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CHAPITRE PREMIER

$ 1068. L’on ne devroit appeler contre nature que l'accouchement qui est physiquement impossible sans le secours de l’art, et celui qui ne peut se faire autrement sans de grands inconvéniens pour la mère et pour l'enfant. Cependant on s'accorde généralement à donner cette dénomination à tous ceux dans lesquels l'enfant présente toute autre partie que le sommet de la tête, quoique dans le grand nombrede celles qu’il peut offrir à l'orifice de la matrice dans le début du travail de sa naissance, il en soit plusieurs, comme les fesses, les pieds, les genoux, quine paroissent pas moins favorables à sa sortie que la première, et dont la présence ne peut rendre l’accouchement ni moins heureux, ni essentiellement

plus difficile, | Caractères 1009. Dans le nombre des accouchemens que distinctifs de [a nature ne peut opérer seule, ou qu’elle ne pour-

DES ACCOUCHEMENS. 459 roit terminer sans danger pour la mere ou pour l’accouchel'enfant, il y en a beaucoup qui ne requierent . . quela main d’une personne instruite, et d’autres laborieux. qu'on ne peut opérer qu'à l'aide de quelques instrumens. Ces derniers seront exposés dans la quatrième partie de cet ouvrage, ne voulant faire connoître dans celle-ci que les premiers, que nous appellerons contre nuture, pour nous conformer à l'usage.

1070. Ces accouchemens sontsirares qu'ilpa- Rapports roit impossible de fixer au juste leur rapport avec ee les accouchemens naturels (1): mais ils semble- nature, avec ront très variés, si l’on n’a égard qu'au prand ceux qui se nombre de régions que l’enfant peut offrir à l’ori- ils fice de la matrice, et aux circonstances accidentelles qui peuvent exiger les secours de l’art, dans les cas mêmes où cetenfant:se présente de la maniere la plusavantageuse. Puisque laccouchement quis’annonce avec les apparences les plus favorables ne peut toujoursse terminer heureusement pour la mère ou pour l'enfant sans ces secours étrangers, par rapport à ces mêmes circonstances accidentelles, il n'y a donc point de régions de la surface de l'enfant qui ne puissent constituer quelques especes d'accouchemens contre nalure, etentrer dans le plan que nous nous sommes tracé.

1071.Parmi ces diverses régions, les unes se présentent plus fréquemment que les autres à l'orifice de la matrice, et plusieurs le font si rarement

mg mme

(1) Voyez le tableau qui fait partie de l’avertissement.

qu'il semblera peut-être qu’on auroit dü n'en pas faire mention (1); mais comme elles n’en sont que plus difficiles à reconnoitre an toucher, comme elles n’en exigent que plus de soin et d'attention, nous avons cru devoir les exposer.

1072. Nous diviserons cet ordre d’accouchemens presque en autant d'espèces générales que les anatomistes ont assigné de régions sur le corps de l'enfant, ete. Comme dans la plupart de ces cas l’on est obligé de retourner l'enfant et de l’'amener par les pieds, la première espèce comprendra ceux où ces parties se présentent naturellement à l’orifice de la matrice; la seconde, ceux où ce sont les genoux, et la troisième les fesses, parce que ces derniersaccouchemens ressemblent beaucoup aux premiers. Quant à l'exposition des autres espèces, nous aurons moins égard à leurs rapports avec celle-ci et à leur fréquence dans la pratique, qu'à l'ordre sous lequel se présentent naturellement les diverses régions de la surface de l'enfant. Après avoir traité tout ce qui est relatif à ces trois premières espèces, nous parlerons des cas où le sommet de la tête se présente; ensuite la face , le devant du cou,et successivement les autres régions de Ja surface antérieure du foœætus, de la surface postérienre et de ses côtés : cet ordre d'exposition nous ayant paru aussi bon qu’un autre, et même préférable.

1073. Chacune de ces espèces d’accouchemens en comprendra elle-même plusieurs autres qui

(1) Voyez le tableau indiqué ci-dessus.

DES ACCOUCHEMENS, A61 seront déduites des positions que chacune des régions du corps de l'enfant serasusceptibledeprendre relativement à l'entrée du bassin de la femme. Apres avoir fait remarquer ce qui caractérise chaque espèce, ce qui la différencie, ou la rapproche de telle ou telle autre, et les indications particulières qu’elle présente, relativement à la manière d'opérer, nous renverrons pour le surplus à ce qui aura été décrit précédemment, afin d’éviter quelques répétitions ; un ouvrage du genre de celui-ci devant nécessairement en présenter beaucoup, pour ne pas manquer de clarté.

