BASSINS RÉGULIERS
sont « l'âme du paysage », a dit Spitzer ; elles constituent, au milieu des lignes symétriques, l'élément vivifiant par excellence.
Au siècle de Louis XIV, l'introduction des eaux dans les jardins avait motivé les études des principaux architectes et hydrauliciens du temps, d'après les traditions venues d'Italie et perfectionnées sous le grand règne. Les anciennes résidences royales montrent encore des exemples d'eaux superbes, et l'on connaît, sous ce rapport, Versailles, Saint-Cloud, Caserte, Péterhof et quelques autres localités célèbres. Il faudrait chercher dans Du Cerceau, d'Argen ville, etc., les dessins des bassins, cascades, canaux.
l- jn. — Lac ailihciel d'Ebeiiraiii (Suisse), à raclié\ oiiieiU clos Ua\au\. Ed. André, architecte.
jets d'eau, qui passionnaient alors les amateurs. Les bornes de cet ouvrage ne le permettent pas, mais il est possible de recommander quelques-unes des meilleures formes à utiliser dans les jardins géométriques et de préciser les conditions dans lesquelles ces eaux doivent être placées.
La proportion des pièces d'eau, par rapport au jardin où elles prennent place, est un point important. Il vaut mieux pécher par l'ampleur que par la médiocrité. Toutefois, une grande pièce d'eau dans un parterre exigu, un petit bassin perdu dans un vaste boulingrin, seraient déplacés l'un et l'autre. En général, on peut fixer comme maximum de l'étendue des eaux dans un jardin symétrique le cinquième de la surface totale.
On ne doit pas conseiller de placer de grandes surfaces d'eau dormante
LAUT DES JARDINS.
sous les fenêtres mêmes de l'habitation principale. L'humiilité qui se coninumique aux murs voisins par capillarité, les brouillards malsains à l'automne, les odeurs de vase, sil'évaporation estivale est très-active, sont autant de raisons qui ont fait successivement dessécher ou combler beaucoup de y-rands canaux entourant les châteaux du xvi- et du xvii« siècle. Ces inconvénients sont moindres si les eaux sont courantes, mais la règle générale n'en est pas infirmée pour cela.
Les bassins et pièces d'eau d'un jardin symétrique doivent toujours
occuper les axes principaux, ou se placer face à face, s'ils sont répétés, dans les endroits les i)lus en vue.
Si d'autres pièces de moindre importance s'ajoutent à ces premiers ornements, elles seront alignées sur des axes secondaires. L'extrémité des voies principales peut aussi recevoir des effets d'eau, surtout lorsque le bassin est adossé à une muraille décorée avec goût et que des eaux jaillissantes s'en échappent ou y tombent. De nombreuses fontaines, en Italie, sont dans ces conditions; la fontaine Médicis, au Luxembourg, le château d'eau de l'avenue de l'Observatoire, à Paris, présentent des effets de ce'genre ; le bassin du square de la Trinité à Paris (fig. 237) serait parfait, avec ses profils i)ure Renais-
Bassin Renaissance. Eglise de la Trinilé, à Paris. M. Ballu, architecte.
rig. 238. — Canal avec bassin et gerbe centrale, d'aprrs Dezallier d'Argenv ille.
sance, si une allée droite s'ouvrait devant lui, dans le prolongement de la rue de la Chaussée-d'Antin.
Les longs canaux d'ornement, dont Versailles, Chantilly, Fontainebleau, Caserte fournissent des modèles grandioses, ne produisent tout leur effet ([ue si leur longueur s'étend dans le sens d'une des vues |)rincipales.
Observée par le travers, leur nappe, diversemenl éclairée, barrerait désagréablement la perspective. Il faut donc éviter des vues latérales sur ces sortes de bassins, les encadrer au contraire entre des lignes d'arbres régulières, et obtenir le jeu de la lumière sur leur surface. Si l'on domine cette étendue d'eau uniforme comme à Versailles, l'effet sera grand et tranquille ; il deviendra mouvementé, sans cesser d'être imposant, si le canal se compose d'une série des plans successifs, bien décorés, comme à Caserte. Ces pièces d'eau (fig. 238), parfois monotones, peuvent recevoir une heureuse diversité, si une percée Cles traverse et permet leur élargissement au bassin central B. La vue, partant de A, devient belle et variée, lorsqu'aux angles du canal et de son bassin on place des vases sur leurs socles.
Nous avons déjà vu, en esquissant une rapide histoire des anciens jar-
Fig. 230. — Mauvais liacés de bassins icguliors, d'après Kenip.
dins à Rome et des jardins français au xvr siècle (fig. /i, 15, U>), quelques exemples de bassins réguliers. Le choix en est considérable, mais comme il touche à rarchileeture proprement dite, il exige un goût éclairé. Il faut se défier des mauvais modèles, de pure fantaisie. Dans un livre sur les jar-
dins, « plein de bon grain et d'ivraie », publié en anglais par M. E. Keni])', on trouve une série de formes ridicules et d'un rare mauvais goût, recommandées comme dessins de bassins réguliers. La figure 239 en offre quatre
1. IIoiv lo lay oui a garden. Louches, t' édition, 18o8, pp. 119, 1 20 et 121.
échantillons, dont l'écrivain qualifie les deux premiers {n"' 1 et 2) de gothiques, le troisième (n° 3) d'italien, et le quatrième (n° h) d'intermédiaire pouvant s'appliquer à tous les styles.
Il est aisé, cependant, de trouver des modèles dans les meilleures pro- <luctions de l'art architectural classique, soit sur des dessins anciens, soit d'après les meilleures reproductions modernes. L'art grec sera représenté par de simples carrés, des rectangles, ou se distinguera par le profil des
Modèles divers de bassins réguliers.
bordures en pierre ; les bassins imités de l'orient seront des octogones ou <les hexagones bordés de marbre blanc; le gothique apparaîtra dans la vasque centrale et dans les extrémités de la figure
Dans la série nombreuse des formes italiennes de la Renaissance ou du style français, on trouvera des cercles interrompus par des angles droits {fig. 2^2), des rectangles pourvus de deux bassins ronds aux extrémités (fig. d'autres arrondis en demi-cercle sur leurs petits côtés, et fré-
quemment employés sous le nom de miroirs Louis XV (fig. 2^3). Quelquesuns sont tourmentés d'une manière peut-être excessive (fig. 2/il), tandis que les pans coupés des figures 2hb et 2i6 sont plus recommandables.
En examinant les allées autour de ces pièces d'eau, dont nous n'indiquons pas l'échelle parce que leurs proportions peuvent varier sans que le dessin change, on verra que leur tracé n'est pas indifférent. De la disposition des axes et des plantations, des enfoncements divers destinés à recevoir des vases et des statues, en un mot du cadre et de l'accompagnement, dépend l'effet complet des eaux bien distribuées.
Les jardins géométriques d'utilité, potagers, fruitiers, jardins botani-