ROCHERS; CONSTRUCTION
ne sont que des amas de pierres arrangées sans goût, maçonnées île manière à empêcher toute culture , où empilées pêle-mêle dans des conditions déplorables. Les deux dessins ci-contre indiquent, le premier (fig. 295 bis) un amoncellement de pierres dressées de telle sorte qu'aucune plante
Fig. 293 bis. — Rochers artificiels. — Mauvais.
ne peut s'implanter entre les fissures. Le second donne un mode d'arrangement favorable à la croissance d'un grand nombre d'espèces, par la disposition des terres entre les roches (fig. 296).
Les crevasses horizontales sont généralement défectueuses; cependant quelques espèces, comme \es Saponnria ochnoides, Silène divers, Androsace^ Dianthns, s'accommodent de ces situations, si la pierre supérieure A (tîg.297)
Fig. 297. — Dis, osition rationnelle B et fausse D des fissures.
est en retraite sur la pierre inférieure B, et si les racines plongent dan?; un sol abondant, à l'extrémité de la fissure. Les plantes se trouveront mieux encore de cette disposition, si des pierrailles C s'interposent çà et la
entre les parois des crevasses. La fissure D, qui ne permettrait pas l'introduction des eaux du ciel, serait de tout point vicieuse.
On devra donc, dans l'entassement des pierres, suivre des profils analogues à celui de la figure 298, c'est-à-dire avec les fissures obli(jues de haut on bas dans le sens de la chute des eaux, et jamais de bas en haut commo dans la figure 299. Il est évident que les fissures ABC recevront les eaux de pluie et les conduiront dans les cavités centrales où la terre est plus abondante, tandis qu'il est de toute impossibilité que la moindre goutte
Fig. 298. — Fissures obliques. — Bonnes. Fig. 299. — Fissures obliques. — Mauvaises.
trouve son chemin par les orifices DEFGH et favorise la croissance des plantes dont on aurait eu la mauvaise idée de tenter la culture sur de pareilles rocailles.
Les fissures verticales, si elles contiennent assez de terre pour cultiver des espèces à végétation un peu vigoureuse, seront ouvertes en entonnoir au sommet, et garnies à l'intérieur de morceaux de pierre cunéiformes, dont la pointe sera tournée en haut. Les deux croquis ci-joints (fig. 300 et 301), donnent la bonne et la mauvaise construction de ces fissures.
Fig. 300. — Fissures verticales Fig. 301. — Fissures verticales.
Bonnes. Mauvaises.
L'orientation du rocher, ] )our les plantes alpines, ne doit pas moins attirer l'attention que les détails précédents. Les avis sont divisés sur ce point. Si le rocher est disposé en ligne droite, le long d'une plate-bande, comme une petite chaîne de montagnes, les uns préféreront l'exposition nord-sud, les
autres l'exposition est-ouèst. Je trouve qu'il n'y a pas lieu de discuter longuement sur ce point ; un semblable rocher doit présenter toutes les orientations possibles, afin d'offrir des situations convenables aux plantes les plus diverses. On choisira la place qui conviendra le mieux à chaque espèce, et si l'on se trompe au début, les différences de végétation marqueront^liien
Fig. 302. — Coupe en travers d'un rocher pour plantes alpines.
vile les rectifications à faire. Par exemple, la figure 302 représente le profil en travers d'un rocher de ce genre. Au lieu de donner à l'ensemble la silhouette régulière du cône A, on peut varier la ligne supérieure. Les plantes basses C C, à la base sud, sont des Sedum et des Sempervlnnn ne recherchant qu'une nourriture peu abondante; en BBB, les C/n/ipamilu , les Dianihus, les Silène, plongent profondément leurs racines entre les rochers jusqu'au massif central; au sommet, en D, une touffe û" Opuntia vulgaris brave à la fois la sécheresse de l'été et les rigueurs de nos hivers, et le Celenu h officimirum G l'accompagne dans une situation identique. Le versant nord est tout différent. Des fougères I (C'ystopieris) sont protégées par la touffe de saxifrages E, et à la base II, de charmants Adian/iim Capillus Veneris sont plantés dans une petite retraite F où un vase
rempli d'eau entretient un arrosage permanent que -î^^^^^' les racines de cette gracieuse fougère absorbent ^ ^fri^ y'' par capillarité. Le chapitre des plantations doit nous lî;: " . ramener aux espèces de plantes alpines cultivables, \f v ^-
et nous ne nous occupons ici des rochers ([u'au t I ^
point de vue de leur construction. J'ai cru utile, ^|
cependant, d'expliquer leur orientation en citant C?:., .i il
quelques-unes des plantes qui se plaisent à des i| ! *! Ii^i?'^
endroits déterminés. Si l'on sait à propos multiplier ^fDj ^
les fissures, et donner aux diverses plantes alpines la j
nourriture souterraine qu'elles exii^ent, on aura très- oa, p. ,. ,
1 D ' hig. M3. — Fissures verticales
rapidement un rocher garni d'une épaisse végétation, pour plantes alpines, dont le diagramme 303 montre bien la disposition.
