‹ L'art des jardinsChapitre 165 sur 341 · CHEMINS DE SERVICE · texte numérisé non relu

CHEMINS DE SERVICE

en laissant de côté les parties défectueuses du pays et les détails peu attrayants de l'exploitation agricole. On trouve souvent ces allées extérieures pour la promenade à cheval ou en voiture {drives) en Angleterre, dans les grandes terres seigneuriales. L'art consiste à combiner ces pro-

Fig. 1G9. — Tracé du paie de Masquotux (États-Unis). — J. VVeidcnmann, architecte.

menades avec les communications utiles à la vie rurale et à la grande culture. C'est une tâche digne d'un véritable artiste, aucune règle absolue, en dehors des précédentes, ne fixant de limites au dessin de ce genre d'allées. Chemins de service. — Les chemins de service sont soumis à des exi-

L'AHT DES JARDINS.

gences qu'on ne saurait méconnaître. Ils doivent être indépendants des allées de promenade et d'arrivée. On les dissimule par des massifs ; leur communication avec les parties réservées du parc doit s'effectuer sans que les visiteurs se doutent de leur existence. S'ils se détachent de l'allée d'arrivée, sur un point de son développement, leurs proportions doivent être inférieures à celles de cette voie, afin qu'on ne les confonde jamais. Ces chemins sont moins répandus sur le continent qu'en Angleterre, où ils sont nommés hack roach. Toutes les habitations anglaises en sont pourvues, depuis le cottage jusqu'au palais. Le transport des charbons, des immondices, des matériaux de construction et de réparation, le passage des fournisseurs, se font par ces voies, qui sont également en communication avec les écuries et le jardin potager, pour le transport des fumiers destinés à la culture. La figure 169 (parc de Masquetux) donne un bon exemple de cette connexion des chemins de service avec la ferme, le poulailler, le jardin potager, les écuries, la maison du jardinier, les serres, le verger, les pâturages.

Allées des jardins géométriques. — Si l'arrivée digne d'une résidence somptueuse est l'avenue rectiligne, le jardin géométrique contribue puissamment à augmenter ce caractère de grandeur et d'harmonie. On nous a vu (p. 151) placer l'avenir des jardins dans la réunion judicieuse du style géométrique et du style paysager.

Les règles qui peuvent être invoquées pour effectuer le tracé de ces jardins, variés à l'infini, sont encore les mêmes qu'au xvi^ siècle et nous les avons reproduites dans l'historique des jardins français (p. 36-/18). Je rappellerai plus loin ces excellents préceptes pour en signaler les applications à la restauration des jardins anciens ou à la création des parterres et autres jardins réguliers. Toutefois, il est bon de ne pas oublier les règles particulières à ces allées :

Les dimensions des parterres, terrasses, jardins symétriques, seront en rapport avec l'importance des édifices qu'ils accompagnent.

Les principaux axes seront communs aux constructions et aux jardins.

Les alignements des bcàtiments seront continués et reproduits par les lignes des jardins, soit qu'elles servent de bordures aux allées, soit qu'elles correspondent à des bords de massifs, parterres, corbeilles, balustrades, etc.

Le centre des bassins et des jets d'eau sera le plus souvent dans l'un des axes principaux des bâtiments.

Sur des surfaces limitées par des lignes droites, respectivement perpendiculaires, les figures circulaires des parterres seront toujours inscrites dans des carrés ou des rectangles à bords parallèles aux côtés du périmètre des jardins ou terrasses.

Les lignes principales et les ornements des jardins seront inspirés par le style des constructions.

La séparation des jardins géométriques avec le parc paysager sera nettement tranchée.

La sobriété ou l'al)ondance des ornements sera en rapport avec l'ornementation des bâtiments.

Les terrasses seront vastes, sans excès. Trop petites, elles enterrent les constructions; trop grandes, elles en réduisent les proportions.

