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ARTICLE IV

De l'Opération césarienne.

2144. On appelle césarienne l'opération par laquelle on ouvre à l’enfant contenu dans le sein de sa mère, une autre issue que celle qui lui étoit destinée par la nature. Si l’on n’incise quelquefois que les enveloppes communes et propres du basventre , le plus souvent il faut inciser aussi la matrice , et c'est dans ce dernier cas spécialement que l'opération a reçu le nom de césarienne, pouvant être désignée simplement par celui de gastrotomie dans le premier. Il nous paroît inutile de la distinguer 1ei en abdominale et en vaginale, comme quelques-uns l'ont fait depuis peu d'années, comprenant sous cette nouvelle dénomination toutes les opérations qui se font au col de la mairice, sans intéresser les parties circonvoisines : car il faudroit également appeler césarienne l'incision du périnée, la section des brides, des cicairices qui rétrécissent le vagin ; celle de l'hymen , des tumeurs , etc. , si l'enfant ne pouvoit naître sans ces secours.

2145. L'origine de l'opération césarienne est trop obscure, pour quon puisse en assigner l’époque, c’est-à-dire le temps où elle a été faite pour la premiére fois. Quelques-uns l'ont fixée à la

DES ACCOUCHEMENS. 403 naissance de Jules-César, et d’autres l'ont fait ‘remonter au-delà. Nous avons déjà dit, qu'avant Je XVII* et même le XVIIT: siècle, la plupart des Chirurgiens n’avoient osé la faire sur la femme vivante, parce qu'ils la croyoient essentiellement mortelle , traitant de fabulenses les observations dans lesquelles on assuroit en avoir obtenu du succès, comme quelques-unes le paroïssent en eflet. Mais depuis ce temps on a rassemblé les faits les plus connus, épars çà et là dans les auteurs, et les plus propres à la faire adopter, non comme une ressource assurée pour la femme dans tous les cas où la mauvaise conformation du bassin peut s'opposer d’une mamière insurmontable à l’accouchement, mais comme Îa seule qui puisse lui être salutaire, ainsi qu'à son enfant. Le recueil de M. Simon , inséré parmi les Mémoires de l’Académie de Clururgie, contient soixante-dix ou douze de ces observations, dans lesquelles on remarque qu'elle a été faite le plus souvent avec succès ; et on pourroit y en ajouter un plus grand nombre aujourd'hui, puisqu'elles s’élèveroient au-delà de cent, depuis 1750. La plupart de ces dernières ont été communiquées à l’Académie de Chirurgie et aux sociétés actuelles de médecine ; les autres sont consignées dans les Journaux et ouvrages de médecine tant français qu'étrangers. Sur cent onze, nous observerons que l'opération a été faite quarante-sept où huit fois avec tous les avaniages qu on pouvoit désirer pour la femme.

2140. Parmi ce grand nombre d'observations

1l en est quelques-uncs , il faut l'avouer, où l’on

remarque que cette opération a été faite sans ne Cc2

Des causes

cessité, puisque les femmes étoient accouchées naturellement auparavant, ou se sont délivrées heureusement dans la suite ; maïs on y voit aussi que plusieurs de ces femmes y ont été soumises deux fois avec le même succès pour elle et pour leurs enfans : ce qui paroîtra bien moins extraordinaire, sans doute, que les faits rassemblés par M. Simon, qui n’ont rapport qu'à sept ou huit femmes ; les unes ayant été opérées trois ou quatre fois , et les autres cinq, six, et même jusqu'à sept fois. Sans recourir à ces faits trop extraordinaires pour qu’on y ajoute foi, on peut assurer apjourd’hui que cette opération n'est pas essenuellement mortelle, puisqu'il n’est besoin que d’un seul pour en établir la preuve; peut-être même ne paroîtra-t-elle pas aussi dangereuse que nous l’annoncons , quand les faits nouveaux dont nous venons de parler seront mieux connus (1).

SECTION PREMIÈRE

Des causes qui exigent l'opération césarienne; des préparations qui y conviennent ; du temps de la

faire, et des choses qui y sont nécessaires.

21/47. La mauvaise conformation du bassin

qui exigent n'est pas la seule cause qui puisse rendre l'ac-

l'opération césarienne.

couchement impossible par.la voie naturelle, et

(x) Nous nous occupons à les recueillir et à les mettre en ordre : ce travail ne sera pas sans intérêt, surtout en le joignant à celui que nous nous proposons de donner à la suite sur la section du pubis.

qui doive nous déterminer à recourir à l’opéra-

uon césarienne; certaines affections des parties

molles , dont nous avons fait mention , telles que

ces tumeurs squirrheuses à base tres-large, qu'on

ne peut enlever sans exposer la femme à un dan-

ger plus imminent encore que celui de l’opéra-

uon césarienne, comme 1l s’en est trouvé une | chez la femme D**** opérée sous nos yeux, en , 1707, par M. Coutouly (1), ainsi que les gros-

sesses extra-utérines , peuvent exiger le même secours ; mais Ce seroit en abuser que de l’em-

ployer dans tous les cas pour lesquels on l’a recommandée.

