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ratives, une gigantesque fantaisie de ce genre qui se trouvait de son temps à IIoolc, sur la route de Chester à Liverpool, dans la propriété de lady Broughtoii La noble dame avait imaginé de reproduire une Suisse en miniature, et lie sa maison elle voyait toute une chaîne d'Alpes lilliputiennes, d'après un relief de la vallée de Chamonix. Tous les sommets, avec leurs moindres détails, avaient été imités à une échelle minuscule; les fonds étaient parsemés de morceaux de marbre blanc pour simuler la neige, et des verres dépolis étaient chargés de figurer les glaciers. Dans ces dernières années, à Paris, un industriel eut l'idée d'exécuter, dans ce genre, une carte en relief de la France, occupant un vaste terrain, et il intitula son œuvre gcomma. Mais son but était utile, et il présentait son invention comme une curiosité géographique, qui n'avait aucune prétention à passer pour une décoration de jardin.

On voit fréquemment employer, comme prétendus ornements, des rochers artificiels, des coquilles, des pierres curieuses par leur forme ou leur couleur, des scories de hauts fourneaux, du verre fondu, des vieilles porcelaines ou faïences, des bustes, des vases de terre cuite, des ruines, tronçons de colonnes et fragments divers d'antiquités. Le tout est d'un goût détestable et doit être rigoureusement proscrit des jardins.

A Paris et sur beaucoup de points de la France, en Belgique, en Allemagne, s'est répandue la construction des rochers en pierre meulière. Sous le prétexte que cette roche poreuse, richement colorée, présente des formes rugueuses et pittoresques, on l'a employée partout, sans songer que l'effet d'ensemble de!? rochers en place ne dépend pas de l'aspect de détail des matériaux qui les composent. Cette prédominance de la meulière doit être combattue. Que cette pierre soit réservée pour les rocailles dans les régions où elle s€ trouve à l'état naturel, rien de mieux ; qu'on l'applique même aux petits jardins, où la fantaisie règne et où la nature ne saurait être prise comme un rigoureux modèle ; que les petites constructions de fougeraies, d'aquarium de salon, que les rochers des serres utilisent ces matériaux commodes, nous n'y voyons pas d'inconvénient. Mais on doit proscrire la meulière, dès qu'il s'agit de rochers d'un certain volume, dans un pays où la formation géologique ne correspond pas à l'étage du terrain parisien, où se rencontre cette roche siliceuse.

Les rochers taillés avec la prétention d'imiter la nature et qui accompagnaient souvent les œuvres architecturales de la Renaissance ou du siècle de Louis XIV, constituent un genre distinct. Qui ne se rappelle la fontaine de Trévi, à Rome, la chasse de Diane, à Caserte, quelques grottes et bassins à Versailles et d'autres constructions de ce genre éparses dans les résidences princières de l'Europe? Au moins ces compositions étaient voulues, on les traitait comme une dépendance de l'architecture, et pourvu qu'elles ne fussent pas données comme des imitations de la nature, elles pouvaient être acceptées.

Mais lorsque ces blocs, d'une silhouette grandiose, firent place à de vulgaires entassements de rochers sortant des carrières, comme la cascade du liciscnschloss et le Teufclsbnuke à Wilhelmshohe (Allemagne) ou les rochers de Péterhof cL de Tzarskoé-Sélo (Russie), les signes d'une fâcheuse transition entre la symétrie et la nature se montrèrent, et la décadence arriva. Le genre rocaille, en faveur sous Louis XV, fit adopter la mode, venue d'Italie, des mosaïques en meulières et en cailloux diversement colorés, à demi plongés

rig. 281. — Le musée des horreurs. — D'après G. W. Kern.

dans un enduit de ciment. Des grottes, des fontaines, se couvrirent de dessins réguUers, d'arabesques, de figures, de statues entières, formés de ces poudingues artificiels. Ces puérilités se répandirent en Europe, à Y Isola bella au lac Majeur, dans toute la Toscane, à Rome, puis en France, jusqu'à ce que le juste retour des choses d'ici-bas les eût replongées à jamais dans l'oubli.

En d'autres parties de l'Allemagne, on peut voir encore des constructions véritablement enfantines, imitant sur une échelle Irès-réduitedes rocailles, des ruines, comme cette composition que j'ai vue à une station de chemin de fer, où le chef de gare avait voulu reproduire un bcrff des bords du Rliin, sur-

monté d'un antique château fort. Je ne dois pas omettre cependant le grand nombre de rochers bien faits que l'on peut rencontrer dans les parcs de l'Allemagne du Sud.

Dans l'Amérique du Nord, à l'exception des nouveaux parcs publics, oîi l'art de construire les rochers a réalisé de grands progrès, inspirés surtout par les pittoresques formations géologiques qui abondent sur cet immense continent, on n'avait guère, il y a peu d'années, de notion artistique élevée sur cette matière. J'ai trouvé, dans un ouvrage pubhé à Cincinnati, le dessin d'une singulière composition donnée sous le nom de rockivork^ et que je reproduis comme une curiosité (fig. 281). L'auteur, M. G.-W. Kern, dit complaisamment, au bas de ce chef-d'œuvre, que l'original a été bâti par lui et exhibé à l'Exposition de la société horticole de Cincinnati, en 185A, et pour en conserver le souvenir à la postérité, il en a orné le frontispice de son livre !

Ces exagérations, ces conceptions bizarres, ont pour cause première le manque d'observation de la nature. Sans s'arrêter aux constructions ridicules dont il vient d'être question, œuvres de gens dont il faut renoncer à réformer le goût, on peut affirmer qu'avec un peu d'attention, tout esprit éclairé pourrait diriger avec succès le travail d'un rocailleur, daiTS une situation donnée. Il faut, pour cela, étudier la disposition naturelle des roches dans la région même, et s'en inspirer directement pour les reproductions artificielles.

Examinons quelques-unes de ces formations naturelles, en suivant l'ordre inverse des révolutions du globe, c'est-à-dire en commençant par les terrains récents pour finir par les plus anciens.

Les rochers dans la nature. — Les roches dont la formation se rattache à l'ère actuelle du globe sont peu nombreuses. Elles se composent, soit de calcaires poreux fournis par le dépôt des eaux qui tiennent en solution du carbonate de chaux, de matières arénacées "déposées par les vagues des lacs et de la mer, contenant des cailloux roulés par des eaux également calcaires, soit de tufs siliceux comme ceux des Geysers, de dépôts argileux, marneux, calcaires, du fond des lacs, de récifs madréporiques, etc. Nous ne parlerons que des deux premières formations. Les grès récents, d'une nature assez friable, se durcissent souvent à l'air et peuvent être employés pour la construction des roches artificielles. Ils présentent des masses jaunâtres, plus ou moins foncées, parfois teintées de rouille par des dépôts ferrugineux , et striés de nuances claires ou sombres. Pour tirer un parti ornemental de ces roches, on laissera leurs parements arrondis, légèrement fissurés, et on les disposera sur les pentes en retraite, jamais en falaises à pic, où ils pourraient se déliter et causer des accidents. Les intempéries des saisons poli-

1. Prorlicul landscape (jardening, par G.-W. Kern. — Cincinnati, '18o3.

— ROCHERS

ront leur surface, causeront des désagrégations hivernales, et suffiront à les rendre pittoresques.

