DE LA MATRICE, CONSIDÉRÉE DANS L'ÉTAT DE GROSSESSE
194.Si la nature semble oublierla matrice dans la premiere période de la vie, pour travailler à la perfection des autres parties, presqu’uniquement occupée de ce viscère pendant la grossesse , et des merveilles qui sy operent alors ,elle y produitles changemens les plus surprenans. La matrice, dès l'instant de la conception, commence en quelque sorte à jouir d’une nouvelle vie, elle prend une nouvelle forme , une nouvelle situation, une nouvelle organisation, et ses facultés musculaires se développent éminemment pour le temps de laccouchement. Les changemens qu'elle éprouve pendant la grossesse se remarquent donc dans son volume, dans sa figure , dans sa structure, dans sa situation et dans l’action dont elle devient susceptible.
ARTICLE PREMIER
Des changemens produits par la grossesse, dans le
volume, la figure et la structure de la matrice.
Des chan- 195. Quoique l’on n'aperçoive pas évidem- Tate DeNt ce qui se passe dans la matrice au moment
éprouve dans de la conception, nimême dans les premiers jours
son volume (le Ja grossesse, il y a cependant grande apparence et sa figure es
que ces orifices, entr'ouverts d’abord pour l’en- pendant sa trée du germe, ou du principe fécondant, se re- grossesse. ferment aussitôt pour le retenir; mais toute la matrice se contracte-t-elle pour embrasser ce germe plus étroitement, et sa cavité devient-elle
plus petite immédiatement après l'imprégnation, comme quelques uns l'ont pensé? Aucune expé-
rience ne sauroit Jeter le moindre jour sur cette matière : si l’on a trouvé la matrice dans cet état
de contraction chez les animaux qu’on a onverts vivans à l'instant ou ils venoient d’être fécondés,
cette contraction n'étoit-elle pas l'effet dela mort violente qu’on faisoit endurer à ces animaux, plutôt que de limprégnation? S'ensuit-il que la
même chose ait lieu chez la femme qui conçoit
dans la volupté et qui n’en ressent après aucune douleur ?
196. L'augmentation de la matrice est peu sensible d’un mois à l’autre dans le commencement de la grossesse ; mais elle devient si grande par la suite, quon a peine à concevoir comment elle peut avoir lieu. :
Jusqu'au troisième mois, la matrice, malgréson Etat de la développement, reste assez petite, chez la plupart ii des femmes, pour être contenuelibrement dansla a aa cavité du bassin; et ce n'est généralement qu'à puis celui-ci l’époque du quatrième que son fond déborde le FAP PT détroit supérieur, au point de se fairesentir manifestement à la main qui palpe la région hypogastrique. Dans le cinquieme mois, il monte jusqu’à deux doigts au-dessous de l’ombilic , qu'il surpasse d'autant à la fin du sixième. Au septième, le fond de la matrice entre dans la région épi-
gastrique, dont il occupe la plus grande partie au huitieme ; mais souvent il se trouve au-dessous à la fin du neuvième mois.
Proportion 197. Quoique la matrice s’accroisseen tous sens pendant la grossesse, et le fasse en raison del’augmensions de Mentation du produit de la conception, toutes ses # matrice re- dimensions ne s'étendent cependant pas selon les dem Mêmes proportions dans tous les temps, soit par et au fœtus, rapport à elles-mêmes, soit par rapport au fœtus. Les Le L’axe longitudinal de ce viscere semble croître mes de lagros. PeAUCOUp plus du troisième au sixième mois, que sesse. de celui-ci au neuvième : tandis que les autres di-
mensions augmentent bien moins dans les premiers temps que dans ces derniers, où la cavité s’arrondit évidemment de toutes parts, sans néanmoins perdre entièrement la figure ovoide qui lui est naturelle. Cette cavité, respectivement au fotus, est très grande, surtout dans les deux premiers mois, et très petite dans les derniers.
198. Ces différences, minutieuses peut-être en apparence, mais importantes quant aux vues de la nature, dépendent de la structure de la inatrice, du degré de résistance que présentent ses diverses parties, et de l’ordre presque invariable selon lequel s’en fait le développement.
Ordre dedé- 199. Les fibres du fond et du corps, plus souveloppement ples, plus humides et moins serrées que celles res De À des autres parties, sont presque les seules qui cènes: dent et se développent avant le sixième mois de la grossesse ; de sorte que, jusqu’à ce terme, la matrice semble ne rien emprunter de son col. Ce n'est qu'à cette époque que les fibres de cette der-nière partie commencent à se développer et à con-
tribuer avec les premières à la dilatation convenable pour loger le fœtus etsesaccessoires. Toutes dès lors s'étendent, se déploient dans les mêmes proportions , et continuent de le faire pendant quelque temps. Mais sur la fin de la grossesse, c’est presque entièrementaux dépens des fibres du col que la matrice s'agrandit encore, parce que celles du fond, qui se sont développées les premières , résistent davantage , et qu'il n'existe plus un équilibre parfait dans l’action et la réaction de ces deux parties, tant sur elles-mèmes que sur le produit de la conception.
200. Aussitôt que cette espèce d'équilibre est rompue , les fibres du corps, etsurtout celles du fond de la matrice, commencent à faire effort pour expulser les substances qui constituent la grossesse, et elles le font même d’une maniere remarquable au toucher. Alors, si on porte le bout du doigt à l'orifice de la matrice au point de toucher les membranes du fœtus, on les trouve flasquies dans un instant, et foiblement tendues dans un autre : ce qui dénote clairement cette action alternative.
201. Les fibres du col de la matrice supportent donc après ce temps, non seulement tout l'effort desagensintérieurs qu’elles partageoïientci-devant avec celles du corps et du fond, mais encore l'effet de la réaction de celles-ci sur ces mêmes agens; ce qui les contraint de se déployer plus rapidement, et quelquefois de telle sorte qu'en peu de jours cette partie se développe et s’efface entièrement.