Ainsi, chaque exposition aura sa flore etl'ensemb^e sera si bien garni que le seul travail d'entretien du jardinier consistera dans la suppression
partielle ou totale des espèces envahissantes. Dans le choix des matériaux rocheux, on devra chercher ceux qui n'ont rien à craindre des gelées. Des pierres qui se déliteraient entraîneraient la perte des plantes. On saura également que la composition chimique des roches exerce une grande influence sur la croissance de certaines espèces. Tandis que les Dapline prospèrent sur le calcaire, les Umbilimm y meurent et ne réussissent que sur les schistes ou les terrains primitifs, granités , gneiss , etc. On devra donc choisir diverses sortes de rochers pour y placer leurs plantes respectives.
Le sous-sol du rocher sera toujours composé d'une substance poreuse, pierres cassées, gravois, scories de forges, etc., qui draineront fortement l'ensemble. On donnera à ce sous-sol la forme conique A (fîg. 302). Pour pouvoir facilement atteindre et cultiver les plantes, cette petite colline n'aura guère plus de 1"',50 à 2 mètres de large sur une hauteur variant entre 0"',(50
Fig. 30 i. — Roche à demi couverte d'une végétation herbacée.
à 1" ,20. On bordera ce monticule avec des rocailles, formant un petit mur très-irrégulier, et l'on couvrira le milieu d'une couche de terre de bruyère de 30 à àO centimètres, ou de terreau provenant de dépotages. Puis, sans ordre apparent, mais avec goût et surtout avec soin, on couvrira la butte de pierres disposées comme nous venons de le voir. On évitera surtout la régularité, la monotonie. Si le rocher n'a qu'une seule pente, celle d'un talus adossé, nous avons vu comment il pourrait être accidenté par un sentier taillé à flanc de coteau, dissimulé, reparaissant, varié de cent manières. Si
le passage est sur une pente rapide et de dimensions assez grandes, il peut <levenir un objet très-pittoresque, comme l'escalier de roches situé aux Buttes-Chaumont, près de l'entrée du midi (fig. 165).
On doit recommander de placer les roches sur leur côté plat, même lorsqu'il s'agit de petites constructions comme un rocher de plantes alpines. Dressées ou placées sur champ, ces pierres sont antinaturelles. Toutefois, les assises horizontales peuvent s'interrompre de temps en temps et des blocs détachés prendre une forme inusitée. Dans ce cas, une exception est permise, mais la pierre doit être à demi engagée dans ce talus et abondamment couverte, comme dans la figure 30/i, de lierre, de graminées, de mousses, de cypéracées et d'autres plantes l'accompagnant avantageusement.
Ailleurs, la fougeraie trouvera sa place spéciale dans quelque petite grotte taillée dans la partie la plus abrupte d'un rocher adossé à une falaise ou à une coUine. Il suffira, pour obtenir une petite scène pittoresque, de quatre à cinq gros blocs bien disposés, avec des joints ouverts, comme nous l'avons recommandé, faciles à arroser par les pluies et scellés au-dessus d'une flaque d'eau maintenue à un niveau constant. Des trèfles d'eau (fig. 305) {Menyanthes trifoliata) et des callas {Calla paliistris) baignent dans le bassin d'eau vive. Au pied de la petite grotte à gauche se dresse une belle touffe de fougère [Struihioptcris germanica ) ; dans lê fond obscur pendent de grosses touffes de scolopendre {Scolopendrinm officinale), et une douzaine d'autres espèces de fougères occupent les interstices extérieurs des roches.
