‹ L'art des jardinsChapitre 160 sur 341 · TRU'AL'X D'EXKCUTION. — ALLÉES · texte numérisé non relu

TRU'AL'X D'EXKCUTION. — ALLÉES

Versailles, ete. A Saint-Cloud, on retrouve encore, sous le dessin de mauvais goût et le nivellement maladroit qui ont rétabli le profil du coteau primitif, les arrêts ou paliers créés par Le Nôtre, et qui rompaient l'effet disgracieux de ces avenues inclinées.

Mais la rampe est trop forte |)Our une montée unique ; le château ou le palais sont d'aspect imposant, ils couronnent une colline que dépareraient des tracés curvilignes. Adoptez sans hésiter les terrasses à rampes obliques ; cherchez dans les hgnes architecturales une décoration qui soit comme le piédestal de 1 "édifice.

Vous ne manquerez pas de modèles à copier. A Rome, le Gapitole et le Pincio ; à Naples, Capo di Monte; à Paris, Saint- Vincent-de-Paul et le nouveau Palais de Justice ; à Marseille, le château d'eau de Longcliam|)s, sont autant de constructions monumentales où se trouvent de nombreux motifs d'inspiration.

La figure 110 représente une situation de ce genre, où le coteau abrupt

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Fig. 110. — Allc'C crarrivt'C culic cli^s terrasses.

sépare l'entrée A du perron B, par une déaivellalion de 9" 80. La distance horizontale entre A et B étant de 35 mètres, on aurait une pente de 0'" 28 par mètre, absolument impraticable. Le tracé de la ligne ponctuée, dans l'axe des pentes produites par les rampes de terrasses, donne un développement de 140 mètres, soit une pente modérée, de 0-07 par mètre. Une grille A, à deux guichets aa, égale en largeur, dans sa partie centrale, l'avenue J. Le point G indique une fontaine avec vasque sculptée. Deux rej)os

DD permettent aux voitures de tourner facilement et sont pourvus de niches et de statues. La terrasse supérieure, ornée d'une balustrade, forme deux décrochements EE en face des platanes plantés symétriquement en FF. Les intervalles entre les murs des terrasses et des rampes sont garnis de plantes méridionales, arbousiers en G G, grenadiers et agaves en H, nérions en IL Cette disposition convient surtout dans la région méditerranéenne et dans les pays chauds.

Ce mélange de l'architecture et du jardinage produit de bons résultats même dans nos climats septentrionaux, en y ajoutant quelques modifications si l'importance de l'habitation est moindre que dans le cas précédent.

La propriété de M. d'A..., à Marnes (Seine-et-Oise), dessinée en 186ï),

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Fig. 111 — Voie d'accès on pente. — Parc de M. d'A..., à Manies (Seine-ct-Oise).

présentait une de ces situations (fig. 111). Le château A venait d'être construit, à un niveau supérieur de h mètres à la route de Marnes. Les communs Pet la maison du jardinier H étaient à 1 mètre seulement au-dessus du sol de la rue. Le reste du terrain montait en pente rapide. Pour conserver à la cour des communs F et au poulailler 1 leur niveau bas et la facilité d'accès, je les entourai d'un mur droit et circulaire qui laissait toute liberté pour établir les pentes on face du château. Ces pentes furent ainsi divisées : de Eà R, 25 mètres, à

li centimètres pour mètre; deR à S, 35 mètres, à 7 centimètres pour mètre; de S à fl', 20 mètres, à 2 centimètres et demi pour mètre, pour assurer simplement l'écoulement des eaux de la terrasse B. Le mur de cette terrasse, parallèle à la façade du château, fut orné au contre d'une vasque en marbre blanc, et le jardin semi-circulaire G reçut une riche décoration florale. Des vases garnis de fleurs, placés sur les pilastres D, les allées bordées d'arceaux do fonte peints, les profils soignés des dalles couronnant les murs, les balustres de la terrasse furent étudiés en vue de fournir à l'habitation un piédestal digne d'elle.

Les pentes trop fortes, inaccessibles aux voitures, peuvent encore recevoir des avenues pour piétons. Ce sont alors de véritables escaUers continus ou coupés par des paliers, comme ceux de Sans-Souci à Potsdam, de Versailles, de Saint-CIoud et de nombreuses villas italiennes.

