tous les cas où le bassin étoit mal conformé, avant que l'observation n’eût fait connoîtire ses difficultés, ses dangers, son insuffisance même, l'on ne peut actuellement en avoir une telle opinion sans être en contradiction avec ces faits, sans se refuser à l'évidence même. Combien de fois, après l'incision des tégumens, qui n'offre rien de difficile, 1l est vrai, ne s'est-on pas trouvé dans l'impossibilité de

couper la symphyse du pubis, et n’a-t-on pas porté la scie ou le scapel sur ces os mêmes, soit que leur symphyse füt réellement ossifiée, comme on l'a dit(r), soit qu'on n'ait pu la rencontrer, ce qui est plus vraisemblable; comme cela est arrivé chez l'une des femmes opérées par M. Ælphonse le Roy, et chez une autre qui le fut à Lyon par M. du Chaussoi (2) ? Combien de fois ne s’est-on pas vu dans l’impossibilité d'écarter les os convenablement après celte section plus ou moin Jaborieuse, et la voie qu'on se proposoit d'agrandir n’est-elle pas restée trop étroite encore pour la libre sortie de l'enfant? Combien de fois ce dernier n’a1-il pas été victime des efforts qu'il a fallu faire pour l'extraire après cette opération , ou la mère ne Fat-elle pas éié du trop grand écartement des os ? 2126. Les faits énoncés nous apprennent que sur quarante et une femmes (5), quatorze sont mortes à la suite de cette nouvelle opération , et que vingt-sept seulement ont été conservées ; que si quelques-unes des premieres ne paroissent en avoirété victimes que parce qu'elles ont été opérées trés-tard, et après l'emploi de beaucoup de moyens qui avoient pu nuire au succès de l'opérauon , il s'en trouve un bien plus grand nombre dans les dernières, qui avoient eu précédemment un ou plusieurs enfans , et dont les unes étoient accouchées naturellement, les autres au moyen du TN Nes LT SAONE (1) Voyez (. 2049—2106.

(2) Voyez K. 2091—2108.

(3) On n'y comprend pas celle qui fut opérée par Bonnard, Chiru rgien d’Hesdin : voyez (. 2106.

forceps , ou de la main seule ; et qu’un plus grand nombre encore, depuis l’opérauon, ont été délivrées de même : ce qui prouve au moins que leur bassin n’étoit pas bien défectueux.

2127. Ces mêmes faits nous instruisent égale ment que dans lenombre des enfans de ces femmes, treize seulement sont venus vivans, et que vingthuit sont nés morts ; car 1l faut regarder comme tels ceux qui n’ont donné que quelques signes de … vie très-équivoques. Si quelques-uns de ces der- Miers éloient morts avant l’opérauon, les autres n'ont perdu la vie qu'en traversant le bassin désymphysé.

2128. S1 on exceple le bassin de la femme

Vespres, qui n’avoit qu'un pouce dix lignes de petit diamètre (1), celui de la femme opérée à Lyon par M. du Chaussoi, qui n'étoit que d’un pouce sept lignes (2), 1l ne s’en est pas trouvé un seul parmi ceux que l’ouverture du cadavre a bien fait connoître , qui offrit l'image d’une très-grande difformité : les uns avoient deux pouces cinq dignes, les autres deux pouces six, septet même dix lignes, et plusieurs ont offert jusqu à trois pouces. L'écartement des os, sur aucun de ces bassins, n’a été porté au-delà de deux pouces et demi, et dans la plupart il à paru s'être borné à deux pouces, méme à deux pouces moins quelques lignes.

2129. L'identité des accidens qui ont suivi l’opération chez toutes ces femmes, et celle des désordres qu’on a observés à l'ouverture de leurs cadavres , ne permettent pas de croire qu’il en soit

nus

(1) Voyez. 2066. — (216 2r00û.

une seule des vingt-sept autres dont le bassin fût au-dessous de deux pouces et demi de petit diamêtre au détroit abdominal, n1 chez laquelle l'écartement des os pubis ait été porté au-delà de deux pouces, loin de lavoir été à deux et demi, inmême à trois pouces, comme on l’a publié tant de fois; puisque la plupart de ces femmes ont pu quitter Le li dès le lendemain de l'opérauon , se lever et marcher apres les premiers jours.

2130. Nous avons déjà fait observer qu'on avoit mis beaucoup d’exagération dans tout ce qu’on avoit dit de l’état du bassin de toutes ces femmes, en supposant beaucoup moins d'ouverture qu'il n'en existoit réellement, et qu’on ne s’étoit pas

moins abusé sur la grosseur de la tête de leurs.

enfans (1). Un Chirurgien de Saint-Pol-de-Léon annonce en février 1778, quil vient d’en opérer une dont le bassin n’a que dix-huit à vingt lignes de peut diamètre; on publie ce fait ; on y croit ou l'on feint d'y croire, et on ne paroît pas même surpris de voir ue femme accoucher l’année suivante , et devenir mere successivement de plusieurs enfans avec la plus grande facilité (2). Un Médecin de Paris, vers la fin de juillet 1770, se persuade que le base de la femme du Belloy n'a que ce degré d'ouverture, quoiqu’elle eût accouché SIX is précédemment par cette vole, qu'aucun de ses enfans n'eùt été mutlé, et l'opere de même, lui qui avoit publié quelques

PE

(x) Voyez @. 2060, 2067 et suivant ; 2071, 2082, 2084 , 2089, etc.