Les tufs calcaires ont plus d'intérêt. Ils se stratifient souvent en minces couches ou en stalactites au plafond des caves naturelles, parfois en sédiments importants, comme dans les sources pétrifiantes de Clermont, de Vichy, de la Bourgogne, etc. Ces tufs sont rarement assez épais pour être employés à la construction des assises de roches. Mais ils offrent au rocailleur un précieux auxiliaire par leurs modèles de pendentifs et de piliers. On sait quelle élégance prennent ces^ étranges concrétions, produites par les dépôts lentement superposés du carbonate de chaux contenu dans chaque goutte d'eau qui pend de la voûte. Ce sont des cônes renversés qui atteignent parfois plusieurs mètres de longueur. Aux grottes de Ilan et de Rochefort, en Belgique, on les voit former des draperies, des franges, des ondulations élégantes d'aspect cristallin, des candélabres, des cristaux sur lesquels la lumière joue comme sur les facettes d'un diamant; ou bien encore d'étranges stalagmites qui montent, rejoignent les stalactites après de longues années, et forment alors des colonnes fantastiques soutenant ces cathédrales de la nature.

Les roches friables du terrain diluvien, essentiellement détritiques, ne renferment guère que des débris remaniés et roulés des assises plus anciennes. On y trouve les tufs à végétaux pétrifiés de la Celle, près Moret. Elles n'offrent qu'un médiocre intérêt et ne sont guère propres à la consiruction des rochers. Cet étage comprend, en certains endroits de ses basses couches, ces cavernes à ossements qui ont tant divisé les savants sur la question de l'homme fossile.

Dans les terrains apparaissent successivement : des grès friables

argileux, des grès coquilliers, des meulières, puis des sables et d'autres roches arénacées parmi lesquelles on compte les grès lustrés de Fontainebleau. Ces dernières roches, d'un ton blanc ou d'un gris terreux, qui se retrouvent à Étampes, Dourdan et Orsay, constituent pour nous les plus utiles matériaux de cette formation; ils sont faciles à employer et d'un effet puissant dans la construction des rochers artificiels. Ces roches, mélangées aux grès mamelonnés plus anciens dits de Beauchamp, à Herblay, ont servi à bâtir la cascade de Longchamps, au bois de Boulogne. Leur mise en place exige des conditions particulières. On ne doit pas perdre de vue qu'ils ont été roulés par les eaux et que leur amoncellement si pittoresque, dans la forêt de Fontainebleau, n'empêche pas leurs formes de rester arrondies. On devra donc les disposer comme s'ils s'étaient écroulés naturellement sur les pentes, et se contenter de boucher les intervalles laissés entre eux, au moyen de terres éboulées et de plantes sarmenteuses et saxatiles propres aux terrains arénacés.

Toutes ces roches constituent le sous-sol de notre bassin de Paris ; on les y rencontre le plus souvent supportées par des masses de

gypse (sulfate de chaux), de calcaire grossier et d'argile plastique. Los poteries de Montereau se fabriquent avec cette argile. Le calcaire grossier se débite en couches épaisses, blanches ou jaunâtres, rempUes de coquilles innombrables, parmi lesquelles se distinguent par leur grande taille les Cérithes {Cerithium gigantcum). Pour en construire des rochers, on dispose ces pierres par assises, ressemblant soit aux couches qu'elles présentent dans les carrières pittoresques des environs de Paris, soit aux profils qu'on leur voit naturellement prendre après un éboulement. La gelée en effrite parfois l'extérieur, mais le calcaire grossier résiste mieux que le gypse ou pierre à plâtre.

Le gypse parisien, ou sulfate de chaux hydraté, exploité dans les carrières à plâtre de Montmartre, des Buttes-Ghaumont et de nombreux monticules autour de Paris, est également disposé en lits horizontaux ou inclinés par des craquements. Il présente un surface blanche ou d'un gris léger, noircissant par une exposition prolongée à l'air. Bien que la gelée ait une action dissolvante sur la pierre à plâtre, elle n'en attaque que la surface à peu de profondeur et cette roche tendre peut encore être employée avec succès pour construire des rochers, si on la taille légèrement, et si l'on eu conserve les formes naturelles. Les plantes et les gazons relèveront la monotonie de sa silhouette et de sa couleur. Un des meilleurs exemples de rochers de ce genre se trouve au parc des Buttes-Ghaumont. On a su lui conserver l'aspect naturel à ce point, que l'île située au milieu du lac et l'aiguille isolée qui l'accompagne {voir le frontispice de ce lirre) ont eu leur hauteur doublée par une construction artificielle de ces roches, sans qu'un observateur attentif puisse constater aujourd'hui de différence entre les deux parties.

C'est encore au terrain parisien qu'appartient la meulière, roche exclusivement siliceuse, formant des pierres caverneuses, de couleurs variées, enclavées dans des argiles, très-recherchées pour leur pittoresque et leur sohdité. Des gisements considérables de ces roches se trouvent dans la Brie, notamment à la Ferté-sous-Jouarre, où elles sont exploitées pour la fabrication des meules de moulin. Elles se retrouvent près de Paris, à Sceaux, à Versailles, etc., mais dans ces localités elles sont plus récentes et appartiennent à l'horizon de la Beauce, où l'on trouve un grand plateau formé d'un irarertin caverneux, comme celui de la côte Saint-Martin, près d'Étampes. Lorsque cesmeuHères affleurent le sol et se couvrent de mousses, elles prennent de très-jolis tons et deviennent précieuses pour la formation des rochers dans les jardins moyens et petits, les aquariums, les fougeraies, les rocailles pour plantes alpines, etc. J'ai signalé plus haut l'abus qu'on en fait dans les jardins de Paris, et j'insiste sur ce point, en répétant que l'apparence naturelle et agréable des rochers artificiels ne dépend nullement de la nature des éléments qui les composent, mais du talent de celui qui les emploie.

Au-dessous de cet étage supérieur des formations tertiaires commencent

les terrains rrêlacés, qui couvrent une immense étendue sur le globe. La craie, élément des couches premières de ces gisements, que l'on retrouve généralement en France entourant d'une vaste bordure les terrains jurassiques, est une roche d'apparence blanche ou grise, tantôt mêlée d'argile et donnant la craie marneuse, tantôt de rognons de silex en strates inégales, et présentant dans ses diverses couches des fossiles nombreux et caractéristiques. Elle constitue alors le terrain crétacé supérieur. Les terrains crétacés inférieurs, si variés, avec leurs dépôts néocomiens reposant sur le jurassique, leurs grès verts, la craie verte et la craie tuflfeau n'en diffèrent pour nous que par des valeurs géologiques chverses, mais ils nous présentent toujours des roches stratifiées, régulières, peu favorables aux effets pittoresques. Les minces plaquettes des tuflfeaux de la Touraine, de même que les bancs plus puissants et homogènes de la craie blanche de Champagne, n'ont qu'un dessin vulgaire et des silhouettes insignifiantes. Cependant, on peut en obtenir d'assez bonnes décorations. Placées sur des pentes rapides, à demi enfouies dans les talus, recouvertes de terre, de plantes sauvages, entremêlées d'espèces sarmenteuses, ces pierres peuvent augmenter l'attrait d'un jardin si elles sont disposées avec art.

