POTTER CE
opposé : Levret lui-même en fournit la preuve. On voit dans l’observation qu’il rapporte d'après Buzan, que la matrice étoit très inclinée du côté droit, quoique le placenta fût attaché au côté gauche et fort prés de l’orifice. La matrice est presque toujours inclinée sur le côté droit, et le placenta ne s'attache pas plus souvent à sa partie latérale droite que dans les autres régions de sa surface. Ilétoit implanté sur la partie postérieure dans le cas de la plus grande obliquité antérieure qu’une pratique étenduenous eût offert jusqu'ici, et cen’est pas la seule observation de cette espèce que nous puissions rapporter. Vingt fois et plus nous avons trouvéle fond de ce viscere singulierement incliné sur le côté droit, quoique le placenta füt attaché au côté gauche; et son obliquité n'étoit pas moins évidente dans quelques uns des cas où cette masse recouvroit en quelque sorte, centre pour centre, son orifice. Il résulte de ces observations que tous praticiens judicieux et éclairés peuvent confirmer journellement que lobliquité de la matrice ne tient pas essentiellement aux rapports du placenta avec cet organe.
281. Il seroit aussi aisé de prouver que cette masse nes’oppose en aucun cas au développement de la portion de la matrice à laquelle elle est liée, et ne force pas ainsi ce viscère à prendre uneforme oblique, comme l'annonce Lesret ; ni même une antre forme que celle qu'il acquerroit en se développant, si le placenta avoit jeté ses racines au milieu du fond. Tousles auteurs conviennent que le lieu où est implanté l’arrière-faix offre plus d'épaisseur que les aûtres endroits; mais ilsajou-
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tent que la matrice est plus souple dans ce même lieu , plus spongieuse et plus humide, et Levret étoit dans la même opinion, car il dit, $ 279: « Lorsque le placenta s'attache au fond de la ma- » trice, cette partie de l'utérus conserve beaucoup » d'épaisseur, malgré sa prodigieuse extension , » à la fin de la grossesse. »
282. On ne peut méconnoitre dans la direction de l’axe’ du bassin la cause qui déjette"en devant le fond de la matrice, et qui détermine lobliquité antérieure. Iseroit bien plus difficile d'expliquer pourquoi cette obliquitén’existe pasconstamment, si l’on connoissoit moins la résistance naturelle des enveloppes du bas-ventre, par lesquelles la matrice est toujours soutenue immédiatement après les premiers temps de la grossesse. L'inclinaison du détroit supérieur, dans un bassin bien conformé, étant si grande qu’on a cru devoir l'évaluer de trente-cinq à quarante degrés, et son axe étant incliné au même point, quoique dansun sens contraire, le matrice ne peut s'élever à travers ce détroit qu’en se portantendevant,etens'appuyant contre les enveloppes du bas-ventre, qui la soutiennent d'autant moins qu’elles ont été plus affoiblies par les grossesses antécédentes, ou qu'elles sont naturellement plus lâches, Aussi remarquet-on que l’obliquité antérieure de la matrice, tou- Jours peu apparente dans une première grossesse, devient plus grande dans une seconde, quel que soit le lieu de l'adhésion du placenta, et augmente ainsi toutes les fois que la femme redevient enceinte ; de manière que le ventre tombe sur les cuisses , en forme de besace, chez quelques unes
DES ACCOUCHEMENS. 1ba de celles qui ont eu beaucoup d’enfans, descend même jusqu’au niveau des genoux chez celles qui sont très petites, et a besoin d'être soutenu par une espèce de suspensoir (1).
