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ALLÉES DE PROMENADE

Les voies destinées à la promenade, allées ou sentiers, présentent de nombreuses variétés, qui peuvent être soumises à quelques règles générales. Nous examinerons les conditions diverses qu'elles doivent remplir dans les parcs et les jardins paysagers, avant de considérer les formes régulières et leurs applications aux jardins géométriques.

Allées des jardins paysagers. — Le modèle naturel de la direction des allées de promenade nous est fourni par les rivières, dont les bords présentent de longues ondulations dans les vallées presque planes, ou dont la course est tourmentée, sur un sol accidenté. Suivant cet exemple, les chemins seront tracés en courbes faibles sur un terrain uni, en sinuosités fréquentes sur les pentes.

Dans les jardins paysagers, les allées à courbes alternes ne sont pas une fantaisie, mais une nécessité; de même que la ligne droite, une courbe uniforme fatigue à la longue. Leur abus a fait ressembler nos jardins à des manèges. Les courbes alternes, à sinuosités modérées, ne sont jamais fastidieuses ; elles conduisent aux scènes recherchées par le promeneur, permettent d'apercevoir le même objet sous divers aspects, évitent les endroits laids, s'adaptent à tous les niveaux. De leur réunion et de leur séparation bien entendues dépendent la forme et l'harmonie des diverses parties du jardin.

Les allées de promenade doivent conduire naturellement et agréablemen t a un but déterminé, comme nous l'avons vu pour l'allée d'arrivée. Les multiplier sans raison est une faute trop souvent commise, surtout en France et en Allemagne. L'excès contraire se voit parfois en Angleterre, où des parties agréables du parc restent inaccessibles et sont destinées simplement à faire tableau.

La juste mesure est de tracer autant d'allées commodes et spacieuses qu'il y a d'objets intéressants à visiter, et de laisser voir le moins possible ces chemins dans le paysage. Nous verrons bientôt quels sont les moyens d'obtenir ces résultats.

Si plusieurs objets sont situés dans un espace restreint, une seule allée suffira parfois pour tous. Dans le cas contraire, l'allée principale conduira au point le plus important, et des allées secondaires ou des sentiers, de largeurs décroissantes, les desserviront respectivement.

Dans les jardins publics, où la promenade est prévue pour un grand nombre de visiteurs, ces règles comportent des exceptions. Les grandes allées seront plus larges, et les sentiers seront très-multiphés sur un sol montueux ou dans le milieu des bosquets.

Allée de ceinture. — L'allée de ceinture, comme on l'entendait autrefois, d'après les préceptes dcBrown, doit être proscrite. Le célèbre paysa-

giste anglais (voy. p. 75) avait imaginé d'entourer chaque propriété d'une voie de promenade circulaire, bordée à l'extérieur par d'épais massifs, de manière à ramener toutes les vues sur l'intérieur du parc. Cette méthode, que les artistes éclairés dont nous avons résumé les travaux (pp. 76 et suiv.) proscrivirent avec raison, est encore suivie par beaucoup de dessinateurs de parcs.

L'allée de ceinture ne doit s'appliquer qu'aux jardins de faible étendue entourés de murs ou situés dans un paysage peu intéressant. Là, il est utile d'étendre le plus possible la promenade, et de rapprocher son parcours des limites extérieures sans les montrer. Si cette voie est traitée avec goût, d'un

Fig. 141. — Allées de ceinture. — Bon tracé (A ce) et manvais tracé (B/igi.)

tracé ample, à une distance calculée pour que les plantations l'isolent complètement des murs, elle présentera le meilleur aspect et permettra de voir à distance les détails intérieurs du jardin. La figure Ihk montre une portion d'allée de ceinture A A A, remplaçant par des courbes largement développées les sinuosités exagérées de l'ancienne allée BBB. La vaste pelouse, autrefois morcelée sans motif par les sentiers h g, est aujourd'hui libre; son fond est occupé par la pièce d'eau / et l'île i, et le sentier ce, qui traverse le cours d'eau sur le pont d, sert de communication avec d'autres parties de la propriété.