(2) Voyez $. 2101.

années auparavant, qu'à ce terme de mauvaise conformation il n'y auroit peut-être que l'opératon césarienne qui püt sauver l'enfant. Trois autres accouchemens subséquens à la section du pubis ne peuvent le détromper : il est vrai que ces trois derniers enfans sont ven us morts comme les six premiers, et que celui qu on a extrait au moyen de l'opération dont il s’agit, est né vivant. Ce succes prouveroïl au plus que cette opération a été uule, non pas qu “elle étoit indispensable, et que le Lin n'avoit réellement que dix-huit à vingt et une lignes. Si n’avoit eu que ce diamètre, la section du pubis l'auroit-elleagrandi suffisimment pour mettre la vie de ce sepuéme enfant en sûreté, ou la mere en auroit-elle éprouvé si peu d’accidens (1)? on a dit également que le bassin de la femme Auguet n'avoit que deux pouces et un quart, el dix mois après nous l'avons trouvé de trois pouces et nn quart à trois pouces et demi (2); que celui d’une autre femme opérée chez madame Morlay, Sage-femme, n’étoit encore que de deux pouces et diélques hgnes, tandis qu'il surpassoit trois pouces et un quart (8). etc. etc.

2131. Si l'on ne peut conclure > comme on Pa déjà fait, que la section du pubis n'a eu de succés que hé les femmes où elle n’étoit pas rigoureusement nécessaire , 1] paroît certain au moins qu'elle n'aëté exempte de grands accidens que chez celles dont le bassin n'étoit pas ur es-défectueux, que parce que l’écartement des 08 n’a pas été porté aussi Join qu'on l'a cru ou qu'on l’a publié, et qu’elle a eu

nt.

(1) Voyez . 2073, — (2) 2093. — (3) 2093 et suivans.

des suites constamment fâcheuses pour la mère et pour l'enfant, toutes les fois que le diamètre du bassin s’est trouvé au-dessous de deux pouces et demi, et que l’écartement des os a été aussi grand.

2132. Il est également démontré, d’après les mêmes faits, que la secuon du pubis, si dangereuse pour la mère et pour l'enfant, dans tous ces cas de grande difformité du bassin, a été substituée tantôt au forceps, tantôt aux crochets ou au percecrane , Ou à la version méthodique de l'enfant, même à la patience, qui ne suppose pas moins de connoissance de la part de l’Accoucheur, qu'il n'en faut pour opérer à propos et pour le bien faire.

2133. Les accidens qu'on avoit remarqués plusieurs fois à la suite de l’écartement des os des îles et du sacrum, même des os pubis, dans quelques cas d'accouchemens extrêmement pénibles, sembloient annoncer depuis long-temps ceux qu'on devoit craindre d’un plusgrand écartementencore, inséparable de la nouvelle opération , et l’expérience n’a pas tardé à faire connoître que cette crainte étoit fondée, Combien d’accidens n’a-t-on pas eu à combattre, en effet, chez la femme Souchot(x), avant qu'on ne pût espérer dela conserver, quoique bien plus heureuse que la femme Fespres, opérée quelque temps après (2), que celles qui font le sujet dela cinquième observation deM. #lphonse le Roy (3), de la quatrième de M. de Cambon (4); que celles qui furent opérées à Dusseldorp (5), à

(r) Voyez. 2056. — (2) 2066. — (3) 2086. — (4) 2095.

Arras (1), à Spire (2), à Lyon (3), à Gènes (4), à Paimpol (5), à Paris par M. de Mathis (6), à Brest (7), à Wisbourg (8), etc. etc.

2134. La contusion, le déchirement des parties extérieures, l'inflammation, la suppuration de ces mêmes parties, et de la substance ligamentocartilagineuse même qui constituoit la symphyse des os pubis; la dénudation de l'extrémité de ces os , leur carie , leur défaut de réunion ; la lésion du canal de l’urètre, l’ulcération de la vessie, sa destruction partielle, sa hernie à travers les os non réunis, et l’incontinence d'urine; l’écartement, le déchirement des symphyses sacro-iliaques; linflammation , la gangrène, la rupture même de la matrice; les dépôts de matières purulentes et ichoreuses dans le lieu même des symphyses déchirées, dans tout le uüssu cellulaire du bassin, et le long des muscles psoas , etc.; l'in flammation du péritoine, des intestins, etc. , présentent l’ensemble des accidens qui ont eu lieu à la suite de cette opération, dans les cas où la mauvaise conformation du bassin sembloit rendre l'accouchement impossible par la voie naturelle.

2135. En exposant constamment la vie de la femme dans ces sortes de cas, l'opération n'a pas toujours été plus salutaire pour l'enfant, comme on l’a vu également, puisqu'elle n'en a sauvé que quelques-uns. L'opération césarienne , sans être plus fâcheuse pour la mère quene l’a été la secuon du pubis, auroit pu les conserver tous, et il est RP a unes in tie 4

© (1) Voyez. 2104.— (2) 2104.— (3) 2108. — (4) 2110. — (5) 2109. — (6) 2093. — (7) 2107. — (8) 2049.

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