283. Il paroitra peut-êtreplus difficile d'assigner la véritable cause des obliquités latérales. Nous pensons qu’elles sont déterminées par le rapport dela matrice avec l’intestin rectum et l’S romaine du colon, par laconvexité antérieuredela colonne lombaire etla situation que prennent les intestins grêles relativement à la matrice même qui les soulève,à mesure qu’elle s’avance dans la cavité abdominale. °
28/4. Le rapport de la matrice développée et arrondie dans son corps, vers l’époquedu deuxième au troisième mois de la grossesse, avec l'intestin rectum qui forme le long du sacrum une sorte de colonne un peu tortueuse, est tel que ces deux parties ne sauroient se toucher que par des surfaces convexes, et conséquemment par tres peu de points, comme le feroient deux espèces de boules. En accordant alors à la matrice une partie de la mobilité dont elle jouitencore au milieu du bassin, on est forcé de convenir que le centre de sa con-
(1) Nous avons observé une dizaine de fois ce degré d’obliquitéantérieure, saus que l'accouchementen eûtété plus difficile, Chez une femme contrefaite, et à laquelle on avoit fait l’opération césarienne, nous avons remarqué dans deux grossesses subséquentes que le fond de la matrice, dès le septième mois, descendoit à un pouce du niveau des genoux. Le dessin que nous avons fait faire de cette femme formeroit ici un tableau in= téressant,
vexité postérieure ne peut rester constamment appuyésur laconvexité antérieure du rectum, qui lui présente de chaque côté des plans d'autant plus inclinés, qu'il est lui-même plus dilaté par les matières stercorales. Ce point saillant de la partie postérieure de la matricedoit doncs’en détourner et se porter sur l’un des côtés de cet intestin; ce qui ne peut avoir lieu que le milieu du fond ne se détourne de l'axe du bassin et ne s'incline vers l’une des parties latérales. Si l'intestin rectum descendoit en droite ligne et occupoit le milieu du sacrum dans toute sa longueur, l'espace étant égal de chaque côté, la matrices y inclineroit peutêtre indistinctement , et l’on ne verroit pas plus souvent l’obliquité latérale droite que l’obliquité latérale gauche ; mais étant placé supérieurement vers le côté gauche de la base de cet os, et laïssant dans son trajet la courbure de celui-ci ion à découvert de ce côté que du côté droit, la convexité postérieure de la matrice se dirige presque toujours vers ce dernier, et son fond s’y incline préférablement. Ce premier degré d’obliquité , qui tient uniquement au rapport de la forme du corps de la matrice avec celle de l'intestin rectum, pendant son séjour dans le petit bassin, se découvre aisément au toucher, chez la plupart des femmes, des le deuxième et le troisième mois de la grossesse, l’orifice de la matrice étant des lors légèrement tourné vers le côté gauche du vagin : ce qui se voit bien plus manifestement encore du troisième au quatrième mois.
285. L’accumulation des matières stercorales dans l'intestin rectum et l'extrémité de l’'S romaine
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DES ACCOUCHEMENS. 159 du colon, etla direction du trajet qu’elles parcourent pour sortir, sont donc les premières causes, et peut-être les seules déterminantes, de lobliquité latérale droite de la matrice : puisque ces matières pressent ce viscère de gauche à droite, et avec d'autant plus de force que celle qui opère leur expulsion est elle-même plus grande. On pourroit assurer même qu'elles impriment à la matrice, en la déviant’ainsi, un léger mouvement de rotation, qui tendroit à porter sa partie latérale gauche vers-le devant du bassin. ( oy. $ 292.) Roéderer avoit à peu pres la même opinion que nous sur la cause déterminante de lobliquité de la matrice, puisqu'il l'attribuoit en partie à la pression que souffre ce viscere de la part des matièéres contenues dans l'intestin rectum et dans la partie gauche du colon (1). Solayrès en a clairement expliqué le mécanisme (9).
280. Ces causes agissant presque toujours de la même manière , etne pouvant agir autrement, à moins qu il n'y aitun vice de position, une transposition de l’S romaine du colon et de l’extrémité supérieure du rectum, l’on ne doit pas être surpris de ce que le fond de a matrice s'incline si souvent du côté droit, et si rarement du côté gauche. Tout abrerrdtent un peu attentif remarquera, en effet, que l obliquité latérale droite est si fréquente, etl obliquité latérale gauche si rare, qu'on seroit peut- -être loin d'en établir le rapport
(1) ROÉDERER, Élém. art. obs. "8 450.
(2) SorayREs, Dissert. de partu, viribus maternis abso- * luto, $ Il. De utero obliquo... À Paris, chez d’'Houry.
Causes accessoires de lobliquité de la matrice.
en disant que la dernière se voit à peine une fois sur cinquante. L’obliquité latérale gauche ne pouvant dépendre de ces premières causes, ni de l'implantation du placenta sur ce côté de la matrice, quelles seront donc celles qui y donneront heu? ‘On ne peut l’attribuer qu'au concours de quelques unes des causes accessoires dont il est fait mention ci-dessous.
287. Le fond de la matrice, déja légèrement incliné dans le bassin, comme on le remarque au $ 284, ne peut s'élever par la suite dans la cavité abdominale, qu'en y parcourant un trajet oblique; de sorte que les intestins grèles sont obligés de s’en écarter et de se porter du côté pau che, vers lequel, d'apres la disposition même du mé es ils semblent avoir une pente plus naturelle.