Un grand parc ne se traite pas comme un simple jardin. Nous avons vu qu'il doit s'unir, par une savante gradation, avec le paysage environnant. Les vues sur l'extérieur ne partiront pas seulement du château, mais de tous les points culminants, de chaque objet attractif où un chemin commode aura conduit le promeneur. Une allée de ceinture, sans autre but qu'une promenade obligée à travers des scènes sans intérêt, n'a donc pas de raison d'être. Il suffit de prévoir assez d'allées pour qu'aucune des belles

parties de la propriété ne soit dépourvue d'un moyen d'accès facile et agréable.

Dessin des allées. — La préoccupation de former, dans les jardins paysagers, des figures déterminées au moyen du tracé des allées est une coutume fort répandue. En France, dans'la première moitié de ce siècle, nombre de dessinateurs de jardins cherchaient à figurer des ovales réguUers, des demi-lunes, et surtout des palmes, comme dans les châles de l'hide. On a généralement

Fig. 145. — Bon ot mauvais dessin des allées. , ^ i-n

renonce a ces eniantillages, en songeant avec raison que l'ensemble de ces contours est impossible à saisir lorsque des plantations le coupent diversement. En Allemagne toutefois, ces mauvais tracés se retrouvent encore. La figure 145, en forme de violon contractée en AA, a été dessinée par Siebeck au moyen de deux allées dont l'une est inutile, et que remplacerait avantageusement l'allée ponctuée BB.

Dans le voisinage immédiat de l'habitation, ces hgnes à sinuosités multiples sont plus défectueuses encore. Les pointes, les formes cornues , les contre - courbes se croisent et se nuisent (fig. 146). Le tracé des lignes ponctuées indique le moyen de les corriger. L'allée A A débouche dans l'angle de l'habitation, et le sentier BB s'y rattache aisément, en supprimant les branches CDF et la corne E.

Lorsqu'une allée A se bifurque, ses deux branches BC doivent s'éloigner rapidement l'une de l'autre (fig. 147), de sorte qu'aucune hésitation ne soit permise sur leur direction nouvelle. Tout tracé qui rappellerait les figures 148 et 149 doit être écarté ; le premier montre dès le début l'inutilité de la séparation, les deux sections tendant bientôt à se réunir ; le second ne suffit pas à expliquer comment la direction A ne se continue pas au moyen des lignes de points B.

Une allée A (fig. 150) ne doit pas être embranchée sur une autre BG à angle droit. Elle arrivera obliquement, d'après un angle tel que la direction B soit naturellement prise par le promeneur, mais qu'il ne trouve aucun obstacle s'il veut tourner vers C. On a j)roposé, pour éviter les tournants brus-

Fig. 140. — Bon ot mauvais dessin dos allées.

ques, de bifurquer cette allée d'arrivée (fig. 151) pour rejoindre plus normalement B ou C. L'inconvénient de ce dessin est qu'on obtient ainsi le tri-

Fi". 147. Bifurcation. — Bonne. Fig. 148. Bifuication. — Mauvaise.

corne D dont les trois angles produisent un détestable effet. Ce moyen ne doit être employé que sous bois, ou quand les proportions du triangle curviligne sont assez grandes pour ([u'on ne voie qu'un angle à la fois.

Fig. 149. Bifurcation. — Mauvaise. Fig. 1,")0. Bifurcation. — Bonne.

Le tracé représenté par la figure 152 sera rigoureusement proscrit. C'est l'expédient des gens embarrassés d'un carrefour ; ils ne trouvent rien de mieux que de boucher le trou par un cercle D, au milieu duquel ils

Fig. 151. Carrefour avec triangle. — Mauvais. Fig. Iù2. — Carrefour avec cercle. — Mauvais.

plantent généralement un arbre pleureur. Un pareil dessin ne peut être exécuté que sur de grandes proportions, dans des conditions spéciales, auprès des habitations, pour l'entourage d'une statue dans un parc public, au débouché de plusieurs grandes voies, etc.

