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retenues d'eau pour les moulins et celui des irrigations de prairies. Il est facile de combiner dans ce cas l'effet utile et l'effet décoratif, et de n'utiliser la cascade C qu'aux moments où l'on n'aura pas à arroser les prairies B.
Cascades et chutes d'eau. — Les eaux, en changeant brusquement de niveau, donnent lieu à des chutes qui prennent différents noms suivant leur importance. Les anciens réunissaient ces chutes sous le nom général de calaracte. On distingue aujourd'hui :
Les sauis ou cascades, qui s'ai)pliquent à une masse d'eau assez volumineuse tombant d'une grande hauteur ;
Les caiaracics, suite de chutes peu considérables, causées par des roches rapprochées sur un long plan incliné ;
Les cascatelhs, ou petites cascades, fré(iuentes dans les ruisseaux des montagnes;
Les rapides, formés par les eaux descendant sur un plan incliné interrompu par des roches roulées, et coulant torrentueusement, mais sans donner lieu à des chutes ]M'0})rement dites.
Un des plus beaux spectacles de la nature est celui des grandes cascades dont le Niagara, et les chutes de Yosemité aux États-Unis et celle du Té({uendania en Colombie, sont la plus haute expression. Rien n'égale la splendeur de ces témoins des grandes convulsions du globe. A des degrés divers, tous les pays de montagnes possèdent des cascades qui appellent l'admiration des touristes. L'art peut difficilement s'appliquer à l'imitalion de pareilles créations naturelles. Il est rare que l'artiste dispose d'un volume d'eau suflisant pour produire de puissants effets, et que toute la scène environnante soit arrangée à plaisir pour servir de cadre à un imposant spectacle. Les eaux qui tomberaient d'un barrage régulier, sans roches surplombantes, sans murailles déchirées, sans végétation tourmentée et pittoresque, ne seraient pas une beauté dans le paysage, mais prendraient un aspect d'utilité vulgaire, comme la chute d'une écluse ou la retenue d'un moulin. Si, au contraire, le sol semble avoir été déchiré par une violente commotion, si des blocs énormes émergent des eaux et les font écumer, si les rocs forment latéralement deux murailles brisées, couvertes d'arbres tordus, de plantes grimpantes et saxatiles, alors le pittoresque
liliè LAHT DES JARDINS.
aura le dessus; la scèue, dont l'aspect grandiose sera augmenté par le bruit fascinateur des cascades, aura une séduction dont personne ne saurait se défendre.
La cascade dont la figure 222 donne l'idée appartient à ce genre éminemment pittoresque; elle est située dans une contrée calcaire et les roches sur lesquelles elle bondit sont disposées en bancs horizontaux.
Fig. 222. — Cascade de \ irginia water (Angleterre).
inégalement rompus par l'efï'ort des eaux, mais dont les stratifications se lisent clairement.
L'aspect des cascades change considérablement avec la nature des terrains. Lorsqu'on eut décidé de créer, au bois de Boulogne, une chute d'eau imposante en face de la plaine de Longcliamps, on prit les moyens de l'établir sur de vastes proportions, mais il fut impossible de trouver, dans la formation géologique du lieu, des roches de formes pittoresques. Des grès extraits de la forêt de Fontainebleau, débités et repérés sur place, furent amoncelés avec art et livrèrent passage à une nappe d'eau de 10 mètres de largeur sur 7'", 50 de hauteur. l,6ZiO mètres Cubes de roches furent employés et la dépense de construction s'éleva à 160,000 francs. Cette belle cascade (fig. 224) avec son bassin supérieur, sa grotte sous la nappe princi- ))ale, ses sentiers étroits, ses cavernes à surprises, sa végétation alxtndantc,
TRAVAUX D'EXÉCUTION. — EAUX COURANTES. Ixkl
sa situation en face d'un magnifique paysage, n'a qu'un seul défaut que l'on n'a pu éviter, celui de trahir partout la main de l'ouvrier.
Depuis, on réalisa des progrès marqués. Les rochers jetés sur les bords des lacs, au bois de Boulogne, ceux du parc de Vincennes, dénotent une recherche sérieuse des effets naturels.