Les calcaires jurassiques, placés immédiatement sous les roches crétacées, sont plus accidentés; leurs formes sont généralement plus variées, plus grossières, leurs nuances plus vives, souvent rougcàtres ou ferrugineuses. Dans la partie inférieure se trouve l'étage du lias, facile à distinguer à ses nombreux fossiles parmi lesquels la gryphée arquée {Gryphœa arcuata) est caractéristique, et qui présente le plus souvent des calcaires argilifôres, bleuâtres ou grisâtres. Au-dessus paraît le système oolithique, qui comprend, avecl'oolithe proprement dite, des roches caractérisées par la texture globulaire de leurs grains, et qui donne des calcaires parfois blancs, souvent jaunâtres ou rougeâtres, injectés d'hydrate de fer. Avec le terrain o.rfordien arrivent des calcaires et des argiles comme les rochers classiques des Vaches Noires, à Dives ; puis les calcaires compactes du terrain corallien avec ses nombreux coraux. D'autres argiles viennent avec le Kimmeridge, où se trouve la gryphée virgule {Ostrea Virgula) et dont les roches du Havre sont un exemple, et enfin les calcaires compactes, lithographiques, du terrain portlandien. Les formes et les couleurs de ces roches varient extrêmement, mais toutes sont disposées par lits réguliers et l'on doit étudier leur allure dans chacune des régions qu'elles représentent. Des bords de l'Océan au sud de la Loire, un rameau de ces terrains s'étend par Angoulême jusqu'à Rodez et Montpellier, tandis qu'au nord-ouest une pointe embrasse Alençon, Argentan, Caen et le Calvados. La bande principale traverse le Poitou, le Berry, l'Yonne, la Haute-Marne et remonte vers les Ardennes. Enfin les terrains du Jura, du Daupliiné, de la Savoie, jusqu'à la Provence, sont des calcaires jurassiques, formation très-étendue qui fournit à l'industrie du bâtiment de très-beaux matériaux de construction. Le rocailleur trouvera

parmi ces belles roclies les calcaires ruiinfonucs du lias moyen en Provence et ceux de l'oolithe inférieure du plateau central de la France. Il aura largement de quoi exercer son talent, en choisissant les mieux colorées et les mieux fouillées, principalement dans le groupe corallien.

Les marnes irisées du trias et les calcaires coquillicrs qui les supportent ne nous arrêtent par aucune particularité. Mais bientôt la série des fjr(\s anciens commence par les grès bigarrés. Ces roches sont connues de tous les voyageurs, qui les ont remarquées sur plusieurs points de l'est. Les cathédrales des bords du Rhin sont bâties avec ces grès, dont les panachures passent du rouge foncé au rouge vineux, au rose et au gris verdâtre. Quelques monuments, comme le château d'Heidelberg, doiventàces grès rouges la beauté fruste de leurs ruines imposantes. On emploie tous ces grès par gros blocs disposés à plat, sans beaucoup se préoccuper d'imiter leur stratification, mais en évitant de les mettre sur champ ou debout, ce qui serait un contre-sens. Leurs panachures indiquent les diverses matières crétacées, quartzeuses, porphyriques, les infiltrations ferrugineuses, interpositions d'argiles, etc., qui varient leur texture.

Le terrain houiller nous intéresse par ses calcaires carbonifères, d'une belle couleur noir bleuâtre, qui produisent les beaux marbres bleus de la province de Namur. Ces rochers peuvent prendre, dans les parcs et les jardins, les aspects les plus variés, se dresser, s'incliner obliquement, en stratifications discordantes, parfois verticales, sans cesser de ressembler à leurs modèles géologiques si tourmentés.

En Angleterre, on trouve ensuite des masses également puissantes de grès, mais plus anciens, désignées sous le nom de old red sandslone (vieux grès rouge) et appartenant au terrain dcronicn. Elles sont séparées des précédentes par les roches pemiiennes et carbonifères. Ces beaux grès, couleur de brique rouge, sont de la plus haute valeur pour le paysagiste.

Les schistes et quartzites qui supportent ces grès sont de superbes roches qui font partie des terrains silurien et eatnbrien. Elles ont une texture lamellaire, leur surface est lustrée et leurs nuances sont bleuâtres dans les ardoises de l'Anjou, vertes ou rosées dans les schistes des Ardennes ou du pays de Galles. Leurs brisures, leur stratification variée, leur aspect insolite, en font de précieux matériaux.

Viennent ensuite une série de roches cristallines, gneiss, micaschistes, schistes lustrés, les plus anciennes roches sédimcntaires. Ce sont les piliers du globe; ils ont concouru à sa première sohdification. Leur aspect dans la nature frappe toujours d'étonnement. Qui ne connaît leurs belles couleurs et leurs silhouettes sauvages, au milieu des bruyères et des ajoncs du Limousin et de la Bretagne? Quel peintre n'a étudié leurs tons rosés, bleuâtres, pailletés de mica, de quartz, de feldspath, et leurs formes si pittoresques? Ces roches sont précieuses à bien des titres pour Tornement des jardins, m.ais leur imitation est pleine de difficultés, en présence des

modèles gigaiiles([ues que la nature met sous nos yeux dans les terrains primitifs. Si l'on opère sur une étendue modeste de ces régions, on fera bien de se contenter de quelques roches à demi enterrées, sans avoir la prétention de copier avec succès des masses si vigoureuses. La simplicité dans les détails est ici commandée par le bon goût et par la difliculté de

Fig. — Escarpement garni de rocaillcs cl de planlations.

tailler des matériaux aussi durs; toute structure élevée sera proscrite. Ces roches doivent toujours être massives, à base étendue, à sailhes peu accusées.

La série des divers terrains, ainsi envisagée rapidement, se termine enfin par les rochef, éruptii-es, granités, porphyres, puis par les formations volcaniques, où les basaltes montrent leurs colonnes prismatiques, les trachytes et les phonolithes leurs surfaces anguleuses et leurs tons noirâtres, les laves et les scories leur inépuisable variété. Tantôt les coulées de lave auront entamé des roches rugueuses arrêtées sur les pentes, tantôt le feu central aura coloré les matières fondues de tons rouge brique, roses, bleuâtres, charbonneux. Ici la pierre ponce, légère comme le liège, là des produits de la densité du fer; partout des formes, des couleurs, qui déroutent l'observateur superficiel et captivent le géologue. Cherchez dans les volcans de la France centrale, au Puy-de-Dôme, au mont Dore, les modèles de ces rochers. Le secret de leur disposition vous échappera souvent; les copier est presque impossible. Il faut les admirer dans leur sublime chaos et s'avouer vaincu.

Description et emploi des rochers. — Nous avons maintenant une connaissance sommaire de la distribution des roches suivant .leurs âges respectifs et nous ne commettrons plus ces graves anachronismes contre lesquels on ne saurait trop protester au nom du goût et de la raison. Avant

L'AHT DES JARDINS.

(r(Mitre|)rciuli'e l'explication de leur conslruction matérielle dans les parcs et les jardins, quelques principes généraux ne seront pas superflus :

Les rochers seront placés à une distance convenable de l'habitation. Ti'op rapprochés et trop importants, ils la rapetisseraient par leur masse; de dimensions médiocres, ils sembleraient des puériUtés. Ils doivent former des fonds de tableau dans les seconds ou les derniers plans, s'ils sont en vue, ou donner lieu à des scènes spéciales cachées, s'il est possible de les détacher de l'ensemble.

l''ig. 283. — Un défilé du moiU Iloso, en Suisse.

Quelquefois, il arrive que l'habitation, assise avec sa terrasse H (fig. 282) sur l'entaille horizontale d'une pente rapide E F I, est adossée à un talus ou à une falaise qu'il faut garnir de rocailles et rendre attractive F G. Avec un peu d'art, on obtiendra facilement des aspects pittoresques et les roches se garniront d'une nombreuse collection de plantes sarmenteuses, saxatiles, alpines même, qui feront d'un mur jadis dénudé un objet charmant.

Les masses de rochers ne seront jamais isolées. Un accompagnement leur est indispensable. Si elles forment un groupe naturel sur une colline, on l)Ourra cacher, par des plantations, les extrémités de ce groupe, qui paraîtra se prolonger ainsi sous les arbres.

