CHAPITRE IV
BE LA GÉNÉRATION, DE LA CONCEPTION ET DE LA è GROSSESSE.
De la génération,
349. L'opération générale de la nature par la- = pela généquelle tout individu quelconque produit son ration. semblable, s'appelle Génération. Cet acte chez les animaux demande toujours le concours des deux sexes, et ne peut s’opérer sans lui; l'on en excepte cependant quelques uns qui jouissent des facultés de se reproduire d'eux-mêmes.
350. Mais cette reproduction n'est-elle que le développement d’un animal préexistant? Celui-ci vient-il du père ou de la mère, ou se forme-t-il des principes fournis par l'un et par l’autre? Dans ce dernier cas, quels sont ces principes, et comment se rassemblent-ils ? Ce sont autant de questions impossibles à résoudre, ou sur lesquelles au moins nous ne hasarderons aucune conjecture.
351. Nous ne perdrons pas non plusle temps Des difféà analyser les différens systèmes établis sur Lee génération : nous nous bornerons à les exposer nt très brièvement. On peut les réduire à deux principaux, celui du mélange des deux semences, et celui des œufs. \
352. Le premier de ces systemes étoit celui Systèmedes anciens,
Systeme de M. de Buffon.
des anciens : ils imaginoient que la femme répandoit, dans le temps du coit,une li: queur prolifique cétitaé celle de l'homme. Ce systeme, quoique généralement adopté, a eu ses détracteur s;et quelques uns, même parmi les anciens, ont se que la liqueur dont il s’agit, n'étoit que l'humeur filtrée par les glandes du vagin : en effet, si elle venoit des ovaires, comment et par où s ‘échapperoit-elle pendant Hé grossesse ? Si l’on n’en juge que d’après le sentiment de volupté et l'espèce d’orgasme que lafemme éprouve vers les trompes à l'instant ou elle se livre aux plaisirs de l'hymen,
il paroïitra vraisemblable qu'il découle quelque fluide des ovaires vers la matrice ; car cette sensation ne peut être excitée par la liqueur qui se répand au-dehors, puisqu'elle a lieu chez le plus grand nombre des femmes , indépendamment de cette émission apparente.
353. M. de Buffon n'a fait qu ‘’embellir/ce premiersystème.Selon cesavant naturaliste, l'homme et la femme fournissent également à la génération: leur semence, dit-il, n'estqu'un mélange de molé: cules organiques , extraites de toutesles parties du corps, dont elles forment comme autant d’ abrégés. Ces molécules organiques, qu'il appelle vivantes et actives, à raison de leur mouvement continuel, sont figurées demanière qu'eliesne peuvent s'unir et s'identifier qu avec celles qui ont été renvoyées des mêmes parties chez l’un et l’autre sexe, c’està-dire que les molécules fournies par les yeux de l’homme, par exemple, ne peuvent s’'accrocher et s'unir qu'aux molécules fournies par les yeux de la femme : ainsi des autres.
354. La formation des parties sexuelles, si différentes dans les deux individus, ne pouvant s’expliquer par ce système ingénieux, l'esprit de l’auteur y a suppléé en imaginant que la réunion des molécules émanées des parties d’un sexe seulement formoit la base de tout l'édifice; de sorte qu'il en résultoit un garçon ou une fille, selon que ces molécules appartenoient à l’homme ou àla femme.
309. Le système des anciens s’est soutenu dans toute sa force jusqu’à la découverte des vésicules dont les ovaires des femmes se trouvent parsemés à l'âge de puberté; mais cette découverte fixa l'attention des physiologistes,etils commencerent à croire que l’homme et tous les autres animaux venoient d'un œuf; que la différence entre les vivipares et les ovipares consistoit en ce que Îles uns ayant couvé leursœufs en dedans, déposoient leurs petits vivans , au lieu que les autres ne les couvent qu'après les avoir pondus.
306. Dans ce système, l'œuf fécondé descend dans la matrice au moyen des trompes de Fallope; mais quelqu'un Pa-t-il vu? On pourroit en douter, autant d’après la structure même des trompes et le rapport du calibre de leurextrémité interne avec la grosseur de ces petits corps sphériques que nous prenons pour des œufs que d’apres les expériences multipliées d’un savant qui a fait l'admiration de son siecle (1).
397.Quoique d'accordsur l'admission des œu fs, les partisans de ce système ont pensé différem- En
(1) De Haller.
Systeme des modernes.
Hÿpothèse sur lesystème es œufs,
ment sur la manière dont ils étoient vivifiés. Les uns ont cru que le fœtus y étoit tout formé, et qu'il n'avait besoin que d'y être excité par l’esprit séminal du mâle : les autres, au contraire, n’ont regardé ces œufs que comme des espèces de nids destinés à recevoir un de ces petits animalcules qu'on a cru découvrir dans la semence de l'homme, par le moyen du microscope.
358. L’insuffisance de tous ces systèmes et de toutes ces hypothèses, pour l'explication des PRERGRENS surprenans de la génération, ne aisse quetrop apercevoir la profondeurde l'abime où la raison de l’homme s’est souvent égarée, faute de connoître les bornes que la nature avoit prescrites à son intelligence et à ses recherches.
SECTION IH
De la conception.
De la con- 209. L'union des principes fournis à la généception. ration par l’un et par l’autre sexe, se nomme Conception, dans l'espèce humaine.
Du lieu où 200. Si cette union nese fait pas toujours dans elle se fait. l'ovaire, on conviendra du moins qu'elle s’y fait quelquefois, puisqu'on y a trouvé des débris de fœtus, même des fœtus entiers.