Les longues allées-terrasses seront parallèles à la façade principale

longueur

de l'édifice. Leur du terrain. Leur largeur sera proportionnée à leur longueur et à l'importance des constructions ; elle n'aura pas moins de 10 mètres, et pas plus de 20 mètres pour 200 mètres, compris allées et plates-bandes. Pour d'autres longueurs, le rapport sera proportionnel. Plus courtes et plus larges, ces allées-terrasses plantées deviennent des places ou des mails.

Un parterre et des avenues latérales devant l'une des faces du château, par opposition à l'autre face donnant sur le parc, seront d'un excellent effet, surtout si le premier espace est étroit (pl. YII, parc de la Chaumette). Cette disposition se trouve également dans le

sera perpendiculaire à la pente principale

Fi"

170. — Parterre de San-Pancrazio (Italie) Ed. André, architecte.

parc de San-Pancrazio, près Lucques (Italie) , au nord du château A. Un grand mur a a (fig. 170) bordant un chemin pubUc présentait une ligne disgracieuse, et le jardin en pente, tracé autrefois dans cette partie de terrain, offrait une confusion d'allées inextricables et de massifs ridicules. La grille F, sortant sur les champs d'oliviers, laissait la vue s'étendre jusqu'aux pittoresques sommets des Alpes apuanes. Afin de conserver ce paysage et de dégager les bâtiments, je prolongeai les lignes latérales du château pour former les grands côtés d'un parterre rectangulaire B, dont l'extrémité supérieure devait recevoir un bassin h vasque architecturale E. Deux lignes d'arbres lui firent un cadre, le centre BB fut creusé en boulingrin, des corbeilles de fleurs DD et une statue centrale l'ornèrent, et le tout se détacha sur un fond sombre de lauriers [Launis nobilis)\\\, derrière lesquels s'ouvrirent les allées courbes G G et les pelouses H du parc paysager.

La simplicité des lignes principales et la modération dans ces arrangements symétriques seront respectées des hommes de goût. Ils éviteront de prodiguer les figures régulières dans un espace restreint, d'entourer l'habitation sur toutes ses faces de froids dessins géométriques et surtout de les prolonger outre mesure. Les coûteux et ennuyeux jardins de la Société d'horticulture de Londres à Soutlii^f;^^ ^ Kensington en sont un exemple ,

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malgré tous les efforts de l'artiste qui les a créés, M. Ncsficld. Les jardins d'Agden Hall, dessinés par M. Kemp, nous offrent un modèle aussi fastidieux (fig. 171). Dans ce dessin, le parterre B, trop étroit, la mesquine terrasse C, le rosarium D, l'allée circulaire J avec ses ronds-points K, sont loin de donner l'idée d'un harmonieux ensemble, et forment un jardin compassé, dépourvu de charme.

Les parterres, terrasses, terrepleins, avenues découvertes, toutes les voies rectilignes des jardins, employés sans excès , peuvent donc présenter des effets très-heureux.

Les larges allées droites, sur une surface unie, sont recherchées de ceux qui aiment l'étude; elles permettent de cheminer en compagnie, sans but, sans être distrait d'une conversation; elles sont favorables aux longues causeries. La surveillance des enfants y est facile; au moindre rayon de soleil après la pluie, ils peuvent reprendre leurs jeux; les promeneurs ne perdent pas de vue l'habitation et le tableau s'anime à chaque instant dans son cadre d'architecture et de jardins.

Le tracé des allées dans ces conditions ne peut être soumis à des règles fixes qui permettent d'en décomposer les éléments comme on l'a vu pour les allées courbes. Tracer les allées des jardins symétriques, c'est dessiner les jardins eux-mêmes. Ils font partie intégrante de l'architecture; les lois des proportions architecturales doivent donc les régir, et c'est par dos modèles plutôt que par des théories qu'on doit les représenter. On trouvera quelques-uns de ces exemples aux chapitres spéciaux des jardins réguliers, restauration de jardins anciens, création de jardins publics, parterres, jardins urbains, places, oasis, jardins d'institutions, d'expositions, potagers, fruitiers, vergers, etc.

Fig. 171.— Jardin d'Agden Hall. — M. Kemp, arcl:

ALLÉES; APPLIG ATlOiNS.

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