Il n'est pas jusqu'aux vieux murs qui ne puissent participer aux effets décoratifs et être considérés comme de véritables rochers. En brisant leur silhouette trop régulière, en les traitant comme des ruines, en plantant leurs joints béants,
qui correspondront à des poches intérieures remplies de terre et garnies d'espèces rustiques, indigènes, à joh feuillage et à fleurs brillantes, on obtiendra un charmant effet. Les valérianes, les mufliers , les linaires, les joubarbes, les capillaires et une infinité de plantes, au milieu desquelles la linaire cymbalaire pend en gracieux festons, peuvent former ainsi les plus johs tableaux.
Les rocailles des serres, dont il a été dit plus haut quelques mots, ne peuvent nous arrêter longtemps au point de vue de la construction. On doit
Fig. 305. — Grotte-fougeraie de plein-
cependant examiner avec soin les moyens de les établir, soit par l'étude de profils du terrain dans les jardins d'hiver, lorsque ces constructions ont une notable étendue, soit en examinant les conditions de la vie des plantes exoti([ues que l'on veut culliver sur rocailles, par exemple les bro-
Fig. SOG. — Coupe d"im jai'din (riiiver dans le style naturel.
méliacées et les orchidées. On peut voir, par la figure 306, que la coupe d'un jardin d'hiver peut présenter un profil très-varié, et sortir des banalités qui se rencontrent dans la majeure partie de» serres d'ornement.
On emploie le plus souvent la pierre meulière pour les rochers des serres. Elle se prête à souhait, par ses nombreuses cavernes, à des remplissages de terre, de mousse, de substances organiques favorables aux plantes. Un des meilleurs modes d'emploi des matières dans les serres est de rocailler entièrement la surface du fond, quand la serre est adossée. On perce le mur d'une quantité de trous que l'on remplit de terre, et sur le devant on scelle des blocs en forme de poches, capables de recevoir de la terre et des plantes variées (fig. 307). Au sommet de la serre, plus difficile à arroser, on plante des épiphytes, des cactées diverses, plus haut des broméliacées, et enfin des fougères, près du sol, dans l'endroit le plus humide. On obtiendra de charmants détails avec ces poches, si elles sont assez étendues , multipliées et bien variées de forme et de grandeur. On peut même, s'il est nécessaire de changer souvent l'ornementation du mur, placer un pot enterré dans la mousse ou la terre de la poche, et renouveler ainsi la culture et la décoration de cette pittoresque muraille.
Enfin, le liège brut, que les Anglais nomment virgin rf)rA', peut être cité
Fis. 307.
- Poche de rocailles plantée.
comme une matière généralement employée dans les serres en guise de rocailles. Sa légèreté, sa porosité, sa facilité à prendre des aspects décoratifs et son apparence d'écorce rugueuse naturelle en font une ressource précieuse pour l'ornementation pittoresque des serres, des jardins d'hiver et des appartements.
LES PLANTATIONS
Les végétaux constituent l'ornement fondamental de la nature, et en conséquence, des jardins. Un bel arbre, dans la plénitude de son développement, réalise l'idée la plus élevée de la beauté d'un être inanimé. Les arbustes, les fleurs, les plantes herbacées, les eaux, les rochers, les minéraux, peuvent également donner le sentiment du beau, mais un arbre représente plus complètement, dans la noblesse ou l'élégance de sa forme, les trois qualités d'ordre, de proportion et d'unité nécessaires à l'expression de la beauté d'un objet dans la nature.
De l'association des végétaux nait à son tour l'attrait des paysages. On peut concevoir la nature sans eaux, sans montagnes, sans rochers ; on ne la concevrait pas sans arbres ; elle représenterait la nudité et la tristesse.
L'art des jardins emprunte donc ses principaux matériaux à la végétation. Pour mettre en œuvre ces ressources avec succès, il importe de les étudier sous des points de vue divers : d'abord sous le rapport scientifique, qui comprend la nomenclature, la classification, la géographie botanique, l'histoire, les usages et la culture des plantes ; ensuite sous le rapport artistique, qui envisage les formes, les couleurs, les dimensions, le groupement des végétaux et leur effet dans la nature et dans les jardins.