1074. Cette multiplicité, cette variété de positions, ou d'espèces d'accouchemens , paroit effrayante d'abord, et d’une étude rebutante; mais avec un peu d'attention on s'aperçoit bientôt que ce tableau n’est point EXAgeTre ; que toutes les parties en sont distinctes et liées entre elles ; que l'étude de l’une rend l'étude de l’autre très facile ; en un mot, qu'il n'offre que ce qui se trouve répandu sans ordre dans un grand nombre de vo-

lumes et de recueils d'observations.

ARTICLE PREMIER

Des causes , en general, qui peuvent rendre l’accouche-

ment contre nature, OU exiser les secours de L'art

1075. L'accouchement peut être essentiellement contre nature, ou ne le devenir qu'accidentellement. Dans le premier cas, c’est toujours la mauvaise situation de l’enfant qui en est la cause; dans le second, ce sont différentes cir-

462 L'ART constances qui viennent compliquer le travail, et que nous regardons comme autant d'accidens.

De ce qu'on 1076. Pour avoir une idée Juste de ce qu'on endoit appeler tend ici par mauvaise position de l’enfant, il faut

mauvaise position de l’en-

fant.

se rappeler ce qui a été dit ailleurs de ses dimensions et de celles du bassin de la femme, et se ressouvenir qu'il ne peut sortir du sein de sa mere qu'en offrant à l’orifice de la matrice l’une des extrémités du grand diamètre de la forme ovoïde sous laquelle il est naturellement replié. Sa situation est essentiellement mauvaise toutes les fois qu'il n'offre pas le sommet de la tête , les pieds, les genoux, ou les fesses. S'il est des cas où l’accouchement puisse sefairenaturellement,quoique l’enfant présente d’autres parties que celles-ci, ce ne sont que des exceptions à la règle générale, qui ne peuvent avoir lieu qu'autant que l’enfant est tres petit relativement à la capacité du bassin de sa mere.

1077. La situation de l'enfant n'étant pas absolument fixe avant l'écoulement des eaux de lamnios , et pouvant changer d’un instant à l’autre avant ce moment, quand les eaux sont abondantes, de sorte que des parties très éloignées peuvent alorsse présenter successivement à l’orifice de la matrice, l’accoucheur ne doit en porter son jugement qu'apres l'évacuation de ce fluide. Nous avons remarqué plusieurs fois de ces changemens de position dans le cours d’un travail presque ordinaire : et c’est sans doute d’après de semblables observations que quelques praticiens, spécialement parmi les anciens, avoient prescrit de faire prendre à la femme des situations diffé-

DES ACCOUCHEMENS. 463 rentes, et souvent aussi bizarres qu'incoimmodes, même nuisibles, à dessein d’en procurer une plus favorable à l'enfant.

1098. Lorsque plusieurs parties se présentent successivement à l’orifice de la matrice, si la tête y paroît dans un instant quelconque, commeelle pourroit aussi s’en éloigner, il faut percer les meinbranes et donner issue aux eaux, pour la fixer en cet endroit et prévenir le retour d'une mauvaise position : l'on ne doit pas attendre alors pour le faire, comme en beaucoup d’autres cas, que l’orifice de la matrice soit complétement ouvert : il suffit que le travail soit bien établi. Mais quel que soit le degré de dilatation de cet orifice, si l'enfant y présenteune autre partieque

la tête, il faut différer, pendant quelque temps.

au moins, l'évacuation du fluide qui lui dônneune si grande liberté de se mouvoir, pour s'assurer Si sa position ne changera pas, sil n'en prendra pas une meilleure , en proportionnant toutefois ce délai à la nature des circonstances qui pourroient alors compliquer le travail. Avec ces précautions , l’accouchement qui auroit été contre nature pourra quelquefois s’opérer de luimême (1).

1079. Parmi les causes de accouchement contre nature en général, aucune ne peut lé rendre

(1) L'observation nous a tellement convaincu de la vérité * de tout ce que nous avancons sur ce point, que nous ne pourrions avoir qu’une opinion désavantägeuse de ceux qui le contesteroient.

