LES JARDINS DE ROME
De la Grèce, où nous l'avons vu inférieur au développement des autres arts, le goût des jardins passe à Rome et progresse rapidement. Il ne paraît pas que dans les premiers temps de la Répubhque on s'en soit préoccupé autrement que pour l'horticulture d'utilité. C'est ainsi que les jardins de Tarquin le Superbe (500 av. J.-C.) ne nous sont guère connus que par les lis, les roses et surtout les pavots au moyen desquels le tyran donna un si terrible conseil à son fils Sextus.
Les jardins de Lucullus, au cap Misène, près de Baïes, dans la baie de Naples, étaient célèbres par leur magnificence ; on nommait leur créateur le Xercès romain. Ils étaient formés de terrasses très-élevées au-dessus de la mer et de vastes pièces d'eau. Ces coûteuses compositions tiraient certainement leur origine des exemples rapportés par le général romain de ses expéditions militaires dans l'Asie orientale, et ils étaient si peu répandus alors {un demi-siècle au i)lus avant J.-C), que Varron et Cicéron s'en sont agréablement moqués. Lucullus avait d'autres somptueuses villas dans diverses
parties de l'Italie, dit Salluste; il y passait quelques mois suivant les saisons de l'année, de manière à jouir d'un printemps perpétuel. On cite surtout celle dont l'emplacement est aujourd'hui occupé par la villa Médicis et une autre au-dessous de Tusculum, où l'on voit actuellement Frascati et où furent plantés les premiers cerisiers apportés en Europe.
Il est permis de croire que Cicéron avait mis plus de sobriété et de goût dans la construction de ses jardins, dont il a fait lui-même l'éloge dans ses lettres. A Tusculum, il avait des terrasses et des allées couvertes; en souvenir d'Athènes il avait appelé la terrasse supérieure le lych, l'inférieure Yacadémie. Sa villa d'Arpinum, lieu de sa naissance, abondait en beautés agrestes ; des coUines l'entouraient et des ruisseaux coulaient au pied. C'était une sorte de parc paysager dont l'illustre écrivain vantait les beautés, lieu bien différent en cela de ses résidences de Baies et de Pompéi, qui étaient dessinées suivant la mode architecturale du temps.
Salluste avait planté, sur le Quirinal, de beaux jardins dont parle Tacite en décrivant les allées couvertes, portiques, parterres, statues, bancs et fontaines qui les ornaient. On croit que leur emplacement est occupé aujourd'hui par la villa Ludovisi. Pompée avait aussi des jardins importants à Cumes, à Albano et à Alsium.
On voudrait trouver dans Virgile et dans Horace, les deux chantres inspirés des plaisirs champêtres, des descriptions exactes de leurs jardins ou de ceux d'Auguste, dont nous ne connaissons à peu près rien. Mais leurs immortelles poésies ne signalent que les plantes qui les avaient intéressés ou charmés, et la disposition artistique des jardins n'est indiquée nulle part.
Phne l'Ancien, Cicéron, montrent cependant la plantation quinconciale en usage à Rome. Martial attribue à Cnéus Matins, ami d'Auguste, la première idée de tondre les arbres. C'est aussi vers cette époque, peu avant la venue de Jésus-Christ, que Properce décrit les nombreuses fantaisies jar cliniques^ et les premiers jets d'eau, qui devinrent ensuite d'un emploi si général à Rome.
Mais déjà les écrivains, amenés à un plus juste sentiment des beautés naturelles, commençaient à condamner l'excès du marbre et des eaux artificielles. Juvénal les censure vivement et leur préfère les « ruisseaux de cristal frangés d'herbes des prés » \ Sous Néron, ce goût se développe plus nettement et reçoit un commencement d'application. Tacite raconte que deux artistes de ce temps, deux centurions, nommés Severus et Celer, dessinèrent pour l'empereur des jardins qui so»t certainement le point de départ de nos jardins paysagers, que beaucoup de gens croient avoir été inconnus des anciens. « Les ornements de cette demeure, dit le grand historien, n'étaient pas des merveilles d'or et de pierres précieuses, mais des