288. La convexité de la colonne lombaire favorise beaucoup l'obliquité latérale dont il s agit, et pourroit mêéine la déterminer, abstraction faite de toute qutre cause, si elle n’existoit déjà légèrementavant que la es ne se soit élevée audessus du détroit supérieur: car en s’arrondissant de plus en plus, sans perdre de sa mobilité, à mesure que la grossesse augmente, ce viscere os peut rester appuyé sur cette colonne qui lui offre de chaque côté des espaces bien plus convenables à
sa figure. En supposant donc que la matrice se soit élevée au-dessus du détroit supérieur jusqu’? au cinquième mois de la grossesse , sans que son axe se détournät de celui de ce détrait, elle serait encore forcée de changer de direction et de s’incliner
[e) vers l’un des côtés, parce que la plus grande con-
DES ACCOUCHEMENS. 1061 vexité de sa partie postérieure qui répondroitalors à celle de la seconde et de la troisième vertebres lombaires, ne sauroit rester sur ce point. C’est de cette manière que doitarriver l'obliquité latérale ganche, quand une autre cause nela détermine pas accidentellement avant ce moment. Cette explication est si claire, et équivaut tellement à une démonstration, qu'il paroitroit étonnant que quelqu'un se refusit encore à reconnoître la convexité de la colonne lombaire pour une des causes des obliquités latérales, et même de l’obliquité antérieure. |
28y. L’attache du placenta, sur un des côtés de la matrice, l'habitude de se coucher constamment sur le même côté, comme le font beaucoup de femmes, ne sont que des causes accessoires à celles que nous venons d'exposer, et indépendamment desquelles l'obliquité latérale peut avoir lieu; puisqu'on l’a souvent remarquée du côté opposé à celui vers lequel ces mêmes causes auroient du la déterminer.
290. Ce n'est qu’en examinant et en palpant le Sigues de ventre de la femme , qu’on peut reconnoître sûre- a ‘ ment l'espèce d'obliquité qui existe , et juger de | son étendue, quoiqu'elle soit quelquefois apparente à la vue. La déviation du col de ce viscère, d’après laquelle les auteurs semblent prononcer, peut induire en erreur: l’orifice de la matrice n'étant pas toujours tourné vers le point du | bassin qui est opposé à celui au-dessus duquel le fond s’est incliné. Bien plus, on peut assurer, d’après l'expérience, que la déviation de l’orifice nest pas constamment un signe de l’obliquité
de l’organe , et qu'elle peut être indépendante de celle-ci : comme nous l'avons remarqué à l'occasion de certaines brides, de certaines cicatrices, ou d’autres vices accidentels des paroiïs du vagin. Plusieurs fois, nous avons trouvé cet orifice exactement appliqué contre les os pubis, chez des femmes dont la matrice étoit tellement inclinée en devant, que le ventre, en forme de besace, avoit besoin d’être soutenu par une espèce de suspensoir ; d’autres fois ce même orifice regardoit le côté droit du bassin, quoique l’obliquité latérale droite füt très grande; de sorte qu’en bien des cas, le col de la matrice se trouve réellement recourbé à la manière de celui d’une cornue,comme Levret et autres l’avoient annoncé avant nous.
291. L'observation prouved’ailleurs qu'on peut changer à volonté la situation du fond de la matrice en faisant prendre à la femme telle ou telle position, sans changer celle du col, qui reste constammentappuyécontre le même point du bassin, si on ne l’entraine pas d’un autre côté, au moyen du doigt introduit dans orifice.
292. En déplaçant la matrice, comme il vient d'être dit, on lui fait subir une légère torsion, vers l'union de son col avec le vagin; parce que son fond ne peut se porter d’un côté à l’autre du ventre, sans qu'elle ne roule en quelque sorte sur son axe, et sur le devant de la colonne lombaire. C’est cette même torsion , peu remarquable au toucher, que des accoucheurs ont prise pour l'indice des obliquités moyennes entre les latérales et l’antérieure; mais ils se sont
fait illusion. Elle n’est point un signe plus certain de l'implantation de l’arrière-faix, entre l'origine d’une trompe et le milieu de la partie antérieure de la matrice, comme le prétendoit ECHO) 299. L’obliquité de la matrice est en général Effets de bien moins fàcheuse qu'on le dit communément. l'obliquité de E à ) ; la matrice.