Si les bancs de rochers sont uniformes et difficiles à déplacer ou à travailler, on peut rompre leur silhouette monotone en les interrompant çà et là par des plantations arbustives, et parfois par des groupes d'arbres à haute tige ou mieux de conifères.

Un bloc de rocher, situé naturellement tout près de l'haljilation. doit être

— ROCHERS

couvert ou enlevé. Dans les pays granitiques, le terrain est plein de ces surprises parfois désagréables. 11 vaut mieux faire quelque dépense et ne pas laisser sous le regard un rocher nu et mal placé.

Des pierres isolées, éparses sur les pentes, annonceront les masses de

Fig. '281. — Roches détachées, sur un monticule planté.

rochers, qui ne devront jamais se dresser brusquement sans être accompagnés de quelques blocs détachés.

Prenons, par exemple, ce passage du mont Rose, en Suisse (fig. 283). Les pentes y paraîtraient tristes et nues si rien ne venait relever leur uniformité. Quelques gros fragments, arrachés aux assises rocheuses qui forment les sommets voisins, jetés sur les talus, sont à demi enfoncés

Fig. 285. — Roches sur les liCiites et près des eaux.

dans le sol et entourés de plantes grimpantes, de buissons ; ils accompagnent par une suite de points de vue agréables le sentier qui serpente au milieu d'eux. Pour reproduire en petit une scène analogue sur des rochers éboulés, à peine le marteau de l'ouvrier aura-t-il à corriger cà et là des silhouettes trop régulières, à simuler une fissure; quelques pelletées de terre garniront la base des roches, où un peu de graine de gazon sera semée. Un tel tableau se compose dans la nature comme sur la toile.

/,f)8 L'ART DES JARDINS.

Sur un terrain légèrement ondulé, de dimensions moyennes, formé de légers monticules s'élevant sur des pelouses, adossés à des massifs ou à des bouquets de bois, il sera possible encore de s'inspirer des procédés de la nature pour élever quelques rocailles et les rendre attrayantes (fig. 28/i). On enterrera les blocs à demi, sur le flanc du monticule ou vers son sommet; dans leurs fissures on glissera des plantes alpines. Si l'on est proche du jardin fleuriste ou de l'habitation, quelques plantes exotiques se mêleront aux espèces indigènes; elles seront proscrites, au contraire, si la scène s'encadre dans un coin de nature sauvage.

Fig. '280. — Roches fissurées, avec plantations, Ijordant un sentier.

Aces effets de détail, si séduisants lorsqu'ils sont complets, on ajoutera un charme de plus en les combinant avec les eaux (fig. 285). Sur les bords mêmes, ou sur les saillies du terrain voisin, quelques roches habilement jetées serviront de prétexte à la culture d'espèces variées, dont l'effet ne pourrait pas autrement se produire. On devra se préoccuper de faire passer un sentier près de ces petites scènes de nature ornée.

Ces sortes de sentiers, bien compris, ne le cèdent à aucun autre ornement des jardins. J'en connais de nombreux exemples en Angleterre, presque tous jolis, malgré des roches semées sur leurs bords d'une manière peu artistique. La végétation capricieuse se charge volontiers de réparer les fautes de l'homme, et les combinaisons de la nature effacent celles de l'artiste. Dans la scène représentée par la figure 28(3, le sol était absolument plat auprès de l'allée. Mais d'un côté la plate-bande s'appuyait à un épais massif d'arbustes à feuilles persistantes, formant un fond opaque à la végétation du devant. De gros blocs de grès arrondis, fissurés, légèrement

enterrés dans un talus peu saillant, se couvrirent rapidement d une forte végétation et en une année les deux bords de cette allée formaient une promenade charmante.

Mais ces bordures, d'un intérêt varié, se trouvant sur un sol plat, sans aucune ondulation annonçant les saillies des roches, les pierres, mal plantées, debout, ressemblant à celles de la figure 278, et aucune plantation de fond ne faisant repoussoir aux espèces délicates plantées entre les rocailles, l'effet serait vulgaire, le résultat fastidieux.

L'intérêt de ces petites plantations augmente encore si le sol de l'allée est enfoncé et si les rochers sont étagés sur la pente d'un talus. De pareils chemins creux ne sont pas rares en Angleterre. Un joli modèle à citer est

Fig. '287. — Mauvais ciitassenicul de rochers. Exposition universelle de 1807.

celui du Prospect Park, aux États-Unis, où M, Olmsted a tapissé les bords d'une allée de roches enfouies dans une abondante végétation. La propriété de M. 3Iac Gregor, à Guernesey, contient un de ces ravins pittoresques, semé de roches à demi engagées sur une pente, couvert en partie de vieilles souches d'arbres dans lesquelles croissent des fougères et ombragé par d'épais massifs. Si au heu d'un chemin creux existant, qu'on aura ainsi utihsé, ou d'une excavation faite à dessein pour ne pas interrompre la vue des pelouses voisines, on doit conserver absolument le sol naturel, de peur de rencontrer l'eau à une faible profondeur, on peut encore obtenir un bon résultat : il suffit d'élever des terres en talus devant un mur de séparation et de masquer ce mur par des lierres, des arbustes à feuilles persistantes, etc. On utilisera ainsi cette clôture au profit du jardin d'ornement. Dans tous les cas, un sentier sinueux entre de semblables talus sera d'un meilleur effet qu'une allée droite en désaccord avec le pittoresque de la plantation. On peut aussi varier ces compositions, si- la bordure est large, en faisant courir au travers des roches un sentier enfoncé, à peine visible, mais permettant de visiter une à une les collections de plantes, et de les soigner sans fatigue. Généra-

500 L'AKT DES JARDINS.

lement, il est de meilleur goût de tenir les rochers bas que de trop les élever; pour augmenter leur saillie il vaudrait mieux excaver leur base que d'ajouter à leur hauteur.

Mais les rochers sur terrains plats, qui nous charment parleurs détails, seraient de mauvais goût si leurs proportions s'exagéraient, et s'ils ne pou-

Fig. 288. — Ravin supérieur de la grande cascade, aux Buttes-Chaumont.

valent s'expliquer comme une production naturelle. Évitez ces entassements vulgaires, cités plus haut, et dont la figure 287, prise en 1867 dans le jardin réservé de l'Exposition universelle de Paris, donne une image exacte. Un seul coup d'œil suffit pour montrer les défauts de ce rocher, dont la masse, écrasant la serre placée au pied, dominée par un kiosque trop grand et hors d'échelle, présentait un exemple frappant de ces situations mal choisies.