2148. Cette opération doit se faire sur la femme trs vivante, et sur la femme morte. Si elle exige bn jf à beaucoup d'attention à l'égard de la premiére, Rue l'on ne devroit pas s’en dispenser entièrement pour la seconde : tant 1} est difficile quelquefois de s'assurer à l’instant même, si elle est véritablement morte ou non (2). Si l’on attendoit,

(x) Cette observation n’est encore consignée dans aueun recueil.

(2) On connoît plusieurs exemples de ces funestes mé prises. M. Bodin (*) en cite un exemple bien remarquable. La femme de Gauthier, dit-il, du village de la Janvrerie, département de Loir et Cher, tomba dans un tel état . pendant le travail de l'accouchement, que Pénard, Chirurgien à Cangey, qui étoit auprès d’elle, la crut morte, et lui ouvrit le ventre et la matrice âvec un rasoir, pour sauver l’enfant ; qu’elle ne sortit de cet état qu’au moment où on enfonçoit une aiguille dans l’un des bords

(*) Chirurgien, et membre du Corps Législatif en l'an V. (Foyez Essai sur les Accouchemens.)

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pour y recourir dans ce dernier cas, que les signes les plus certains de la mort se mamifestassent , elle deviendroit inuule pour l'enfant qui ne peut survivre long-temps à sa mére, sil reste dans son sein. D'un autre côté, l’on ne doit pas livrer celle-ci à un trépas inévitable, lorsque sa mort n'est peut-être qu'apparente.

2149. L'on ne sauroit retracer trop souvent à la mémoire de ceux qui sont appelés pour ‘ces sortes d'opérations, l'observation de M. Rigaudeaux (1), qui est insérée dans le Journal des Savans, du mois de janvier 1749. En faisant connoître combien 1l est difficile, en quelques circonstances , de distinguer l’état d’asphyxie d’une mort réelle, elle nous apprend qu’il n’est pas tou-

de la plaie, pour retenir les entrailles par un point de suture, etc. M. Bodin ne fait pas connoître le temps où ce fait a eu lieu, mais il ajoute que la femme vivoit encore en septembre 1792. Un Médecin tres-connu nous a communiqué un autre fait de la même espèce, qui ne dateque de la fin de l'an VI. Un Chirurgien du voisinage de la ville qu'il habite, ouvrit aussi le ventre de la femme avec des ciseaux ; l'enfant présenta aussitôt un des pieds à la plaie de la matrice , et fut expulsé par la voie naturelle, avant qu'on eût achevé d'ouvrir entierement ce viscère. La femme étoit complétement guérie au bout de deux mois. On pourroit rappeler également ici le fait consigné dans l'ouvrage de Peu, où l’on voit que ce Chirurgien fut effrayé du grincement des dents de la femme, du tressaillement qu’elle fit au moment où il commença son incision, et du mouvement deses levres. (Voyez Pratique des Accouchemens , liv. IT, page 334.)

Qi) M. Rigaudeaux, Chirurgien aide-major des hôpitaux de Douai , et Accoucheur.

DES ACCOUCHEMENS. 407 jours nécessaire d'ouvrir le sein de la femme qui paroît privée de la vie depuis quelque temps, pour l’assurer à son enfant. Ce Chirurgien n'ayant pu se rendre auprés d'une femme de la campagne aussitôt qu'il fut appelé pour l’accoucher, apprit, en y arrivant, qu'elle étoit morte depuis deux heures, et qu'on n’avoit pu trouver personne pour Jui faire l'opération césarienne. Ayant enlevé le drap qui la couvroit, voyant qu'elle conservoit encore de la chaleur et de la souplesse dans les membres, que l’orifice de la matrice étoit dilaté et If poche-des eaux assez bien formée , 1l se décida à l’acconcher par les voies ordinaires , et le fit avec facilité, en amenant l’enfant par les pieds après l'avoir retourné. Quoique cet enfant lui parüt mort, il ne laissa pas que de lui donner quelques soins dès qu'il eut délivré ja mère, et de recommander l’un et l'autre aux femmes qui étoient présentes. Leurs soins, in fructueux en apparence dans les premiers momens, ne le furent pas dans la suite. Elles ranimérent cet enfant au point que quelques heures après il crioit aussi fort que s'il füt né des plus heureusement; ce qui engagea M. Rigaudeaux à revoir la femme avant de s’en retourner chez lui. 11 enleva le linge dont on lPavoit enveloppée de nouveau , et lui trouvant les membres aussi souples que la première fois, quoiqu’elle part morte alors depuis plus de sept heures, 1l essaya quelques moyens propres à s'assurer si elle l'étoit réellement , et ne s’en éloigna qu’aprés avoir fait promettre aux assistans qu'ils ne la remettroïent dans son linceul que quand ses membres seroient

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