La figure 153 reproduit la partie du plan de Sefton Park, à Liverpool,

située à l'est, auprès des grandes pelouses du jeu de cricket. Six grandes voies s'y réunissent; elles eussent laissé un immense carrefour dénudé, au milieu duquel j'ai fixé l'emplacement d'un restaurant A, entouré de massifs de rhododendrons.

La question des carrefours dans les parcs et jardins est souvent embar-

Fig. 153. — Grands carrefours des parcs publics. — Scfton Part, à Liverpool.

rassante. Elle le deviendrait beaucoup moins si l'on prertait soin, comme je l'ai indiqué dans l'article « Tracé », de figurer les intersections d'allées par leurs axes (p. 312).

Dans la figure 15ii, la percée A A ouverte entre les lignes ponctuées ab'et

Fig. 154. — Intersection des allées. — Mauvais dessin.

cd traverse un carrefour. Les axes des allées qui se rencontrent en ce point se terminent aux trois points différents BCD ; les saillies EFG coupent la vue; l'espace sablé est trop large, irrégulier, d'un mauvais aspect. La même percée se retrouve dans la figure 152. Mais ici les axes des allées ont été soigneusement réunis en un seul point B, les voies s'embranchent aisément, les pointes sont reportées à l'intérieur des massifs, et la vue ne ren-

contre en son milieu B qu'une largeur ordinaire d'allées, facile à masquer en exhaussant légèrement les bordures du gazon.

Si l'entrée d'un parc se trouve en face d'une pelouse que l'on désire con-

Fig. 153. — Intersection des allées. — Bon dessin.

server intacte, et si l'allée d'accès la contourne, l'amorce de cette allée sera située franchement dans l'axe A(fig. 157) jusqu'à une faible distance. Elle se divisera alors en deux branches égales BB, qui entoureront la pelouse en

Fig. 1.5G. — Mauvais. Fig. 157. — Bon.

présentant au point B' une courbe régulière. Toute disposition en mamelon ou en pointe C (fig. 156) sera évitée.

Allées secondaires. — Les allées secondaires, conduisant à des objets séparés du tracé des voies principales, seront amorcées d'une manière naturelle. Elles forment souvent un système distinct des chemins et se reconnaissent par une largeur différente des premières. Elles conduiront à des points de vue , beaux arbres, kiosques, bancs, abris, rochers, places de jeux, près d'un étang et d'un ruisseau, etc. Leur parcours sera aussi ombragé que possible, soit afin d'être moins en vue, soit pour laisser les grandes perspectives aux larges allées, ou encore pour ménager une surprise au visiteur arrivant à un but jusqu'alors dissimulé. L'allée B (fig. 158), détachée en G de la grande allée A, conduit sous bois au pavillon D, d'où la vue s'ouvre en angle sur le paysage intérieur du parc. La pointe C à gauche est meilleure que celle de droite; cependant celle-ci est fréquemment employée pour allonger la promenade couverte et éviter de grands carrefours.

Il est nécessaire de conserver exactement la même largeur dans tout le parcours de ces allées secondaires. -Cette précaution empêche le promeneur de s'égarer, s'il connaît d'avance les deux extrémités du chemin. Il en est de même des sentiers, qui doivent présenter partout une largeur homogène.

Dans les parcs publics, ces distinctions sont d'une grande importance ; elles apportent la clarté dans l'ensemble des voies de promenade. Au bois de Boulogne et au bois de Vincennes, à Paris, il a été impossible d'établir rigoureusement une classification des voies. D'anciennes allées ont été con-

Fig. 1.^8. — Branchement des allées secondaires.

servées, des routes publiques traversaient le bois primitif ; il a fallu se contenter d'harmoniser le mieux possible les deux tracés. Toutefois, il est facile de reconnaître, à leur largeur, les voies carrossables, les allées de cavaliers et les sentiers.

Dans le Central Park, à New-York, les architectes, plus libres d'allures sur un terrain neuf et accidenté, purent mettre leurs idées à exécution. Ils organisèrent trois réseaux indépendants d'allées, pour les voitures, les cavaliers et les piétons, en faisant passer ces chemins les uns au-dessus des autres par des croisements nombreux. Il en résulta une étonnante multiplicité de ponts et tunnels, créés à grand renfort d'argent, et qui ont imprimé à ce parc un caractère unique.