Le calcaire grossier et le gypse parisien, avec leurs lits réguliers et leurs nuances pâles, semblent d'abord réfractaires aux effets pittoresques recherchés dans les rochers. Ils peuvent cependant devenir un objet de

ROCHERS

grand ornement. On les a souvent employés avec succès dans les jardins publics de Paris. La façade abrupte des terrains qui entourent le Trocadéro, du côté de Passy, a reçu cette année même une heureuse décoration de ce genre. On s'est contenté de reproduire la formation naturelle du terrain en y ajoutant de iiombreuses plantes d'ornement et en faisant serpenter à flanc de coteau un sentier caché entre les roches. Dans ce genre, les petits rochers entre lesquels sort la source, au square des Batignolles, ont un aspect naturel et sont plus agréables à voir que les amas de meuhères les plus travaillés. Au parc des Buttes-Chaumont, où les travaux de rochers ont été considérables, la pierre gypseuse a fait tous les frais des scènes créées. Un îlot situé à pic au-dessus des grandes carrières a vu ses proportions doublées par l'addition de nouvelles couches de cette roche, un cirque de rochers s'est terminé par une grotte de 18 mètres de hauteur, dans laquelle tombe la grande cascade (fig. 223). Les pentes rapides des buttes ont été soutenues par des blocs détachés, émergeant à moitié du gazon et des arbustes; de hautes falaises se sont élevées, fissurées du haut en bas, d'un aspect assez terrifiant, mais d'une solidité assurée. Une presqu'île, coupée sur plus de 20 mètres de hauteur, est devenue une île reliée à la terre ferme par un pont hardi ; les culées des ponts ont formé des motifs de rochers variés ; les bords des ruisseaux, les encaissements des chemins, un ruisselet coulant parmi des plantes alpines, tout a servi à utihser la roche primitive, sans que cette profusion détonne dans cette nature bouleversée, où des hauteurs de 30 mètres prêtent aux travaux un aspect grandiose. Un coin de ces rochers, le ravin supérieur de la grande cascade, est reproduit par la figure 288. La vue a été prise du pont situé sur la voûte même de la grotte. Elle montre les assises du gypse interrompues pour l'ouverture du ravin, barrées en bas par une table de roches, traversées plus haut par un pont qui disparaît dans les vignes vierges et autres plantes grimpantes.

Les cascades, lorsqu'elles sont belles, sont, de tous les arrangements de rochers, les plus saisissants. L'action de l'humidité sur leur surface développe une végétation moussue et produit une variété de tons qui efface rapidement leur premier aspect artificiel. Elles doivent inspirer une sécurité parfaite ; jamais une soUdité trop complète n'est apportée à leur masse, et l'on doit non pas y multipher les pierres, mais assurer la résistance de chaque détail et celle de l'ensemble. Ainsi, dans la grande cascade (fig. 289), construite au milieu des grès naturels, les eaux qui s'échappent de deux points différents pour se réunir dans le ruisseau qui alimente le lac ont motivé les fortes assises que représente notre dessin. Ces proportions pourraient être réduites dans l'exécution, soit à cause de la dépense qui serait trop considérable, soit à cause du manque d'eau, mais le principe subsisterait en entier et la proportion de la niasse serait conservée. Les grès, avec leurs blocs arrondis ou leurs cassures

molles, garderaient leur ressemblance avec la formation géologique du lieu.

Dans les terrains schisteux et les terrains granitiques, la disposition naturelle des rochers impose un caractère tout différent au cadre des cascades. L'ensemble sera plus sauvage, les blocs plus hardis, les plantations plus montagnardes. Si, dans les abords d'une cascade construite en grès, il a été permis de faire sentir l'œuvre artificielle, par le dessin des sentiers et le choix des végétaux, il n'en est plus de même lorsque la nature se manifeste dans toute son âpreté. La cascade (fig. 290), dessinée pour le

Fig. '289. — Cascade double, dans les grès rouges dos \ osgcs.

parc de la Rochette, a été conçue dans cet ordre d'idées. J'ai cherché à conserver la note dominante du pays dans son intégrité. Les sapins et les mélèzes ont garni les sommets, se sont implantés entre les rochers et ont uni la rudesse de leurs formes ; les bois du voisinage ont fourni le reste de l'accompagnement végétal et des blocs entiers ont été apportés et couverts de plantes indigènes intégralement conservées.

Les autres cascades, cataractes, rapides, etc., de moindres dimensions, dont il a été question en parlant des eaux courantes, seront également construits selon la formation géologique naturelle, et, dans les régions calcaires, on les composera de quelques assises horizontales formant tables de chute, et de roches brisées jetées pêle-mêle sur les côtés et au fond du bassin servant de ré(i^)ient inférieur.

La figure 291, dessin que j'ai rapporté du pays de Galles, représente

ROCHERS

une de ces petites cascades à double nappe, sortant d'un bassin supérieur, au milieu d'une nature sauvage. Les environs de Llanrwst, du Snowdon au pas de Llanberis et de nombreuses parties de ce charmant pays, offrent à chaque pas des scènes de ce genre.

Sur une échelle très-réduite, le petit ruisseau dit « des Alpes », au parc des Buttes-Chaumont {fig. 292) indique l'arrangement possible des rochers auprès des tables de barrage, sur les pentes rapides où les eaux, peu abondantes, doivent être retenues çà et là pour produire plus d'effet.

Flfî. 290. — Cascade dans les terrain? ^chisleux. — Parc de la Rochette.

Les grottes profondes, servant autrefois d liabitatious aux hommes, aujourd'hui simples curiosités, sont des objets attrayants dans les parcs et dans les jardins, pourvu qu'elles gardent un aspect naturel. C'est une recommandation qui eût été nécessaire dans tous les temps. Ou comprend que Bernard Pahssy ait décrit ce qu'il appelait les « merveilles » de ses quatre grottes (voy. page 32) et donné à son art le pas sur la nature. Mais il est moins explicable que Pope, le poëte, le chantre des jardins, ait bâti à Twickenham une grotte dont le plafond était peint, dont les parois intérieures étaient revêtues de pierres de diverses sortes, et que des statues dans des niches entouraient de toutes parts. Cette fantaisie singuhère a eu des imitateurs. Les grottes artificielles, en Italie, en Allemagne et en France, aux wif et xvni« siècles, en font foi; on en voit encore des traces fréquentes. Un certain Decker avait chargé le toit d'une grotte de nombreuses statues, entourées de coquilles, de coraux, de cristaux, etc. A la voûte et le long des

LAUT DES JARDINS.

parois grimpaient des grenouilles, des poissons, des serpents, et Neptune, de son trident, semblait gouverner tout ce peuple aquatique, au milieu de jets d'eau, dissimulés d'abord, et inondant à l'improviste les visiteurs. Ces ta/itaisies ne se reproduisent plus aujourd'hui, mais on peut citer encore des grottes construites de main d'homme, données pour des imitations artistiques de la nature et qu'il faut se garder d'admirer comme des œuvres de goût. La grotte de la villa Pallavicini, à Pegli, près de Gênes, coûteuse construction érigée à l'extrémité d'un lac, et qu'un batelier vous fait parcourir dans tous ses détours, provoque un instant l'étonnement et bientôt après l'ennui. Tout y sent le travail, l'excès dans la recherche, l'absence du naturel.

Fig. 291. — Cascade près de Llanboris (pays do Galles).

Il faut donc, cette fois encore, prendre ses modèles autour de soi. Une simple ouverture, nettoyée si des ronces l'obstruent, engagée dans la verdure, sans prétention, est la meilleure entrée d'une grotte. Si elle doit être bâtie de toutes pièces, imitons quelque scène naturelle dont nous aurons d'abord pris le dessin. Le mieux sera de placer l'ouverture de la grotte à l'extrémité d'une pièce d'eau (fig. 293), et de l'entourer d'épaisses plantations, afin que le reflet en double l'importance, et que sa noire excavation fasse de vigoureux contrastes avec la lumière reflétée. Dans les calcaires, où les dépôts de carbonate de chaux justifient la présence de

ROCHERS

stalactites, on peut imiter ces singuliers ornements. Les rochers construits en meulière, si l'on est aux environs de Paris, prendront des formes fouillées et tourmentées.

L'usage des grottes est assez restreint. Leur humidité empêche qu'on s'y tienne volontiers, excepté dans les ardentes chaleurs de l'été. Généralement, elles sont un objet de curiosité, un motif de promenade momentané, et les bancs de repos qu'on y place sont rarement occupés. Il est donc intéressant de leur donner une destination utile, par exemple de les faire servir à l'accès d'une glacière. Dans le parc de la Chaumette (pl. VII) la lettre L indique l'emplacement d'un kiosque surmontant une glacière, à laquelle on parvient par la grotte M. Les terres du lac T ont servi à former cette butte, et ont couvert la grotte préalablement construite. Le point est éloigné de l'habitation, à l'une des extrémités du parc, et du seuil de la grotte, des perspectives s'étendent à travers de vieux arbres et des pelouses, jusqu'au bord des eaux.