Dans la distribution des eaux du Sefton Park, à Liverpool, j'ai tenu à me conformer strictement à l'aspect des roches du pays. Cette partie du
Fig. 223. — Ca>caar clan- la ^nitl.' du pare des Buttes-Cliaiinioiit.
Lancashire repose sur les grès rouges et bigarrés, et dans quelques endroits du comté, on trouve le vieux grès rouge {old red saudslonc). De gros blocs de ces belles pierres, aux tons chauds, au grain poreux, aux arêtes émoussées, furent extraits du lac pour former les roches et les cascades, et les résultats obtenus firent oublier que Fart avait passé par là.
Cette préoccupation se retrouve dans le parc des Buttes-Chaumont, oii les rochers reproduisent bien la formation du calcaire grossier et du gypse parisien qui constitue le sol et le sous-sol de ces anciennes carrières. Indépendamment des ruisseaux dont j'ai déjà parlé, un effet remarquable a été obtenu dans ce parc par la pénétration artificielle d'une cascade au fond d'une grotte de 18 mètres de hauteur (fig. ââS). Les eaux, s'échappanl du sommet par une vaste conduite forcée, amenée sous le boulevard de la
TRAVAUX D-EXIÎGUTION. — EAUX GOURAMES. m
Vera-Cruz, coulent d'abord en cataractes sur des assises déchirées et couvertes de plantes d'une véf^étation sarmenteuse, de fougères, de conifères,, et finissent par se précipiter en deux nappes inégales, flans l'intérieur môme de la grotte, à travers une éclaircie de ciel d'un aspect saisissant. Des stalactites, .pendant de la voûte, ajoutent au caractère pittoresque, et les oppositions de lumière et d'ombre, le bruit et la fraîcheur du lieu, complètent le charme dans les grands jours de l'été. Ce dessin de la grotte de& Buttes-Chauniont a été fait avant que les murailles extérieures aient été couvertes tlu manteau de lierre qui les tapisse aujourd'hui, mais l'effet des eaux est resté le même qu'au jour où elles ont coulé pour la première fois,, au printemps de J867.
Les cataractes sont beaucoup plus répandues dans la nature. On les
imite sans difficuUé, dès ({u'on dispose d'un volume d'eau suffisant et que lapente totale permet de varier leurs dimensions. Quelques roches sont placées de manière à rompre et à battre le courant, ({ui produira de charmantes scènes de détail s'il est plutôt étroit et enfoncé, que large et trop éclairé. L'écume de ces eaux arrête la lumière et forme des nuages blancs dont le contraste est d'autant plus vif que le reste est plus sombre. Ou augmente aussi cet effet par des plantations à feuillage foncé (fig. 225), des conifères surtout et des fougères qui prospèrent dans le voisinage des eaux fouettées, et dont le feuillage de dentelle se découpe gracieusement sur un fond de verdure intense.
La transition est simple des cataractes aux cascatelles, dont l'emploi est si tréfjiiont dans les jardins paysagers. Elles s'obtiennent par des barrages ou des roches placées çà et là en travers du courant. Leur principal défaut est la disparate qu'elles font avec les roches du lieu, comme
Ed. André.
nous venons de le voir pour les chutes plus importantes. C'est par les déchirures de leurs bords, par le dessin ingénieux des petits bassins élargis oii elles tombent en rebondissant sur quelques pierres plates bien placées, qu'elles distrairont le regard.
Sur un plan incliné, quelques roches engagées sur un fond solide, rocheux, naturel ou artificiel, formeront des rapides. On les disposera comme dans les cataractes, mais sans laisser de chutes, afin de varier leur silhouette. Des cataractes, puis des eaux mortes et étalées en nappe, un ruisseau à fleur de sol, ici resserré, là glissant entre les roches et finissant en cascade, seront les éléments à combiner, au grand profit des effets paysagers.
Dans cette catégorie rentrent encore les passages à gué. Parfois, au lieu
de traverser le cours d'eau sur un pont ou de le mener sous une chaussée par un conduit de communication, on laisse les eaux se frayer un passage sur le sol, en simulant un arrêt du bief et les forçant à se glisser entre des pierres arrangées avec goût (figure 220). On franchit ce gué à pied sec, au passage de l'allée, en marchant sur la saillie des pierres qu'on a tenues un peu aplaties pour éviter des chutes aux passants.