‹ L'art des jardinsChapitre 176 sur 341 · Lehrbuch der scliônen Garlenkunsl, 1873, p · texte numérisé non relu

Lehrbuch der scliônen Garlenkunsl, 1873, p

le courant conserve de la force et que le lit n'est pas encore à son maximum de profondeur et de longueur, l'action sera la même. La partie frappée obliquement par le flot cédera et sera creusée en courbe concave jusqu'à ce qu'elle ait atteint le point bas ou thalweg de la vallée. Sur la rive opposée ou convexe, la vitesse de l'eau étant moindre, les alluvions se déposeront et le lit de la rivière avancera parallèlement jusqu'à ce que la résistance de la rive concave soit telle que le courant se rejette dans une direction opposée et fasse un travail inverse. Tel est l'origine des lacets des rivières, modifiés par l'inclinaison et la nature des terrains qui leur font résistance. On comprend donc que jamais deux courbures concaves ne seront opposées, car l'une des deux serait rapidement remplie par les atterrissements et le parallélisme se rétablirait bientôt. De là aussi l'explication, dans le cours des rivières artificielles, des évasements, qui devront toujours être doubles pour se faire contre-poids et rester vraisemblables. La figure 212, d'après celte règle, serait vicieuse et la figure 213 correcte, le flot venant de A et

Fig. 212. — Élargissement antiiiaturel. Fig. 213. — Klargissement naturel.

allant successivement frapper B et C, pour reprendre son cours normal enD. La disposition sera encore meilleure, si en F G des roches placées sur le bord de l'eau rompent l'uniformité de la ligne et laissent derrière elles des eaux mortes qui justifient l'élargissement artificiel.

Iles. — Si Ton examine la formation des îles dans la nature, on verra qu'elles apparaissent lorsqu'un obstacle divise le courant et que les deux côtés de cet obstacle présentent des terrains moins résistants, ([ue lui. Elles se produisent encore par l'éboulement graduel des berges et la coupure d'une boucle brusque de la rivière. Les grands fleuves d'Europe en

ofl"rent souvent l'exemple. J'ai été le témoin, dans l'Amérique du Sud, de la formation presque instantanée d'une grande île de cette nature, pendant mon voyage en a j^xii Colombie. Le rio Magdaléna, non

^. ^ „ , , loin de Honda, avait formé depuis

rig. 214. — Formation naturelle des ilcs. '

Rio Magdaléna (Colombie). de loUgUCS aunécs , SUr Ull poillt

nommé la vuclui de la madré de Bios ( A, fig. 21 Zi), une boucle qui allongeait de plusieurs kilomètres le trajet des bateaux. Comme je remontais ce fleuve, une crue subite venait de faire irruption et les eaux, frappant comme un bélier, avaient coupé la presqu'ile,

pratiquant en A, du même coup, un vaste chenal et une île énorme et raccourcissant considérablement la route.

Les îles sont encore le, produit des dépôts alluviaux qui élèvent le lit des rivières, se couvrent de végétation et déplacent le courant. Dans ce cas, leurs bords sont plats ou en pente très-douce, et les racines des arbres seules en modifient lentement le relief.

Lorsque les îles sont constituées par des éboulenients de roches ou des coupures faites dans un sol ferme par un courant impétueux, elles sont le plus souvent détachées d'un promontoire (fig. 216), comme on voit les continents annoncés en mer par des îlots ou des groupes d'îles voisins des côtes. 11 en est autrement lorsqu'elles se forment par alluvions dans un courant faible ou par érosion dans une rivière un peu plus rapide. Alors elles accusent, en amont, une forme arrondie ou obtuse, le courant les frappant de face et se divisant à angle presque droit; en aval, elles

Fig. SlTj. — Formes iiaturolles des iles. Fig. 216. — Position naturelle dos iles.

présentent une pointe aiguë causée par la pression des deux bras de la rivière qui tendent à se rapprocher (fig. 215). La forme de ces îles est d'autant plus allongée que la vitesse de l'eau est moins grande.

11 résulte de ces règles, soumises d'ailleurs à de nombreuses exceptions dans la nature et dont j'esquisse simplement les généralités, que le tracé des rivières artificielles pourrait être mieux compris dans les parcs et les jardins. Les modèles ne manquent pas si l'on sait observer, choisir et iniiter.

Ruisseaux. — Les ruisseaux sont plus variés que les rivières et moins assujettis à des règles précises. Le caprice semble leur loi et la diversité de la nature est pour eux inépuisable. Qu'ils bondissent de roche en roche, s'enfoncent dans le sol, reparaissent calmes et limpides, ils revêtent mille formes et sont toujours charmants. Généralement les ruisseaux naturels sont faciles à embellir, au moyen de travaux peu importants. Quelques recommandations suffiront pour leur tracé :

Plus le terrain est accidenté, plus les sinuosités des ruisseaux seront rapprochées. Les brusques détours sont le résultat de coupures naturelles du terrain ou du travail des eaux sur des roches d'inégale dureté.

Ils peuvent varier de largeur, à condition que les endroits resserrés soient situés entre des berges à pic ou à pente rapide, et les expansions dans les parties planes du terrain.

Les bords des ruisseaux eu plaine seront adoucis et gazonnés; en montagne, on les ornera de pierres isolées prises dans la région, à demi enfouies dans le sol et simulant des affleurements de roches naturelles.