Fig. 292. — Rochoi-s il la chule d'un ruisseau. — Pan; des Buttcs-Chaumont.

On doit insister sur cet éloignement des parties les plus vivantes du parc, pour les rochers en général, et les grottes en particulier. Ces constructions détonnent dans le paysage, si on les voit des fenêtres du château. Elles sont seulement à leur place dans les parties retirées ; leur caractère est celui de la soUtude.

On utilise aussi les grottes pour couvrir des aquariums. Depuis que le jardin zoologique de Hambourg a réussi à conserver et à propager des animaux marins dans des bacs remphs d'eau de mer renouvelée de temps en temps, ces sortes de constructions se sont multipliées. A Londres, à Brighton, à Bruxelles, à Paris, etc., on trouve des aquariums qui servent à la fois à la distraction des promeneurs et à des observations scientifiques. On le construit sur des murs sohdes, capables de résister à de fortes pressions ; on les voûte avec soin et on les revêt de roches, lorsque la

sécurité est assurée, soit par une maçonnerie très-forte, soit par une addition d'armatures en fer. Des stalactites et des stalagmites peuvent aider à la décoration de ces travaux de rochers, auxquels il est difficile de donner un aspect naturel, et où l'art du rocailleur doit montrer toute sa fertilité. Le dessin ci-joint (fig. 29A) représente une vue intérieure du grand aquarium de l'Exposition universelle de 1867.

Les ponts de rochers sont du plus grand intérêt dans le paysage. Ils peuvent s'enfoncer en tunnel sous une allée, ou conduire un sentier audessus d'une rivière (fig. 295). Si un autre sentier, placé au-dessous, suit le bord des eaux au milieu des rochers, si la construction du pont révèle de la hardiesse sans faire craindre pour sa solidité, cet ornement sera très-

Fig. 293. — Grotte dans les tufs calcaires, à Gh... (Indre-et-Loire).

estimé. Mais on ne doit pas multipUer ces sortes de ponts; ils accusent trop nettement le passage de l'ouvrier. Sans doute il est difficile de jeter une roche seule au travers d'un torrent, formant un pont naturel comme celui d'Icononzo (Colombie), suspendu à 85 mètres, à pic, au-dessus du rio de Sumapaz, mais l'imitation pourra en être tentée sur une échelle réduite, et quelques roches jetées au-dessus d'un ruisseau, entières ou davces en plusieurs pièces, produiraient un effet très-pittoresque. Il ne faut pas que ces j)ierres paraissent nues dans la scène ; en les couvrant de verdure on aug-

ROCHERS

méritera leur attrait, l'esprit cherchant quelque chose à deviner sous les franges des buissons qui cachent à moitié les rochers.

Fig. 294. — Grand aquarium de TExposiiion universelle de 1807.

On peut ajouter les ruines au chapitre des rochers; ces deux formes de la nature sauvage s'harmonisent, et forment des tableaux que les paysa-

gistes affectionnent. Les ruines sont, d'ailleurs, aussi difficiles à bien comprendre que les rochers. Les cas où l'on peut les construire de toutes pièces sont extrêmement rares ; il vaut mieux se contenter de les dégager (juand elles se rencontrent naturellement dans le site d'un parc ou dans un lointain qui dépend de la propriété. Vouloir les imiter semble « un attentat contre le privilège du temps », disait Hirschfeld. L'art de bâtir doit se manifester par la création, non par la destruction. Mais associer le présent au passé en conservant pieusement les ruines, en les faisant valoir, est une action intelligente et louable. Les réparations doivent être discrètes. Il faut d'abord connaître l'ancienne architecture de l'endroit. Ici une pierre tombée sera remise en place, là un mur droit au sommet sera crénelé en abattant

quelques assises; des meurtrières ajoutées à propos, quelques fenêtres pourront trouer des murs trop uniformes ; les côtés disgracieux de l'antique construction recevront des plantes grimpantes, des buissons variés, et du côté du nord, le lierre régnera sans partage. Mais il faut repousser cette nature peignée, ces gazons irréprochables et tondus sur lesquels on voit s'élever tant de ruines en Angleterre, comme celles de Fountain's Abbey, ces paysages ratissés dont Gilpin reprochait à Brown d'avoir accompagné les ruhies de Roche-Abbey, en enlevant les pierres tombées et les broussailles, comme s'il s'était agi d'une maison neuve K Le caractère des ruines est la solitude et la

4. Observations relative rliiefJij to picturcsque beauli/, II, page 21.

TRAVAUX D'EXÉCUTION. — ROCHERS. 509 désolation; l'harmonie, l'appropriation exigent que les alentours soient négligés, sauvages et fassent oublier la civilisation. Ni pelouses tondues, ni sentiers réguliers, ni arbustes à fleurs ne doivent s'y rencontrer. Quelques buissons gênants peuvent être éclaircis ou enlevés ; le chemin serpentera, irréguher, mais sans aspérités incommodes, entre les pierres. Des escaliers en apparence croulants, mais en réalité soUdes, conduiront au sommet si la vue est belle; jamais de petites pierres, qui sembleraient des décombres ; çà et là un ornement ajouté avec art, un bas-relief fruste, un chapiteau brisé, une corniche disjointe, suffiront à augmenter l'intérêt archéologique. Un enduit sombre pourra vieillir les parties trop claires ; des fissures habilement pratiquées donneront de la vétusté aux murailles. L'ensemble de la scène dira clairement que l'homme est absent de cette solitude, où la nature a' repris son empire.

En parlant des eaux, nous avons cité un exemple de réservoir entouré d'une ruine factice, au sommet d'une roche (fig. 27^). C'est une des circonstances dans lesquelles on peut les construire sans crainte de ridicule, mais on devra s'appliquer à rendre cette construction vraisemblable.

On a utilisé avec quelque avantage les souches d'arbres morts ou abattus, pour remplacer les rochers, dans les pays où la pierre manque absolument. C'est un moyen recommandable , bien qu'il ne puisse prétendre à tenir lieu des roches, naturelles ou construites. Il faut employer ces matériaux seuls ; un mélange avec des pierres produirait un mauvais effet. A demi enterrés, en ne laissant saillir que leurs parties pittoresques, ces blocs de racines et de vieux bois en décomposition constituent d'excellents récipients pour des plantes de sous-bois, notamment les fougères, qui prospèrent merveilleusement dans ce terreau naturel. On connaît en Angleterre de nombreux jardins où ce moyen est employé; le jardin de la station du chemin de fer à Sydenham en a offert un curieux exemple. Il est moins connu en France, où je l'ai vu seulement mis à exécution chez M. de Rothschild, à Boulogne, et dans quelques jardins d'hiver de grandes dimensions.