Ce serait en quelque sorte à la honte de l’art qu’on la regarderoit aujourd'hui comme la cause la plus ordinaire des accouchemens difficiles et contre nature, ainsi que le faisoit Deventer. Ces'accouchemens sont extrémement rares, et l'obliquité de la matrice est si fréquente, qu’il n'existe peut-être pas une seule femme sur cent où elle ne soit très remarquable. Quand elle n’est que légère, et même un peu plus, loin de nuire à l'accouchement, elle semble le favoriser : ce que nous expliquerons en parlant du mécanisme de‘cette fonction. Ce n’est
Fi( 1} Ce n’est pas seulement dans le cas où l’on déplace le fond de la matrice de cette manière ; qu’elle semble rouler sur son axe en passant au-devant de la colonne lombaire; si elle n'exécute pas le même mouvement de rotatien toutes les fois qu’elle s’incline d’un côté, quelle qu’en soit la cause , elle le ‘fait aû moins en quelques circonstances. L'incision à la ligne blanche . dans Pune des Opéralions césarieunes que nous avons faites, laissoit entrevoir, sous son angle supérieur, l’insertion de la trompe gauche et du ligament rond : la matrice avoit donc roulé sur son axe. C’est d’après ce même mouvement que l’incision de la matrice en d’autres cas, où l’on avoit ouvert le ventre latéralement , s’est trouvée prolongée sur la partie postérieure de ce viscère, en passant au-dessus et près l’insertion de la trompe. Geïte observation peut devenir d’une grande utilité, et elle trouvera plus d’une fois son application dans ce que nous dirons du manuel des accouchemens difficiles.
qu’autant qu’elle est très grande, qu’elle peut lui devenir contraire : mais il est toujours si facile de la corriger et d’en prévenir les suites, quand on est appelé de bonne heure aupres de la femme, qu’on pourroit,avecunesorte de raison, attribuer ces suites autant à l'ignorance de l’accoucheur qu’à l’obliquité même. Si les effets en ont été dangereux pour quelques femmes et quelques enfans, c’est qu’on a manqué de lumières pour les prévenir, ôu que l’home instruit a été appelé trop tard pour les réparer. Quand ces vérités seront plus généralement connues, on conviendra qu'il seroit dangereux de suivre à la lettre tous les préceptes qui ont été donnés par Veventer et beaucoup d’autres, à l’occasion de l’obliquité de la matrice.
294.11 y a peu d'accoucheursqui n’aientobservé souvent que la plus grande obliquité ne trouble pas constamment le mécanisme de l’accouchement, et ne rend pas toujours cette fonction plus pénible. Nous avons assisté beaucoup de femmes qui n’ont eu que quelques douleurs-pour se délivrer, quoique la matrice füt tellement inclinée en devant, que le ventre, en forme de besace, tqmboit presquejusqu'aux genoux, lorsqu’ellesétoient debout; d’autres qui ont eu un travail plus long, mais qui se sont également délivrées très heureusement: la même observation a été faite à l’occasion des obliquités latérales. La souplesse de l’enfaut, la facilité qu'il a de se courber dans tous les sens, ét de s’accommoder en même temps à la direction d’une matrice très inclinée et à celle du bassin, suffiroient pour expliquer ces vérités, si
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des milliers de faits ne les mettoient dans la plus grande évidence.
295. S'il n’est plus permis de croire, avec Deventer, que l’obliquité de la matrice soit la cause la plus ordinaire des accouchemens difficiles , que la tête de l'enfant va heurter et se briser contre un des points de la marge du bassin, ou s’enclaver dans la courbure que décrit le sacrum, selon que cette obliquité a lieu dans un sens ou dans un autre ; si l’on ne peut admettre tout ce que Levret et tant d’autres après lui en ont pensé, il faut convenir néanmoins qu’elle mérite quelquefois la plus grande attention , et qu'en plusieurs cas les suites en seroient fâcheuses si l’on ne s’en occupoit à temps. Voici quelques uns de ses principaux effets.
296. On peutlaregarder,avec Roëderer, comme | l'une des causes des douleursincommodes que les femmes éprouvent dans les derniers temps de la grossesse, tant vers les lombes et les aines, quesur le devant des cuisses; quoique ces douleurs, ainsi que beaucoup d’autres, puissent avoir lieu indépendamment de cette cause.
297. Dans les grandes obliquités, le col de la matrice , qui est appuyé pour l'ordinaire contre un point des parois du bassin, s’ouvre beaucoup plus difficilement que s’il répondoit au centre de cette cavité; ce qui rend l'accouchement plus long et plus douloureux, parce que les forces qui tendent à l'ouvrir sont alors dirigées de maniere qu'elles se perdent en partie sur ce même point du bassin.