‹ L'art des accouchemens (volume 5)Chapitre 9 sur 88 · Tome IL. D · texte numérisé non relu

Tome IL. D

1675. Tous les partisans du levier, avant Île docteur Camper, regardoient l'occipnt comme le heu sur lequel on devoit Pappliquer, celui qui étoit le plus propre à à lui donner une prise avantageuse, celui où lon ponvoit agir le plus fortement sans nuire à l'enfant, et vers loi on devoit diriger les puissances de l'art pour seconder celles de Ja nature : ce qui s'accorde assez avec la connoissance que nous ayons de la structure du crâne, du mécanisme de l'accouchement, et de celui de Fenclavement pour lequel cet instrument a été proposé. Comme ces praticiens étoient dans l’opi-

nion que l'occiput répôndoit le plus souvent au

pubis, c’étoit aussi sous celui-ci qu'ils insinuoient le levier, ou qu'ils le ramenoientaprès l'avoir fait pénétrer vers un autré heu du bassin. Camper, à la gloire. duquel le titre de savant Accoucheur ne sauroit rien ajouier,, aprés avoir démontré l'impossibilité de le placer sur l'occiput, dans le cas d'enclavementdel'espéceconnue des Roonhuisiens, s'est efforcé de prouver encore quil ne sauroit y rester quand on y parviendroit, et que son extré-

mité devoit alors se porter auprès du menton, en passant à côté du cou. Le même zele qui nous a portés à discuter la doctrine de ce Médecin sur ce qui concerne ce point de l’art des accouchemens, nous fait une loi d'exanuner celle de Zitsingh et de M. Herbiniaux , avec laquelle elle a quelque rapport. $ice n'est pas sur la mâchoireinférieure, près le menton, queces Accoucheurs dirigent l’extrémité de laspatule, comme le dit Camper àl’égard de Tüsingh , c'est au moins sur l'apophyse mas toïde qui ne s'en trouve pas fort éloignée , ou bien

Ù DES ACCOUCHEMENS. 5i dans sori voisinage, puisque l'angle de la mächoire est bien prés-de cette apophyse. En shpposant que ces deux méthodes ne se ressemblent pas, le désaveu (r).que fait Tütsingh de celle que lui attribue Camper ne mér Fou quelque. considérauon qu'autant qu'il poûrroit contribuer aux progres de l'art; que li méthode que Tisüngh ÿ substitue

seroit plas d'accord avec les principes de cet art, et avec Ja connoissance même que ce praticien paroît avoir eue du mécanisme de l’acconchement. 1074: Titsingh établit d'abord pour certain que

Ja tête de l cnltit descend toujours un peu naturellementde travers dansle bassin, une dés tempes: le long et contre le sacrum , et l’autre sous le Corps de l'os pubis; qu'en désceitéant ainsi plus avant et plus bas dans la cavité formée par le coccix, elle se redresse doucement, la face se tournant dr en arrière vers le rectum, et l'occiput en aVant dessous le pubis; qu'enfin elle vient présenter à Ja valve cette partie qu'on nomme vulgairemrenit la Couronne! El est également certain, dit-il , que la facé se trouve obliquement en arriére, lorsque la tête reste enclavée: et c'est dans éètré position oùilsela représente pour F exposition de sa manière d'employer le levier. Nous ne formerons aucune objection contre le sentiment de T'itsingh, sur ée dernier point, étant déjà parfaitement d'aëcord avec lui sur le premier : nous conviendrons que la tête de Fenfant peut s'arrêter à une hauteur

TERRE RCE ROSE REED Dre

TU

(1) Voyez la lettre de Titsingh, insérée dans l'ouvrage de M. Herbiniaux.