Si un ruisseau s'étend sur un sol plat, de manière à former une nappe d'eau, il devra être accompagné, à son arrivée et à sa sortie, de petites îles servant de transition, à moins qu'il ne forme une cascade et ne semble remplir une dépression naturelle du terrain (fig. 217). Les effets de ce genre

Fig. 217. — Chute de ruisseau dans un lac. Bois de Vincennes.

obtenus au bois de Boulogne et au parc de Vincennes, à Paris, sont des mieux réussis, et nous pouvons citer le petit lac de Saint-Mandé comme un bon exemple de cette disposition.

Les sources des ruisseaux seront imitées de la nature, c'est-à-dire peu apparentes; elles sortiront de la base de rochers et non d'une pierre isolée et élevée au-dessus du sol. Si elles sont créées artificiellement, elles ne devront jamais laisser deviner le subterfuge. Leur voisinage sera toujours planté. Lorsque plusieurs sources peu abondantes, de celles qu'on nomme pleurs, sont éparses dans un espace peu étendu, on a intérêt à les capter (voy. p. 287) et à les réunir pour augmenter leur effet ornemental. Un petit bassin ou une vasque pittoresque leur servira de récipient, avant que le ruisseau auquel elles donneront naissance ne prenne son cours régulier.

Prenons pour exemple le ruisseau du parc de la Chaumette (fig. 218). Des sources venant de la forêt de Montmorency amènent des eaux abondantes au point A, situé devant le château et formant un petit bassin de

départ. Après avoir franchi trois ponts et un gué, s'être étendues clans le bassin B, avoir formé en C une anse destinée aux bains froids, ces eaux, descendant par une série de quatre cascatelles, se perdent dans un épais

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Fig. 218. — Ruisseau et bassin du parc de la Chaunictte.

massif D, oii est établie une pêcherie. Le ruisseau et le bassin sont entièrement bétonnés, mais le bord maçonné, entouré de gazon, ne s'aperçoit nulle part.

Le ruisseau plus accidenté (strcam) du Sefton Park, à Liverpool, offre une scène différente. Il est alimenté par un petit cours d'eau venant du point B. Encaissé entre deux rives inégales, gazonnées, plantées, çà et là couvertes de roches, il est très-varié dans ses effets et forme la scène la plus pittoresque du parc {fig. 219). Aux Buttes-Chaumont, à Paris, de bons

Fig. 219. — Ruisseau accidenté du Sefton Park, à Liverpool.

modèles de ruisseaux, taillés dans le gypse naturel, à la sortie de la grotte, ou construits de toutes pièces, depuis la butte des Pins jusqu'au lac, sont très-pittoresques et leur effet est rehaussé par d'abondantes plantations d'arbustes.

Les bords des rivières sinueuses, comme ceux des ruisseaux dans un pays ondulé, rappelleront les pentes produites par des alluvions tranquilles. Des dépôts de terrain, détachés de la colline, formant des promontoires alternes, entre-croiseront leurs croupes plantées, tandis que les dépressions transversales resteront gazonnées et simuleront de petits vallons libres. Si ces bords étaient régulièrement élevés en muraille de long du ruisseau, comme on le voit fréquemment dans les pays calcaires, en Bourgogne, en Champagne, en Normandie, en Périgord, on briserait çà et là cette digue et l'on formerait

do petites plages sur le bord iikmiic du cours d'eau. Repton a fait observer avec raison ^ que cette disposition augmentait la quantité de ciel reflété à la surface de l'eau. Le spectateur A {fig. 220), en vertu de l'équivalence des angles d'incidence et de réflexion ABB' et B'BD, ne verra que la quantité de ciel reflétée de G à B. Au contraire, en abaissant la plage suivant Cil

Fig. 220. — Réflexion dans l'eau. Effets de l'abaissement des berges.

et ne retrouvant la masse rocheuse qu'en E, il n'aura pas le reflet des rives suivant F, mais suivant I ; la quantité du ciel sera reflétée de G à G et la surface de l'eau paraîtra plus grande.

Sur les pentes faibles, il est difficile d'obtenir des effets d'eau courante si l'afflux constant n'a pas un certain volume. On doit alors construire des barrages qui retiennent les eaux par biefs successifs et divisent la pente totale en une série des petites chutes. L'écueil à éviter, dans ce travail, est de donner un aspect artificiel. Ces petits canaux curvilignes sont rarement satisfaisants et rationnels ; leurs bords, à courbes alternes trop égales, leur nappe élargie entre deux barrages, l'uniformité de hauteur des chutes sont autant de fautes qu'on retrouve sans cesse dans les jardins modernes. Ce reproche n'est pas nouveau : U. Price l'avait déjà formulé en critiquant les travaux de Brown, et Loudon, qui accusait Repton de sacrifier à ce mauvais goût par une trop grande régularité dans les contours de ses tracés, s'était préoccupé des moyens de l'éviter'. On trouverait plus d'un procédé pour obtenir ce résultat. Il suffit de ronger les bords, de multiplier les lacets quand le sol est accidenté, de rétrécir et d'élargir le lit, de jeter çà et là des roches d'un aspect naturel, de varier la hauteur des barrages et surtout de bien distribuer les plantations.

Un effet très-agréable, trop rarement observé dans les parcs et les jardins, s'obtient par la dérivation d'une partie de cours d'eau dans les circonstances suivantes: on choisit, en remontant le courant, un point où l'on des plans horizontaux du terrain se trouve au niveau supéi'ieur de l'eau en A (fig. 221). On pratique à cet endroit une coupure dans le lit de la rivière et l'on conduit les eaux dans la prairie soit souterrainement, soit à ciel ouvert, en suivant une ligne de niveau B jusqu'au point G où l'on obtient une chute égale à la dénivellation entre les points A et G. C'est le système des

1. observations ou l/ie Iheory and praclice of landscape gardening, éd. 1803, p. 28.

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