Enfin, les avenues dont le milieu est occupé par des effets d'eau, comme celle de Caserte (Italie) ou le grand canal de Fontainebleau , pourraient devenir l'objet de nos études si elles ne se rangeaient sous un autre titre que celui des voies d'accès, c'est-à-dire dans le chapitre des eaux.

Il en est de même des autres sortes d'allées droites, charmilles, percées de jardins symétriques, chemins des parterres, etc., qui cessent de faire partie des allées proprement dites. Nous les retrouverons dans des paragraphes spéciaux.

Dimensions des avenues rectilignes. — La longueur de ces voies varie à l'hifini. Souvent on la subit plutôt qu'on ne l'impose. Trop courtes, elles donnent une impression d'inutilité et de prétention; trop longues, elles font naître l'ennui. La route de Cassel à Wilhelmshôhe, par exemple, est droite et interminable ; les kilomètres succèdent uniformément aux kilomètres ; il semble qu'on n'arrivera jamais. Les soldats français, qui connaissent bien ce défaut, ont surnommé la route de Vatan à Châteauroux, rectiligne pendant 35 kilomètres, « la plus longue étape de France ». On fera sagement de considérer une avenue de 500 mètres comme un maximum, et une centaine de mètres comme un minimum qui ne doivent pas être dépassés.

Nous avons vu, par les différents profils en travers précédemment figurés, combien la largeur des avenues droites peut varier. Cette dimension doit être en rapport avec la longueur, et différer suivant qu'il s'agit d'une propriété privée ou d'une voie pubhque. Le tableau suivant donne ces proportions :

Longueur. Largeur.

De 100 à 200 mètres -12 à 18 mètres.

De 200 à 400 — 15 à 18 —

De 400 à 500 — 18 à 22 —

De 500 à 600 — 20 à 25 —

Longueur. Largeur.

De 750 mètres. .. . 20 à 25 mètres.

De 101)0 — 20 à 30 —

De 2000 — 30 à 40 —

De 5000 — .... 40 à 100 —

Avenues curvilignes. — Les avenues curvilignes ou chemins d'accès à une ou plusieurs courbes, seules agréables et commodes sur un ter-

raiii ondulé, doivent cLre étudiées immédiatement après l'emplacement de l'habitation principale.

L'entrée du parc, si elle n'est pas fixée à l'avance, sera motivée par des considérations telles que la direction naturelle, les communications avec l'extérieur, les affaires, les habitudes, les exigences sociales, etc. Si l'on renonce à la ligne droite, il faut cependant s'en éloigner le moins possible. D'ailleurs, les allées d'arrivée curvilignes s'ajoutent souvent aux avenues droites, qui sont réservées alors comme entrées d'honneur, peu usitées pour le service et maintenues simplement pour leur aspect grandiose. La figure 63 (page 271) en fournit un exemple. La grande avenue N, longue de 200 mètres et large de 18, est remplacée à l'ordinaire par l'allée partant de la grille I, plus proche du village. On y a même placé la loge du concierge n, comme à l'entrée la plus rationnelle.

Toute entrée d'un parc éloignée de l'accès naturel de l'habitation est mal placée, à moins d'une impossibilité de faire autrement. La direction moyenne de l'allée d'arrivée est donc indiquée par la position de la maison. Des courbes douces, allongées, peu nombreuses, une seule même s'il est possible, conduiront au but, sans jamais donner la tentation de les couper par la traverse pour arriver plus vite.

Chaque changement de courbe doit porter avec lui son explication.

L'obstacle qui l'a motivé doit être apparent et se présenter naturellement : arbre {fig. 112), rocher, construction, cours d'eau, butte, etc. Pour augmenter la variété dans un long parcours, il est permis de faire naître artificiellement ces obstacles, pourvu que la main de l'artiste n'y décèle pas sa présence. Toute sinuosité sans raison, sur un terrain plat, est une anomalie choquante.