quelconque dans la position qu il assigne. I décrit trop bien la marche qu'elle suit dags l accouc ‘hement ordinaire, pour qu'on ne s'attende pas à à lui voir réunir tous ses efforts pour la lui 1 imprimer dans le cas dont il s'agit, et favoriser jusqu'aux plus petits des mouvemens qui composent celte marche , puisque c'est en cela seul que consiste l'art. Le lieu où porte son levier seroit celui où 1l faudroit le diriger, quand la tête est fixée transversalement dans le détroit supérieur , s’il pouvoit

y pénétrer , si la plus grande épaisseur de cette ess avoit déjà franchi F espace le plus resserré de ce détroit, ets'ilnes ’agissoit que de la faire descendre complétement dans l’excavation du bassin : car 1l agiroit alors perpendiculairement à l'obstacle qui la retient, et de manière à le surmonter ù + moins de force possible. Mais qu'on se sou vieñne qu'il s'agit bien moins, dans tout ce que nous avons dit Jusqu'ici de l'usage du levier, de faire faire ce premier pas à à la tête de l'enfant, que de l’extraire entiérement ; alors on vêrra combien le procédé de Tütsingh est peu d'accord avèc ses connoissances sur le mécanisme de laccouchement; et chacun se croira bien fondé à demander comment, avec le levier placé sous le pubis de la femme et sur lapophyse mastoïde de l'enfant, 1l pourra ramener la tête à cette marche naturelle, si bien observée et si bien décrite par ce praucien même. Tütsingh paroît avoir réservé à M. ÆHerbiniaux la gloire de nous instruire. (1)

1675. Siles personnalités et les injures de toutes

(1) Voyez sa Lettre déjà citée.

espèces que ce dernier substitue partout aux principes, au raisonnement, à la démonstration et aux preuves, pouvotent ce tenir lieu, il eût sans doute surpassé l'attente du modeste THSthE ét forcé tous ceux qu 1l regarde comme les détracteurs du levier, à ne voir dans cet instrument que le chef-d'œuvre de nos inventions, puisqu'il pourroit remplacer le forceps dans tous les cas, et procurer de grands avantages en d’autres où celuici n'est point applicable. Malgré le sentiment dont on ne peut se défendre à la lecture de l'ouvrage de M. Herbiniaux(1),nousnous croyons obligés d'en parler, dans la crainte que notre silence ne soit regardé, par cet Auteur même, comme un aveu de l'excellence de sa doctrine. Si la discussion que nous nous permettrons sur quelques points de cette doctrine ne le détrompe pas, et ne lui dévoile pas son ignorance sur tout ce qui concerne l'art qu'il dégrade, et qu'il exerce néanmoins avecune sorte de vogue, elle le rendra peutêtre plus circonspect à l'avenir dans le jugement qu'il pourroit encore hasarder sur les Auteurs qui semblent mériter quelques égards, aumoins par la droiture de leurs sentimens: et elle retiendra les jeunes Praticiens qui pourroient le préndre pour guide.

(1) M. Herbiniaux seroit bien plus digne encore de ce sentiment , si l'ignorance où il est de la langue française ne sembloit l'excuser d’avoir mis son nom à la têté d’un

ouvrage dont il n’a pu être le rédacteur. Nous nous persuadons que quelqu'un jaloux de sa réputation, et plus instruit que lui dans cette langue, ne lui aura prêté sa

1076. Nous avons remarqué que de Bruyn, € plusieurs autres, convenoient qu'il étoit ii sible que le bout du levier ; place sous le pubis, ne portât pas, en quelques cas, qu'ils eroyoient extré-

mement-rares, sur l’un des côtés de la tête, aux

environs de l’oreille ; et avec quelle douceur et quels ménagemens ils en usoient quand ilsavoient leu de le soupconner sur ce point. Loin de chercher à l’éviter, comme ces Praticiens, M. Æerbi. niaux met toute son industrie à le rencontrer; cest sur l'apophyse mastoïide, très: voisine de

: l'oreille, qu'il dirige son levier; 1l regarde celte

apophyse comme x seul endroit où il puisse trouver une prise avantageuse; et une contusion plus ou moins forte lui a souvent démontré, après l'issue de la tête, qu'il ne l’avoit pas cherché vainement. Nous n'eussions pas décrié cet instrument, di-il, si nous l'avions dirigé comme lui, et suriout si les corrections qu al y a faites nous avoient été connues : car 1l convient que le levier de Roonhuisen étoit défectueux, peu propre au plus grand nombre des cas ; ctqueson Auteur ne le conduisoit pas de la manière la plus avantageuse. Ce jugement, qui auroit dù rendre M. Her biniaux plus avare des épithètes oulrageantes qu il prodigue à ceux qui ont écrit contre cet instrument es la publication de son ouvrage, n'est qu'un nouveau

plume que pour affoiblir ou lui enlever l’estime de ses concitoyens. Nous inviterons ceux qui se Croiroient en droit de nous reprocher le peu de ménagement que nous avons pour cet Auteur , de lire son ouvrage , et de Île juger ayec plus de modération , s’als le peuvent.