Études scientifiques. — L'importance des plantations est si grande dans la composition des |)arcs et des jardins, que les connaissances les plus étendues en horticulture, et même en botanique, doivent primer toutes les autres chez l'architecte-paysagiste. Il pourra, en effet, suppléer à une insuffisance relative dans le domaine de l'ingénieur et de l'architecte, en s'aidant d'un secours étranger ; rien ne saurait compenser pour lui son ignorance des plantes, de leur plantation et de leur culture. Un vallonnement mal combiné, des eaux peu naturelles, des rochers manqués peuvent être rachetés par des plantations bien faites : un mauvais choix de végétaux et leur groupement mal compris sont des fautes irréparables. Il est donc indispensable d'être préparé de longue date à ces études complexes. J'irai plus loin : il est impossible de bien employer les ressources végétales des jardins sans avoir été initié dès l'enfance aux travaux des pépinières, et sans avoir meublé sa mémoire de la notion exacte des végétaux indigènes et exotiques cultivables en plein air dans les climats tempérés.
La nomenclature doit être le premier objet à étudier. Depuis un siècle, l'introduction des espèces cultivées en plein air dans les jardins a produit
un total immense. Pour ne parler que des végétaux ligneux, Duhamel du Monceau • accusait, en 1755, un total de « 191 genres et 1,000 espèces », tandis que la magnifique collection de M. A. Lavallée, à Ségrez (Seine-et- Oise) contient aujourd'hui A, 267 espèces et variétés réparties en /|12 genres, non compris les variétés jardinières ^ Dans ce chiffre, effrayant pour la mémoire d'un seul homme, nombre d'espèces sont rares ou introuvables dans les pépinières du commerce, et il serait impossible de les connaître toutes à moins d'en faire une étude exclusive. Mais une grande quantité, presque inconnues ou que toutes les recommandations sont impuissantes à faire prévaloir , malgré leurs grandes qualités ornementales , mériteraient aussi les honneurs de la culture. La connaissance des arbres et des arbustes est si peu répandue, que les pépiniéristes cultivent en grand nombre les seules espèces vulgairement plantées depuis des siècles et toujours demandées. Veulent-ils conseiller l'emploi d'une espèce nouvelle et peu connue, supérieure absolument aux anciennes, ils ne trouvent qu'un petit nombre d'acquéreurs, et ils renoncent à multiplier des végétaux dont ils ne pourraient tirer parti. C'est à l'architecte -paysagiste à prendre une initiative salutaire dans ce sens. Il doit distinguer et préconiser sans relâche les bonnes espèces et introduire dans les parcs et les jardins de nouveaux éléments décoratifs.
Pour arriver à de tels résultats, on doit commencer par l'étude de la nomenclature exacte et de la synonymie. Il faut s'habituer, de bonne heure, à déterminer les végétaux par leur nom scientifique. La langue latine, immuable, est universellement comprise, non-seulement des savants, mais de tous les hommes versés dans la connaissance des plantes, qui s'entendent ainsi sans difficulté, quelle que soit leur nationalité. Malgré des critiques, plus passionnées que sérieuses, la nomenclature latine des plantes doit être adoptée ; elle doit servir à donner cette notion exacte des objets <|ui ne peut se conserver, disait Linné, que si les noms subsistent'.
La classification des plantes fait suite à leur nomenclature. Comment se remémorer de longues hstes de noms, si aucune méthode ne les éclaire, si aucun lien ne les rassemble? La botanique vient ici au secours de la pratique horticole, et famiharise l'esprit avec le groupement des espèces et des variétés en genres, en familles et en classes. Pour acquérir l'expérience désirable, rien n'est plus efficace que de travailler la flore indigène du pays ([ue l'on habite, et de rechercher les végétaux indigènes susceptibles de concourir à l'ornementation des jardins et des parcs. Presque toute l'Europe a été botaniquement parcourue, et des Flores ont été pubhées sur toutes les
1. Trailé des arbres et arbustes qui se cultivent en France en pleine terre. Préi'., p. xxj.