301. Ceux qu'on a trouvés dans les trompes annoncent de même que la conception peut s’y faire, ou que ces conduits servent à transmettre dans la matrice le corps qui en est le produit. Les enfans qui ont été trouvés dans la cavité du ventre, après ja rupture de la trompe, ou de l'enveloppe de
l'ovaire, fournissent encore des preuves évidentes de ce que nous avançons concernant le lieu où se fait la conception ; et ceux quise sont développés dans cette cavité, qui ysont parvenussans aucune lésion de la trompe, annoncent bien moins que la conception peut s’y faire également, qu'ils ne dénotent qu’elle s’est faite alors dans l'ovaire.
362. En admeitantqu'’ellese fasse constamment dans l'ovaire , que l'ovaire soit le premier siége de homme, et que la trompe ne soit destinée qu'à transporter l’œuf fécondé dans la matrice, ne devons-nous pas être surpris de ce que tant d'œufs parviennent dans ce viscère , et que la trompe, dont le pavillon est si large et l’orifice interne si étroit , en laisse tomber aussi peu dans la cavité du ventre? |
363. Si quelques femmes connoissent l'instant ou ellesconcoivent, par les mouvemens intérieurs qu'elles éprouvent, la plupart l’ignorent, et ne se soupçonnent enceintes que d'après la suppression des règles. Il seroit sans douté à désirer, en beau coup de cas, qu'on püt avoir une connoissance certaine de cet état dans un temps moins avancé, afin de ne pas attribuer à d’autres causes les incommodités qui accompagnent fréquemment la - grossesse dans ses commencemens, et de ne point employer de remèdes non seulement inutiles, mais quelquefois nuisibles.
Signes de la conception.
SECTION III
De la grossesse.
Delagros 304. L'état d’une femme qui a conçu s'exsesse. prime par le mot de grossesse : cet état dure depuis l'instant de la conception jusqu'à celui de l’expulsion ou de la sortie du corps qui enest le produit.
De ses espè- 365.On peut distinguer deux espèces générales ces générales. de grossesse, relativement à la nature du produit de la conception; savoir, une vraie et une fausse. La première est formée d’un ou plusieurs enfans, et la seconde par une môle qui est tantôt comme charnue, et tantôt vésiculaire, etc. On peutencore appeler, et avec bien plus de raison, du nom de Fausse grossesse, ces amas de sang , d’eau et d’humeurs glaireuses qui se forment dans la matrice, ainsi que la tympanite de ce viscère, s’il en existe un seul exemple ; ‘parce qu'ils sont toujours accompagnés de quelques uns des symptômes rationnels de la grossesse ordinaire, qu'ils donnent lieu au développement du ventre comme celle-ci, et qu'ils peuvent retenir longtemps l’accoucheur le plus instruit, dans la plus grande incertitude.
sur le véritable état de la femme.
Dela gro J66. La vraie grossesse a recu différentes désesse vraie, et nominations , selon le lieu que l'enfant occupe: M AE Ellesenomme Grossesse utérine, Bonnegrossesse, nes. Grossesse ordinaire, toutes les fois qu’il est ren-
fermé dans la matrice; Grossesse tubaire, des ovaires, et abdominale, lorsque l'enfant se déve-
loppe dans la trompe, dans l'ovaire ou dans la cavité du ventre. Ces trois dernières espèces sont aussi désignées sous le nom générique de Grossesses extra-utérines.
367. La grossesse ordinaire, ou-la bonne grOS- Dela grossesse, formée le plus souvent d’un seul enfant, sesse simple l'est aussi quelquefois de plusieurs; ce qui lui a *t cmposée. fait encore donner le nom de Grossesse simple, et de Grossesse composée. On peut de même l'appeler Grossesse composée quand l’enfant est accompagné d’une môle, ou lorsqu'il existe déjà une grossesse extra-utérine: ce qui n’est pas sans exemple, quoiqu’on l'ait observé rarement.
368. Ces différentes espèces de grossesses ont Des signes des signes communs, et d’autres qui sont parti- communs … culiers à chacune d’elles. Tes premiers se pren- PUR AC nent du dégoût que la femme éprouve pour cer- sesses. taines choses, des appétits singuliers, du ptyalisme, des nausées, des vomissemens, de la ” suppression des règles, du gonflement et de la tension du sein, etc.
369. Ces symptômes, qu’on appelle Signes rationnels de grossesse , ne la caractérisent cependant que d’une manière trés incertaine, et paroitront même très équivoques, si on se rappelle qu'on les a vus souvent se manifester à la suite d'une simple suppression des règles. Le défant de cette évacuation menstruelle n’est pas un signe plus positif de grossesse, comme sa présence n’en est pas toujours une preuve négative : plusieurs femmes pouvant être réglées pendant les deux ou trois premiers mois de la gestation; d’autres ayant cessé de l'être longtemps avant l’époque de la
Du toucher.
198 L'ART conception, et quélques unes ne l’étant que pendant la grossesse (1).
350: Si la plupart de ces symptômes, réunis ou séparés, ne nous offrent au plus que des probabilités sur l’état de la feinmie qui les éprouve, iln’en est pas de même des signes particuliers que nous allons décrire: ils nous mettent à même de reconnoître la grossesse dès les prémiers mois; de juger de son espèce, de ses différens termes, etc. C’est par le toucher qu’on découvre toutes ces choses.
SECTION IV
Du toucher.
371. Le toucher considéré relativement à l'art des accouchemens,nese borne pas à l'introduction du doigt dans le vagin; il s’'eutend aussi de l'application d’une main sur le ventre de la femme; Si on reconnoit par le premier procédé l’état du eol de la matrice, sa situation, ete., c’est par le dernier que nous jugeons du volume de ce viscère, de la hauteur de son fond, de son obliquité, etc.