Causes acci-

dentelles

de

l'accouchement contre nature,

164 L'ART plus difficile que la mauvaise conformation du bassin. Cettecausesemble mème plutôtappartenir aux accouchemens du troisième ordre qu'à ceux que nousexposons actuellement; puisqu'ilest rare que la main seule suffise alors pour délivrer la femme , ou que l’art ne nous offre pas de moyens d’une application plus prompte, moins douloureuse et plus salutaire, soit pour la mére, soit pour l'enfant, etsouvent pour l’une et l’autre à la fois. C’est pourquoi nous n’en parlerons au long que dans la quatrième partie de cet ouvrage. 1080. Les accidens qui ne permettent pas d’abandonnerl’accouchementaux soins de la nature, soit parce qu’ils exposent la vie de la mère ou celle de l'enfant, et souvent des deux, soit parce qu'il

ne peut absolnment s’opérer seul, sont l’hémor-

ragie , les convulsions, et les foiblesses ou syncopes fréquentes ; l'épuisement des forces de la femme ; la lenteur ou la cessation des douleurs ; l'existence d’une hernie irréductible avecdes dispositions à l’étranglement, celle d’un anévrisme caché où apparent de l'aorte pectorale ou abdominale,de l’une des carotides, ou des sous-clavières comme nousen avons observé; quelquefois l’oblquité de li matrice, et le resserrement de son col sur celui de l'enfant : d'autres fois la présence de plusieurs enfans qui nuisent réciproquement à leur sortie; l’issue du cordon ombilical, son peu de longueur et son entortillement sur le col de J’enfant , si l’on adopte l'opinion commune à ce sujet ; et diverses autres causes encore, qui ne seront exposées que dans la dernière partie de cet ouvrage,

SECTION PREMIÈRE

a De À RMOrpere considérée par rapport à la nécessité d'opérer

l'accouchement,

1081. 1” hémorragie qu'on désigne sous le nom de perte n’est pas la seule qui puisse exposer les jours de la mere et ceux de lenfant pendant la grossesse et le temps de accouchement ; celle où le sang coule abondamment par le nez on par la bouche, peut avoir des suites également fàcheuses, de semble demander les mêmes secours.

1082. La premièr eest constamment [a suite de la désunion accidentelle d'une portion du placenta d'avec la matrice, et: peut se manifester indistinctement dans tous les temps de la grossesse; l’auire n'a souvent pour causes éloignées que la pression que fait sur le gros vaisseau du bas-ventre la matrice développéeet distendue par le produit de la conception, Cette pression , assez forte par

elle-même pour donner lieu à P engorgement des vaisseaux de la poitrine eet de la tête, au crachement desans, et au saignement de chez quelques femmes , dont les parois du ventre résistent beaucoup, Jo bien plus grande encore lorsque ces femmes se livrent à de grands efforts, lorsqu'elles se serrent étroitement dans leurs habits, et surtout lorsqu'elles secondent les douleurs de l’enfantement en poussant vigoureusement en en-bas ; c'est aussi dans ces sortes de circonstances spécialement où l’hémorragie dont il s agit se manifeste le plus ordinairement.

I, di 30

AÂ66 L'ART Observation. 1083. Une femme de la plus forte constitution, Hémorragie grosse de son premier enfant et au terme de huit 5 * se 0) mois, aprés de foibles efforts pour soulever un vase de lequel elle venoit de blanchir quelques menus linges, rendit du sang avec'tant d’abondance par la bouche, qu’elle en perdit plus de vingt palettes dans l’espace de deux jours. Elle resta languissante Jusqu'au moment de laccou-

chement, qui ne se fit qu'au terme ordinaire, et

qui n’eut cependant aucunes suites facheuses.

Obs. Hémor- 1084. Une autre femme, âgée de dix-huit ans,

ragie par le d’une constitution assez délicate, et enceinte de

7 trois mois seulement, éprouvant déjà quelques marques de pléthore pour laquelle je lui avois prescrit unesaignée, s'étant serrée dans ses habits pendant une soirée entière qu’elle passa hors de chez elle (1), fut prise d'une hémorragie par le nez, que rien ne put arrêter sans retour,]Jusqu'au cinquième mois et demi, que cette femme épuisée mourut en accouchant.

1085. Ces deux espèces d'hémorragies sont toujours apparentes; mais la premiere, vulgairement appelée Perte, ne l'est pas constamment. Si le sang le plus souvent se répand au-dehors, quelquefois aussi il s ‘épanche derrière le placenta, et y est retenu tantôt par les fortes adhérences du bord de cette masse, ou par celles des membranes seulement, avec la matrice, et tantôt par la contraction naturelle du col de ce viscere même, qui ne s’est pas encore entr'ouvert à l'époqueou sefait

(1) Les femmes portoient encore des corsets garnis de baleines.

cet épanchement : ce qui établit deux sortes de pertes utérines, l’une apparente et l’autre cachée. Tous les auteurs en ont fait cette distinction ; mais l’hémorragie cachée n'a paru mériter leur attention qu'autant qu’elle se manifestoit après l'accouchement ; et bien peu, peut-être même aucun, ne l’avoient considérée comme nous.