Allées superposées. — Les allées et sentiers passant sur des ponts peuvent être à découvert ou traverser une chaussée par un tunnel. Le parc des Buttes-Chaumont, à Paris, offre d'intéressants exemples de ces deux dispositions, principalement de la première. Les rochers qui servent aux culées des ponts ont servi de prétexte à des motifs très-i)ittoresques. A Sefton Park, Liverpool, j'ai utilisé de cette manière deux passages de ravins, dont l'un surtout B (fîg. 159) traverse la grande allée de ceinture du lac X au moyen d'un tunnel de rochers. On doit recommander, pour ces sortes de

TRAVAUX D'KXI^CUTION. — ALLÉES DE l'ROMENADE. 383

constructions, d'établir des tunnels rectilignes, solides, à sol ferme et sain. Leur débouche peut encadrer un paysage arrangé avec goût.

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Fig. 150. — Allées superposées.

Orientation. — L'orientation des allées est digne de toute sollicitude. Elles doivent être abritées et ouvertes au soleil pour la promenade hivernale, ombragées pour l'été, conformément à leur exposition et à la situation du pays. Si les abris ne sont pas naturels, c'est à l'artiste de combiner son tracé pour satisfaire à ces exigences.

Parallélisme. — Un parallélisme rigoureux dans les bordures des allées est indispensable. Évitons d'imiter les Cliinois qui, sous prétexte de naturel, élargissent ou rétrécissent leurs allées à chaque instant et créent ainsi de choquantes disparates. L'allée révèle la main de l'homme au milieu de la nature ; l'influence de l'art doit s'y faire nettement sentir. Nous avons vu comment on obtenait ce parallélisme en traçant les allées ; on le conservera facilement en découpant les bordures, si l'on a pris soin de laisser les piquets en terre, après l'achèvement des travaux neufs.

Impasses. — Les allées ou sentiers en impasse ne seront pas multipliés. Ils peuvent conduire à des points de vue, à un kiosque placé sur un sommet escarpé, à une salle verte , à un gymnase, dans une grotte, à une salle de bain, etc. Cette promenade devra être assez motivée pour ne pas faire regretter au visiteur d'être obligé de revenir sur ses pas.

Largeur des allées. — La largeur des allées de promenade est indiquée par l'étendue de la propriété. Les principales ne devront pas avoir plus de 5 à 6 mètres de largeur, même pour de grands parcs privés, et les plus petites moins de 3 mètres. Au-dessous de ces dimensions, se trouvent les sentiers ou les allées des petits jardins. Les allées étroites paraissent mesquines; trop larges, elles accusent la prodigalité. Proportion gardée, elles doivent être plus étroites en montagne qu'en plaine. Les voies des parcs publics prendront des proportions beaucoup plus vastes. Dans les

endroits où la population élégante se porte en longues files de voitures, les allées peuvent atteindre 10, 20 et 25 mètres. Dans ce cas, de vastes trottoirs pour les piétons et une contre-allée pour les cavaliers seront ajoutés à la chaussée principale, comme l'allée des lacs au bois de Boulogne. C'est é"-alement dans les parcs publics qu'un sentier A A (fig. 160), sous la futaie

Fig. 160. — Sentiers de piétons parallèles aux allées.

OU sous le taillis, peut longer parallèlement les allées carrossables, fournissant aux piétons l'ombre et la sécurité, en les laissant jouir du défilé des équipages.

Arrêts et garages. — En pays montagneux, où les allées de voiture sont forcément étroites, on doit établir, de distance en distance, des places de

Fig. loi. — Arrêt ou " Concoursc ". Parc de Montréal. — MM. Olmsted et Vaux, architectes.

garage ou d'évitement. Ces endroits seront placés aux tournants, ou cachés au moins dans le bois. Aux extrémités des impasses ménagées pour le point de vue, un élargissement considérable rendra facile aux voitures, nonseulement de tourner à l'aise, mais encore de stationner pour permettre

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