La disposition à donner aux rocailles, dans les serres, touche à l'art proprement dit, quand on opère dans de grands jardins d'hiver. Elle rentre dans le domaine de la fantaisie dès qu'il s'agit de petites serres, ce qui ne veut pas dire que le bon goût en soit exclu. Il en faut beaucoup au contraire pour bien disposer un enrochement de mur, une grotte remphe de fougères, des cascatelles près desquelles une population végétale exotique se développera en toute liberté. Ce mode de construction, dont nous parlerons en traitant de la plantation d'un jardin d'hiver dans le genre naturel, est trop variable pour qu'il soit possible d'en détailler ici les éléments. En Angleterre, où la culture des fougères est l'objet d'une véritable passion, surtout de la part des dames, on a imaginé \a. fougeraic (ferncn/), placée soit à l'air libre dans les rocailles, soit de préférence dans de petit(îs

serres non chauffées. La maîtresse de la maison surveille de près la construction des rochers où elle cultivera ses plantes favorites; elle sait varier leur disposition pour les diverses espèces , ajouter à propos de petits bassins pleins d'eau, })réparer à quelques-unes une ombre salutaire. A Brooklinc, près Boston (États-Unis), résidence de M. Ch. Sargent, j'ai vu une muraille de serre entièrement couverte de rocailles, avec des poches pleines de terre de bruyère et de sphagninn, dans la plus luxuriante végétation et présentant un chaos charmant. En Angleterre, à Berry- Hill , on a enfoncé la fougeraie dans le sol d'une pelouse; le gazon la recouvre partout, à l'exception du sentier conduisant à cette retraite comme dans une cave dont le sommet serait éclairé par de grosses glaces dépolies. J'ai reproduit cet arrangement, qui a réussi, dans le jardin de M. A. Dutfoy, à Bellevue, près Paris.

Construction des rochers. — Dans les devis des travaux de rochers, dont un modèle a été donné page 298, les n"' 7,8 et 9 ont montré que les prix du mètre cube de construction pouvaient varier entre 30 et 1 10 francs. Ces écarts con idérables indiquent des difficultés d'exécution très-diverses, selon l'importance du travail, le ])rix de la main-d'œuvre locale et la nature des roches à employer. Quelques détails suffiront pour expliquer ces différences :

Les travaux de rochers se font en régie, c'est-à-dire à la journée ou à l'entreprise. En régie, le prix moyen d'un bon ouvrier rocailleur, un peu artiste, est de 10 francs par jour à Paris. Cet homme choisit des aides, qui sont payés au prix ordinaire des manœuvres-maçons.

A l'entreprise, les travaux sont évalués au mètre cube, non sur les matériaux emmétrés avant l'emploi, mais en estimant le volume des roches mises en place. Un mesurage exact n'est 'pas possible ; on calcule d'ordinaire la superficie extérieure développée, et l'on obtient le cube en fixant une épaisseur moyenne, d'accord avec l'entrepreneur. Pour établir le prix de revient, on doit connaître d'abord la quantité de ciment et de sable qui entre dans un mètre cube de maçonnerie de rochers. Cette (juantité est de 200 à 300 kilos, suivant que les roches sont plus ou moins absorbantes, c'est-à-dire caverneuses. Le sable n'y est guère compté que pour 0"',15à 0'",20 cubes. Les ciments le plus généralement usités en France pour la construction des rochers sont ceux de Boulogne-sur-Mer, et ceux de la Porte de France, à Grenoble. Les premiers valent de (35 à 70 francs les mille kilos; ceux de Grenoble sont beaucoup moins chers'. Un mètre cube de maçonnerie de roches reviendrait donc environ à 50 francs, soit :

Ciment [i'60 kilos à 7 fr. 00) 17 fr. 50

Sable 1 »

llaiii-d'œuvre, au niiiiiiuuiu 30 »

4« Ir. 50

1. Les ciments de Grenoble, bonne marque, coûtent aujourd'hui de 35 à 55 fr, les mille kilos en sacs, et \ fr. de plus en tonneaux.

non compris le prix d'achat, d'extraction et de transport des roches à pied d'œuvre. Ces derniers éléments de la dépense sont si variables qu'ils causent des écarts de 30 à 110 francs et plus dans les prix du mètre cube demandés par les constructeurs de rochers. Je conseille au propriétaire, en présence d'un pareil aléa, de faire exécuter les travaux en régie ou par entreprise, en fournissant tous les matériaux à l'ouvrier.

Le travail matériel de la construction des rochers demande du goût et de l'habileté de la part des ouvriers. Abandonnés à eux-mêmes, ils compliquent ordinairement le travail, emploient de trop gros cubes de pierre, et, par amour de leur métier, ils donnent trop d'importance à l'édifice. On doit sans cesse les surveiller; il n'est pas facile de changer leurs habitudes et de modifier leur manière de disposer les pierres selon un type uniforme. Il faut également se rappeler qu'il est inutile de dépenser une grande force pour manœuvrer d'énormes blocs de roches. Avec de petits rochers on en fait de gros; un peu d'expérience et de soin habituent l'ouvrier à raccorder les morceaux de manière à faire un ensemble homogène. Cependant ces morceaux ne doivent pas être trop menus, et d'ailleurs, si l'on peut faire descendre des blocs volumineux sur des pentes, ils auront un aspect plus naturel que ceux faits en plusieurs pièces.

Avant démettre la main à l'œuvre, dès que l'esprit est fixé sur l'importance et le dessin des rochers à construire, une excellente préparation consiste à faire un modèle en petit, une maquette, à l'échelle d'un dixième, par exemple. On se sert de terre glaise, de carton pâte enduit de papier gris ou de colle-forte, selon l'indication que j'ai donnée en parlant du modelage des plans (page 2Zi2). Ce procédé permet d'arrêter exactement la silhouette du rocher, de se rendre compte de l'effet de la masse dans le paysage et de travailler à coup sûr, sans se laisser entraîner par les caprices des rocailleurs.

L'outillage nécessaire pour la construction des rochers est fort simple. C'est, à peu près, celui du maçon. Les appareils ordinaires pour faire le mortier, le marteau ( nommé hachetle à Paris), les truelles à mortier, la spatule pour faire les joints, sont suffisants. Toutefois un instrument spécial, nommé platemi ou poulain, est d'une grande utilité pour le bardage des rochers. Je conseille de le faire construire dès que le travail de rochers atteint un certain cube. Il se compose de trois morceaux de madriers de sapin ou de chêne, larges chacun de 0'",25, épais de 0'",08, longs de 1"',50. Ces trois morceaux étant mis à plat et juxtaposés, on les rehe aux deux extrémités par des bandes de fer plat de 0"',06 à 0"'08 de largeur, fixées par des boulons traversant toute la largeur des madriers. Des rouleaux mobiles, de 0"\08 à 0"',10 de diamètre sur 0"',80 de longueur, seront placés sous le plateau pour en organiser la locomotion.

Sur ce plateau, sorte de diable sans roues et sans timon, les blocs de pierre sont placés et hés avec une corde maintenue par un ou plusieurs

hommes, pour faire glisser le tout sur des madriers semblables à ceux des terrassements. Si ces blocs peuvent descendre seuls sur la pente, il suffit assez souvent de leur donner quartier et de les faire rouler sur le talus en les guidant; mais s'il y a danger de chute, on se sert avec avantage du plateau. Alors on plante un piquet en terre en amont et l'on y attache une corde, allongée sous le plateau où l'on hisse alors la pierre. Un homme maintient la corde, qui a été repliée sous le plateau, et la lâche peu à peu, pendant que deux hommes guident la pierre sur les côtés. On la descend ainsi avec sécurité jusqu'à la mise en place, et l'on change le piquet d'arrêt à plusieurs reprises, si la pente est longue. Lorsqu'il s'agit de mouvoir des blocs très-gros et trèspesants, le cric est nécessaire. Avec cet instrument, trois hommes peuvent barder un bloc de 1 mètre cube'. L'un se place au cric, l'autre cale la pierre, le troisième apporte les madriers, rouleaux, etc. Des pinces de fer et des anspects (gros leviers de bois à biseau ferré) sont indispensables pour aider à la mise en place des roches.