Plus le terrain sera accidenté, plus les courbes pourront être multipliées et à court rayon. Cependant on tiendra compte du mauvais effet produit par deux contre-courbes vues en même temps en raccourci, et l'on évitera ce résultat à tout prix. Une remarque importante est que les courbes les plus douces, sur le papier, paraissent fortes et rapprochées sur le terrain; on ne saurait trop adoucir les lignes sinueuses en préparant le dessinétude.

Autant que possible, l'amorce de l'allée d'arrivée partant d'une route ou d'un chemin public formera un angle droit avec cette voie, à moins qu'elle ne soit placée dans une encoignure ou pan coupé; même si l'allée doit obli(|uer immédiatement après, cette disposition doit être conseillée comme plus franche et plus normale. Nous verrons, en parlant du dessin

par des obstacles.

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des entrées, les exceptions qui peuvent être apportées à cette règle.

On choisira, pour point de départ, un sol au même niveau ou plus bas que l'habitation, jamais plus élevé. La pente sera régulière, à moins d'empêchement absolu. 11 vaut mieux allonger un peu le parcours de l'allée et éviter de la faire monter et descendre plusieurs fois avant d'atteindre le but. Toutefois, plusieurs montées et descentes successives sont parfois motivées par le relief naturel du terrain, un fond occupé par des eaux, ou une colline boisée qu'il faut contourner. On obtiendra des niveaux aussi modérés que possible le long de ces pentes, et l'on ne devra jamais atteindre un point plus haut que l'habitation à laquelle on tend, sous peine de lui faire perdre beaucoup de sa dignité. L'idéal serait de construire une allée d'arrivée à travers une suite de collines, montant régulièrement à un plateau où serait située la maison.

L'allée d'arrivée doit être plus large que toutes les autres, à l'exception des terrasses près de l'habitation. Elle doit se distinguera première vue, ne laisser aucun doute sur sa destination et, si elle est longue, ne faire confusion avec aucune de celles qui la traversent. Cette largeur est en rapport avec les dimensions et le caractère de l'habitation principale. En France, elle est généralement |)lus forte qu'en Angleterre et en Allemagne. On peut prendre pour moyenne 6 mètres de largeur pour l'allée d'approche d'un grand château, 5 mètres pour une résidence élégante, et 4 mètres comme minimum pour les autres propriétés. Ces dimensions ne s'appliquent qu'aux parcs et jardins paysagers au-dessus de 10 hectares. Quelques architectes paysagistes portent jusqu'à 10 mètres et plus la largeur des allées d'arrivée dans leur parcours moyen ; ces proportions sont exagérées, elles rapetissent les plantations, les bâtiments, les ornements divers. On ne doit employer de très-larges allées que dans les parcs et jardins publics, créés en vue d'une .abondante circulation de promeneurs.

Une route d'accès doit rarement avoir la vue ouverte sur l'habitation depuis son départ, oii sont situées la porte d'entrée et la loge du concierge. Le premier point du chemin d'où la maison est aperçue doit être choisi à l'endroit où elle présente le plus séduisant aspect. On ne doit pas manquer de parcourir plusieurs fois l'allée pour chercher le point favorable. Vue de trop loin, la maison perdrait de son importance; trop proche, elle ne serait pas assez largement encadrée. Si, au détour d'un massif, une percée oblique habilement pratiquée laisse voir l'habitation de trois quarts, d'un côté éclairée, de l'autre dans l'ombre, enserrée dans un vigoureux cadre de premier plan et accompagnée de plantations en coulisses, l'impression première, très favorable, sera conservée par le visiteur jusqu'à son arrivée. Les nouvelles percées qu'il retrouvera ne devront pas être inférieures en beauté à la première : elles pourront être plus ou moins étendues, variées suivant les courbes du chemin, passant sous le couvert des grands arbres, se reflétant sur le miroir d'un lac, etc. ; mais il est préféral)le de ne pas multiplier

CCS effets, et, après avoir charmé une première fois le regard, de lui laisser quelque chose à découvrir (hins les promenades ultérieures (voy. pl. II).