trait d'ignorance on de méchanceté, puisque ces auteurs ne se sont élevés que contre le levier de Roonhuisen et sa méthode. D'ailleurs, M. Æerbiniaux n'a presque rien changé à ce levier; car il faut compter pour rien l'espèce d’anneau qu'il a ajouté au bas de chaque courbure , et qu'il destine à recevoir un ruban, dont l'utilité se réduit à zéro, aux yeux de l'homme instruit. C'est cependant cet anneau et ce ruban , dont où peut voir l'usage dans l’auteur même, qui transforment le levier entre les mains du chirurgien de Bruxelles, en un instrument nouveau, qui le convertissent, au besoin , en un levier du troisième genre, ou qui réunissent , au gré de l’opérateur, la puissance de ce dernier à defte du levier du premier genre, et qui le rendent apphcable à tant de cas, pour lesquels nous l'avons : jugé inuüle (1). Il ne sera

(1) Nous avons obtenu cet instrument de M. Herbiniaux même, par un Chirurgien de Gand. Nous n’ignorons pas que celui qu’il emploie journellement en est un peu différent, qu'il est d'argent battu, et composé de plusieurs pièces ; que les spatules dont les courbures sont calquées sur celles du premier, se montent à volonté sur un manche de même métal et d’une. forme cylindrique , qui n’est pas lui-même sans utilité, puisqu 11 constitue au besoin un corps de ser ingue très-propre, dit ce Chirurgien, à ondoyer l’enfant avant l’operation. Comme le succes de son application ne sauroit dépendre de cette espèce de luxe, nous ne ferons acception de l’un plutôt que de l’autre. M. Hcrbiniaux observe que le levier que nous avons obtenu de Bruxelles, ayant élé Jait par un coultelier maladroit , est tr Ésedmrl fait ; ce qui peut être : mais qu'importe cette imperfection

56 LA RE donc plus quesuon du levier et de la méthode de Roonhuisen , mais du levier et de la méthode de M. Herbiniaux , dans tout ce que nous dirons ; peut-être ne seroit-il pas hors de notre sujet de parler aussi du fauteuil et du petit lit du même auteur, puisqu'il semble leur accorder un peu de part à ses grands succes. ‘ 1677. Nous ne suivrons pas M. Âerbiniaux dans la route obscure qu'il s’est frayée , crainte d'y égarer le lecteur avec lui; nous nous attacherons seulement à ses premiers pas, et 1l suflira de les faire connoître pour éclairer le reste de sa marche, Notre intention d'ailleurs n’a pas été d'impronver complétement le levier, mais de dévoiler son insuflisance dans plusieurs des cas pour lesquels on l'avoit spécialement recommandé, puisque nous en indiquerons quelques-uns dans la suite où 1l peut être utile. Nous examinerons surtout celui que choisit M. Æerbiniaux pour l’exposiuon da premier manuel, ou du manuel général de son levier, tant parce qu'il nous paroît celui des Roonhuisiens, que parce que c'est à ce c5s même qu'il s’efforce de ramener tons les autres. Nous avouerons cependant que la position de la tête , que nous rapportons 1ci à celle pour laquelle les Roonhuisiens faisoient spécialement usage de levier, n'est pas aussi clairement exprimée par M. Her. biniaux que par ceux-ct; c'est un défaut trop commun, d'ailleurs, dans son ouvrage, pour s'attacher

qui ue change rien à la ie ni aux dimensions de

l'instrument ? (Voyez Herb. äeuxieme édition, tome I,

page 275, réfut. 27.)