On procède alors à un travail de maçonnerie ordinaire. La seule différence réside dans la formation des parements, qui ne sont plus des surfaces planes, mais qui varient au contraire, suivant des irrégularités voulues. Avant tout, la solidité doit être assurée. En montant une muraille de rochers, les queues des pierres seront fichées dans le sol vertical, de distance en distance, pour les relier à la construction. Les pieds-droits des grottes, les culées des ponts, les murs des barrages seront montés droit, selon les règles de la construction; le massif sera maçonné avec soin, en mortier de chaux hydraulique dans la plupart des cas, en mortier de ciment pour les petites rocailles. L'extérieur seul révélera le travail artistique.

Les voûtes de grottes, avant d'être revêtues de leurs parements rocheux, seront construites de manière à présenter une sécurité complète ; des cintres bien faits en soutiendront l'appareil, comme s'il s'agissait de voûtes décavés ordinaires. Mais on laissera des cavités, des irrégularités dans la saiUie des |)ierrcs, afin de pouvoir varier ensuite leur surface apparente. Lorsque ces roches aj)parliendront à une formation calcaire dans la(|uelle il sera facile de justifier la présence des dépôts de carbonate de chaux, on pourra les revêtir de stalactites.

Les moyens usités pour imiter ces curieuses concrétions sont multiples. Un habile constructeur de rochers, M. Combaz, assurait d'abord leur solidité en fixant dans la voûte des morceaux de fer saillants au dehors, et d'une longueur calculée. Ces fers, réunis en pointe comme les angles d'une pyramide, étaient reliés par des mailles de fil de fer, entre lesquels on injectait avec une pompe, du ciment liquide, par couches superposées, jusqu'à ce que le tout formât un bloc homogène. Ce procédé est bon, surtout à cause de la

1. Le poids du mètre cube du ealeaire grossier cinployé pour les rochers près de Paris csl d'environ 1,400 kilos.

légèreté qu'il laisse à un oi)jet dont la chute serait à craindre si son poids était considérable; il a cependant l'inconvénient de laisser voir les fils et armatures diverses, quand des morceaux de ciment viennent à se détacher. Si les stalactites étaient de petites dimensions, je conseillerais plutôt de fixer dans la voûte des morceaux de pierre meuUère caverneuse et légère, de les relier par du ciment de Portland, et de les revêtir ensuite d'un réseau de fil de fer maillé que l'on attacherait à la voûte par des clous à têtes fixés danis les joints. On coulerait du ciment sur le tout, et la solidité ne laisserait rien à désirer.

Les stalagmites s'obtiennent en construisant sur le sol, dans la direction verticale de la pointe des stalactites, de petits monticules aigus, à crêtes variées, sur lesquels on répand également des couches de ciment liquide.

Cet enduit de ciment coulé est excellent pour uniformiser l'ensemble d'une construction de rochers, effacer les joints, atténuer de Jtrop fortes aspérités, obtenir une couleur uniforme. Si l'on veut arrondir les angles, on augmente le nombre des couches. On emploie également ce moyen pour revêtir d'une manière égale des pierres d'une formation étrangère au lieu où l'on en trouve. Avec ce moyen on peut construire en briques des rochers que l'on croirait naturels. Un rocailleur anglais, M. Pulham, a fait de nombreux travaux de ce genre ; l'un des meilleurs se trouve dans un jardin situé en plein Londres, à OakLodge, quartier du West-End.

Enfin on peut utiliser pour la fabrication des rochers le béton aggloméré Coignet, système qui s'est fait connaître avantageusement depuis quelques années. Ce béton est composé de ciment, de chaux hydraulique, de sable de rivière et de sable de grès, avec addition d'eau et d'un sihcate, le tout pilonné dans des moules et abandonné à l'air, où ce mélange acquiert la dureté de la pierre. Les proportions des matières premières et le soin de la fabrication font tout le secret du procédé.

Si tous les rochers calcaires ou arénacés devaient être ainsi enrobés dans un enduit de ciment uniforme, on conçoit qu'il serait difficile de conserver aux masses ct'ite apparence de vérité géologique dont j'ai parlé plus haut. Aussi je conseille de n y recourir que si le ton ainsi obtenu ne diffère pas sensiblement de celui des rochers du voisinage ou s'il est possible d'imiter ce ton artificiellement. Pour atteindre ce but, on \)ealpcindre les rochers. Ce mot n'a rien qui doive effrayer : l'opération consiste à enduire les pierres de tons ocracés, ou verdâtres, de nuances variées, avec les substances suivantes. Au moyen des proportions ci-indiquées on obtiendra un ton vert olive :

Noir de fumée ou noir d'Anvers Ocre jaune

oOO gr.

Ce mélange est appliqué ou fouette avec un gros pinceau ou un balai lin. Pour y ajouter un grain blanc, on fouette un peu de blanc de Meudon ; le vert de Paris produit des taches vertes. On emploie un silicate ou mieux de l'alun dissous dans l'eau pour fixer ces subtanccs. La gelée, les intempéries diverses ont rapidement éteint et fondu les tons trop vifs, et des plantes grimpantes, tapissant, une partie des roches , voilent bientôt les défauts de vraisemblance.

Parmi les rochers artificiels dont la construction réclame le plus de soin se trouvent ceux destinés à la culture des plantes alpines. Ces charmants végétaux des montagnes, que chaque touriste, dans les Alpes ou les Pyrénées, a vu tapisser les hauts sommets de leurs touffes aux vives couleurs, sont le plus souvent rebelles à la culture, parce qu'on prépare mal le sol destiné à les recevoir. Plusieurs auteurs, en Allemagne, où cette culture est appréciée, ont écrit sur ce sujet, sans donner une grande attention à la construction des rocailles destinées à leurs plantes favorites. Cependant à Munich, à Turin, à Kew, à Grenoble, au Muséum de Paris, chez MM, Backhouse, à York, chez M. Carey, à Jersey, sur de nombreux points de l'Europe, on voit des rochers où la végétation alpine prospère. En France, M. B. Verlot a publié un livre important où il donne pour la disposition des pierres destinées à ce genre de culture de très-bonnes indications. La question a été également étudiée par M. W. Bobinson, dans ses Alpine floivers, où il a indiqué avec beaucoup de justesse des procédés rationnels de construction, sur lesquels il est bon d'attirer l'attention.

Quiconque a observé attentivement les plantes vivant à l'état sauvage dans les hautes montagnes a remarqué que leur végétation, en apparence toute aérienne, sur des rochers dénudés, reposait cependant sur une base fertile, et que leurs racines puisaient leur nourriture dans le sol qu'elles allaient chercher à travers les fissures des pierres. La disproportion entre le système aérien et le système radiculaire de ces espèces est frappante ; on voit des Androsare, avec des rosettes de feuilles hautes de 1 centimètre et des racines de 1 mètre de longueur. En d'autres endroits, entre les éboulis, s'épanouit une population innombrable de plantes, qui glissent leurs racines sous le sol recouvert et ombragé, et se développent plus ou moins vigoureusement suivant l'exposition, l'abri, la profondeur, la nature du terrain. Plus loin, ce sont des touffes vertes et fleuries, vivant en plaques épaisses sur les roches arrosées par des eaux stillantes, c'est-à-dire tombant goutte à goutte et fournissant des sources lentes, sans cesse renouvelées.

Ces exemples pourraient être multipliés et variés à l'infini. Cependant peu d'amateurs, revenus dans leurs jardins, cherchent à cultiver ces jolies habitantes des montagnes, en préparant le terrain avec le même soin que la nature. Au contraire, les prétendus rochers affectés aux plantes alpines

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