En Angleterre et dans plusieurs autres pays, on n'a qu'une seule allée d'arrivée, en toute situation. On emploie souvent deux voies en France, où il est d'usage, dans les propriétés de moyenne étendue, de bifurquer l'allée presque à son départ, de manière à la faire contourner une grande pelouse qui se termine à l'habitation et dont l'ensemble reste constamment sous le regard. Une courbe unique de chaque côté fait de cette pelouse une sorte de piste régulière, présentant un certain aspect décoratif si elle est bien traitée, et permettant de choisir l'une ou l'autre route; mais cette disposition offre des défauts graves, dont le princij)al est l'uniformité du dessin. Il en résulte un modèle invariable appliqué aux circonstances les plus diverses et réduisant le tracé à un procédé unique, artificiel, antiartistique. Un croquis (fig. 113) fera comprendre ce type uniforme, qui s'est

répandu de Paris en province depuis dix ou quinze ans et menace d'envahir l'art des jardins. L'entrée A en face de la maison B, l'allée d'arrivée se divisant en deux branches C C, les carrefours DD enveloppés dans des massifs à contours curvihgnes, une pelouse elliptique à bords exhaussés, vallonnée au milieu, des corbeilles de fleurs EE et des arbres isolés par un ou par trois, partout une régularité mêlée d'une apparente variété , tels sont les traits • principaux et invariables de ce genre de tracé.

Cette critique n'a pas pour but de proscrire l'allée bifurquée: elle tend seulement à montrer combien

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Fig. 113 .-Modèle oïdinaire des allées le procédé diffère de l'art. Celui-ci danivcc en Fiance. est infini daus sa Variété ; il s'inspire

de considérations élevées, obéit à des règles raisonnées, et modifie ses moyens d'action suivant les situations diverses.

En Angleterre, l'allée d'arrivée, nommée approach ou plus simplement drive, est simple, ne se bifurque jamais et débouche au seuil de la maison en boucle serrée, sans s'épanouir en un vaste carrefour. Le principe y est complètement différent du nôtre ; on ne peut faire le tour de l'habitation sur un terre-plein sablé, mais on l'entoure de massifs de feuillage et de fleurs et l'on masque aux arrivants les perspectives intérieures du parc ou du jardin. L'allée d'arrivée n'est considérée que comme un chemin d'utilité;

on s'inquiète rarement de la rendre attractive. La place strictement nécessaire pour, tourner les voitures devant la porte d'entrée de la maison est tracée en cercle ou en forme d'outre. On considérerait comme une perte de terrain tout arrangement à angles droits ou brisés. La porte est cachée par un groupe d'arbustes à feuilles persistantes, afin de permettre aux maîtres de la maison de reconduire leurs hôtes sans être vus du dehors. Le secret du home ne doit pas être livré au public.

Ces sortes d'entrées varient beaucoup, ainsi qu'on le verra par l'examen des figures suivantes.

La figure llù, d'après Mac Intosh, présente une maison A, confinée, du

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Fig. 114. — Allée d'accès, d'après Mac Intosh.

Fig. 115. — Allée d'accès, d'après Hughes.

côté de l'arrivée, dans un étroit espace entouré du mur B. L'allée d'arrivée E contourne une petite pelouse circulaire D et rase le porche d'entrée C. A l'extérieur, tout est bordé d'un massif d'arbustes, vert et compacte.

Sans offrir une disposition aussi confinée, la figure 115, dont le dessin est de M. A. Hughes, remplit un but analogue. L'entrée B est appuyée par deux épais massifs CC et un troisième est situé en D, dans la saillie produite par la courbe en S de l'allée d'approche E. La façade est ainsi dissimulée par un écran végétal, sans être privée elle-même d'air et de vue.

M.Remp (fig. 116J conseille l'emploi de la disposition reproduite par la figure C. Il recommande d'arriver à gauche de la maison en A, de laisser le moindre espace possible à la surface sablée et de masquer le porche d'entrée par un massif B, après avoir donné à la plate-forme située devant l'habitation le dessin d'une cornue de chimiste.

Les trois formes qui précèdent ne s'appliquent guère qu'à des résidences de médiocre étendue. Un paysagiste américain, M. F.-J. Scott, a modifié cette disposition dans le mode indiqué par la figure 117. Partant également du principe

Fig. 116.

■Allée d'accès, d'après Kemp.

(ruiic seule voie d'accès, il la contourne de manière à présenter devant le porche de la maison A le front planté d'une pelouse B et un triangle de

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