DES ACCOUCHEMENS. 5g à le relever, et ce n’est qu’à la faveur d’une pa- Willis obecutité qu'il s'échappe partout. Voici le utre de la section où cette position est énoncée ; « 1°. Manuel, ou Manuel général de mon levier, » dans la position de la tête où la face répond à » l’un ou l’autre des côtés de los sacrum , et » l'occiput à l'arcade du pubis ». Si M. Æerbiniaux entendoit par ces mots Arcade du pubis, cette large échancrure qui est au-dessous de la symphyse, comme l'enitendent tous les ‘Accoucheurs, nous pensons qu'il conviendroit qu'une tête placée de cette mamière seroit bien mal conformée , ou celle qui la verroit ainsi placée, bien mal organisée ; mais 1l semble que lAccouchenr de Bruxelles exprime, par ces mots, le cintre que forme en dedans du bassin Île corps de déux os pubis, et c'est en effet ce qu'il a entendu 4 68. Lorsqu'il est bien certain que la tête est tournée de facon que la face est en arrière (nous nous servirons partout des ses expressions ) (2 il passe deux doigis de la. main gauche dans le vagin, sous l’arcade du pubis, et le bord de l'orifice de la matrice, s'il est encore assez bas, pour servir de conducteur au levier. I] introduit sa spatule à peute courbure (5) et bien huilée, de

(1) Voyez l’Auteur , nouvelle édition , tome If, page 278 , refut. 2

(2 Vhyen Ÿ Auteur, page 389, $$. 420, 421, 422; 423 , 424. |

(8) La condition énoncée, et la préférence que M. Herbiniaux donne à sa spatule à petite courbure, prouvent qu'il supposé la tête dans le fond du bassin ;

58 L'ART bas en haut, et dans une direcuonsoblique de derrière en dns en l’avancant sur la tête dé l'enfant, le long de la symphyse du pubis, ou un peu à CÔLÉ, jusqu à ce que son extrémité Soit parvenue vers la base de l'occiput. 11 lève alors le manche de son levier, où il ramène son extrémite inférieure de derrière en devant, en le faisant agir en bascule sur son point d’ appui, par des petits mouvemens en bonds ou en saccades, tournant obliquement à droite où à gauche le bout de la spatule vers le côté où se trouve F apophyse mastoide (1), afin de chercher le point de résistance du levier vers la base de cette apophyse (2). Lorsqu'il croit être arrivé au point ul cherche, 1l fait une épreuve d'attraction sur la tête (3), tenant d’une main le manche élevé pour que l'instrument agisse en bascule sur son point d'appui, tandis qu'il üre de l'autre main sur le cordon en dirigeant cet effort vers l'anus de la femme (4). Au moyen de cette épreuve

car il n’emploie cette stapule que dans ce cas. (Ÿ’oyez 6. 120 de son ouvrage.)

(x) Les Roonhuisiens alloient aussi en tâtonnant pour trouver le chemin le plus libre. Celui qui a bien reconnu la position de a tête ne tâtonne pas; il connoit le but où il doit aller, etil y va droit : ce tâätonnage prouve se on ne sait pas ce que l’on fait.

(2) I n’y à pas d'étudiant qui ne sache que l’apophyse mastoide n'existe pas chez le fœtus, ou qu’elle n’est pas aisez saillante pour que le bout de la spatule puisse s’y accrocher.

(3) Cette épreuve d’attraction annonce encore qu’on ne sait ce que l’on fait.

(4) Le point d'appui de linstrument est spécialement

d'attracuon, M. Æerbiniaux trouve dans son levier une résistance qui continue, dital, à la première douleur, et qui se soutient à chaque fois quon opère deu les douleurs suivantes, si l'extrémité de la spatule a passé l'apophyse mastoide. Quand 1l ne sent pas cette résistance , il porte son instrument du côté où il a trouvé le plus de solidité, et il cherche jusqu'à ce qu'il uenne bien comme il faut. Cet Accoucheur observe que les petits mouvemens en saccades qu'il fait avec le manche du levier, et l’attracuon qu'il exerce sur la spatule au moyen du cordon, suflisent pour diriger la face de l'enfant plus de côté et vers celui où cle étoit déjà inchnée (1 ), à moins que la tête ne füt extrêmement serrée de toutes: parts entre les os du bassin, ce qu #1 croit ne devoir | jamais arriver : de sorte qu'après ces premières manœuvres, contuinue-t-1l, l’'apophyse mastoïde qu'on a saisie se trouve sous Ja sym physe du pubis, et n’est Dre du tout difficile à bien temir avec

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