1086. Si la structure de la matrice et la résistance que ses parois opposent constamment aux agens qui en opèrent le développement, semblent porter à croire qu'il ne peut s’épancher beaucoup de sang derrière le placenta, l'observation, peu d’accord avec ces connoissances physiologiques, nous a prouvé plusieurs fois que ces sortes d’épanchemens pouvoient devenir assez considérables pour influer manifestement sur les forces de la femme, sur sa vie et sur celle de lenfant, D'ailleurs la digue qui retient le sang épanché devant se rompre plus tôt ou plus tard, l’hémorragie devient apparente ; et la perte du nouveau sang que versent librement les vaisseaux , ajoute au danger qui naissoit déjà de la premiére.

1087. Il se fit un épanchement de cette espèce chez madame de**, à la suite d’une saignée du bras, qui avoit donné lieu à de fréquentes syncopes. Les symptômes énoncés aux $$ 1092 et 1093 se manifestérent presque aussitôt, Les douleurs se soutinrent pendant trois semaines, en devenant plus fortes de Jour en jour, et cette femme accoucha d’un enfant mort au terme de huit mois, Il y avoit, derrière le placenta, deux caillots de sang, noirâtres, solides et comme desséchés , de la grosseur d’un œuf de cane chacun.

Obs, Hémorragie Ca chée.

Obs. Sur le 1088. Chez une autre femme, le coagulum qui mêmesujet. recouvroit les deux tiers du placenta étoit aussi volumineux que celui-ci ; et dans une troisième, . nous l'avons estimé de quatre à cinq palettes : elles accoucherent l’une et l’autre d’un enfant mort, après avoir éprouvé la plupart des symptômes décrits aux $$ déjà indiqués au précédent. L'épanchement devint bien plus considérable, et les suites en furent bien plus fâcheuses chez la femme qui fait le sujet de l'observation suivante, que les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas

de rapporter dans tous ses détails. | Obs. Sur le 1089. Après une longue promenade de pied, mème sujet. cette femme ressentit vers le fond de la matrice et les reins des douleurs sourdes qui durerent toute la nuit, et qu’elle comparoit à celles qui avoient coutume de précéder les règles. S'étant levée le lendemain à son ordinaire, de grandes et fréquentes défaillances, plutôtquela crainte d'une perteabondante en voyant paroître un peu de sang assez aqueux, l’obligèrent de se remettre au lit quelques heuresaprès: c’étoit sur les dix heures du matin. Son état de foiblesse et d’épuisement, les syncopes qui se répétoient à chaque minute lorsque je la vis; la päleur et l’altération du visage, ne.pouvant s’accorder avec le peu de sang qui s'étoit évacué ( car à peine en àavoit-elle perdu une palette, et quelques serviettesen étoient-elles légérementteintes),me firentsoupçonnerunépanchementintérieur. L'augmentation rapide du vo. lume dela matrice depuis la veille, au rapport de cette femme et de sa famille, fortifia ce soupçon, et bientôt de nouveaux symptômes le confirme-

DES ACCOUCHEMENS. 409 rent, Enceinte d'environ sept mois, et le paroissant à peine avant cet accident, la matrice s’étoit développée de manière à faire présumer à la première inspection une grossesse à terme, et de deux enfans plutôt que d’un seul. L'action expulsive de ce viscère commençoit à se faire sentir lors de mon arrivée, et l’orifice à s’entr'ouvrir. À peine fut-il un peu plus ouvert, que les douleurs, quoique foibles, expulsèrent des caillots noirâtres et mous, au-delà de ce que la forme d’un chapeau d'homme en eût pu contenir. Lesang continuant de couler ensuite, le danger augmentant, et le peu d’espoir de conserver cette femme en différant de l'accoucher, me décidèrent à prendre ce parti. Je le fis en présence de deux chirurgiens mandés avant moi : mais ce fut sans succes ; l'enfant n’y ayant survécu qu’un instaut, et la mére étant morte cinq heures après dans de fréquens accès de syncopes et d’hystérie, je dirois même de catalepsie, que rien ne put prévenir ni calmer (1).

1090. Ce n’est pas seulement dans l'espèce de capsule accidentelle dont nous venons de parler qu'il se forme des épanchemens de sang pendant la grossesse; il pent s’en faire également dans la cavité des membranes qui enveloppent l'enfant:

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